NOTRE BUT

Passionné de génealogie et d'histoire, je souhaite partager mes recherches. Ce blog est le prolongement de l'arbre généalogique de la famille GOUPIL - PERIER avec comme de-cujus mes enfants :

http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil.

 

La pratique de la généalogie évolue : faire des arbres avec des noms et des dates reste assez limité ; en tant que généalogiste, je suis également curieux de notre histoire familiale. Pour donner une image, le corps humain est composé d'un squelette, mais aussi d'organes et de chair. En généalogie, c'est la même chose. Il est important de faire des recherches en vue de comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres : quel métier exerce-t'il, pourquoi untel a migré dans une autre région, etc. 

 

Ce blog a pour but de publier simplement des articles sur des thèmes de recherches (généalogie, histoire), partager des dossiers, de façon à les rendre consultables par des internautes (généalogistes, historiens, amateurs ou professionnels). Vous avez la possibilité de les commenter.

N'hésitez-pas à me communiquer l'adresse de vos blog et ainsi créer un vrai réseau, et établir de vrais contacts entre des personnes qui partagent les mêmes passions que moi.

N'hésitez-pas également à vous inscrire à la newsletter (voir pavé de droite) et devenir ainsi un abonné afin de recevoir les nouveaux articles mis en ligne. 

 

 

"On peut reconnaître assez facilement l'histoire officielle d'un pays, la liste des rois, de ses ministres, de ses guerres, de ses traités, et cependant la véritable histoire n'est pas là, c'est dans les masses profondes des travailleurs de tout ordre que réside la vie réelle de la Nation" - Edouard Herriot (1er mai 1909).  

 

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

livres lus

- Généalogie de L'Europe - ATLAS DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE - Sous la direction de Pierre Lamaison - conseiller historique Pierre Vidal-Naquet, Hachette Livre, 1994 :

Autour de Pierre Lamaison, une équipe d'historiens et d'anthropologues de haut niveau offre au public une généalogie de l'Europe, de la préhistoire au XXe siècle. De conception inédite, cet atlas illustré de 450 documents en couleurs, propose, à travers 80 tableaux généalogiques associés à 160 cartes en couleurs, des clés pour comprendre des phénomènes de longue durée dispersés sur une aire géographique très vaste qui rendent compte de l'unité et la variété politiques et culturelles de l'Europe actuelle.


 - Physiologos Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, éd. Jérôme Millon : voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-991736.html


Je vous conseille de lire le livre de Jean-Louis Brunaux : "Les gaulois" - collection "Guide Belles Lettres de Civilisations" publiés aux Editions Les Belles Lettres (2005)... suite - voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1275187.html

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Images Aléatoires

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Le célibat existait quand même ; à la campagne il représentait 5 % au XVIIIè siècle, 10 % en ville et jusqu’à 25 % de la population à Caen.

La cause principale non souhaitée et même redoutée était l’impossibilité de s’installer.

Quant à ceux qui franchissaient le pas, ils le font tard (suivant nos statistiques « généalogie GOUPIL-PERIER » :

au XVIIè siècle
, 29 ans pour les hommes et 23 ans pour les filles (échantillon de 38 ancêtres, dates confirmées par les actes scannés en notre possession). 

au XVIIIè siècle
, 28 ans pour les hommes et 26 ans pour les filles (échantillon de 65 ancêtres, dates confirmées par les actes scannés en notre possession). 

Dans les milieux les plus pauvres
, les garçons épousaient des filles d’autant plus âgées qu’ils étaient les moins qualifiés ; le temps pour les filles de s’être constituée une dot.

En ville la moyenne était encore plus forte.

Les causes sont :

- la nécessité de limiter le nombre d’enfants
- la possibilité de nourrir sa famille
- la coïncidence entre exploitation agricole et famille poussant l’héritier à attendre la mort du père pour s’installer
- l’allongement de la vie au XVIIIè siècle.

L’Eglise n’aimait pas ce recul de mariage
car elle encourageait les conceptions prénuptiales et les naissances illégitimes à la fin du XVIIIè siècle, alors que l’âge au mariage augmentait encore ; mais l’Etat maintenait la majorité à 25 ans pour les filles et 30 ans pour les garçons. 
En  FRANCE, malgré la diversité des coutumes, l'influence du droit romain se fit largement sentir, surtout à partir du XVIIe siècle. Il  était en général admis que "la pleine capacité civile n'était atteinte qu'à 25 ans" (Arrêtés de M. le P.P. de LAMOIGNON - 1702). Mais il y eu des exceptions : toute personne "née" en NORMANDIE  était réputée majeure à 20 ans accomplis (Placitez du  Parlement de ROUEN de 1666 - article 38). La  Révolution, favorable aux jeunes générations, abaissa l'âge de la majorité à 21 ans (loi du 20 septembre  1792). Le Code Civil Napoléonien (loi du 30 ventôse An  XII) conserva le même âge et il fallu attendre la Ve République  et la loi du 5 juillet 1974 pour que la majorité soit  acquise à 18 ans.

L’Eglise reconnaissant la validité du sacrement de mariage entre mineurs
; la loi civile assimilait le mariage d’un enfant mineur sans le consentement des parents à un rapt ; c’était passible de la peine de mort.

L’acte de mariage était obligatoire depuis 1579
et la signature obligatoire des époux ainsi que des quatre témoins requise depuis l’ordonnance de 1667, le "code Louis".

Il est d’usage de se marier dans son milieu
et quelques kilomètres suffisent à être traité d’étranger. Jusqu’au début du XIXè siècle, 70% des garçons épousent une fille de leur paroisse et 90% des filles garçons épousent un garçon de leur paroisse.

Les anciens poussent souvent les jeunes à des mariages doubles 
: le fait qu’un frère et une sœur épousent une sœur et un frère économise généralement la dot et le patrimoine foncier reste ainsi dans la famille.

La cérémonie se faisant généralement dans la localité de l’épouse
, ainsi que le festin chez le père de la mariée.

Le vendredi est exclu
, car c’est jour de deuil et de jeûne en souvenir de la mort de Jésus-Christ ; le dimanche est réservé au culte. La fin de semaine est boudée au profit des trois premiers jours. Le mardi est de bon augure. Impossible de se marier un jour de fête ou encore pendant les jours de pénitence de l’Avent et du Carême (abstinence sexuelle), en mai (influence néfaste depuis les lois romaines) et en été (fenaison, moisson).

A la campagne, les mariages ont lieu surtout en janvier, février et novembre. 

Le taux des mariages
entre le 1er novembre et le 28 février

1580-1589 : 41 %
1780-1792 : 54 %

Avant 1870-1880, la mariée n’est pas en blanc
mais a des couleurs vives comme le rouge ou le bleu. La tradition de la robe blanche vient avec l’apparition de la vierge vêtue de blanc à Bernadette Soubirous dans la grotte de Lourdes.

La femme mariée doit s’attendre à se retrouver régulièrement enceinte à intervalles plus ou moins rapprochés : entre dix et seize mois.
Jusqu’au XVIIIè siècle, elle donne naissance à dix ou seize enfants en moyenne : le nombre d’enfants est gage de prospérité en tant que main-d’œuvre gratuite.

A la campagne, les périodes de grands travaux sont des périodes d’abstinence
ce qui explique les forts taux de naissance en hiver, entre décembre et mars.

Le plus souvent , l’homme est plus âgé que la femme
, entre un et quatre ans

Dans les milieux les plus pauvres
, les garçons épousaient des filles d’autant plus âgées qu’ils étaient les moins qualifiés ; le temps pour les filles de s’être constituée une dot.

Vous pouvez consulter, en complément :

- Le jour du mariage ;

- Analyse d'un contrat de mariage normand au XVIIIe siècle

Les registres paroissiaux peuvent contenir la mention des bannies du pain de charité (1) (intercalée parmi les BMS) pour quelques années du 18ème siècle.

Cet usage s'est conservé sous la forme du "pain béni' distribué le jour de la fête locale, c'est à dire la Saint-Martin (2).

Ainsi, le 18 mars 1731, maître Alexandre DENIS s'oblige, par exemple, à fournir "quatre livre et demi de pain blanc par chaque personne en deux pains égaux" du meilleur qui se vende à la condition que lui soient fournis 17 boisseaux de blé "du meilleur qui se vende à la halle de ...., à six deniers près par boisseau".

L'année suivante, le 6 avril 1732, ce fut maître Pierre BOISARD qui s'engagea pour une quantité de cinq livres, aux mêmes conditions. La promesse de Jean DUHOMME est consignée le 29 mars 1733 aux termes des bannies précédentes. Le 18 avril 1734 Philippe DETERVILLE "promit délivrer à chaque personne 4 livre et demie..."

Quatorze ans plus tard, le 26 mars 1747, a lieu la bannie du pain de charité "au plus offrant et dernier enchérisseur". Après les enchères, il a enfin été mis à "cinq livres et demie par personne par Jean DUHOMME et à lui adjugé". Les personnes qui se sont obligées de fournir le blé à l'adjucataire sont tenues de livrer... "à deux liards prest" par boisseau "du meilleur du tripot (3), faute de quoi la distribution du pain sera remise "jusqu'à ce que justice en ait ordonné".

La bannie du 23 mars 1755 rassemble les paroissiens "au son de la cloche" : Monsieur François BOISARD promet de délivrer le pain aux habitants le Jour de pasque, à raison de "cinq livres demy quarteron" (un huitième de livre).

Même termes pour 1756 (le 11 avril) où Thomas LE BRUN est l'adjudicataire. Le certificat précise à nouveau que si le pain n'est pas de qualité suffisante, l'adjucataire "sera obligé d'en fournir d'autre a ses frais". Tous ceux qui sont obligés à la fourniture de bled le feront "a six deniers de relâche par boisseau". (diminution, rabais).

Ces contrats insistent sur la qualité des denrées à fournir et montrent que les relations entre paroissiens n'étaient pas exemptes de méfiance. La quantité de blé est constante.

Le rôle de la gabelle permettait aux paroissiens assemblés de connaître le nombre des habitants de la paroisse (moins les enfants en dessous de huit ans qui ne figuraient pas parmi les "gabellants"; Il était aussi loisible au "custos" de les dénombrer au cours d'un office.

Si la somme de grain prévue paraît forfaitaire, cela ne signifie pas que l'on n'a pas adapté la commande aux besoins.

"Il a mangé son pain blanc" : Cette expression proverbiale nous rappelle que le "méteil" (mélange de farine de blé et d'orge) ou le pain de seigle (dans les régions de ségalats du Midi) était l'aliment de base de la majorité de la population.

Le pain blanc est une denrée de luxe, ainsi à l'Hôtel-Dieu de Paris, il est prévu, en 1634 : l'on baillera du "pain blancau griefs malades et non du commun" (4).

Tableau de la Bannie
Année Poids en grammes distribué par habitant
1731 2.202
1732 2.447
1733 2.447
1734 2.202
1747 2.692
1755 2.453
1756 2.453

Il est permis de penser qu'à la suite de la disette (ca 1715), la population a légèrement baissé, d'où cette augmentation de la part de chacun (5).

Si l'on prend comme exemple la population de Cormelles en 1750, l'évaluation est la suivante :

Des enfants nés entre 1672 et 1700, il y a 145 survivants. On compte 68 adultes, dont 17 sont seulement connus comme "naturels taillables". Dix-huit autres sont mentionnés comme témoins résidants. Il y a trois écclésiastiques, soit un total de 231 habitants.

En 1672, la paroisse d'origine des parents d'un baptisé est clairement indiquée, ce qui ne sera pas toujours le cas ! Quelques épouses des habitants, "enrolés" pour la taille ne nous ne sont pas connues.

Certains habitants - les plus humbles - ne peuvent être dénombrés que par l'indication de leur sépulture : un berger, deux tailleurs de pierre, deux domestiques résidant chez leur employeur.

En l'an 1 de la République : 78 villageaois sont nés avant 1750, et les baptisés après cette date survivent au nombre de 117. Les actes de mariage permettent d'y joindre 8 époux et 37 témoins, auxquels s'ajoutent 13 "naturels taillables" (non mentionnés ailleurs). On obtient ainsi un total de 253 habitants pour 1792.

On sait que les petits bois avoisinant les habitations ont alors essartés pour augmenter les emblavures (6).

Sous le Premier Empire, le dénombrement retombera à 218 (inventaire de 1806) (7).

Les mariages sont rares en période de disette favorisée par les restrictions imposées au transport des grains. J. DUPÄQUIER a signalé la baisse de la fécondité au 18éme siècle (8).

Mais la période de prospérité matérielle pendant une quarantaine d'années, à partir de 1730/1735, voit la conjoncture des prix, des productions et des naissances (9).

(1) Bannie = mot normand selon Littré : publication en forme de ban : bannie de travaux à faire, ban de moisson, fauchaison ou ramée.

(2) La Saint-Martin se fête le 11 novembre.

(3) Tripot = halle au blé. En Normandie = marché, tumulte (LIttré). L'expression "faire son tripot a désigné le ménage, la cuisine.

(4) "Articles pour servir au règlement... " in : histoire de l'Alimentation à l'hôpital (Expression du Musée de l'Assistance Publique) Paris, 1998.

(5) Selon Taine, un tiers de la population française avait péri  cf. HE. Jacob : Histoire du Pain depuis 6000 ans, éd. du Seuil, Paris, 1958.

(6) Cormelles-le-Royal : brochure municipale, s.d. 13 pp. cf. p. 11

(7) Chiffre communiqué par l'INSEE.

(8) Jacques DUPÄQUIER : La population française aux 17ème et 18ème siècles. P.U.F. Coll. "Que sais-je ?", 1979.

(9) Littré.

 

Dans la même rubrique, vous pouvez consulter les articles suivants :

- Une vie de patachon

- Le jour du mariage

- L'antiféminisme jusqu'à la fin du XIXe siècle

- Analyse d'un contrat de mariage normand au XVIIIe siècle

- La femme de jadis en Normandie

 

Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'on connut les pataches, sortes de vieilles guimbardes sans ressorts, bâchées, inconfortables, qui servaient de diligences aux pauvres et aux régions peu huppées. Leur conducteur était le patachon, toujours sur les routes, par monts et par vaux, buvant sec à toutes les tavernes pour se donner l'illusion de conduire un carrosse... 

Au fond c'était un pilier de cabaret, mais ambulant !

... D'où l'expression "une vie de patachon".

Source : La puce à l'oreille - Anthologie des expressions populaires avec leur origine, Claude Duneton chez stock

La patache, est également le nom du bateau désaffecté des douaniers chargés de la surveillance du fleuve et surtout du transport du sel.

 

Dans la même rubrique "les moeurs / les coutumes", vous pouvez consulter les articles déjà publiés :

- Le jour du mariage

- L'anti-féminisme jusqu'à la fin du XIXe siècle

- Analyse d'un contrat de mariage normand au XVIIIe siècle

- La femme de jadis en Normandie

Voici ce qu'écrit l'historien Robert Muchembled au sujet du jour des mariage (in Société, culture et mentalités dans la France moderne, Armand colin, 1990 et 1994) : "Le vendredi est considéré comme néfaste, d'autant qu'il rappelle la mort du Christ et qu'il est impossible de faire "gras" lors des repas. Le samedi, trop proche du dimanche consacré à la messe, s'exclut de lui-même. Mercredi et jeudis ne déchaînent guère l'enthousiasme, à tel point que les évêques de Grenoble en 1690 ou d'Auxerre en 1695 se plaignent de la désaffection de leurs ouailles pour ces journées, en matière de mariage. A certaines exceptions près (jours de marchés locaux, par exemple), les mariages se célèbrent surtout un mardi (67 % à Thoissey, en Bresse, ou 46 % en Vexin au XVIII° s., ou accessoirement un lundi (respectivement 11 % et 40 %). Les fiancés ont pu pieusement se préparer, en communiant pendant la messe dominicale."

 

Voulant vérifier dans ma généalogie ce que l'historien Robert Muchembled écrit au sujet du jour des mariages, voici ce qu'il en ressort :

 

Etude faite sur le 18e siècle :

- Cela est confirmé quant au vendredi : il n'y a pas de mariage ce jour = 1% (ou négligeable : d'ailleurs peut-être une erreur de transcription dans les actes!) ;

- On se marie essentiellement le mardi : oui pour 44% sur l'ensemble des relevés ;

- Et accessoirement le lundi : oui très accessoirement pour 9% sur

l'ensemble des relevés ;

- On se marie guère le mercredi et le jeudi :

      * oui pour le mercredi : 4,5 % pour l'ensemble des relevés

      * je suis plus nuancé pour le jeudi : 17 % - mais des évènements tel marchés locaux, existent peut-être par exemple, et, favorisent-ils les mariages ? - Données à vérifier si cela est possible ! -

- On se marie peu le samedi : j'ai tout de même 22% des mariages qui se déroulent ce jour sur l'ensemble des relevés ! Même reflexion que pour le jeudi !

- On se marie pas ou pratiquement pas le dimanche : oui pour 2,5%

 

Parmi les particularités régionales :

L'ensemble de la Normandie est à peu près dans la moyenne de l'ensemble des de mes données. Il est à noter qu'on se marie essentiellement le mardi mais aussi le mercredi et samedi en basse Normandie. Concernant la Haute Normandie, on se marie essentiellement en tout début de semaine (65.5%, avec une forte proportion pour le mardi) et accessoirement le jeudi et le samedi.

En Bretagne ( département 22 uniquement) on se marie essentiellement le mardi (59%), accessoirement le samedi (35%), très peu le lundi (6%) ;

En Bourgogne ( département 21 uniquement) on se marie qu'en début de semaine avec une forte tendance pour le mardi (50%).

Si l'on compare mes données avec les différentes données de la bresse (78%) et du Vexin (86%), en ce qui concerne le début de semaine (lundi et mardi) :

les régions où l'on trouve les pourcentages les plus importants sont la Haute-Normandie(65.5%), le 22 (65%) et le 21 (66.5 %). la tradition religieuse dans ces régions est-elle plus marquée ?

 

Voici ce qu'il ressort de mes données, avec un bémol tout de même car il faudrait vérifier ces données avec un bien plus grand nombre de relevés d'acte - étude il est vrai faite sur un nombre tout de même limité de relevés = 87 mariages avec une date précise relevé dans l'acte.

 

EXTRAIT D'UN EXPOSE D'HISTOIRE

Introduction: L'antiféminisme est un thème très vaste. Ainsi, nous nous sommes très vite retrouvés devant une matière gigantesque. En effet, il n'était pas évident de vous parler de la condition féminine durant tant de siècles. Nous avons donc décidé de nous restreindre à l'Europe et de faire ressortir quatre thèmes principaux, que nous avons retrouvé à presque chaque époque. Pour mieux les illustrer, nous les ferons ressortir dans un résumé condensé de l'histoire de la femme depuis le commencement du christianisme jusqu'à la fin du 19e siècle.

Thèmes:

1) La femme diabolique: Lorsque nous pensons à cette représentation de la femme, nous voyons immédiatement le Moyen-Age et la sorcellerie. Mais cette perception date de bien plus longtemps, et ses racines sont profondément encrées dans l'histoire. La femme comme complice du diable, séductrice de l'homme, tentatrice.

2) La femme faible: La femme a très souvent été mise en marge de la vie sociale à cause de sa soit-disante infériorité physique mais surtout intellectuelle par rapport à l'homme.

3) Femme objet: Nous vous expliquerons plus tard quelles sont les causes d'une telle vision de la femme, pourquoi elle a été si souvent réduite à son rôle sexuel, entrainant sa fonction entièrement pour l'homme.

4) La femme rivale: Lorsque nous réfléchissons aux causes de tant d'antiféminisme, la peur de la femme paraît l'une des principales, la peur de sa différence mais surtout de ses richesses, de sa force.


La condition féminine depuis le commencement du christianisme jusqu'à la fin du 19e siècle:

Femme au commencement du christianisme: Alors que l'ancien Testament accordait une place très importante à la femme, l'évolution historique a amené le judaïsme tardif à une situation de plus en plus antiféministe. La femme est tenue à l'écart de toute vie sociale et religieuse. Elle est rangée dans la trilogie méprisante:"femmes, esclaves, enfants". Le mari est maître absolu au logis, la polygamie est chose courante, et l'homme abuse fréquemment du divorce.(La femme n'en a bien-sûr pas le droit). A cette époque, on dénote trois grandes causes de l'antiféminisme:

- La circoncision qui est un rite de pureté et d'initiation à la religion, et qui n'est pratiquée que pour l'homme. La femme se trouve donc en marge des croyants.

- "Les impuretés périodiques" qui placent la femme plus loin du divin que l'homme, et la met à l'écart pendant chaque cycle.

- Eve a commis en premier le pêcher originel. Ainsi la femme est vue comme un être faible, qui ne résiste pas à la tentation, elle doit donc être sous tutelle, surveillée et protégée par l'homme. Cette attitude paternaliste place la femme en éternelle mineure. D'ailleurs, bien plus tard, au 18e, Marivaux écrira: "Femme tentée et femme vaincue, c'est tout un".

A l'arrivée du Christ, le message évangélique a une portée nouvelle. Il appelle tous les êtres humains, sans distinction de race ni de sexe, à fonder avec lui un monde nouveau. Cela provoque un brutal renversement des valeurs. Très vite le Christ se lie avec les femmes et tente autant que possible d'élever leur rang à celui des hommes. Il interdit la polygamie et condamne le divorce. La Bible, Saint Mathieu (XIX, 1-9): "Aux pharisiens qui lui demandent s'il est permis de répudier sa femme pour n'importe quel motif, Jésus répond: "N'avez-vous pas lu que le créateur, dès l'origine, les fit homme et femme et qu'il a dit: - Ainsi donc l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme et les deux ne feront qu'une seule chair? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair." Beaucoup de Pères de l'Eglise se sont fondé sur la Bible pour justifier leur antiféminisme, très souvent en ommettant de situer les textes dans leur contexte ou de les nuancer, car on trouve, comme l'écrit Jean Delumeau dans La peur en Occident, XIVe-XVIIIe siècles, plusieurs passages prouvant l'importance des femmes auprès du Christ: "Alors que tous les disciples sauf Jean abandonnent le Seigneur le jour de sa mort, des femmes demeurent fidèles, au pied de la croix. Elles seront les premiers témoins de la Résurrection, point sur lequel s'accordent les quatre Evangiles."

Même si le Christ n'a pas pu mener à terme sa révolution, car il y a un seuil d'intolérabilité à respecter pour éviter une réaction de rejet, il a posé des bases profondes et théoriques en espérant que les siècles à venir feraient évoluer la situation de la femme et améneraient l'égalité des sexes aux faits. Malheureusement, les hommes n'ont fait, à travers les siècles, que d'agrandir toujours plus l'espace entre la théorie et la réalité. Si certains messages n'ont pas passé, c'est parce qu'il y avait un grand héritage d'idées misogynes et également par les rapports aux différents peuples que le christianisme a converti et qui l'ont influencé par leur culture, en particulier la religion juive. Mais plusieurs facteurs du christianisme ont dans une certaine mesure réhaussé la condition de la femme: L'interdiction de la polygamie et la sacralisation du mariage, qui contribua à donner de l'importance et du respect à la femme. Mais comme très vite elle se retrouve dans un état de soumission à son mari, sa liberté se restreint à se choisir un maître.

Nous allons maintenant passer à St.Paul qui est à l'origine des ambiguïtés dans la société chrétienne à l'égard de la femme. Au temps de saint Paul, les femmes ont acquis une place plus importante. Nous sommes passés de petites cités à de grands ensembles politiques. L'homme devient alors un simple individu et accorde ainsi plus de place à l'amour, plus d'intérêt et de respect à la femme. On commence à l'appeler Domina, "maîtresse". Bien que les femmes soient très actives et qu'elles aient une place très importante dans les communautés chrétiennes primitives, cette évolution n'est pas toujours traduite dans les lois. St.Paul est entouré de femmes qui jouent un grand rôle missionnnaire, et il manifeste à plusieurs reprises sa reconnaissance à l'égard des femmes dont l'activité apostolique seconde la sienne." Venons-en aux ambiguïtés de St.Paul. St.Paul a eu une double éducation. Il est né Juif pharisien (au départ ennemis du Christ et aux idées passablement misogynes) puis s'étant révolté contre sa religion, il s'est converti au christianisme. Il est donc, durant toute sa vie, tiraillé entre deux façons d'aborder le problème féminin. Il proclame l'universalisme chrétien mais accepte des situations concrètes. Par exemple, comme le cite Jean Delumeau dans La peur en Occident: "Ce n'est pas l'homme, bien-sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme" Et l'auteur ajoute: "paroles que dément partiellement le contexte-mais de celui-ci la tradition chrétienne oublia de se souvenir". Dans ses textes saint Paul ne cesse de se contredire. En effet, il accorde à la femme le droit de prophétiser dans les assemblées, et en même temps lui ordonne d'y rester voilée et de s'y taire, ce qui est tout à fait illogique. Il a partagé l'androcentrisme de son temps, qui sera accentué encore par les différents facteurs qui interviendront dans la culture chrétienne en formation et qui influenceront terriblement notre société. St.Paul ne fut certainement pas misogyne, mais il ne fut pas capable de concilier l'égalité évangélique qu'il préconisait avec des situations concrètes qu'il acceptait. Ses ambiguïtés ont donc contribué à placer la femme dans une situation d'égalité et de subordination. En effet, plus tard, la femme ne sera l'égale de l'homme que devant Dieu, et la subordination réglera toute sa vie réelle, dans l'église et dans le mariage. Les Pères de l'Eglise auraient du nuancer ses déclarations. Au contraire, ils ont utilisé uniquement les déclarations antiféministes de St.Paul, se basant sur elles pour justifier la soumission de la femme à l'homme en la disant "naturelle" et "voulue par Dieu".

Un des plus grands dégats qu'ait commis St.Paul est d'avoir introduit une relation inégale dans le mariage en la justifiant par un rapprochement périlleux: comme la tête domine le corps, l'homme domine la femme. Ainsi depuis lors la femme sera restreinte dans sa fonction corporelle, vue comme un objet sexuel uniquement, et verra rejaillir sur elle tous les mépris de la chair et de la sexualité. En effet, depuis Platon, il y eut tendance à déprécier ce qui était charnel. Le corps était vu comme la prison de l'âme. Les premiers Pères de l'Eglise provenaient justement de ce milieu culturel et idéologique. Ils partirent de la constatation que le bonheur n'est pas possible ici-bas et en concluèrent qu'il devait l'être après la mort dans l'assimilation à la divinité. Ainsi, le corps était un obstacle constant à la progression vers le divin; la vraie réalité humaine se résumant en l'âme, le corps et ses activités ne pouvaient être qu'objets de mépris, en particulier les passions et désirs qui par leur violence troublaient la sérénité de l'esprit. Ainsi certaines données culturelles du paganisme formèrent le contexte général du christianisme, dont ce mépris de la chair qui contenait en lui-même le mépris de la sexualité, vue comme une activité corporelle uniquement. Comme la femme était le symbole de la sexualité, elle avait deux fonctions pour l'homme: mère ou prostituée. Elle était donc réduite à sa fonction sexuelle par son corps, comme pur objet de plaisir pour l'homme, ou pour la procréation. Cela influença terriblement le christianisme. Certains pères furent très misogynes, d'autres, défendant les femmes, leur conseillèrent de se retirer dans la virginité. L'image de la femme ne pouvait depuis lors être complète: soit elle était un objet sexuel, soit elle était un être asexué. Il faut ajouter que, à moins de devenir vierge consacrée, la femme, pour mériter le respect, devait remplir une autre condition: renoncer à toute professions qui concurencerait l'homme. Ainsi nous revenons à notre quatrième thème, celui de la femme rivale. Il est évident qu'une des causes de tant de rejet est la peur de la femme et de ses capacités.


Les Pères de l'Eglise:

On explique, depuis l'entrée du christianisme dans le monde païen, la dépravation morale comme une suite du péché originel dont la femme est la seule fautive. Elle devient un intermédiaire entre démon et être masculin. Tertullien (Père d'Eglise) écrit: "Tu devrais toujours porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la pénitence, afin de racheter la faute d'avoir perdu le genre humain... Femme, tu es la porte du diable. C'est toi qui as touché à l'arbre de Satan et qui, la première, a violé la loi divine."

Se pose le problème constant de concilier cette vision de la femme avec l'enseignement évangélique. St Augustin y répond: "Tout être humain possède une âme spirituelle asexuée et un corps sexué. Chez l'individu masculin le corps reflette l'âme, ce qui n'est pas le cas chez la femme. L'homme est donc pleinement image de Dieu, mais non la femme qui ne l'est que par son âme et dont le corps constitue un obstacle permanent à l'exercice de sa raison. Inférieure à l'homme, elle doit donc lui être soumise." La femme a donc été faite à partir de l'homme et pour l'homme. Jean Delumeau résume bien cette vision: "Il n'y a véritablement qu'un seul sexe, le masculin. La femme est un mâle déficient:" C'est sur de telles idées que débute le Moyen Age et qu'il se déroule.


MOYEN AGE:

Le Moyen-Age a connu, si nous schématisons, deux courants forts: la diabolisation de la femme aboutissant à la sorcellerie et, en contre partie, l'exhaltation toujours plus forte de la virginité, l'idolation de la vierge Marie, et la naissance de l'amour courtois.

Jean Delumeau écrit: "Tandis que s'additionnent pestes, schismes, guerres et crainte de la fin du monde-une situation qui s'installe pour trois siècles-les plus zélés des chrétiens prennent conscience des multiples dangers qui menacent l'Eglise.". Il ajoute: "Les périls identifiables étaient divers, extérieurs et intérieurs. Mais Satan était derrière chacun d'eux." Ainsi les Pères de l'Eglise, recherchant des coupables, firent de la femme une des victime favorite du malaise ambiant. Hommes d'Eglise que Jean Delumeau définit comme: "Des êtres sexuellement frustrés qui, ne pouvant pas ne pas connaître des tentations, projetèrent sur autrui ce qu'ils ne voulaient pas identifier en eux-même. Ils posèrent devant eux des boucs émissaires qu'ils pouvaient mépriser et accuser à leur place." La peur de la femme se situe donc au niveau des fantasmes. Les Pères ayant envie et besoin d'elle, et refusant d'y admettre leur responsabilité, voient la femme comme une tentatrice, une séductrice, née pour les perdre.

Citation: "Trompeuse par son éclat, ardente au crime, crime elle-même.", Bernard de Morlas.

Elle devient donc l'alliée du Diable, représentant le mal. "C'est le même discours injuste et odieux fondé sur une opposition simpliste entre le blanc et le noir - le blanc étant l'univers de l'homme et le noir celui de la femme -qu'expriment de nombreuses sculptures médiévales." (Jean Delumeau in La peur en Occident). La femme, puisqu'elle tente l'homme, l'éloigne du droit chemin; elle est un obstacle à la vertu, son rôle est alors entièrement rejeté au point que certains moines, pour se justifier, tâchent de détourner les autres du mariage et en viennent à mépriser le rôle de mère de la femme. Bernard de Morlas dit: "Elle arrache ses propres rejetons de son ventre...". Il y a désacralisation de la procréation qui ne va pas, bien sûr, avec le message évangélique

On diabolise la beauté, la rendant le symbole même du mal que la femme porte à l'intérieur. Un abbé de Cluny écrit au Xe siècle: "La beauté physique ne va pas au-delà de la peau. Si les hommes voyaient ce qui est sous la peau, la vue des femmes leur soulèverait le coeur. Quand nous ne pouvons toucher du bout du doigt un crachat ou de la crotte, comment pouvons-nous désirer embrasser ce sac de fiente?". La femme est trompeuse, elle cache ses péchés par l'éclat de sa beauté.

Etre faible, la femme ne résiste à rien, elle est prédestinée au mal et est la proie choisie du Diable. Les hommes d'Eglise n'avaient ainsi aucun remord à choisir le célibat.

La peur de la femme devient une obsession et les Pères de l'Eglise, ayant une importance considérable à l'époque , influencent beaucoup la vision que les hommes ont sur la femme. Voici quelques phrases écrites par Bernard de Morlas au XIIe siècle: "Souille ce qui est pur, rumine des choses impies, gâte les actions...". "Toute femme se réjouit de penser au péché et de le vivre." "Empressée à perdre, et née pour tromper, experte à tromper.". Ainsi la femme n'est plus valorisée pour quoi que ce soit. Son rôle de mère même est négligé, ses vertus rabaissées, niées.

Cependant à peu près dans le même temps naît en réaction un autre courant: l'amour courtois. Jean Delumeau écrit à ce propos: "L'amour courtois a réhabilité l'attrait physique, placé la femme sur un piédestal au point d'en faire la suzeraine de l'homme amoureux et le modèle de toutes les perfections." Fuyant le côté sale du corps de la femme, on exhalte la virginité comme un statut idéal, le seul convenable pour une femme. En même temps, on consacre d'immortelles oeuvres d'art à la vierge Marie. Quelles en seront les conséquences? Toujours selon Jean Delumeau: "Le culte marial et la littérature des troubadours ont eu des prolongements importants et ont peut-être contribué dans la longue durée à la promotion de la femme. Mais dans la longue durée seulement. Car au Moyen Age ne furent-ils pas interprétés et utilisés comme une sorte de mise à l'écart, hors d'atteinte, de personnages féminins exceptionnels, nullement représentatifs de leur sexe? L'exaltation de la Vierge Marie eut pour contrepartie la dévaluation de la sexualité".

Ainsi la femme au Moyen Age a deux possibilités et elle se résume à deux images très bien symbolisées par cette illustration: A une Eve innomée s'oppose une inaccessible Marie. La femme telle qu'elle est dans sa vérité est méconnue, méprisée.


XVIe - XVIIIe:

Du XVIe au XVIIIe, on parle beaucoup de la femme, que ce soit dans les fables, les sermons, dans le monde scientifique ou philosophique. Cependant, ces discours sont traversés par le désir de contenir la femme, de faire de sa présence une sorte d'absence, ou du moins une présence discrète, et bien délimitée. Ces discours ne montrent pas la femme, mais l'inventent. En effet, comme notre quatrième thème le montrait, la femme qui est si nécessaire par sa fonction de mère devient dangereuse dès qu'elle ne s'y restreint pas. On tente de définir sa place dans la société, de la confiner à certaines fonctions précises, en prenant garde qu'elle ne cherche pas ailleurs. A partir du XVe, paraissent des traités de famille, des livres de civilité et même des ouvrages médicaux insistant sur la fragilité du sexe féminin et sur le devoir de l'homme de protéger la femme contre ses propres faiblesses, en la dirigeant d'une main douce mais ferme. On rejoint ici notre deuxième thème, celui de la femme faible, incapable de se prendre en charge par elle-même et ne pouvant s'éduquer, progresser qu'à travers l'homme. Cependant, bien que restreinte et prisonnière de la loi des hommes, la femme cherchera toujours à s'imposer autrement, franchissant des barrières, s'imposant à l'histoire. Du XVIe au XVIIIe, le débat est vif entre les hommes et les femmes. Il est sur fond d'instabilités socio-politiques et de détériorisation des cadres de référence, tandis que le mode ecclésial se fendille. Il est encore sur fond de querelles religieuses. Ces trois siècles recèlent d'événements qui ont constamment fait bouger les rapports entre hommes et femmes. Les textes de l'époque le montrent bien, la femme y est nommée malicieuse, imparfaite, être d'excès et de diablerie. On a beau la dire douce et soumise, c'est plutôt sa cruauté et son excessive sexualité qui l'emportent dans les descriptions.

Bien que moquées, les Précieuses feront entendre leur voix. Descartes exercera son influence jusqu'à ce qu'en 1673 Poullain de la Barre écrive quatre ouvrages sur l'égalité de l'homme et de la femme. Le XVIIIe qu'on appellera plus tard le siècle de la femme s'ouvrira sur un débat très animé autour de la raison des femmes.

L'éducation marquera bien-sûr la condition féminine. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle les aspirations éducatives progressent. Répondant à l'exigence nouvelle de produire des cadres pour les Etats et pour l'Eglise. On révolutionne le modèle d'éducation, mais en y faisant une distinction évidente, tant qu'on n'a pas admis l'égalité des intelligences et des fonctions féminines et masculines. On parvient ainsi à deux éducations séparées, celle du dehors, pour les hommes: le latin, les lettres, l'histoire, et celle du dedans, pour les femmes: savoir tenir un logis, être domestique etc... La seule éducation à laquelle les femmes accèdent se fait pour l'homme, et n'a qu'une seule fonction: pouvoir soutenir une conversation avec son mari. Toute la vie de la femme est réglée par et pour l'homme. La femme se définit par rapport à sa relation avec lui. Economiquement dépendante de lui, elle est d'abord sous tutelle de son père puis de son mari. La femme doit souvent travailler pour subvenir aux besoins de la famille, mais cela ne lui permet toujours pas d'accéder à une certaine indépendance. Les femmes du tiers état naissent presque toutes pauvres, leur éducation est négligée ou vicieuse; après avoir appris le minimum, elles commencent à travailler, si elles ne sont pas belles, elles épousent sans dote des artisants, végètent dans les provinces, font des enfants qu'elles ne peuvent élever. Si elles sont belles, elles sont la proie du premier séducteur, font la faute fatale, vont à Paris ensevelir leur honte et s'y perdent, victimes du libertinage.

D'autres femmes parviennent à un statut meilleur, mais quelles que soient leur habilité et leurs connaissances, elles n'ont jamais accès aus postes importants et sont confinées à leurs rôles de mineures dans des sous-fonctions. Beaucoup ont eu une grande influence sur l'histoire mais la majeure partie du temps à travers leurs maris, en tant que reine par exemple, enfin, par l'entremise d'un homme dont on se rappellera plus volontiers par la suite. Actives en politique, elles se sont battues souvent silencieusement, invoquant leur fragilité, leur innocence pour ne pas se faire soupçonner, c'est-à-dire utilisant ce qui d'un côté les restreignait. Beaucoup bien-sûr sont intervenues sur la scène publique, prenant part aux révoltes. Femmes de tout âge et de toute condition commencent à revendiquer leur droits, à montrer leur agressivité à l'égard des religieux, ce qui aura de lourdes retombées.

Les femmes du peuple tentent de s'échapper de leur rôle prédestiné et accédent à la marginalité, comme seul moyen de se rebeller, de s'affirmer. Elles tombent vite dans la criminalité, la prostitution, l'avortement, l'infanticide, les larcins qui sont autant d'amers moyens d'être ailleurs.

Enfin, les femmes que les hommes craignent sont celles qui prennent la parole, les habits et les atributs des hommes, et mettent le monde à l'envers. Les privilèges de la femme se sont retournés contre elle, ses visions multiples du monde, sa capacité à donner la vie ont en fait un objet de peur et ont abouti au doute sur sa capacité de penser, entraînant une exclusion dans tous les domaines.


XIXe siècle:

Le 19e a été un siècle sombre et triste, austère et surtout contraignant pour les femmes. On aurait cependant tort de croire que cette époque est seulement le temps d'une longue domination, d'une absolue soumission des femmes, car ce siècle signe la naissance du féminisme, ce qui implique des changements structurels importants, comme un travail salarié, l'autonomie de l'individu civil, le droit à l'instruction, ou également l'entrée des femmes dans la politique. Ce siècle est le moment historique où la perspective de la vie des femmes change.

La modernité est une chance pour les femmes, les conséquences des changements économiques et politiques, sociaux et culturels propres au 19e leur sont favorables. En effet plusieurs éléments sont déterminants:

1/ L'apparition d'une histoire de l'humanité suppose que les femmes aussi ont une histoire, que leur condition de compagne de l'homme et de reproductrice de l'espèce est moins immuable qu'il n'y paraît.

2/ La révolution industrielle, malgré la violence avec laquelle la femme y est parfois traitées, améliore leur condition dans le sens qu'elle est prise comme étant un être à part entière. L'individu féminin devient semblable à l'individu masculin, au travailleur et au citoyen, et pourra rompre les liens de dépendance économique et symbolique qui l'attachent au père et au mari. Mais n'oublions pas que la femme ne peut toujours pas disposer de son salaire librement, et qu'il est bien inférieur à celui de l'homme. Le travail des femmes est autant un lieu d'une surexploitation que d'une émancipation, la société politique un espace d'exclusion puis de reconnaissance.

3/ Mais l'ère démocratique n'est pas toujours favorable aux femmes. Elle affirme qu'il faut les exlure de la vie publique, et les circonscrire dans l'espace domestique. Le régime démocratique sous-entend que ce qui est valable pour un l'est pour tous. Ainsi on juge préférable d'accorder un droit à aucune plutôt qu'à toutes.

La vie des femmes se transforme beaucoup pendant ce siècle. On redonne des cartes et de nouveaux enjeux apparaissent. Mais comment savoir si leur sort leur plaît ou non, car dans cette société, la femme a rarement l'occasion de pouvoir s'exprimer.

On ne saurait voir dans la maternité survalorisée par ce siècle le simple lieu d'une assignation à une fonction. Alors dans la soumission comme dans l'émancipation, la femme saura jouer de cette maternité comme d'un pouvoir où se réfugier, ou comme d'un moyen pour obtenir d'autres pouvoirs dans l'espace social.

Plusieurs femmes essaient de se défaire de leur image de départ, et de leur condition; les unes cultivent leur esprit, les autres voyagent, dans un esprit missionaire ou par goût d'aventure, d'autres encore partent travailler en ville, ou descendent dans les rues pour crier les injustices, celles faites à leur sexe, à leur classe, à l'esclavage aussi, et à leur corps. Nombres d'hommes ont usé de la femme, de la petite ouvrière se retrouvant enceinte à la prostituée tuberculeuse.

Les enjeux changent aussi à travers ce siècle. Les normes édictées en son début sont des normes collectives définissant une fonction sociale, celle de l'épouse et de la mère, réglementant les droits de la femme en fonction de ses devoirs, désignant finalement les femmes comme un groupe social dont les rôles comme le comportement doivent être uniformisés, donc idéalisés. Or cette représentation totalisante s'effrite progressivement, et les identités féminines semblent se multiplier: la mère, la travailleuse, la célibataire, l'émancipée..., sont des qualités propre à l'une ou l'autre, vécues de façon contradictoire souvent, soumises à des tensions qui annoncent la vie des femmes au XXe siècle.

Conclusion:

Cette recherche nous a permis de mieux comprendre contre quels préjugés les femmes se sont battues et continuent de se battre au XXe siècle. En quelles mesures gardons-nous, autant hommes que femmes, des séquelles de cet héritage?

Le désir de la majorité des femmes, aujourd'hui, n'est pas d'instaurer un combat contre les hommes, mais de pouvoir vivre libre de tous préjugés. La société reste ségrégative en de nombreux domaines. Pour faire évoluer la situation, il faut qu'une nouvelle relation entre hommes et femmes se développe. C'est la mentalité de chacun qui doit changer, le rapport que chaque femme entretient avec les hommes qui l'entourent, et réciproquement. Pour accéder à une complète égalité, il faut que les femmes se sentent dignes de respect et d'écoute, autant que les hommes.

Pourquoi la femme, malgré elle, garde souvent un sentiment d'infériorité par rapport à l'homme? N'est-ce pas en partie parce que, regardant en arrière, nous trouvons dans notre patrimoine culturel peu de génies féminins? Beaucoup de gens nous disent: "Citez-moi un seul grand compositeur femme, combien de peintres masculins par rapport aux féminins!"

Nous voudrions vous faire réfléchir à tous ces génies avortés dès leur naissance uniquement à cause de leur sexe, à toute cette richesse perdue.

Alicia Seneviratne et Laura Gamboni, 1997


L'Antiféminisme jusqu'à la fin du 19e siècle

BIBLIOGRAPHIE

1/ Duby Georges et Perrot Michelle

Histoire des femmes
- XVIe- XVIIIe s. 547p.
- XIXe s. 547 p.
Plon, Paris, 1991.

2/ Aubert, Jean-Marie

LA FEMME
Cerf/Desclée, Paris,1975
226 p. ( Ce livre et le suivant possèdent de très longues bibliographies)

3/ Aubert, Jean-Marie

L'exil féminin
Les éditions du Cerf, Paris, 1988.
274 p.

4/ Dijkstra, Bram
Les idoles de la perversité
Editions du Seuil, Paris, 1992
475 p.

5/ Michaux, Agnès

Dictionnaire misogyne
Editions Jean-Claude Lattès, 1993.
200 p.

 

Par Charles ALLINNE (Docteur en droit, Notaire à Fréville (Seine-Inférieure))
(Extrait du congrès du millénaire normand)
ROUEN – Imprimerie Léon Gy, 5, Rue des Basnage
- 1911

INTRODUCTION

“  Jamais coutume ne s'est plus défiée de la sagesse et de la bonne conduite de l'homme, que celle de Normandie : elle l'a presque mis en une curatelle générale et perpétuelle “ , nous dit Basnage, dans sa préface du titre "de succession en propre ". Ces mots du célèbre jurisconsulte normand s'appliquent avec une force toute particulière aux règles juridiques de l'ancien régime matrimonial normand, qui même au XVIIle siècle avait conservé un puissant caractère archaïque et racique, Au cours de leur histoire, à travers les invasions et les conquêtes, malgré les progrès de la civilisation, les Normands gardèrent leur esprit prévoyant ( " fort provide ", dit Basnage) et conservateur, certains disent parcimonieux et méfiant. De cet esprit même, qui fit peut-être leur force, découlent les deux grands principes directeurs qui présidèrent à la formation et à la vie du régime matrimonial normand, je veux dire: le principe de la conservation des biens dans les familles, et la situation très inférieure faite à la femme mariée, son abaissement systématique, son incapacité perpétuelle.(On connaît à ce propos la réflexion peu aimable que suggéra cette situation à Dumoulin : “  ln Neustria, mulieres sunt ut ancillae, multum viris subditae, qui sunt avari ”.)

La coexistence de ces deux principes explique les règles fondamentales de l'ancien régime matrimonial normand, règles qui peuvent se résumer ainsi :
1° La femme apportait une dot au mari ;
2° Le mari acquérait en principe la propriété des meubles apportés par sa femme, et il avait pendant le mariage, sur ses biens, des droits d'administration et de jouissance ;
3° Au contraire, les immeubles apportés par la femme étaient en principe
inaliénables, et la restitution en était assurée par des garanties très étendues ;
4° La femme était, en principe, incapable de s'obliger;
5° Tous contrats étaient interdits entre époux, et surtout les donations mutuelles ;
6° Après la dissolution du mariage, les époux avaient des droits à exercer respectivement sur les biens l'un de l'autre, savoir :
De la part de la femme sur les biens de son mari :
- La reprise de ses" paraphernaux ", et de sa dot ;
- Son douaire coutumier, qui était d'un tiers en usufruit des immeubles du mari ;
- Son droit à une part des meubles et des conquêts.
Et de la part du mari sur les biens de sa femme, son droit de viduité, qui était l'usufruit de tous ses biens.

J'ajouterai que ce régime était légal, en ce sens que nul ne pouvait déroger aux prescriptions de la Coutume; toutes clauses contraires étaient
nulles, en particulier il était interdit de stipuler dans le contrat de mariage une communauté conventionnelle.
Telles étaient les principales règles juridiques de l'ancien régime normand.
Je vais essayer de montrer comment, dans la pratique, on les interprétait vers le milieu du XVlIIe siècle - en analysant les clauses insérées dans les contrats de mariage de cette époque. La lecture attentive de ces contrats permet de se rendre compte des tendances diverses des parties contractantes, de leurs aspirations et leurs préférences. Quoique la Coutume de Normandie fut assez stricte à l'égard des pactes permis aux futurs époux, on rencontre dans ces contrats des clauses qui avaient pour but, soit d'augmenter, soi de diminuer les effets des prescriptions légales, soit même de les tourner adroitement. Ces diverses clauses seront tout particulièrement l'objet de notre attention.

FORME DES CONTRATS

Avant d'aborder l'examen des principales conventions matrimoniales usitées jadis en Normandie, je rappellerai brièvement en quelle forme elles pouvaient être rédigées.

A la différence de toutes les autres Coutumes françaises, la Coutume normande (Article 410) permettait de rédiger des contrats de mariage sous signatures privées, mais sous la condition expresse que le contrat fût passé en la présence des parents des conjoints, ou signé par eux ( Article 388 ), ou bien qu'il fût déposé pour minute, avec reconnaissance d'écriture, avant la célébration du mariage (Arrêt du 9 septembre 1629 (Basnage, article 388)). Toutefois, depuis l'ordonnance de 1731 , il semble bien que les contrats qui contenaient des donations par des tiers à l’un ou l'autre des futurs époux devaient être passés devant notaire. Malgré les inconvénients inhérents à la forme sous signatures privées, plus de la moitié des contrats de mariage étaient rédigés sous cette forme. On en retrouve un assez grand nombre, déposés par la suite au rang des minutes des notaires. Ils présentent généralement cette seule différence avec les contrats notariés qu'ils sont plus mal écrits et moins explicites. Mais qu'ils fussent notariés ou sous signatures privées les contrats de mariage normands de cette époque, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte en compulsant les minutes des notaires dans diverses régions de la Normandie, ne présentaient dans leur rédaction que des différences de formules très peu importantes, ou une interversion de l'ordre des clauses, sans effet sur le fond même des conventions. Tous se rapprochaient plus ou moins du type suivant qui constitue une formule complète :

" Du mardy sixième jour de juin mil sept cent quarante sept à Caen, par devant les notaires royaux soussignés.
" Pour parvenir au mariage qui au plaisir de Dieu sera fait et célébré dans la Sainte Eglise catholique, apostolique, et romaine­
" Entre Pierre-Jacques~Anthoine Adam, fils de deffunt Jacques Adam, et de deffunte Marie Auret de la paroisse de Villy et d'Aulnay , ses père et mère, d'une part, demeurant actuellement paroisse Saint-Nicolas de Caën, et demoiselle Anne-Suzanne Châlles, fille de deffunt Michel Châlles, sieur de la Planche, et de deffunte Marie Bouvée, ses père et mère, demeurant paroisse Saint-Jean de Caën; après que les dits futurs de condition libre se se sont donnés la foy du mariage et promis s'épouser à la première réquisition de l'un d'eux, les cérémonies de ladite Eglise dûment faites et observées, les pactions du dit espéré mariage ont été arrestées de la manière, et ainsi qu'il suit :
" Primo: Ledit sieur Adam maître perruquier en ladite ville de Caën a déclaré prendre ladite demoiselle Châsles de la Planche, pour sa future et légitime épouse avec les biens qui luy sont échus de la succession de son père, et les droits de légitime qu'elle peut prétendre sur celle de sa mère, lesquels biens sont de valeur die trois mil livres, sçavoir : mil livres pour le capital des rentes qui luy appartiennent, déduction faite des charges, y compris ce qui lui reviendra pour sa légitime, et deux mil livres en argent provenant de la vente qu'elle a faite il y a deux ou trois ans, d'un petit bien propre qui lui appartenait en la commune de Crossy, dont l'acquéreur est saisy, et de plus ses hardes et linges estimés à deux cents livres.
" Secundo: Du nombre de laquelle somme de deux mil livres dont ledit sieur futur époux sera saisy la veille des épouzailles, il yen aura mil livres pour son don mobil, et les autres mil livres avec les rentes actives existantes, chargées des rentes passives, sont pour tenir nature de dot, nom, côté et ligne de la dite future, à laquelle fin ledit futur a dès à présent comme dès lors fait consignation et remplacement actuel sur tous ses biens présents et à venir de ladite somme de mil livres, ainsi que des capitaux des rentes en cas de réception.
" Tertio: Ledit futur a gagé douaire coutumier à ladite future sur tous ses biens présents et à venir, pour en jouir quand il y aura lieu sans qu'elle soit obligée d'en faire aucune demande en justice.
" Quarto: En cas de prédécès dudit futur avant ladite future, sans enfants vivants, sortis de leur espéré mariage, elle remportera précisément
en exemption de toutes dettes et charges sa chambre garnie ou la somme de huit cents livres à son choix; en outre les habits, hardes, et linges bagues et joyaux à son usage, avec une somme de six cents livres sans préjudice de sa dot et douaire, et de sa part aux autres meubles suivant coutume; dans lequel cas de prédécès dudit futur sans enfants, ou supposé que les enfants viennent à décéder avant ladite future, le don mobil par elle accordé sera réversible à son bénéfice, pour par elle en jouir seulement sa vie durante, la propriété en étant acquise au dit futur, qui en a fait remplacement sur ses immeubles, lesquels en demeurent chargés le cas échéant, c'est à dire que dans le sus-dit cas, la dite future outre sa rente dotale percevrait annuellement sur les fonds du dit futur cinquante livres de rente viagère pour l'intérêt de la somme donnée en don mobile, sauf son douaire sur le surplus et ses reprises sur les meubles.
" Quinto: Enfin tout le contenu en l'article précédent aura également lieu dans le cas de prédécès dudit futur avant la dite future, et qu'il y ait
enfants vivants, à l'exception seulement que ladite future remporterait sa chambre garnie en l’état qu'elle se trouverait et que la reprise de la so