La france des cloches enterrées, noyées, emmurées ou englouties

Publié le par GOUPIL Stéphane

Les traditions populaires propres à nos campagnes regorgent d’histoires de cloches cachées, noyées ou emmurées, généralement pour être soustraites à la fonte. Elles font référence à plusieurs périodes de notre histoire : villageois ou curés menacés par les Vikings, friands de métal, les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, les Huguenots pendant les guerres de religion s’en prirent aux cloches « baptisées » des églises comme des monastères. Nous pouvons citer également, la guerre de Trente Ans et les Suédois et les Espagnols qui envahirent le nord et l’est de la France et systématiquement, descendaient les cloches qui égayaient les villages.

Enfin, sous la révolution, le grand massacre des cloches fut officialisé par la Convention nationale ; encore pour en faire de la monnaie ou des canons destinés à défendre la République.  

 

Voici le texte original du décret révolutionnaire qui fut, dans toute la France, à l’origine de milliers d’enfouissements de cloches d’églises promises à la fonte :

DECRET

 

DE LA

 

CONVENTION NATIONALE,

 

Du 23 Juillet 1793, l’an second de la République française,

 

Portant qu’il ne sera laissé qu’une seule cloche dans chaque Paroisse.

 La CONVENTION NATIONALE décrète qu’il ne sera Laissé qu’une seule cloche dans chaque paroisse ; que toutes les autres seront mises à la disposition du Conseil exécutif, qui sera tenu de les faire parvenir aux fonderies les plus voisines dans un délai d’un mois, pour y être fondues en canons.

 

 

C’est ainsi qu’en 1793, des villages entiers se liguèrent pour soustraire ce qu’il considérait comme un héritage collectif, des cloches parfois multi centenaires aux investigations des représentants du département. On descendait les cloches tous ensemble, on les enterrait ou le plus souvent, on les « noyait » dans quelque pièce d’eau ou rivière, et le tour était joué.

Le problème vint lorsqu’il fallut, après le Concordat, récupérer ces pièces, généralement altérées, jusque dans leur sonorité, par ces manipulations improvisées. Descendre une cloche d’un clocher par treuils et courroies, la charrier jusqu’à une rivière et l’y pousser, c’est relativement simple. Lui faire faire le chemin inverse, c’est autre chose.

C’est ainsi que la plupart des cloches qui furent noyées ou enterrées, et c’est valable pour la révolution comme pour les périodes précédentes, ne furent finalement jamais récupérées.

 

 

Quelques anecdotes : 

 

Corneville sur Risle – Eure

Une cloche perdue par les AnglaisDans la Risle, près de l’abbaye de Corneville, une cloche a été engloutie là par les Anglais. Après avoir dépouillé les bâtiments, ils la chargèrent sur une barque qui, malheureusement, se retourna sur la Risle. Les Anglais tentèrent bien de récupérer la pièce, mais en furent empêches par l’arrivée d’une troupe de soldats français. Les cloches volées et perdues sont toujours dans les eaux.

 

La Rochelle-Normande – Manche

Les cloches noyées de l’étang du château – Avant la Révolution, l’église de La Rochelle-Normande possédait trois magnifiques cloches. La plus grosse pesait 800 kilos, la seconde 600 et la troisième 400.

En 1793, elles furent précipitées par les habitants du village dans l’étang encore visible du château situé tout près de l’église. Elles y reposent encore. Cette tradition est bien fondée : l’église de la rochelle ne possède pas de cloche antérieure à la révolution. Les trois sonnailles actuelles ont été fondues au XIXe siècle et XXe siècle.

 

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