Le titre glorieux de "Louviers-le-Franc"

Publié le par GOUPIL Stéphane

Remettons l'évènement dans le contexte de l'époque : nous sommes en pleine seconde Guerre de Cent Ans.

"Le règne de Charles VI laissait entrevoir déjà les jours troubles qui allaient revenir. En 1418, le roi d'Angleterre, Henri V, réussit à prendre Louviers (27) {ma ville natale} - qui a beaucoup souffert de la guerre - après un siège de vingt-six jours ; cent-vingt notables furent mis à mort. La ville demeura au pouvoir des Anglais pendant onze ans ;

 

La Hire la rendit à la France en 1429.

Dans les chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (1430), nouvelle édition entièrement refondue sur les manuscrits, avec notes et éclaircissements, par J.A Buchon, tome V, chapitre LXXVIII :

 

 

Louviers était la seule place de Normandie qui tenait pour la France. Aussi les Anglais, qui avait versé 10 000 livres pour l'achat de la Pucelle, votèrent une somme égale pour le siège de Louviers ; il est glorieux pour notre ville d'avoir été associées, dans la circonstance, à Jeanne d'Arc, l'héroïne qui a sauvé la France. -- Sous la conduite du duc de Bedford, ils s'emparèrent de Louviers après un siège de vingt-trois semaines (1431).

"Donc, écrit Jean Leblanc, le premier chroniqueur lovérien, ils firent raser le château... la grande et belle halle aux draps où se tenaient les assemblées générales, la halle aux toiles et aux lingères, la halle aux souliers et plusieurs autres bien closes et des plus belles de Normandie."

Les bourgeois aidés par Louis de Bigards reprirent louviers en 1440. Un grand combat eut lieu dans le quartier de Beaulieu ; la rue Massacre (*) garde le souvenir de la terrible défaite des Anglais. De ce jour on ne les revit plus.

A cette tragique période succédèrent de glorieuses et brillantes journées lovériennes. Dès le mois de mars 1441, Charles VII data de Lusignan un acte qui accordait aux habitants les plus insignes privilèges ; à la ville il décernait le titre glorieux de "Louviers-le-Franc" (pour trouver le blason : aller dans "communes de France" puis "département 27 "puis "Louviers").

Cette charte était, en quelque sorte, l'épilogue des luttes sanglantes de la guerre de cent ans et le gage des longues années de gloire et de prospérité que devait assurer à notre pays l'intégrité nationale reconstituée.

(*) La rue Massacre prend son nom du combat meurtrier qui eut lieu en 1441, hors des porte-du-Neubourg, à la suite du projet conçu par les Anglais de s'emparer de la ville par trahison. cette voie existe aujourd'hui à l'état de rue. il faut se l'imaginer sans constructions, telle qu'elle était alors, c'est-à-dire ouverte de tous côtés et n'étant qu'une partie de la plaine qui s'étendait vers le quartier de Beaulieu, endroit où s'est livré le combat en 1441 par le plan dressé en 1731. A cette date, elle ne possédait encore que six maisons à l'entrée de la ville ; au-delà, c'est-à-dire jusqu'au pied de la côte de Saint-Lubin, il n'existait encore aucune habitation...

Les Anglais, ne pouvant s'emparer de la ville par la force, ils résolurent de s'en rendre maîtres par surprise. On peut reconstituer assez aisément ce glorieux fait d'armes qui s'appelle, dans notre chronique locale, "le combat de la rue Massacre". Des troupes anglaises, venues à la faveur de la nuit dans les bois de Saint-Lubin, s'embusquèrent aux environs de la porte-du-Neubourg, tandis qu'un détachement se dirigeait vers la citadelle, à proximité du grand cimetière (notre place de la République). Quelques hommes devaient escalader le rempart et se précipiter ensuite vers la porte-du-Neubourg afin de l'ouvrir aux Anglais. La trahison fut dévoilée à Louis de Bigards. Les ennemis qui se présentèrent furent baillonés et conduits sous bonne garde dans la chapelle Saint-André. Les Français sortirent par la porte-de-Rouen et prient à revers le détachement ennemi. Les soldats anglais, cernés entre les remparts et la garnison, subirent des pertes énormes qui justifie le nom de rue Massacre, attribué à l'endroit même, qui fut le théatre de ce sanglant combat."

Extrait de Louviers-le-Franc - son histoire évoquée par ses rues - de l'Abbé René Delamarre , Evreux, imprimerie de l'Eure - 1932.

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Comment Etienne de Vignoles, dit La Hire, échela et prit la ville de Louviers, en Normandie.

En ces propres jours, Etienne de Vignoles, qu'on appeloit La Hire, prit d'emblée, par échelle, la ville de Louviers, en Normandie ; et avoit avecque lui de cinq à six cents combattants, lesquels trouvèrent en icelle ville très grand' abondance de tous biens, dont ils furent moult enrichis. Et y furent morts, à entrer dedans, tant d'Anglois comme de ceux de ladite ville, trente. Après laquelle prise plusieurs habitants, pour la plus grand' partie, firent serment audit La Hire. Auxquels habitants fut rendue aucune partie de leurs biens, avecque leurs maisons, et les autres se départirent, eux mettant à sauveté où ils pouvoient le mieux, et délaissant tous leurs biens. Si commencèrent dedans brefs jours, La Hire et ses compagnons, à endommager le pays environ en plusieurs lieux ; et couroient souvent jusque bien près de Rouen ; et en étoit le pauvre peuple malement grévé et oppressé, dont moult grandement déplaisoit aux Anglois ; mais le présent ne le pouvoint amender, considérées leurs autres grandes affaires.



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