NOTRE BUT

Passionné de génealogie et d'histoire, je souhaite partager mes recherches. Ce blog est le prolongement de l'arbre généalogique de la famille GOUPIL - PERIER avec comme de-cujus mes enfants :

http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil.

 

La pratique de la généalogie évolue : faire des arbres avec des noms et des dates reste assez limité ; en tant que généalogiste, je suis également curieux de notre histoire familiale. Pour donner une image, le corps humain est composé d'un squelette, mais aussi d'organes et de chair. En généalogie, c'est la même chose. Il est important de faire des recherches en vue de comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres : quel métier exerce-t'il, pourquoi untel a migré dans une autre région, etc. 

 

Ce blog a pour but de publier simplement des articles sur des thèmes de recherches (généalogie, histoire), partager des dossiers, de façon à les rendre consultables par des internautes (généalogistes, historiens, amateurs ou professionnels). Vous avez la possibilité de les commenter.

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"On peut reconnaître assez facilement l'histoire officielle d'un pays, la liste des rois, de ses ministres, de ses guerres, de ses traités, et cependant la véritable histoire n'est pas là, c'est dans les masses profondes des travailleurs de tout ordre que réside la vie réelle de la Nation" - Edouard Herriot (1er mai 1909).  

 

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- Généalogie de L'Europe - ATLAS DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE - Sous la direction de Pierre Lamaison - conseiller historique Pierre Vidal-Naquet, Hachette Livre, 1994 :

Autour de Pierre Lamaison, une équipe d'historiens et d'anthropologues de haut niveau offre au public une généalogie de l'Europe, de la préhistoire au XXe siècle. De conception inédite, cet atlas illustré de 450 documents en couleurs, propose, à travers 80 tableaux généalogiques associés à 160 cartes en couleurs, des clés pour comprendre des phénomènes de longue durée dispersés sur une aire géographique très vaste qui rendent compte de l'unité et la variété politiques et culturelles de l'Europe actuelle.


 - Physiologos Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, éd. Jérôme Millon : voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-991736.html


Je vous conseille de lire le livre de Jean-Louis Brunaux : "Les gaulois" - collection "Guide Belles Lettres de Civilisations" publiés aux Editions Les Belles Lettres (2005)... suite - voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1275187.html

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HISTOIRE : La vie dans les villes

Je vous propose un dossier micro-historique particulièrement intéressant, Publié par le groupe Généalogie, calamités et vie quotidienne. Très attaché à la ville d'Evreux qui la vu naître, l'auteur, Serge PACOURET nous entraîne en 1940 où la cité jolie a subi son 7 ème incendie de son histoire.

Vous trouverez le lien pour consulter ce dossier de 11 pages, très complet, à l'adresse suivante : http://fr.calameo.com/books/000040679df267c0aa2b4


En Bretagne, l'élite urbaine bretonne se servirent d'une Assemblée représentative pour partager le contrôle de leur société politique. Elle préféra une alliance avec la noblesse dans son assemblée et non une alliance directe avec le Prince.

La noblesse bretonne développa ainsi un Etat qui garde le vote de l'impôt et où la cour préserve l'intégrité des coutumes locales. Dans ce paradis des nobles, les seigneurs tinrent la main à leurs sujets et une milice nobilière garantit la paix des campagnes.

Les nobles insistaient toujours sur le droits des citoyens de participer au système politique même si leur définition du citoyen n'est pas la nôtre, ni celle des hommes de 1789. La bretagne présente un bon exemple d'une nation de citoyens.

Rouen, de la Harelle à la conquête anglaise 

Lu pour vous

Rouen, la Flèche rue St-Amand

 

 

 

Vous pouvez consulter la totalité de la Thèse soutenue en 2003 intitulée :

 

Les « sages marchans et bourgois de Rouen », de la Harelle à la conquête anglaise (1382-1418) - « Un estat des gens tres necessaire ».

 

à l’adresse suivante :

http://theses.enc.sorbonne.fr/document88.html

 

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- Le titre glorieux de "Louviers-le-Franc"

- Louviers en 1870 par Mme Guynemer

- Un aspect de la misère au XVIIIème siècle : les abandons d'enfants

- La visite de Bonaparte en Normandie

- Louviers : visite de Napoléon en 1810

- Les villes au XVIIème siècle

 

« Rouen, capitale normande dans le contexte politique et économique général de la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, est la deuxième ville de France, derrière Paris, et le premier port du royaume depuis l’époque ducale. En 1382, une révolte populaire, la Harelle, conduit la royauté à supprimer la commune anciennement régie par un patriciat marchand ; une nouvelle municipalité se reconstruit sous l’autorité du bailli… »

Remettons l'évènement dans le contexte de l'époque : nous sommes en pleine seconde Guerre de Cent Ans.

"Le règne de Charles VI laissait entrevoir déjà les jours troubles qui allaient revenir. En 1418, le roi d'Angleterre, Henri V, réussit à prendre Louviers (27) {ma ville natale} - qui a beaucoup souffert de la guerre - après un siège de vingt-six jours ; cent-vingt notables furent mis à mort. La ville demeura au pouvoir des Anglais pendant onze ans ;

 

La Hire la rendit à la France en 1429.

Dans les chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (1430), nouvelle édition entièrement refondue sur les manuscrits, avec notes et éclaircissements, par J.A Buchon, tome V, chapitre LXXVIII :

 

 

Louviers était la seule place de Normandie qui tenait pour la France. Aussi les Anglais, qui avait versé 10 000 livres pour l'achat de la Pucelle, votèrent une somme égale pour le siège de Louviers ; il est glorieux pour notre ville d'avoir été associées, dans la circonstance, à Jeanne d'Arc, l'héroïne qui a sauvé la France. -- Sous la conduite du duc de Bedford, ils s'emparèrent de Louviers après un siège de vingt-trois semaines (1431).

"Donc, écrit Jean Leblanc, le premier chroniqueur lovérien, ils firent raser le château... la grande et belle halle aux draps où se tenaient les assemblées générales, la halle aux toiles et aux lingères, la halle aux souliers et plusieurs autres bien closes et des plus belles de Normandie."

Les bourgeois aidés par Louis de Bigards reprirent louviers en 1440. Un grand combat eut lieu dans le quartier de Beaulieu ; la rue Massacre (*) garde le souvenir de la terrible défaite des Anglais. De ce jour on ne les revit plus.

A cette tragique période succédèrent de glorieuses et brillantes journées lovériennes. Dès le mois de mars 1441, Charles VII data de Lusignan un acte qui accordait aux habitants les plus insignes privilèges ; à la ville il décernait le titre glorieux de "Louviers-le-Franc" (pour trouver le blason : aller dans "communes de France" puis "département 27 "puis "Louviers").

Cette charte était, en quelque sorte, l'épilogue des luttes sanglantes de la guerre de cent ans et le gage des longues années de gloire et de prospérité que devait assurer à notre pays l'intégrité nationale reconstituée.

(*) La rue Massacre prend son nom du combat meurtrier qui eut lieu en 1441, hors des porte-du-Neubourg, à la suite du projet conçu par les Anglais de s'emparer de la ville par trahison. cette voie existe aujourd'hui à l'état de rue. il faut se l'imaginer sans constructions, telle qu'elle était alors, c'est-à-dire ouverte de tous côtés et n'étant qu'une partie de la plaine qui s'étendait vers le quartier de Beaulieu, endroit où s'est livré le combat en 1441 par le plan dressé en 1731. A cette date, elle ne possédait encore que six maisons à l'entrée de la ville ; au-delà, c'est-à-dire jusqu'au pied de la côte de Saint-Lubin, il n'existait encore aucune habitation...

Les Anglais, ne pouvant s'emparer de la ville par la force, ils résolurent de s'en rendre maîtres par surprise. On peut reconstituer assez aisément ce glorieux fait d'armes qui s'appelle, dans notre chronique locale, "le combat de la rue Massacre". Des troupes anglaises, venues à la faveur de la nuit dans les bois de Saint-Lubin, s'embusquèrent aux environs de la porte-du-Neubourg, tandis qu'un détachement se dirigeait vers la citadelle, à proximité du grand cimetière (notre place de la République). Quelques hommes devaient escalader le rempart et se précipiter ensuite vers la porte-du-Neubourg afin de l'ouvrir aux Anglais. La trahison fut dévoilée à Louis de Bigards. Les ennemis qui se présentèrent furent baillonés et conduits sous bonne garde dans la chapelle Saint-André. Les Français sortirent par la porte-de-Rouen et prient à revers le détachement ennemi. Les soldats anglais, cernés entre les remparts et la garnison, subirent des pertes énormes qui justifie le nom de rue Massacre, attribué à l'endroit même, qui fut le théatre de ce sanglant combat."

Extrait de Louviers-le-Franc - son histoire évoquée par ses rues - de l'Abbé René Delamarre , Evreux, imprimerie de l'Eure - 1932.

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- Juillet 1789 : émotions populaires à Rouen

- Louviers en 1870 par Mme Guynemer

- Un aspect de la misère au XVIIIème siècle : les abandons d'enfants

- La visite de Bonaparte en Normandie

- Louviers : visite de Napoléon en 1810

- Les villes au XVIIème siècle

 

Comment Etienne de Vignoles, dit La Hire, échela et prit la ville de Louviers, en Normandie.

En ces propres jours, Etienne de Vignoles, qu'on appeloit La Hire, prit d'emblée, par échelle, la ville de Louviers, en Normandie ; et avoit avecque lui de cinq à six cents combattants, lesquels trouvèrent en icelle ville très grand' abondance de tous biens, dont ils furent moult enrichis. Et y furent morts, à entrer dedans, tant d'Anglois comme de ceux de ladite ville, trente. Après laquelle prise plusieurs habitants, pour la plus grand' partie, firent serment audit La Hire. Auxquels habitants fut rendue aucune partie de leurs biens, avecque leurs maisons, et les autres se départirent, eux mettant à sauveté où ils pouvoient le mieux, et délaissant tous leurs biens. Si commencèrent dedans brefs jours, La Hire et ses compagnons, à endommager le pays environ en plusieurs lieux ; et couroient souvent jusque bien près de Rouen ; et en étoit le pauvre peuple malement grévé et oppressé, dont moult grandement déplaisoit aux Anglois ; mais le présent ne le pouvoint amender, considérées leurs autres grandes affaires.



Aux Archives Nationales, on peut trouver une liasse, intitulée Liquidation de la Compagnie des Indes 1,  relatant une émeute qui a eut lieu à Rouen le 12 juillet 1789. A cette époque, de nombreuses émeutes se produisirent un peu partout en France, pendant les semaines qui précédèrent la Prise de la Bastille. Ces émeutes de la faim étaient toujours dirigées contre les meuniers ou les boulangers, accusés d’être les responsables, ou en tout cas les profiteurs, de la hausse considérable des prix du blé et donc du pain.

Entre 1780 et 1788, le prix moyens du setier de blé, 240 livres, oscilla entre 19 livres 13 s. et 25 livres 2 s., avec une stabilité à 22 livres en 1786 et 1787 et une augmentation de 15% au cours de la seule année 1788. Mais en 1789, le même setier valait 34 livre 2 s. selon C. E. Labrousse 2, soit une augmentation de 36% d’une année à l’autre. Dans un ouvrage paru en 1989 Jacques Godechot décrit bien l’ambiance de ces journées prérévolutionnaires : 

« Chaque boutique de boulanger était entourée d’une foule immense, à qui on distribuait le pain avec la plus grande parcimonie, et la distribution était toujours accompagnée de craintes sur l’approvisionnement du lendemain. Les craintes redoublaient par la plainte de ceux qui, ayant passé une journée entière à la porte d’un boulanger, n’avaient cependant rien pu obtenir. Il s’en fallait, cependant, de beaucoup que ce pain, arraché avec d’effort, fut un aliment sain. Il était, en général, noirâtre, terreux, amer, donnait des inflammations à la gorge et causait des douleurs d’entrailles. Le peuple de Paris estimait qu’une des causes de la cherté du pain était due aux droits d’entrée, aussi y avait-il aux barrières, des attroupements qui essayaient de faire passer de force les denrées alimentaires sans acquitter les droits »3

 

Cette liasse comprend une quinzaine de documents. Le premier, par ordre chronologique, provient des minutes du Greffe criminel du Baillage de Rouen, sous le titre Déclaration de sédition et Pillage, en voici un extrait : 

« Ce jourd’hui, mercredi 15 juillet 1789 sur les 7 heures du matin, devant nous Jean Baptiste Nicolas Avenel, huissier au Parlement de Rouen, y reçu, y immatriculé et y demeurant, rue Martainville, paroisse de saint Maclou, maison du sieur Dunpre n° 142, soussigné – s’est présenté le sieur Bittoir – maître meunier, demeurant en la paroisse de Boudeville, lequel nous aurait déclaré que ce jourd’hui depuis 10 heures un quart du matin, jusqu’à 7 heures et demi du soir, il serait venu en son domicile en cinq fois différentes, une très grande quantité d’hommes et femmes armés de bâtons, leviers et pierres, lui demander l’ouverture de toutes les portes dépendantes de son occupation, dans le dessein de piller les grains et farines qui pourraient y être reportés que, sur le refus de satisfaire à leur demande en contribution, un sieur pierre mercier, maître charpentier, demeurant à la paroisse du Houlme (homme connu pour être au dessus de la nécessité) aurait allumé la guerre et se serait mis à la tête des séditieux étant armé d’un timon de charrette et aurait commandé à deux particuliers de la bande, armés de leviers, de lui aider à enfoncer la porte de l’appartement du moulin, ce à quoi ils auraient réussi au moyen de deux leviers qu’ils passaient par-dessous cette porte et des coups que portait le dit sieur Lemercier contre icelle avec son timon de charrette, coups si violents que le fléau de fer étant derrière cette porte en a cassé, qu’entrés dans le moulin, au nombre d’environ deux cents, le dit sieur Mercier pour encourager, sans doute, ses camarades, aurait, le premier, enlevé de dedans le dit moulin un sac de farine faisant partie d’une plus grande quantité de sacs qui étaient dans iceluy et qui pareillement enlevés et volés à son instigation par les autres séditieux … »

La déclaration continue, elle est de 4 pages. La plus grande partie de la marchandise appartenait aux boulangers de la ville qui l’avaient donnée à moudre au moulin. L’huissier s’est rendu sur place avec deux témoins et a constaté les dégâts. Il a retrouvé le timon de charrette d’environ 7 pieds de longueur sur 17 à 18 pouces de contour. Parmi les « pouches »4 volées :

13 de farine et 14 de blé appartenaient au sieur Lebourg, boulanger, demeurant à Rouen place de la Rougemare,

1 pouche de farine pesant 108 livres appartenait au sieur Sanson, rue écuyère,

18 pouches de 60 livres de farine ainsi que 13 pouches de blé appartenaient à la dame Mabire, boulangère,

12 pouches de blé ainsi que 26 de blé appartenaient au sieur Mazurier, boulanger, à Cauchoise.

 

Ce procès-verbal fut communiqué au procureur du Roy, à Rouen le 17 juillet 1789, puis une expédition a été déposée au Greffe de la Prévôté le 18 juillet. Un autre procès-verbal, en date du 21 juillet : « Le sieur Jean Baptiste D’Août, meunier, demeurant au hameau de Bapaume, paroisse de St Martin de Canteleu, confirme que le dimanche 12 juillet sur les environs de 3 heures de l’après-midi, nombre de particuliers inconnus ont défoncé la porte d’un petit bâtiment servant au magasin ». Le lundi 13 juillet, vers 9h du soir, la bande revint menaçant de mort le meunier ou de le jeter à la rivière si on ne leur donnait pas du pain, de la farine ou de l’orge. La liasse ne contient ensuite aucun document jusqu’en 1791, date à laquelle l’affaire semble se réveiller. En mai 1791, on trouve un certain nombre d’attestations :

Le sieur Jean Pierre Pupin, boulanger en la ville de Rouen, rue Massacre, a été, dans le mois de juillet 1789, un de ceux dont la marchandise a été pillée lors de l’émotion populaire arrivée dans ce temps là.

Le sieur Beaucousin, maître boulanger en cette ville rue Beauvoisine, a été une des victimes de l’émotion populaire arrivée dans le mois de juillet et une portion de sa fortune a été dilapidée par ces forcenés, sans qu’il ait pu y mettre aucun empêchement.

François Séjourné, maître boulanger à Rouen a eu le malheur d’essuyer la fureur d’une émotion populaire arrivée le 13 juillet 1789 dans le moulin du sieur Delestre, meunier au Petit Moulin.

Les sieurs – Desabris, rue Sainte Croix, - Durand, rue de la Chèvre, - de Caen, rue Martainville – Chaufard, rue des faux – tous boulangers de cette ville, ont l’honneur de vous présenter qu’à l’époque désastreuse du mois de juillet 1789, ils avaient déposé dans un moulin, situé en cette ville rue Caquerelle, tous les blés nécessaires au service du public, ils ont eu le malheur de subir le sort et ont été pillés.

Le dernier document, concernant cette affaire, porte deux dates : les 16 octobre et 12 novembre 1791. Il reprend les noms de tous les boulangers qui ont été pillés en ce mois de juillet 1789, lors de l’insurrection et il donne l’état des réclamations ainsi que le montant pour chacun d’eux.

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 Etat des réclamations et montants : 

 

Machard qui a éprouvé une perte de                       420

Rubert                                                                       3.300

Séjourné                                                                    2.528

Pupin                                                                        652

Helot                                                                         4.850 

Chauffard                                                                 1.262

De Caen                                                                    1.677 

Desabris                                                                    1.280 

Durand                                                                      631

Mabire                                                                       878 

Mazurier                                                                    336

Le Bourg                                                                   782

D’Août                                                                      1.070

 

Total                                                                         16.072  

 

En date du 16 octobre vient la décision du Ministre de l’Intérieur, « de leur accorder 12 000 livres, à titre d’indemnité, pour leur être distribuées dans la proportion de leur demande, sauf à faire rembourser cette somme au Trésor Public par le district de Rouen ? S’il est ainsi ordonné par l’Assemblée Nationale ». Puis, en date du 12 novembre et sur la même feuille mais d’une écriture différente, une dernière phrase conclut cette pénible affaire : « je soussigné Commissaire de la Trésorerie Nationale, chargé de la Section Dépenses Directes, certifie n’avoir donné, personnellement, aucun ordre pour les paiements de la somme ci-dessus de 12 000 livres ».

 

On peut en déduire, qu’en dépit de la décision favorable du Ministère donnée deux ans après les évènements, les boulangers n’ont jamais été payés. Cette conclusion est peut-être un peu hâtive, car curieusement, un ordre de paiement de ces douze mille livres est donné Joseph Durney, Administrateur du Trésor Public, le 19 juin 1791, avant la décision du Ministre. Les boulangers ont-ils été payés des trois quart des pertes subies ? La liasse en question ne permet pas de conclure. Elle nous aura permis de revivre, après plus de deux siècles d’oubli, une des nombreuses scènes prérévolutionnaires.

1 Archives Nationales Paris D/XI.2

2 revue d'Histoire Economique et Sociale, 1931, article de C.E. labrousse (réf. B.N. Tolbiac R22986)

3 Godechot Jacques - la prise de la Bastille, Gallimard, 1989, p.229 (réf; B.N. Tolbiac 16-G-5609-24)

4 Pouche n.f. , 1° Grand sac de toile grossière. Employé : Orne ; Haute-Normandie ; Manche. Synonyme : POUQUE. 2° Cartable d'écolier. Connu : Calvados, Orne. Synonyme : CARTE.

Du francique pokka "bourse", "sac" qui a donné également poche.

Source Dictionnaire du français régional de Normandie, René Lepelley, éd. Bonneton.

 

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- Louviers en 1870 par Mme Guynemer

- Un aspect de la misère au XVIIIème siècle : les abandons d'enfants

- La visite de Bonaparte en Normandie

- Louviers : visite de Napoléon en 1810

- Les villes au XVIIème siècle

Docteur en droit, Auguste Guynemer a été un temps dans les affaires à Paris avant d'être envoyé comme sous-préfet à Saverne, en août 1865. Il est nommé à Louviers le 31 janvier 1870, ce qui lui convient sur le plan familial, sa mère possédant au Thuit, près des Andelys. un château avec son parc, une maison, un lavoir, deux fermes, des bois, le tout couvrant environ 280 ha. Ses revenus sont alors plus que confortables puisqu'il dispose de 70 000 f de rente, dont 45 000 sur l'Etat, le reste en obligations. Il arrive à Louviers le samedi 12 février. Le Publicateur signale ainsi sa venue : « Arrivé samedi à Louviers, M. le sous-préfet Guynemer a reçu dimanche à l'hôtel de la sous-préfecture les visites des fonctionnaires publics. Avant hier et hier, il présidait aux opérations du tirage au sort des cantons du Neubourg et d'Amfreville »?.

Voir la suite dans l'article de M. Bernard BODINIER, d'après le journal de Mme Guynemer, article publié dans le N°120 de Connaissances de l'Eure, d'avril 2001.

http://perso.wanadoo.fr/sedlouviers/histoire/dossiers/guynemer.htm

Cet article est retranscrit sur le site de la Société d'Etudes Diverses, association plus que centenaire, qui a pour but essentiel de faire connaître l'histoire et de défendre le patrimoine de Louviers, ma ville natale et sa région.

Voir également dans la rubrique "la vie dans les villes" :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-713026.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-295629.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-284143.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248342.html

 

 

Dossier documentaire réalisé par Serge Monmarché, professeur au service éducatif des archives départementales de la Seine-Maritime

(les documents présentés sont libres de droits et peuvent être utilisés par les enseignants qui le souhaitent)

Ce dossier a été élaboré à partir de documents conservés aux archives départementales de Seine-Maritime. Il a pour but de mettre à disposition des enseignants des exemples de sources écrites d'origine locale, peu diffusées, afin de les utiliser en classe. Pour les élèves, c'est un premier contact avec les archives, qui peut être approfondi par la consultation sur place d'autres documents.

Les abandons d'enfants fournissent un éclairage original sur deux problèmes majeurs du XVIIIème siècle pré- révolutionnaire : la misère urbaine et la façon dont l'Etat y répond.
En effet, les abandons sont, le plus souvent, motivés par des difficultés financières ; ils augmentent ou baissent donc en fonction de la situation économique générale. Les billets d'exposition évoquent souvent cette misère, et les procès-verbaux en font aussi écho.
Ces enfants, très nombreux dans les grandes villes, doivent être pris en charge. Il faut d'abord leur permettre de survivre, tâche manifestement difficile, puis leur assurer une éd ucation morale et religieuse indispensable et enfin leur permettre de s'intégrer dans la société en leur fournissant un travail. Tout ceci est en grande partie assuré par les institutions hospitalières, d'où proviennent la majorité des documents proposés dans ce dossier.

Document 1 : la pratique de l'exposition

Il s'agit d'une pratique ancienne et courante. De nombreux enfants sont abandonnés devant un lieu "d'accueil" potentiel, église ou hôpital ; pour favoriser l'anonymat, l'hôpital-général de Rouen fera même installer un "tour" permettant aux enfants de se retrouver à l'intérieur du bâtiment en toute discrétion. Le trousseau qui les accompagne permet de juger de la situation sociale de leurs parents (certains enfants illégitimes sont d'ailleurs parfois richement dotés). Un billet explique souvent les raisons de l'abandon : la misère, une famille trop nombreuse, l'absence du père sont les causes les plus souvent évoquées. On y apprend aussi le prénom de l'enfa nt, son âge et s'il est baptisé. Par sécurité, les "trouvés" sont de toute façon rebaptisés. Se trouve parfois une "marque" avec l'enfant, bijou, pièce ou carte qui pourrait permettre sa reconnaissance future. En effet, l'abandon est, dans l'esprit de beaucoup de parents, une solution provisoire. Peu pourtant reviennent chercher leur enfant.

Le document proposé est un billet d'exposition de 1785. L'écriture est maladroite, l'orthographe approximative. Cette famille, d'origine modeste, réclame assistance pour une petite fille de vingt mois. Le mot s'adresse directement au personnel de l'hôpital-général.

document et transcription

Document 2 : procès-verbal d'exposition

Les découvertes d'enfants abandonnés ont été réglementées dès le Moyen-Âge. Chacune d'entre elles donne lieu à l'établissement d'un procès-verbal. Y sont consignées différentes informations : lieu et date de la découverte, nom, âge et état de santé de l'enfant, inventaire des effets qui l'accompagnaient. Le "trouvé" est conduit à l'hôpital-général, où il est rapidement baptisé. Il doit ensuite porter un collier numéroté permettant son identification.

Le document présenté est un procès-verbal d'exposition de 1784, rédigé par une soeur de l'hôpital-général de Rouen. L'enfant exposé est un bébé de six mois, Julie. Découvert en mai, le bébé mourra en août. L'espérance de vie des "trouvés" était en effet dramatiquement faible.

document et transcription

Document 3 : sentence de police

Les hôpitaux ne pouvaient prendre en charge tous les enfants abandonnés ; outre des problèmes de place, se posait la question de la nourriture de ces nourrissons. Une expérience de crèche fut bien tentée à Rouen mais les résultats furent catastrophiques. Tous les enfants, alimentés au lait de vache non chauffé, succombère nt en quelques mois. C'est pourquoi, la mise en nourrice restait la solution la plus simple. L'enfant trouvé était rapidement confié à une nourrice résidant à la campagne. Pour toucher sa pension, celle-ci devait présenter l'enfant à l'hôpital tous les six mois ; le collier prenait alors toute son importance pour vérifier son identité. De nombreux cas de mauvais traitements ou de substitutions sont recensés dans les archives judicaires rouennaises.

Le document présenté est un extrait d'une affiche relatant une sentence de la police du bailliage de Rouen en 1777. Une nourrice résidant près de Ry est accusée de mauvais traitements auprès des nombreux enfants dont elle a la charge. L'affiche rappelle la loi de l'époque, pas plus de deux enfants par nourrice. La condamnation, affichée dans la paroisse, sera constituée par une amende et le paiement de dommages aux familles plaignantes.

document

Document 4 : réglement pour l' école de l'hôpital-général

Les hôpitaux-généraux ne sont pas des lieux de soin, plutôt des lieux d'accueil. On y rencontre des orphelins, des personnes âgées, des invalides, mais aussi des mendiants. Pour ces derniers, l'accueil se transforme en enfermement provisoire ou définitif, la mendicité étant interdite au XVIIIème siècle. Les "trouvés", après la période de mise en nourrice, retournent (pour la minorité qui a survécu) à l'hôpital-général. Ils y recoivent une éducation à la fois religieuse et professionnnelle.

Le document est un extrait du réglement de 1763 concernant l'école des enfants pauvres de l'hôpital-général de Rouen. On peut y constater que les journées sont longues et l'emploi du temps quasiment monastique. Trois temps bien distincts partagent la journée : religion, instruction, travail.

document

Document 5 : registre des enfants à la charge de l'hôpital général

L'hôpital général n'est pas le destin définitif des trouvés. Les administrateurs du lieu tentent de "placer" leurs protégés auprès de différents employeurs. C'est une vocation mais aussi une nécessité budgétaire ; il faut faire de la place. Seuls les invalides peuvent rester, ainsi que certains jeunes dont les compétences peuvent être utiles. Régulièrement, les enfants sont "inspectés", leur état de santé, leurs progrès consignés dans un registre, ainsi que leurs perspectives d'avenir.

Ce document est un "montage" à partir du registre du 26 fevrier 1752 consignant les inspections de ce jour, auxquelles ont été ajoutés des inspections postérieures et les sorties ou décès de certains. Jacques Bonmartel, estropié, restera à l'hôpital-général ; François felix est, à 17 ans, employé à la vitrerie de ce lieu ; Nicolas Haché devra attendre l'âge de 27 ans pour être placé chez un tailleur.

 document et transcritpion

 Voir également dans la rubrique "la vie dans les villes" :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-295629.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-284143.html

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Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, en novembre 1799, Bonaparte a peu quitté la capitale et ses environs. En décidant de visiter la Normandie, entre le 29 octobre et le 14 novembre 1802, il effectue son premier véritable voyage de souverain en Province. Le cortège consulaire quitte Saint-Cloud au matin du vendredi 29, Chaptal, ministre de l’Intérieur, nous a laissé, dans ses mémoires, le souvenir de ce départ :

« Dans le voyage que je fis en Normandie avec Napoléon, il partit de Saint-Cloud à bidet, suivi de son courrier favori Moustache, il arriva quatre heures avant les voitures. Nous eûmes, dans la route, bien de la peine à nous débarrasser des fêtes et compliments qu’on avait préparés partout pour sa réception. On se refusait à croire qu’il eût passé incognito ».

Le cortège suit la Seine en direction de Mantes, puis oblique au sud-ouest vers Ivry où Bonaparte souhaite voir le champ de bataille sur lequel Henri IV est sorti victorieux des ligueurs. Le voyage est placé sous le signe de la paix. En fin d’après-midi, Bonaparte est à Evreux, préfecture de l’Eure, où il est reçu par le préfet Masson de Saint-Amand. Le lendemain, il visite Louviers, centre manufacturier, spécialisé dans le textile. Au milieu de l’après-midi du samedi 30 octobre 1802, Bonaparte arrive à Rouen, capitale de la Normandie. Il y reste jusqu’au 5 novembre, effectuant cependant un saut à Elbeuf le 3. Puis le 5, il prend la direction du Havre, par Caudebec et Yvetot. De là, il fait une incursion vers Honfleur puis la mer, avant de regagner Le Havre et de prendre la route du nord en direction de Dieppe ; il y séjourne du 9 au 12 novembre. Il rentre alors à Paris en passant par Beauvais où il demeure les 13 et 14. Le 14 novembre au soir, Bonaparte est de retour à Saint-Cloud.

Au cours de ce voyage, le Premier consul est accompagné de Joséphine qui joue un rôle essentiel dans la mise en scène du pouvoir. Ont été aussi associés au voyage le ministre de l’intérieur, Chaptal, et le ministre de la Marine, Decrès. A chaque étape, le même cérémonial se reproduit. Le préfet et les autorités du département viennent accueillir le cortège aux limites du département. Chaque ville visitée est pavoisée, des arcs de triomphe ont été érigés, la population s’est massée sur le parcours du cortège pour acclamer le Premier Consul. Comme sous l’Ancien Régime, le maire vient remettre les clefs de la ville à Bonaparte. Ce dernier reçoit beaucoup, multiplie les discours, assiste à de nombreuses cérémonies, bals et spectacles.

Bonaparte découvre une région riche et florissante, alors même que trois plus tôt, certains observateurs brossaient un tableau sinistre de la situation économique de la Normandie. En 1802, Bonaparte est d’abord frappé par la richesse agricole de la région. Il s’en étonne d’emblée dans une lettre à Cambacérès, resté à Paris où il expédie les affaires courantes : « Je ne connaissais pas encore les départements de Normandie, et j’ai éprouvé un plaisir bien grand à parcourir ces riches et fertiles contrées ».La Normandie est l’une des premières régions de France à avoir amorcé sa révolution agricole, suivant en cela le modèle offert par l’Angleterre. Bonaparte porte également un intérêt marqué pour l’économie de la région. Il transparaît dans la correspondance de Bonaparte avec Cambacérès à qui il écrit notamment : « J’ai visité hier différentes manufactures de Rouen. Ce matin, à huit heure, je suis parti pour Elbeuf pour visiter cette ville, qui ne forme qu’une seule manufacture ». …. Puis… « Cette ville est une ruche où, heureusement, il n’existe pas de frelons. Les magistrats sont heureux d’avoir à gouverner des hommes laborieux ; le travail assure à la fois repos de la société et le bonheur de l’individu ».

 

sources : revue bi-mensuelle Napoléon 1er le magazine du Consulat et de l’Empire N°13.

 

Voir en complément article sur Louviers : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-484350.html

Bien avant midi de ce 1er juin 1810, heure indiquée pour l’arrivée de l’empereur, le maire, M. Lambart, les conseillers municipaux, les administrateurs de l’hospice, précédés par la garde-d’honneur de Louviers, et escortés par la garde nationale, se rendent à l’arc de triomphe élevé sur la route de Rouen (en face du n°1) vis-àvis des deux peupliers qui se trouvent encore à l’entrée du clos du Maréquet.

Vers midi et demi, des cavaliers partis en éclaireurs annoncent l’arrivée du cortège impérial. Les voitures forment la tête du défilé, celle du grand maréchal du palais, celles des écuyers et des chambellans, passent sous l’arc de triomphe et s’arrêtent à quelque distance.

Voici le carrosse de voyage de l’empereur, reconnaissable à ses huit chevaux. La voiture s’arrête et la délégation municipale s’avance à la portière. Les clefs de la ville sont présentées au souverain sur un plateau d’argent par le maire qui avait tenu à l’honneur, sans doute, de revêtir l’habit officiel qu’il portait lorsqu’il représenta la ville de Louviers à la cérémonie su sacre, le 2 décembre 1804 : habit et culotte de drap bleu, avec trois liserés d’argent au collet, aux poches et parements, veste blanche brodée d’argent.

La voiture impériale s’ébranle après les compliments du maire à l’empereur et à l’impératrice. Les gardes-nationaux, en habit bleu de roi, avec parements et collet d’écarlate, font la haie ; les gardes d’honneur contiennent la foule.

Voici la rue du Faubourg de Rouen. A l’entrée d’une cour (au n°18 actuel), un homme tient une enfant dans ses bras ; c’est l’ancien soldat Michel Leque, qui a franchit les Alpes au Mont Saint-Bernard, en 1800, sous les yeux de Bonaparte, et a eu la cuisse brisée pendant la campagne. Sa fillette, qui deviendra presque centenaire, racontera aux lovériens du XXe siècle qu’elle a vu passer le « grand Napoléon ». Née à l’aurore d’un siècle, elle apportera, à l’aurore du siècle suivant, l’écho du passé à travers plusieurs générations disparues, à travers les bouleversements de régime survenus parmi les nations. Dépositaire des souvenirs d’un autre âge, elle pourra, la dernière à Louviers, fredonner la vieille chanson de Béranger :

                Mes enfants, dans ce village,

                Suivi du roi, il passa,

                Voilà bien longtemps de ça…

                - Parlez-nous de lui, grand’mère,

                Parlez-nous de lui.

Le carrosse impérial arrive sur la place de Rouen – l’ancienne place d’Armes – et s’arrête bientôt devant l’hôtel de ville. Napoléon met rapidement pied à terre ; il aide sa jeune femme à descendre.

Derrière l’empereur et l’impératrice viennent la duchesse de Montébello, dame d’honneur, le comte de Beauharnais, chevalier d’honneur, Nansouty et le prince Aldobrandini, premiers écuyers, Bessières, duc d’Istrie, colonel-général de la garde. C’est ensuite le roi et la reine de Westphalie, le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, le ministre de l’intérieur, M. de Montalivet, qui avait visité le canal de Louviers en 1809, les dames du palais, les aides de camp et les officiers d’ordonnance. Les fonctionnaires et les autorités constituées marchent à leur suite.

Napoléon et l’impératrice Marie-Louise gravissent le perron de l’hôtel de ville et font leur entrée dans la salle du trône (actuellement salle des séances du conseil municipal). Au fond, sur  une estrade, sont placés les fauteuils prêtés par M. Piéton-Prémaudé, conseiller municipal, qui habitait le 34 de la rue Saint-Germain. L’aigle doré domine le trône de l’empereur.

Le premier mouvement de Napoléon en entrant dans la salle du trône, tapissée des draps de Louviers, est de complimenter leur fabricant, Mme Guillaume Le Maître, (cette manufacture, située 2, rue du Maréchal Foch, a fait place à une minoterie en 1886). Ce sont « les plus beaux draps de l’Europe », déclara M. de Chambaudoin, préfet de l’Eure. « Leurs Majestés ont daigné les examiner, les toucher et en observer l’éclat, comme la finesse et la perfection », écrira le maire avec fierté.

Les autorités constituées et les fonctionnaires sont présentés à l’empereur et le maire de Louviers lui remet l’adresse sur laquelle sont consignés les vœux de l’assemblée municipale et des industriels. Puis un groupe de jeunes filles, habillées de blanc, offrent à l’impératrice une corbeille de daphnés remplie de fleurs. La jeune épouse du souverain distribue de menus cadeaux, montres, bracelets, bagues, etc.

Après la réception, Napoléon quitte l’hôtel de ville pour aller visiter les manufactures de drap. Aucune garde autour des souverains ; une foule respectueuse et enthousiaste ouvre ses rangs au passage du cortège.

Jean-Baptiste Décrétot, qui a inauguré le régime parlementaire à Louviers, est un des grands fabricants de drap de la ville. Il s’est préparé à  recevoir l’empereur. Mais après avoir traversé la cour, Napoléon se rappelle qu’il l’a visité en 1802 ; il se dirige aussitôt vers les manufactures de MM. Ternaux.

A cinquante pas de l’établissement Decrétot, devant le portail-ouest de l’église Notre-Dame, l’abbé Desnoyers, curé de la paroisse, offre de l’eau bénite et l’encens à l’empereur et à l’impératrice. Les cloches font entendre leur voix d’airain. Elles ont carillonné à l’arrivée de l’empereur, puis pendant l’attente à l’hôtel de ville, enfin elles se sont remises en branle au départ pour la visite des fabriques ; leur  tumulte harmonieux, qui va suivre le cortège jusqu’à son entrée dans la manufacture Ternaux, domine les acclamations de la foule.

Avant de quitter « la fabrique », Napoléon, par une de ces inspirations qui lui gagnaient les cœurs, attacha la croix de la légion d’honneur  sur la poitrine de Guillaume Ternaux.

En sortant de la manufacture Ternaux, l’empereur et l’impératrice montère en voiture. Le carrosse impérial emprunta la rue Trinité qui débouchait à l’extrémité de la rue Saint-Jean (notre rue des Quatre-Moulins), près de l’ancienne Porte de Paris, démolie au début du XXe siècle.

Le brillant cortège traversa la place du Champ de Mars (notre square Albert 1er) où le relais de chevaux avait été sans doute établi. Il passa devant l’hospice qui était l’asile des misères où venaient s’abriter, pendant les invasions de 1814 et de 1815, des milliers de soldats malades et après 1815, bien des vétérans et des veuves de vétérans.

Les nombreuses voitures du cortège impérial traversèrent ensuite le faubourg Saint-Jean dont les modestes demeures étaient tapissées de draps de lit ornés de verdure et de fleurs. Napoléon quittait Louviers pour la deuxième et dernière fois.

Source : Louviers – Histoire des rues de l’Abbé René Delamare.

 

Voir encomplément l'article sur Louviers : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-458448.html 

 

Au XVIIe siècle, les dessinateurs qui représentent les villes se plaisent à les figurer corsetées de remparts et sises dans un environnement agreste. Jardins, lopins de vignes, champs labourés entourent la ville et viennent mourir aux pieds de ses murailles protectrices. Peu importe qu'au cours du siècle les murs soient de plus en plus mal entretenus l'enceinte résiste encore et délimite un espace de libertés et d'exemptions fragilisé par la mise sous tutelle des finances communales à partir du règne de Louis XIV.

Si l'air de la ville devient moins libre qu'auparavant, il reste toujours aussi nauséeux et sa piètre qualité est dénoncée à chaque épidémie. Pourtant, les villes exercent une attraction indéfectible sur les populations rurales environnantes. En période de crise agricole et de famine, elles accourent, espérant en l'assistance des congrégations religieuses, des corps de ville et comptant sur l'aumône des particuliers. En temps ordinaire, les villes sont synonymes de travail. Elles offrent des opportunités professionnelles sensiblement plus variées qu'à la campagne. L'air de la ville est favorable à l'acquisition de pratiques et de savoirs dispensés dans l'échoppe d'un artisan, la boutique d'un régent ou au collège.

Enfin, la ville est source de dépaysement et d'enchantement, à l'occasion d'une mission, par exemple lorsque le roi fait son entrée. Elle est un monde de contrastes, chatoyant et glauque, violent et policé vers lequel tous les voyageurs tournent les yeux. De copieuses notices décrivent leurs monuments et leurs antiquités.

 

extrait de ARCHIVES DE France – XVIIe siècle tome 4

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