Les lutins : êtres bienfaisants, étranges démons

Publié le par GOUPIL Stéphane

Chapitre 4

 

du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle"

 

"Sous le nom de Lutins, Farfadets, Follets, Esprits ou Sylphes, on a compris que cette population toute mignonne et toute gracieuse, qui, tantôt s’agitant à la surface de la terre ou dans son sein, presse de son activité invisible le mouvement de vie qui développe les productions de la nature physique. Ces êtres  bienfaisants se sont partagé leur riche domaine : les uns, esprits embaumés de la nuit, s’attachent aux fleurs et aux étoiles ; d’autres, plus humbles et plus vigilants, s’exercent autour des herbes et des fruits, surveillent la croissance des plantes utiles ou salutaires ; enfin, une troisième espèce, d’une essence moins subtile, mais laborieuse et robuste, habite l’intérieur des maisons, et se dévoue, au profit de l’homme, à tous les soins de l’économie domestique.

Pour retrouver les ascendants des Sylphes et des lutins, il faut remonter jusqu’à la mythologie scandinave, à ce qu’elle nous enseigne des Alf ou Elfes (Esprits), et des Duergar (Nains), deux classes d’êtres dont les noms se sont conservés jusqu’à présent dans tous les langages des nations descendues de la race gothique.

L’Edda (1) avait établi une distinction d’espèces parmi les Alf ; il y avait les liosalfar (Esprits de lumière), et les Diokalfar (Esprits des ténèbres). Les premiers, d’une nature bienfaisante et généreuse, demeurent dans l’une des villes du ciel, appelée Alf-heim (ville des Alfs) ; les seconds, au contraire, d’apparence difforme et d’humeur malveillante, habitent les lieux souterrains ; ils ont été rangés dans la même catégorie que les Duergar ; on les désigne habituellement sous le nom de Trolds.

Quant aux Duergar, c’étaient de petits êtres qui vivaient sous les rochers, dans les montagnes et à l’intérieur des mines ; ils se distinguaient par la réputation de leurs talents dans la métallurgie.

Quelques auteurs, interprètes des doctrines scandinaves, ont considéré cette race laborieuse comme la personnification des pouvoirs souterrains de la nature ; mais d’autres commentateurs des mêmes matières ont supposé que, par les Duergar, on avait voulu désigner les habitants primitifs de la Scandinavie : les nations laponne, finlandaise, islandaise, qui fuyant devant les armées conquérants des Ases (2), cherchèrent les régions les plus reculées du Nord, et là s’efforcèrent d’échapper à leurs ennemies d’Orient. Des traditions nombreuses ont conservé le souvenir des Alfs dans la mémoire du paysan scandinave ; et le signalement de leur physionomie et de leurs mœurs, tel que nous l’offrent ces récits, correspondent, en certains endroits, d’une manière absolue, avec la description de nos fées et de nos lutins..."

 

 

(1)   Les eddas sont deux recueils de traditions mythologiques et légendaires des anciens peuples scandinaves. Elles sont parmi les sources les plus complètes concernant la mythologie nordique. Le premier recueil, l’ »Edda poétique » ou « Vieille Edda » (Edda saemundar), a été colligé au XIIIe siècle. Ce travail de collecte a souvent été attribué, à tord, au prêtre islandais Saemond Sigfusson dit aussi Saemund le sage. Le second recueil, l’ »Edda en prose » ou « jeune Edda » (Snorra Edda) est attribué à Snorri Sturlusson, mort en 1241.

(2)   On entend, par Ases, les Asiatiques qui, sous la direction d’Odin, apportèrent leur religion et leurs arts dans la scandinavie.

 

Sources : extrait du livre d'Amélie Bosquet "La Normandie romanesque et merveilleuse" éd La Découvrance. 

Vous pouvez également consulter les autres articles du dossier  "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle 
Intro : Les êtres fantastiques et les êtres merveilleux dans la culture traditionnelle 
Chap. 1 : Loups, brigands et hommes sauvages 
Chap. 2 : Trèves et revenants - la crainte des morts 
Chap. 3 : Les fées, capables de prodiges, suspectes de méfaits

 

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