La peur de la nuit

Publié le par Stéphane GOUPIL

 

 Dans toute l’histoire, non seulement les individus pris isolément mais aussi les collectivités elle-mêmes sont engagées dans un dialogue permanent avec la peur

 

Une intuition méthodologique sépare les peurs, presque viscérales, ressenties par le plus grand nombre (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.) de celles, plus réfléchies, vécues par la culture dirigeante (l’attente de Dieu, la présence de Satan et de ses agents – le juif, la femme -, la sorcellerie…).

 

La peur de la nuit, dans beaucoup de peurs d’autrefois, entrait comme composante majeure des peurs viscérales.

 

La peur dans l’obscurité est celle qu’éprouvait les premiers hommes quand ils se trouvaient exposés la nuit aux attaques des bêtes féroces sans pouvoir deviner leur approche dans les ténèbres.

« Déjà la Bible exprimait cette défiance envers les ténèbres communes à tant de civilisations et défini symboliquement le destin de chacun d’entre-nous en terme de lumière et d’obscurité, c’est-à-dire de vie et de mort ».

« Le christ lui-même doit traverser la nuit de sa passion ».

La crainte de voir le soleil disparaître à jamais à l’horizon a hanté l’humanité comme chez les Mexicains par exemple.

 

En occident, du XIVe au XVIIIe siècles, revenants, tempêtes, loups - voir l'article intitulé "Loups, brigands et hommes sauvages" :  http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-215188.html , en complément - et maléfices avaient souvent la nuit comme complice. Elle était le lieu où les ennemies de l’homme tramaient sa porte, au physique comme au moral.

Au début des Temps modernes, la nuit conserve alors beaucoup – et peut-être accroît – ses caractéristiques alarmantes. Si les proverbes assurent qu’elle porte conseil, ce n’est pas à cause de l’ombre dont elle s’accompagne, mais du délai qu’elle interpose avant une décision.

 

Même pour les élites cultivées également, elle est peuplée d’esprits redoutables qui « égarent les voyageurs en riant de leur peine ». Elle est le sinistre rendez-vous des animaux les plus menaçants, de la mort et des spectres, notamment ceux des damnés.

 

En revanche, l’aurore marque le moment où la terre va de nouveau appartenir aux vivants.

 

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