Un peu d’histoire
Lorsque Jules César envahit la Gaule en 49 avant J .C., ce sera la fin de l’indépendance pour les Celtes continentaux. L’Armorique dont le nom signifie « pays bordant la mer » englobait l’actuelle Bretagne et une bonne partie de la Basse-Normandie. Cinq peuplades habitaient le pays dont les zones d’influence recoupaient à peu près les cinq départements actuels. Ils subiront une forte influence romaine. La conquête romaine a été le premier événement majeur de l’histoire de l’Armorique, car elle marquera sa sortie de la préhistoire. L’afflux des immigrants bretons, second événement important, va, posant les fondements même de la Bretagne, se traduire par une profonde revitalisation du caractère celtique de la région.
Dès le 4ième siècle après J.-C., les fréquentes incursions de pirates irlandais sur les côtes du pays de Galles et du Cornwall vont déclencher un mouvement d’émigration bretonne vers l’Armorique. Mouvement qui (de 450 à 650 environ), sous la poussée des envahisseurs saxons de la Grande-Bretagne, prendra des proportions très importantes.
Vers l’an mil, après les immigrations bretonnes, les incursions franques et normandes, il y aura un net affermissement des pouvoirs et une stabilisation administrative qui seront accompagnés d’une poussée démographique . Cette longue période de prospérité relative va se terminer au XIVième siècle avec la peste noire (1358) et le début de la guerre de Cent Ans.
Ce qu’il est intéressant de savoir c’est qu’au moment de l’invasion romaine, La Gaule (France actuelle) et l’île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) utilisent la même langue, le Celte. À cette époque Gaulois et Bretons ne forment qu’un seul peuple. La romanisation de la Gaule met quatre siècles à faire disparaître le celte au détriment du roman, futur français. Cependant les campagnes de l’Armorique ont conservé la langue ancestrale avec ajouts de vocabulaire latin. De sorte que, lorsque la migration des Bretons a commencé, ces derniers ont retrouvé chez leurs cousins un langage à peu près semblable au leur. C’est ce qui a donné la base de la langue bretonne que l’on connaît.
Le celte britannique, le Gallois n’est plus parlé que dans le pays de Galles. Le reste de l’île de Bretagne, sous la succession des invasions romaine, angle, saxonne, scandinaves et normandes a développé une nouvelle langue : l’anglais.
Un incroyable chassé-croisé de peuples et de langues qui donne naissance à d’autres peuples et d’autres langues. Mais n’oublions pas que quelque part tous ces gens sont parents et par conséquent nous le sommes.
À quel moment les Rehel se sont-ils greffés à l’histoire de ce coin de France peuplé depuis des millénaires? Nul ne le sait et nul ne le saura. À moins que…
L’étymologie du nom
Le Dictionnaire Étymologique des Noms de Famille de Marie-Thérèse Morlet dit: « Reh (Alsace-et-Lorraine), diminutif Rehel se rattache au moyen-haut-allemand, rêch, chevreuil, surnom d’un homme agile; avec la même valeur Rehfus.»
Pendant longtemps, j’ai cru que j’avais trouvé là la signification de mon nom et la qualité d’homme agile me gratifiait beaucoup.
Malheureusement, comme il n’y a aucun Réhel anciennement en Alsace, il serait difficile d’y chercher et d’y trouver une origine. D’autant plus que cette famille ne se retrouvait qu’en Bretagne à une époque pas si lointaine.
Voici à ce propos ce que madame Eva Buchi, chercheuse au Centre National de Recherche Scientifique de France, écrit au sujet du Dictionnaire étymologique des noms et prénoms de France, œuvre d’Albert Dauzat : «…Les principales faiblesses de son impérissable ouvrage sont le caractère ambigu de la localisation des noms de famille, le non recours aux formes anciennes, le court-circuitage des étymons lexicaux, le non respect de la phonétique géo-historique, enfin le traitement sommaire, voire fautif, de la formation des mots… Quant au Dictionnaire étymologique des noms de famille de Marie-Thérèse Morlet, il constitue en réalité une refonte du Dauzat inspirée par la même méthodologie».
Ce que dit madame Buchi en clair c’est qu’il faut rechercher dans la langue bretonne l’étymologie d’un nom d’origine bretonne et non pas dans le haut-moyen-allemand.
Ce serait comme tenter de trouver le sens du mot fourmi en le décomposant et en cherchant dans d’autres langues sa signification : four- de l’anglais = quatre et –mi, du français= à demi ou moitié. Alors quatre plus sa moitié, deux, égale six, soit le nombre de pattes que possède une fourmi. Quant en fait, le mot fourmi provient du latin formica et non fornica ce qui expliquerait pourquoi elles sont si nombreuses. Mais soyons sérieux.
Dans La Toponymie Celtique, l’origine des noms de lieux en Bretagne, Jean-Marie Plonéis dit que rehel est, avec reir et rohou, un pluriel de roh, un terme d’origine pré-latine signifiant: roches.
Dans Noms de familles bretons d’origine toponymique, Francis Gourvil cite Le Réhellec, patronyme de la Loire-Atlantique, non localisé comme toponyme, mais pouvant dériver d’un pluriel rec’hel, «roches», comme Rehello, situé dans la commune de Les Forges au Morbihan.
On y retrace aussi des noms comme Rohel, Rohellec, Rohellou, Rohic ( Le ), etc. Si Rohel signifie «roches» le suffixe –ec en fait un épithète et roche devient rocheux. Quant au suffixe –ou, il indique un pluriel. Ainsi le terme rohellou a la même signification que réhel, soit «roches». Finalement le suffixe –ic est un diminutif et donne «petite roche».
Donc à la qualité d’homme agile, il me faut donc substituer celle de l’homme têtu ou déterminé selon que nous transportions l’aspect négatif ou positif du même trait de caractère.
Il peut aussi s’agir du surnom donné à un homme nouvellement arrivé dans la région et qui habitait jadis un lieu où il y avait beaucoup de roches. Mais guère n’est besoin d’aller si loin car Mégrit possède de magnifiques carrières de granit dont on sait qu’elles étaient en activité au Moyen-Âge.
Pour conclure, n’oublions pas que la commune de Mégrit possède un petit hameau de quelques maisons appelé: La Ville Réhel , que ce lieu-dit est très ancien et qu’il figure sur les cartes de Cassini, célèbre famille d’astronomes et de cartographes du 18ième siècle.
Ce lieu-dit, isolé du cœur du village, porte ce nom parce qu’il a été érigé et habité suffisamment longtemps par des membres de la famille pour qu’il soit identifié à celle-ci.
Rappelons-nous aussi le fameux Cap Fréhel, non loin de Mégrit, une formation de granit rouge, surplombant la Mer d’Émeraude, d’où en fin d’après-midi, on a un panorama extraordinaire sur la Manche et le pays environnant.
Nous retrouvons aussi en Bretagne des noms de famille comme : Créhel, Fréhel et Tréhel et même Aréhel qui utilisent le même radical.
Quelques mots sur Mégrit (22)
C’est un pays de petits monts et de vaux. Les champs sont irrégulièrement entrecoupés de bosquets. La terre n’y est pas trop riche mais tout de même fourni quelques potagers et surtout du fourrage pour les fermes laitières. De place en place, de loin en loin, sur les collines les plus élevées, les clochers annoncent les villages. Et, tel un marin, je me guide sur ce phare mégritien. Là, au pied de la colline, un ponceau enjambe une petite rivière toute en méandres, la Rosette, elle-même alimentée par plusieurs ruisseaux. Il faut remonter. D’abord caché, le cœur du village nous apparaît là-haut sur la droite.
C’est toute une émotion que de pénétrer le lieu où son ancêtre naquit. De marcher aux endroits où il a posé les pieds. Un peu comme si on était son propre ancêtre qui revient dans son village natal des siècles plus tard. L’église où on a été baptisé est toujours là, quoique légèrement modifiée. La maison du notaire et le manoir du Plassis sont tel que lorsqu’on les a laissés. Les autres bâtiments et édifices ont remplacés les anciens, mais les pierres dont ils sont construits semblent les mêmes. Les croix de chemin en pierre et le calvaire ont vieillis mais finalement pas tant que cela. Les gens eux, ne sont plus les mêmes. Ils ont bien, à les observer, quelques airs connus. Mais me reconnaissent-ils? Se souviennent-ils seulement que je suis parti autrefois pour des contrées lointaines? Il y a maintenant si longtemps…
Depuis le moyen-âge, on extrait du granit des carrières de Mégrit. Gris roux en surface et bleu à gros grains en profondeur, servant à la construction et aux monuments, le granit de Mégrit est réputé. Cependant cette industrie emploie de moins en moins de monde, la mécanisation ayant là comme ailleurs remplacé l’homme. Au village, les activités traditionnelles: épicerie, boulangerie, restaurant, bar; il y a aussi la coiffeuse, le tailleur de pierre, le maçon, le menuisier-charpentier et le couvreur. Il y a l’école et la mairie où se trouve aussi la poste. Quelques fermes et une demi-douzaine de gîtes dispersés sur le territoire de la commune accommodent les villégiateurs. La Ville Réhel abrite l’un de ces gîtes. Tout cela occupe une bonne partie de la population de Mégrit, le restant de ses 650 habitants travaille à l’extérieur.
Pour se rendre à la Ville Réhel, il faut parcourir à peine deux kilomètres à partir du cœur du village vers le Nord-Ouest sur la route D52 en direction de Jugon-les-Lacs.
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