La visite de Bonaparte en Normandie

Publié le par Stéphane GOUPIL

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, en novembre 1799, Bonaparte a peu quitté la capitale et ses environs. En décidant de visiter la Normandie, entre le 29 octobre et le 14 novembre 1802, il effectue son premier véritable voyage de souverain en Province. Le cortège consulaire quitte Saint-Cloud au matin du vendredi 29, Chaptal, ministre de l’Intérieur, nous a laissé, dans ses mémoires, le souvenir de ce départ :

« Dans le voyage que je fis en Normandie avec Napoléon, il partit de Saint-Cloud à bidet, suivi de son courrier favori Moustache, il arriva quatre heures avant les voitures. Nous eûmes, dans la route, bien de la peine à nous débarrasser des fêtes et compliments qu’on avait préparés partout pour sa réception. On se refusait à croire qu’il eût passé incognito ».

Le cortège suit la Seine en direction de Mantes, puis oblique au sud-ouest vers Ivry où Bonaparte souhaite voir le champ de bataille sur lequel Henri IV est sorti victorieux des ligueurs. Le voyage est placé sous le signe de la paix. En fin d’après-midi, Bonaparte est à Evreux, préfecture de l’Eure, où il est reçu par le préfet Masson de Saint-Amand. Le lendemain, il visite Louviers, centre manufacturier, spécialisé dans le textile. Au milieu de l’après-midi du samedi 30 octobre 1802, Bonaparte arrive à Rouen, capitale de la Normandie. Il y reste jusqu’au 5 novembre, effectuant cependant un saut à Elbeuf le 3. Puis le 5, il prend la direction du Havre, par Caudebec et Yvetot. De là, il fait une incursion vers Honfleur puis la mer, avant de regagner Le Havre et de prendre la route du nord en direction de Dieppe ; il y séjourne du 9 au 12 novembre. Il rentre alors à Paris en passant par Beauvais où il demeure les 13 et 14. Le 14 novembre au soir, Bonaparte est de retour à Saint-Cloud.

Au cours de ce voyage, le Premier consul est accompagné de Joséphine qui joue un rôle essentiel dans la mise en scène du pouvoir. Ont été aussi associés au voyage le ministre de l’intérieur, Chaptal, et le ministre de la Marine, Decrès. A chaque étape, le même cérémonial se reproduit. Le préfet et les autorités du département viennent accueillir le cortège aux limites du département. Chaque ville visitée est pavoisée, des arcs de triomphe ont été érigés, la population s’est massée sur le parcours du cortège pour acclamer le Premier Consul. Comme sous l’Ancien Régime, le maire vient remettre les clefs de la ville à Bonaparte. Ce dernier reçoit beaucoup, multiplie les discours, assiste à de nombreuses cérémonies, bals et spectacles.

Bonaparte découvre une région riche et florissante, alors même que trois plus tôt, certains observateurs brossaient un tableau sinistre de la situation économique de la Normandie. En 1802, Bonaparte est d’abord frappé par la richesse agricole de la région. Il s’en étonne d’emblée dans une lettre à Cambacérès, resté à Paris où il expédie les affaires courantes : « Je ne connaissais pas encore les départements de Normandie, et j’ai éprouvé un plaisir bien grand à parcourir ces riches et fertiles contrées ».La Normandie est l’une des premières régions de France à avoir amorcé sa révolution agricole, suivant en cela le modèle offert par l’Angleterre. Bonaparte porte également un intérêt marqué pour l’économie de la région. Il transparaît dans la correspondance de Bonaparte avec Cambacérès à qui il écrit notamment : « J’ai visité hier différentes manufactures de Rouen. Ce matin, à huit heure, je suis parti pour Elbeuf pour visiter cette ville, qui ne forme qu’une seule manufacture ». …. Puis… « Cette ville est une ruche où, heureusement, il n’existe pas de frelons. Les magistrats sont heureux d’avoir à gouverner des hommes laborieux ; le travail assure à la fois repos de la société et le bonheur de l’individu ».

 

sources : revue bi-mensuelle Napoléon 1er le magazine du Consulat et de l’Empire N°13.

 

Voir en complément article sur Louviers : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-484350.html

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