NOTRE BUT

Passionné de génealogie et d'histoire, je souhaite partager mes recherches. Ce blog est le prolongement de l'arbre généalogique de la famille GOUPIL - PERIER avec comme de-cujus mes enfants :

http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil.

 

La pratique de la généalogie évolue : faire des arbres avec des noms et des dates reste assez limité ; en tant que généalogiste, je suis également curieux de notre histoire familiale. Pour donner une image, le corps humain est composé d'un squelette, mais aussi d'organes et de chair. En généalogie, c'est la même chose. Il est important de faire des recherches en vue de comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres : quel métier exerce-t'il, pourquoi untel a migré dans une autre région, etc. 

 

Ce blog a pour but de publier simplement des articles sur des thèmes de recherches (généalogie, histoire), partager des dossiers, de façon à les rendre consultables par des internautes (généalogistes, historiens, amateurs ou professionnels). Vous avez la possibilité de les commenter.

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"On peut reconnaître assez facilement l'histoire officielle d'un pays, la liste des rois, de ses ministres, de ses guerres, de ses traités, et cependant la véritable histoire n'est pas là, c'est dans les masses profondes des travailleurs de tout ordre que réside la vie réelle de la Nation" - Edouard Herriot (1er mai 1909).  

 

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- Généalogie de L'Europe - ATLAS DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE - Sous la direction de Pierre Lamaison - conseiller historique Pierre Vidal-Naquet, Hachette Livre, 1994 :

Autour de Pierre Lamaison, une équipe d'historiens et d'anthropologues de haut niveau offre au public une généalogie de l'Europe, de la préhistoire au XXe siècle. De conception inédite, cet atlas illustré de 450 documents en couleurs, propose, à travers 80 tableaux généalogiques associés à 160 cartes en couleurs, des clés pour comprendre des phénomènes de longue durée dispersés sur une aire géographique très vaste qui rendent compte de l'unité et la variété politiques et culturelles de l'Europe actuelle.


 - Physiologos Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, éd. Jérôme Millon : voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-991736.html


Je vous conseille de lire le livre de Jean-Louis Brunaux : "Les gaulois" - collection "Guide Belles Lettres de Civilisations" publiés aux Editions Les Belles Lettres (2005)... suite - voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1275187.html

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HISTOIRE : Les malheurs des temps

Avec le professeur François Bricaire, membre correspondant à l’Académie nationale de médecine
La grippe A est le fruit de recombinaisons entre des virus porcin, humain et aviaire. Le stockage de traitements antiviraux, de masques de protection, la prévision de vaccination de la population, la fermeture des écoles… et le terme de « pandémie » employé par l’OMS en juin 2009 pour qualifier l’expansion du virus met le public en alerte. Faut-il réellement s’inquiéter pour notre santé ? Écoutez l’avis du professeur François Bricaire, chef du service de Maladies infectieuses et tropicales, à la Pitié-Salpêtrière à Paris...

Voir la suite de cet article sur le site
Canal Académie.

Extraits du « Traité sur la Peste » publié en 1744 par Mr CHYCOYNEAU (1)

« …Nous exposerons les symptômes généraux de cette maladie, le plus fréquent
était  la fièvre . Dans les uns elle se déclarait ouvertement ; dans les autres elle était  obscure, à peine se faisait-elle sentir, cependant la plupart des malades avaient le pouls uniforme ; il était fréquent et élevé. Mais les palpitations du coeur le troublaient  souvent, elles jettaient le malade dans des trémoussements convulsifs ; on entendait  d’assez loin le bruit de ce trémoussement…Un feu dévorant brûlait les entrailles, la langue était sèche et noire…Les premières impressions de cette fièvre était des frissons différens…Mais à peine étaient-ils calmés, que l’estomac se soulevait, le

dégoût était général, ou pour mieux dire c’était une horreur pour tous les alimens… leur présence seule causait des nausées ; le vomissement suivait sans diminuer ce dégoût ; la matière que vidaient les secousses de l’estomac était une bile semblable à la bierre, sa couleur était quelquefois verte ou porracée (2) ; mais ce qu’elle avait de plus insupportable était l’odeur qui infectait tous les environs.

Les maux de tête

Les sueurs

 L es pustules

 

28

Ces pustules vésiculaires n’excluaient pas les bubons, ils s’élevaient sous les aisselles, aux aines, derrière les oreilles. Le nombre en était incertain : deux, trois et parfois davantage…ils étaient fort durs au commencement : ils résistaient à la plus forte compression. En les touchant on sentait qu’ils étaient fermes, semblables à de petits corps ronds, mobiles comme des boules à jouer ; de jour en jour cette dureté diminuait, les tumeurs se ramollissaient ; enfin il en sortait un pus épais et visqueux, peu différent du pus des abcès ordinaires ; cependant il était quelquefois liquide.

Malgré la diversité de consistance, ces deux sortes de matières purulentes exhalaient  une odeur insupportable… (1)

Mr Chicoyneau fils d’un chancelier de l’Université de Montpellier naquit dans cette ville en 1672. Envoyé en 1720 à Marseille où sévissait la peste, il y séjourna un an avec ses deux adjoints Verny et Deidier.

Nommé en 1731 médecin des enfants de France, il succéda l’année suivante à son beau-père Pierre Chirac et devint premier médecin du Roi Louis XV. Il conserva cette place jusqu’à sa mort en 1756.

Pierre Chirac :

.... ce jeune Pierre Chirac  à la fin du XVIIe trouve un emploi finalement à Montpellier chez les Chicoyneau, qui sont médecins, et lui, Chicoyneau, est à ce moment lui-même doyen de la Faculté de médecine et Chirac va servir comme précepteur du jeune Chicoyneau. Alors, la suite est prévisible : Chicoyneau remarque les prédispositions intellectuelles du jeune Chirac et il va, en quelque sorte, lui payer des études de médecine. Seulement Chirac n'a pas suivi la carrière brillante que fera Chicoyneau fils, il sera médecin des armées ; sa chance, c'est qu'aux armées, il fait la connaissance de Philippe d'Orléans et c'est ce qui l'amène ensuite à la cour, à Paris puis à Versailles ; et c'est ce qui l'amène, en 1714, à conseiller le roi, le roi Louis XIV, le vieux roi, sur la conduite à prendre devant cette épizootie de peste bovine qui envahit à ce moment-là le royaume.

Source (M.Ferrières)


(1)
Porracé : se dit des humeurs dont la couleur verdâtre tire sur celle du poireau. Bile porracée.

C'est un extrait de l'excellent dossier   " La Peste dans le Comtat et la Provence 1720 - 1722"
- Etude réalisée par Alice Bonnet et Martine Sennegond publié par le groupe MedicActes, déposée le 19 février 2008

Description du groupe MedicActes

 

 

Aux cours des siècles passés des épidémies, de grandes catastrophes naturelles, des événements climatiques et des guerres touchèrent nos ancêtres.

Retrouvons leur vie en France et à travers le monde.
Evoquons leur histoire et l'Histoire,
les déplacements de population, les fléaux, ...

Echangeons des informations généalogiques, médicales et historiques pour :
  • - tenter de comprendre quels fléaux s'abattirent sur vos ancêtres.
  • - évoquer l'évolution des soins et des mentalités

Aide pour rechercher vos ancêtres victimes de fléaux ou de maladies.

 

Vous pouvez également consulter des articles complémentaires déjà publiés :

- Les préservatifs de la peste

- La santé de nos ancêtres

Voici un extrait des travaux de M.Giannini publiés par le Centre Départemental de Documentation Pédagogique du Vaucluse  :


Quant aux matelas, paillasses, couvertures, draps de lit, traversins, qui ont servi et sur lesquels ont couché des pestiférés, lesdits parfumeurs les jetteront dans la ruë.
En se servant de crochets de fer, par une fenêtre qu´ils auront laissé ouverte à cet effet...ensuite ils mettront le feu à toutes ces choses.

VIII
Toutes ces choses ainsi disposées on doit nettoyer fort exactement par toute la maison et jetter les ordures et immondices dans la ruë, les y faire ramasser en un tas et les faire brûler.

IX
Le Parfumeur commencera à établir ses parfums, et a y mettre le feu par le plus haut étage de la maison infectée, il ne doit point partir de là qu´il ne voye le parfum en état de bien brûler, alors il se retirera et fermera la porte...
 
XII
Les maisons ainsi parfumées doivent demeurer l´espace de trois jours fermées...et deux jours après on peut toucher les meubles...
 
XIII
On nommera un commissaire général dans chaque lieu qui aura l´intendance et l´inspection générale sur la désinfection et sur les parfums et à qui tous les commissaires particuliers et autres préposéz seront tenus de rendre compte et de ne rien faire que par ses ordres.

XIV
On divisera les villes ou villages en plusieurs quartiers selon la grandeur et l´étendue de chaque lieu, et chaque quartier aura son commissaire qui tiendra un registre des maisons qui devront être désinfectées dans son quartier, il fera mettre une Croix Rouge sur les portes desdites maisons, sur lequel registre, il marquera chaque jour les maisons qui ont été désinfectées...lorsqu´on ouvrira les maisons pour leur faire prendre l´air, il éffacera la Croix Rouge et en mettra une blanche à la place, il laissera toujours la porte de la Ruë fermée...
 
Fait à Frigolet 27 février 1721
Signé Cailus
Ms 2942  Fol 190 etss
Bb avignon

 

 
Des parfums de NÉCESSITÉ pour  les choses inanimées,
Les personnes et les animaux empestés.
 
 
On prépare les parfums de nécessité pour toutes les choses inanimées qu´on sçait empestées et pour les personnes et les animaux qu´on a lieu de soupçonner ; d´autres qu´on ne donne que par précaution toutes les fois qu´on le juge à propos pour mieux s´assurer d´un air pur et sain.
 
Les premiers doivent être violens on les compose des minéraux les plus corrosifs, des résines et gommes les plus incisives et propres à faire brûler les autres matières, la recepte suivante est fort approuvée.
    
Prenés :
            
De la poix résine.
Du souffre de chacun quatre livres
D´antimoine
D´alun
De vitriol
D´orpiment
D´arsenic de chacun deux livres
Du sel armoniac
Du galbanum
De lassa foetida
Du cinabre
De la mirrhe
Du labdanum
De l´encens de chacun une livre.
 
Mettés le tout en poudre et le mêlés avec 4 livres de bayes de laurier et de genevre concassées, deux livres de la poudre à canon et 20 livres du son pour s´en servir dans les besoins de la manière suivante.
 
On fait au milieu de la chambre que l´on veut aërier, et dans laquelle on étend tout ce qui doit être purifié, un lit d´environ quatre livres de foin bien sec, sur lequel on répand deux livres de drogues susdites, on les couvre encore avec la même quantité de foin, et on humecte le tout avec une pince de bon vinaigre et autant d´eau de vie mêlés ensemble, on y met ensuite le feu après avoir fermé toutes les ouvertures et pris soin de couvrir les meubles et autres effets précieux que la fumée pourroit gâter avec un gros drap, on doit faire en sorte que toutes les drogues puissent se consumer lentement.
 
Quand on veut faire recevoir ce parfum aux personnes suspectes on en retranche l´orpiment, l´arsenic, le galbanum, lassa foetida dont la fumée est nuisible et on substitue à la place les semences de cumin, d´anis, de fenouil, l´iris de florence, le camphre, le poivre, le gingembre, l´euphorbe, l´aristoloche, la racine de cyprès, le calamus aromatique, une livre de chacun ; il suffit qu´ils soient parfumés une demy heure, observant de leurs faire prendre l´air de temps en temps à mesure que la fumée les incommodera beaucoup, ils doivent avertir les parfumeurs.
 
Les parfums des savates, des cornes, des plumes, de vieux linges rempés dans du vinaigre, les pelures d´oignon, d´ail et autres choses qui jettent une fumée forte et pénétrante brulés dans des fourneaux avec du charbon peuvent être employés aux mêmes fins.
 
Les parfums de précaution sont simplement aromatiques, on les compose avec
Le soufre
La poix de résine, de chacun une livre
De la mirrhe
De l´encens
De succin
De poivre
Du gingembre de chacun demi livre
De la canelle
De benjoin
De storax
Du camphre
Du safran
De la muscade
Des cloux de girofles de chacun quatre onces.
 
On met le tout en poudre pour en brûler trois à quatre onces suivant ce qu´on veut parfumer avec deux ou trois livres de bayes de laurier, de genèvreet des plantes suivantes, en place de foin, humectées avec l´eau de vie et le vinaigre suffisamment.
 
Le thim, le romarin, la lavende, l´aspic, la sauge, le laurier, l´absynthe, la rüe, larmoise, le serpolet, le fenouil, la menthe, la melisse, on a soin de les faire sécher  à l´ombre, leur fumée et leur odeur sont d´un grand usage contre la contagion.
 On doit purifier une ou deux fois la semaine les chambres de la maison qu´on habite le plus.
 
...on en brûlera dans des cassolettes toutes les fois qu´on entrera dans les chambres des malades...
 
On parfume aussi tout ce qu´on est obligé de recevoir du dehors comme les étoffes, les toiles, le papier, le bois, dans la crainte que ces choses ne soient infectées.
 
Dans toutes ces occasions on fait brûler du vinaigre sur une pelle rougie au feu, ou l´on le fait évaporer avec l´eau de fleurs d´orange.
 
Extraits du livre : « Des préservatifs de la peste ».
Bb Avignon Ms 2942 Fol 1


Vous pouvez également consulter d'autres articles de cette même catégorie "les malheurs des temps"

« Au début de 1783, l’absence de vent immobilisa les moulins pendant plus de deux mois, puis la gelée bloqua les moulins à eau et les bateaux sur la Seine et les autres rivières, en même temps qu’elle rendait les routes impraticables. On manqua de blé, de farine et de bois. Il faut se souvenir que c’est le manque de farine et de pain qui est à l’origine de la révolution de 1789 et des journées d’octobre, quand les parisiens insurgés ramenèrent de Versailles à Paris "le boulanger, la boulangère et le petit mitron". » 

Le fait que "le prix du bled est devenu excessif" et "le mauvais état des affaires du royaume" feront du 14 juillet 1789 la date que l’Histoire retiendra !

 

Le Laki, en Islande, se nomme donc le volcan de la révolution car il serait à l’origine des années au climat désastreux qui ont suivi son éruption et précédées la célèbre date.

Pour en savoir plus, n'hésitez-pas à visiter le site Legoux.org.

Vous pouvez également consulter d'autres articles de cette même rubrique "les malheurs des temps" :

- Le supplice du sorcier Urbain Grandier

- L’épidémie de choléra en France en 1832

- Peux-t'on écrire l'histoire du climat

- Des trésors de huguenots normands trouvés à Bayeux

- La santé de nos ancêtres

Urbain Grandier (1590-1634)), bien qu’abbé à Loudun, est un libertin. Bel homme, il est accusé d’envoûtement par des nonnes hystériques d’un couvent d’ursulines. Les nonnes ont sans doute été manipulées par les ennemis de Grandier, des capucins. Cet ordre fournit à Richelieu un réseau d’espions, et Richelieu en veut à Grandier, qui a critiqué sa politique dans ses écrits. Grandier est arrêté et jugé.

Pour voir si le curé n’a pas sur le corps des marques sataniques révélant le pacte qu’il a nécessairement conclu avec le démon, ses accusateurs envoient un chirurgien pour le raser, l’épiler et le piquer jusqu’aux os. Pour le faire avouer, on lui donne la question. La torture est si violente, « qu’il en eût les jambes rompues et que la moelle des os en sortit à la vue de tout le monde. Il perdit plusieurs fois connaissance, qui ne lui fut rendue qu’à force de coups redoublés ». On le mène au supplice précédé de prêtres revêtus d’aubes et d’étoles qui l’exorcisent et lui jettent violemment de l’eau bénite au visage quand il veut parler au peuple.

On l’attache à un cercle de fer, et il doit être étranglé avant que le feu soit mis au bûcher ; mais les capucins qui l’accompagnent nouent la corde de manière que le bourreau ne puisse le serrer. Ainsi, il sera brûlé vif, sur une chaise de fer, sans que ses souffrances soient abrégées. L’impatience des capucins est si grande à le voir souffrir que, « sans attendre l’ordre du bourreau, ils saisissent des torches de paille et mettent le feu » (18 août 1634).

 

Source : Les Anecdotes de l’Histoire de France – Pierre Ripert – maxi poche histoire

 

 

 

Voir également d’autres articles traitant du même sujet :

 

-         L’affaire de possession et de sorcellerie à Louviers (27) : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-458448.html

-         La sorcellerie en Basse Normandie : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-401558.html

-         Etude sur le mot « sorcière » : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-397183.html

-         La France ensorcelée : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-391154.html

-         Une sorcière à Maransart ? : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-332207.html

-         Les sorcières, une affaire civile : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-331082.html

 

Voir également dans la rubrique « les malheurs des temps » :

-         Les peurs d’antan et les peurs d’aujourd’hui – introduction : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html

-         Les peurs d’antan et les peurs d’aujourd’hui –chapitre 1 : Les peurs d’antan : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-323988.html

-         Les peurs d’antan et les peurs d’aujourd’hui –chapitre 2 : Les peurs d’aujourd’hui : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324007.html

-         La peur de la nuit : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-215188.html

 

L’épidémie de choléra touche la France en 1832 et plus précisément Paris le 26 mars. La Normandie n’est pas épargnée : ce sont d’abord les départements hauts normands (Eure et Seine Inférieure qui en sont victimes, le choléra suivant le cours de la Seine. Pour la Manche, ce sont les communes en relation avec la Seine Inférieure qui sont touchés, les arrondissements de Cherbourg et Valognes….

 

Voir ce site pour plus de compléments sur cette épidémie en 1832 :

 

http://www.amicale-genealogie.org/Histoires_temps-passe/Epidemies/chol02.htm

 

Voir également les autres articles parues dans la catégorie « Les malheurs des temps »

-http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-716033.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-323988.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324007.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309805.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309810.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-368945.html

 

M. Emmanuel Le Roy Ladurie

 - Séances publiques du lundi 4 avril 2005

 - Académie des sciences morales et politiques  : http://www.asmp.fr/presentation/index.htm

L’histoire du climat est liée à des préoccupations actuelles, l’effet de serre, mais dans cette conférence d’aujourd’hui, je m’intéresse davantage au passé, un passé qui partirait des XIIe-XIIIe siècles et qui se prolongerait jusqu’à nos jours ; j’ai tenté de le décrire dans un ouvrage intitulé Histoire humaine et comparée du climat paru chez Fayard, que j’utilise également ici.

Une telle histoire devrait traiter du climat planétaire dans son ensemble, mais je ne suis pas un planétologue, et donc mon étude, ici, concerne surtout le nord de la France (car le climat méditerranéen est un peu différent). Par contre mon étude s’intéresse aussi à des zones tempérées un peu plus septentrionales de l’Europe, telle que la Belgique, le Benelux, l’Angleterre, l’Allemagne de l’Ouest, la Scandinavie ; mais pas la Russie, trop lointaine.

Pourquoi m’étais-je intéressé dès 1957 à l’histoire du climat ? À l’époque j’étais influencé par le marxisme et par une espèce de scientisme (j’ai évolué depuis, mais il m’en reste un petit quelque chose), du reste j’ai toujours regretté que les marxistes (sauf exception) ne considèrent pas le climat : en fait ils n’envisagent que les rapports sociaux et la production matérielle ; pourtant le climat, selon leur vocabulaire, est bien la base d’une « force de production ».

Et puis je m’étais intéressé aussi à ce qu’on appelle le petit âge glaciaire (PAG) au XVIIe siècle et la crise générale du XVIIe siècle. Y avait-il un rapport entre ce petit âge glaciaire, ce refroidissement sensible dans les glaciers des Alpes pas si éloignés d’ici, et une tendance générale à la crise économique au XVIIe siècle ? J’étais allé inspecter sur place l’évolution des glaciers alpin, à l’époque où j’étais plus sportif, tout en suivant ce qui avait été publié à leur propos (datations au carbone 14, etc.) ; je me suis également beaucoup intéressé à la croissance des arbres (les anneaux), à la dendrochronologie, même si personnellement je ne l’ai pas pratiquée, mais j’ai suivi les travaux effectués à ce sujet.

Dans mes recherches, les dates de vendanges ont elles aussi une grande importance : si vous avez une vendange précoce, cela veut dire que le printemps et l’été ont été chauds ; si les vendanges sont tardives, cela signifie que le printemps et l’été ont été plus frais. En France on a des dates de vendanges depuis à peu près 1370, jusqu’à nos jours, c’est un instrument de mesure assez commode, même si ces dates, bien sûr, n’ont pas l’exactitude d’un thermomètre !

Fernand Braudel, mon maître, dès 1949, avait signalé la poussée glaciaire des Alpes à la fin du XVIe siècle, et au XVIIe. Cette question a fait l’objet de nombreux travaux en Italie, en France et en Suisse. Aujourd’hui on connaît assez bien le petit âge glaciaire qui n’implique qu’une petite différence thermique de 1° C en moins (c’est faible) avec une expansion des glaciers depuis le début du XIVe siècle, beaucoup de fluctuations, des glaciers alpins plus gros (1 km de plus à peu près que maintenant, avec des variations) et leur débâcle à partir de 1860. Ce qui est un peu étrange c’est que les glaciers alpins reculent à partir de 1860 et que les températures paraît-il ne se réchauffent vraiment qu’après 1900 ; le recul tiendrait-il aussi à une baisse des précipitations (neigeuses). En tout cas par la suite après 1900, le réchauffement du XXe siècle a fortement contribué à faire reculer les glaciers alpins.

Avant la précédente poussée glaciaire alpine de longue durée, qui commence à peu près vers 1300-1303, on a un petit optimum médiéval, entre le VIIIe-IXe siècle et le XIIIe ; ensuite un petit âge glaciaire XIVe, XVe (on peut discuter) ; XVIe siècle un peu réchauffé, mais après 1560 une poussée glaciaire qui aboutit au maximum des glaciers des Alpes 1595-1645 ou 1655 ou 1660, mais on l’observe aussi en Scandinavie fin XVIIe siècle, avec diverses poussées ultérieures notamment autour de 1770, et puis un dernier grand maximum entre 1813 et 1859. Depuis cette date (1859-60), le recul des glaciers alpins, sinon mondiaux, est assez continu, voire catastrophique jusqu’en 2005, et sans doute au-delà. L’important est de noter qu’entre 1303 et 1859, les glaciers depuis ont toujours été plus gros qu’en 1880-2005. Tel est le PAG.

* * *

Chronologie

Auparavant, avant 1303, au XIIIe siècle, il y a donc des étés plus chauds, des hivers un peu moins froids, avec une belle période d’étés chauds et secs de 1240 à 1290, un certain beau XIIIe siècle, plutôt favorable, me semble-t-il, à la production des grains. Certes un été trop chaud comme on l’a vu en 2003 peut être défavorable à la culture des céréales, à cause de la sécheresse et de l’échaudage ; en d’autres termes les épis de blé résistent mal à un coup de chaleur excessif. C’est le cas par exemple en 1236. Mais disons qu’en général une série d’étés correctement chauds, à la Breughel (tableau des Moissonneurs), s’avère plutôt favorable à la maturation du blé, lui-même citoyen immigré venu il y a 6 000 ans du Moyen-Orient et donc amateur d’une bonne dose de soleil. Donc, des étés chauds au XIIIe siècle (c’est l’époque de Saint Louis, de l’épanouissement de l’art gothique) : il n’est pas exclu que ces belles chaleurs aient pu stimuler l’agriculture, l’économie et la démographie. Affaire à suivre.

Le petit âge glaciaire est assez net à partir de l’hiver 1303 (travaux de Christian Pfister, les chercheurs de Berne et de Zurich ont beaucoup apporté sur ce point, ils ne se rendent pas dans l’Arctique, mais ils observent les glaciers qu’ils ont chez eux ; à Grenoble on pourrait en faire autant direction Chamonix !), donc il y a une poussée des glaciers au XIVe siècle, notamment celui d’Aletsch, on le sait d’après les troncs d’arbres datés par la dendrochronologie, entre 1300 et 1370. Vous avez corrélativement de remarquables épisodes frais, notamment la grande famine de 1314-1315-1316, les étés ayant été affectés par des trains de dépressions ; des étés pourris au cours desquels la ceinture des perturbations atlantiques passe plus au sud, le foin ne sèche pas, les charrues s’embourbent, les anguilles se répandent hors de leurs étangs, les semailles d’automne et de printemps sont ratées, les rendements du blé sont misérables, les chevaux perdent leurs quatre fers dans la boue, et l’on a de grosses famines avec des processions d’hommes nus pour essayer de réagir. On pense à Baudelaire, dût-on le prendre, pour une fois, au pied de la lettre :

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Et que de l’horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l’espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris :

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D’une vaste prison imite les barreaux…

Des cloches tout à coup sautent avec furie (c’est le tocsin)

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, (c’est la mortalité)

Défilent lentement… l’Espoir,

Vaincu pleure, et l’Angoisse atroce, despotique, … Plante son drapeau noir.

Baudelaire a dû écrire ce poème pendant un été pourri du temps de Napoléon III, mais cette description correspond bien aux été du pot au noir, dotés de famines et de fortes mortalités autour de 1315.

Quant à la peste noire, elle aussi de 1348, elle n’est pas provoquée, semble-t-il, par le climat, néanmoins au cours de la décennie 1340 il y a en grand nombre des étés frais pourris, et il est possible qu’en 1348 le passage de la peste bubonique à la peste pulmonaire la plus dangereuse ait été influencé par cette fréquente, froide et lourde pluviosité estivale des 1340’s.

 * * *

J’en arrive au XVe siècle qui de ce point de vue est assez mal étudié ; on note, en dépit du maintien du PAG, un petit réchauffement (première moitié du XVe siècle), à l’époque de Jeanne d’Arc (mauvaise période par ailleurs, époque des guerres de Cent ans), mais jolie série estivale de 1415 à 1435 avec des vendanges précoces, indicatrice de toute une série de beaux étés (un beau coin de ciel bleu en somme que l’on appellerait en France de nos jours une « culotte de gendarme » ou en Belgique une « culotte de zouave »), de beaux étés qui n’ont pas produit tout l’effet voulu, car la période était vraiment dure ; des étés parfois excessivement chauds, producteurs d’un vif coup d’échaudage en 1420 générant lui-même une forte famine due certes aussi à la guerre, mais également à la mauvaise récolte météorologiquement induite. Il faut répéter que le blé est un citoyen du Moyen-Orient ; il a été mis au point dans les régions proches de la Syrie du Nord-Ouest et de la Turquie limitrophe et il apprécie médiocrement le climat franco-septentrional ; les étés pourris mais aussi excessivement chauds ne lui conviennent pas, c’est ce qui se passe en 1420 : à Noël 1420 le blé manque, à Paris on entend les lamentations des petits enfants qui crient « je meurs de faim » :

Et sur les fumiers (c’est là qu’il fait le plus chaud en décembre) parmi Paris … pouviez trouver ci dix, vingt ou trente enfants, fils et filles, qui mouraient là de faim et de froid, et n’était si dur cœur qui par nuit les ouît crier « Hélas ! je meurs de faim ! » qui grande pitié n’en eût ; mais les pauvres ménagers ne leur pouvaient aider, car on n’avait ni pain, ni blé, ni bûche, ni charbon.

Il semble que l’été de 1420, ait été assez comparable à celui de 2003, en un peu moins brûlant. Tous les mois, de février à août 1420, furent de 2 à 3° plus chauds que lors des moyennes pourtant relativement tièdes du XXe siècle.

On signale encore des vendanges précoces, typiques d’été très chaud notamment en 1473, sans famine pourtant parce qu’une pluie adéquate était tombée au bon moment ; les anneaux des arbres font apparaître néanmoins une période très chaude et sèche à la fin de l’été 1473 (anneaux d’arbres particulièrement durs correspondant à l’été terminal, très dépourvus d’eau).

Deuxième moitié du XVe siècle, malgré 1473 un rafraîchissement sensible dans l’ensemble, avec une grande famine de pluie en 1481, sous Louis XI : la situation est cependant moins grave qu’en 1315 ou 1420, car les guerres de Cent ans sont terminées depuis 1452-53, la France est en pleine reconstruction des 50 glorieuses de l’époque (1460-1510), la population est dynamique. Or on a en 1481 un hiver très froid, un printemps et un été fort pourris, une famine assez importante et voilà que pour la première fois en France le roi Louis XI essaie de prendre des mesures anti-famines. (En 1315 par contre le roi s’appelait Louis X le Hutin, il n’avait rien fait contre la famine, sauf envoyer du blé à ses troupes en Flandres et libérer quelques serfs à prix d’argent.) Mais, à partir de Louis XI, la monarchie commence à s’intéresser quelque peu au bien-être du peuple, et du reste elle le paiera assez cher au XVIIIe siècle, car on lui reprochera de ne pas en faire assez, un peu comme en 2003 (affaire Mattei).

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Nous en arrivons au XVIe siècle : dès lors on aperçoit de 1500 à 1560, une belle période avec beaucoup de beaux étés, des hivers doux ; les glaciers alpins reculent quelque peu (ils restent cependant plus gros qu’aujourd’hui) et les quatre saisons (hiver, printemps, été, automne), sont souvent douces, chaudes ou pas trop froides, avec, du coup, logiquement quelques disettes d’échaudage du blé par exemple en 1540 on a un très bel été chaud, le vin est tellement sucré qu’on en fait un apéritif. En 1523-1524, on a un été chaud, le blé en souffre, le prix du pain augmente, 1 500 maisons et quatre églises brûlent à Troyes, en Champagne. En 1556, un été très chaud également (ce n’est pas l’été de 2003 mais c’est quand même très ardent), incendies de forêts en Normandie et disettes…

Malgré tout pendant ce beau XVIe siècle (1500-1560), on enregistre une série fraîche 1526-1531, avec, en particulier, une phase cyclonique dépressionnaire et pourrie. En 1527, hausse du prix du pain, les emblavures sont gâtées, au point que l’on doit sortir la châsse de Sainte Geneviève aux fins de processions et de supplications. À partir de 1528, détérioration supplémentaire, la récolte céréalière est médiocre, les vendanges se font début octobre. En 1529, série de mauvaises récoltes, disette assez grave, année très froide et c’est la fameuse grande Rebeyne, révolte lyonnaise, entre Saône et Rhône, les greniers sont pillés et onze émeutiers paient de leur vie leur participation à l’émeute, telle est l’habitude. (Quoiqu’on en ait dit, ni les protestants, ni les corporations artisanales n’y sont pour quelque chose, il s’agit simplement d’une rébellion typique à l’encontre du pain cher.) D’une façon générale, il y a ici démarrage d’une problématique des pauvres lors des années 1526-1531, à Lyon en particulier, en France plus largement, mais aussi en Angleterre et en Allemagne, car la population augmente, le nombre des pauvres aussi, et le tout se heurte à ces quelques années climatiquement difficiles de 1526 à 1531.

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Le temps se gâte : à partir de 1560 les températures se rafraîchissent ; pour les quatre saisons en gros, la température annuelle dans l’Ouest de l’Europe, baisse de 0,6° C en moyenne, notamment en été, mais aussi pendant les autres saisons. Les glaciers alpins progressent assez fortement : on le voit bien vers la fin du XVIe siècle à Chamonix, au hameau du Châtelard, proche de la Mer de Glace laquelle en 1600, atteint et détruit des localités qui sont ou seraient aujourd’hui à plus d’un kilomètre en aval des fronts glaciaires. En Suisse également, le glacier d’en bas de Grindelwald prend des proportions éléphantesques, il se porte à 560 mètres en avant de ses positions antérieures, celles de 1535 ; il menace d’écraser des granges, chapelles et autres bâtiments. Les cinquante années qui vont de 1560 à 1609 se détachent ainsi assez nettement : vendanges plus tardives, printemps-étés plus frais, voire pourris eux aussi. De plus, on est en pleine guerre religieuse, très défavorable et même désastreuse pour l’économie. La crise de subsistance climatiquement déterminante, de 1565-1566 marque surtout un pic, elle est précédée par la disette de 1562-1563 consécutive aux mauvaises moissons de 1562. Dès avant cette date les prix frumentaires ont commencé à monter, modérément mais régulièrement (argent américain). La peste, partiellement conséquence de la disette, se déclenche, avec une mortalité gigantesque en 1562-1563, mortalité à laquelle nos historiens ne s’intéressent guère, ils préfèrent contempler le fascinant voyage de Charles IX et de sa mère en 1564-1565 dans toute la France, à travers des populations décimées peu auparavant : un peu comme si la presse et les médias ne parlaient que du Tour de France ou du Paris-Dakar, après une catastrophe démographique qui aurait provoqué dans notre pays un minimum de trois millions de morts ! Il y a donc un jeu complexe climat-famine-peste-guerre qui assombrit considérablement la période. Le grand hiver de 1564-1565, comparable en moins rude à celui de 1709, a durement éprouvé la région parisienne (mais aussi les Pays-Bas et l’Angleterre) provoquant une crise frumentaire à laquelle les populations réagissent, démographiquement, par une baisse des conceptions entraînant un déficit des naissances l’année suivante (novembre 1565-novembre 1566).

Autre hiver notable, celui de 1572-1573 : le froid, très rigoureux dans toute l’Europe du nord, provoque une solide glaciation des eaux des rivières et des lacs (Allemagne méridionale, Autriche, Suisse). Donc des gelées hivernales, et printanières qui tuent les semences ; viennent ensuite l’été et l’automne trempés (cf. 1481, 1740) ; d’où des raisins peu mûrs et un vin acide qui tourne à la piquette. À signaler aussi l’automne 1585 fort humide, ce qui a dû compromettre les semailles, et puis l’hiver suivant 1585-86 nettement glacial. Tout ça, PAG ! : dès avril 1586, les pauvres ruraux, par troupes coupent le blé à demi-mûr « et le mangent à l’instant pour assouvir leur faim effrénée » (Pierre de l’Estoile). Dans le même temps, les combats de religion, entre protestants et Ligueurs « ultra-papistes » (qui certes n’ont rien à voir avec le climat) en aggravent pourtant les conséquences néfastes. Batailles, insécurité, les convois de grains circulent mal… Mai 1588 : la Ligue… Pour conclure le XVIe siècle, la décennie 1590 se présente comme une suite d’années presque toutes froides ou, du moins, très fraîches ; s’agissant de l’Angleterre élisabéthaine qui à cette époque, à la différence de la France, jouit d’une totale paix intérieure,on ne peut invoquer les guerres pour expliquer en ces dix années 1590’s-9, à mainte reprise, le fort déficit démographique, l’excédent des décès sur les naissances, lui-même né de la cherté des grains (la disette), déficit frumentaire, notamment en 1597-1598, et on peut même rapprocher ce phénomène de ce qu’écrit la même année Shakespeare dans le Songe d’une nuit d’été :

« Ainsi les vents…, comme pour se venger, ont fait monter de la mer des brouillards contagieux (porteurs de contagions épidémiques ?). Ceux-ci, retombant sur la terre, ont rendu les rivières si orgueilleuses et si gonflées qu’elles ont bientôt débordé sur la terre ferme C’est en vain que le bœuf a tiré sous son joug. Le laboureur a sué tant et plus, mais sans le moindre succès. Le blé encore en herbe verte a pourri avant même que l’épi barbu ne se forme. Dans les terres noyées, le parc clôturé est resté vide, déserté par les bestiaux qu’a frappés l’épizootie du murrain ; les corbeaux s’engraissent aux dépens de ces troupeaux de cadavres … Humains, frères mortels, vous voudriez jouir de vos amusements d’hiver, mais la nuit n’est plus remplie du son des hymnes ni des cantiques de Noël. Car la lune, gouvernante des déluges, est pâle de fureur ; elle détrempe tout dans l’air à tel point que fleurissent partout les rhumatismes et les inversions de température Les saisons sont altérées »… Et de parler « des gelées couvertes de poils blancs, piquant du nez dans le frais giron des roses cramoisies… »

Fantaisie de poète ? Ce n’est pas si sûr car d’autres indications (escalade du prix du grain comme conséquence d’années pourries et de mauvaises récoltes, chute de la natalité) vont dans le même sens : il y a bien eu une détresse économique pendant les rudes années 1597-1598 en Angleterre.

Sur le continent, l’hiver 1597 est très neigeux ce qui, une fois de plus, profite aux glaciers alpins, en pleine phase d’offensive maximale, laquelle culminera au tout début du XVIIe siècle. Globalement tous les hivers, de 1586 à 1605, sont neigeux, pensez aussi à la peinture flamande et hollandaise blanche de neige, de glace et de patineurs en cette fin de XVIe-début du XVIIe siècle. L’économie (maigres moissons, restrictions céréalières) retentit sur la démographie : en France on observe un net déficit des baptêmes pendant les années 1597-1598 déficit qui correspond à une baisse d’un quart ou d’un tiers du nombre des naissances nationales ; de même, outre-Manche, il y a un excédent des morts, inhabituel en cette île qui, d’ordinaire, est démographiquement dynamique.

On peut aussi se demander s’il n’y a pas de corrélation de cause à effet entre le petit âge glaciaire qui marque, grosso modo, les années 1560-1600, ou même 1560-1640, et les persécutions, les procès de sorcellerie particulièrement nombreux dans tous les pays d’Europe pendant cette période ; car vous savez que les sorcières sont souvent accusées, entre autres choses, de détraquer le temps. Crise déficitaire du vin, aussi (déficit des vendanges) manque de soleil, gelées.

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J’en viens maintenant au XVIIe siècle, marqué en ses débuts, par un froid intense : les glaces marines se rapprochent des côtes d’Islande, les glaciers alpins atteignent leur maximum historique vers 1600-1610, à tel point qu’en juin 1644, Charles de Sales, coadjuteur de Genève et neveu de saint François, vient à Chamonix conduire une procession de quelque 300 personnes pour bénir solennellement « au lieudit les Bois sur le village duquel est imminent et menassant de ruyne totale un grand et épouvantable glacier poussé du hault de la montagne » ainsi que trois autres glaciers des alentours qui menacent différents hameaux. Par chance, la bénédiction épiscopale est efficace et fait reculer cette menace !

Même tableau en Suisse ; le glacier d’Aletsch, qui progressait depuis de nombreuses années, atteint une hauteur extraordinaire, 1653 ; on fait donc appel aux Jésuites qui viennent faire prédication, procession, bénédiction en septembre 1653 pour stopper, saint Ignace aidant, les velléités de progression du monstre. Tout au long du XVIIe siècle, les glaciers alpins restent assez constamment gros, mais ces redoutables pachydermes cessent de s’étendre plus en aval.

La période 1560-1600, dans son ensemble, était marquée par un « plongeon » thermique aux quatre saisons et, le cas échéant, par un excès de pluies, en comparaison du beau XVIe siècle qui avait précédé (1500-1559) ; le XVIIe siècle, moins agressif conserve encore des caractéristiques froides très bien marquées même si certains étés (1616, dominé par une énorme vogue de chaleur, 1636, 1666, 1684) sont déjà sensiblement plus réchauffés. Mais de 1601 à 1675, par exemple, 70 % des hivers néerlandais sont pluvieux et/ou neigeux et le premier quart du siècle relève encore du petit âge glaciaire avec des hauts et des bas, voire jusqu’en 1643 ou 1650-1660.

Dans l’ensemble, les deux premières décennies furent quand même plutôt favorables pour le bon peuple (la poule au pot d’Henri IV !) ce qui est dû à la paix, mais aussi à l’absence de gros désastres climatiques et à l’occurrence d’une bonne quinzaine d’années de relative abondance des grains. Cependant 1621 marque un changement : printemps frais, surtout en avril ; été 21particulièrement frais, vendanges très tardives, l’hiver 1621-22 commence dès la mi-décembre et dure deux mois, l’année 1622 est redoutable : grande famine en Angleterre, prix maxima du blé en France ; mortalité parisienne en ascension libre. La disette britannique de 1622-23 se fait ressentir jusqu’aux Pays-Bas et en Lorraine, compliquée par les premières difficultés liées à la guerre de Trente Ans. À cette décennie fraîche succèdent des années particulièrement pluvieuses et humides, donnant de mauvaises récoltes : pour l’ensemble des années 1620-30, le mouvement de hausse des prix du grain est net, avec des raisons militaires, démographiques et météorologiques ; la peste corrélative — pas toujours — de la disette fait rage dans l’Ouest de la France, et elle ravage les peuplements ; les pauvres gens se réunissent en assemblées revendicatives, la municipalité d’Agen, ville environnée alors de vraie famine, emprunte pour trouver l’argent nécessaire à acheter du grain ; la disette sévit aussi en Bretagne, et dans le Nord de la France : la pointe de mortalité de 1631 est l’une des plus fortes connues. En 1636 aussi, violente éruption du nombre des morts, la situation frumentaire est pourtant excellente et les étés paradoxalement sont radieux, trop radieux sans doute, trop calorifiques : belles moissons, vendanges précoces ; mais le niveau d’eau des rivières et des nappes phréatiques ont trop baissé, elles sont donc polluées, sales, d’où une dysenterie catastrophique.

Les années qui précèdent la Fronde (1640-43) et la première Fronde elle-même (1648-50) sont marquées par un net rafraîchissement du climat dans la moitié nord du royaume, avec de médiocres moissons, des difficultés frumentaires, des émeutes de subsistance dans le sud-ouest (1640-43) ; la situation devient carrément catastrophique dans le Rouergue : les habitants sont « à la faim », mangeant du pain seulement deux à trois fois la semaine, on abandonne les terres, les familles sont décimées.

C’est dans ce contexte de hausse du prix des blés qu’éclate la Fronde : hiver 1648-49 froid (inondation, pluie, gel, neiges en France et dans le nord de l’Europe), été 1649 dépressionnaire et pourri, siège de Paris (non-météo !) de janvier à mars-avril, la situation prend une allure catastrophique ; en 1652 horrible printemps (guerre) : à l’échelle nationale, on compte entre 400 000 et 500 000 morts. Fait remarquable : la même période voit six révolutions contemporaines lors des années 1640-1659, en Catalogne, au Portugal, à Naples, en France et en Angleterre, avec des troubles aux Pays-Bas ; les deux séries – politique et climatique – sont indépendantes l’une de l’autre mais elles entretiennent des contacts : il y a bien une composante météo-traumatique, froide, humide, météo déficitaire en blé, réelle, sinon décisive par rapport à la politique, les quatre années de Fronde le montrent. La hausse des prix du blé engendrée par le mauvais climat pluvieux et les mauvaises récoltes en synchronisme avec la Fronde, attise un mécontentement populaire dont les origines, elles, sont bien entendu politiques, non pas climatiques.

Autre fait notable : la période 1645-1715 (le règne de Louis XIV) est parfois spécialement fraîche, avec un déficit prolongé en taches solaires (ce que l’on appelle le minimum de Maunder), c’est le moment où l’astronomie est installée par le pouvoir royal (création de l’Observatoire de Paris) donc on peut se fier aux observations qui étaient faites à l’époque quant à ce déficit des taches solaires (Cassini). Le soleil est ainsi sujet à des fluctuations d’activité qui retentissent sans doute sur le climat. En tout cas, la phase dite de Maunder est, semble-t-il, contemporaine par moments (les 1690’s) d’un refroidissement hivernal et parfois estival des températures dans lequel les variations solaires ont pu joué un rôle : adieu parfois les beaux étés, chauds, secs, propices aux moissons ; on a des temps de famine lors de la seconde moitié du règne de Louis XIV en France, mais aussi en Écosse et dans les pays nordiques ; adieu les semailles automnales faciles : elles deviennent de temps à autre difficultueuses (1692) en des labours détrempés, collants, boueux. Cela contraste avec les années 1635-38 jadis marquées par des printemps-étés généralement chauds et doux avec une relative pléthore frumentaire. Dès 1658 les choses se gâtent, inondations catastrophiques ; 1661, pluviosité continuelle, très dangereuse pour les céréales, un désastre sans nom. La mortalité maximale sévit pendant les deux derniers trimestres de 1661 et les deux premiers de 1662 : famine, raréfaction des mariages qui réduit les conceptions et les naissances, la France subit un demi-million de décès supplémentaires (soit un million et demi de morts à l’échelle des 60 millions d’habitants de 2005 !). C’est toutefois moins que plus tard en 1693-94 et 1709-10. Ce qui n’empêche pas le roi Louis XIV de conduire le grand ballet du carrousel, d’un faste inouï, en juin 1662, au momnt du maximum du prix du blé tout en menant pour la première fois une vaste et judicieuse politique sociale d’importation du blé !

1675, encore un été pourri dû à une vaste dépression arrimée sur l’Angleterre dès le mois de juin. Madame de Sévigné grelotte à Paris, comme sa fille en Provence : « Il fait un froid horrible, nous nous chauffons et vous aussi, ce qui est une bien plus grande merveille. » Il est possible que cette saison estivale « plombée » soit due, au moins en partie, aux poussières répandues autour de la planète par les éruptions volcaniques de Gamkonora en Indonésie (1673) + Cassini. En revanche, la décennie 1680 est remarquablement chaude et sèche, au moins pour les étés, en Languedoc ; c’est le moment où Louis XIV, favorisé par le soleil et les bonnes récoltes, et les bas prix (pour payer ses soldats et les employés de Versailles) a tout pouvoir pour développer les grandes idées du règne (paix de Ratisbonne, 1684) et surtout, hélas, Révocation de l’édit de Nantes (1685).

Mais dès 1687 commence une décennie allongée (1687-1703 ?) qui sera la plus froide jusqu’à nos jours et fertile… en catastrophes alimentaires. 1691-91 : hiver froid, très neigeux, ce qui, en soi, n’est pas grave ; printemps 92, début de l’été : frais et pluvieux avec des abats d’eau considérables, moisson à demi-manquée, vendanges ultra-tardives ; à l’automne les semailles sont complètement ratées, et l’on a une grande famine en 1693 ce qui donne en deux ou trois ans, 1 300 000 morts supplémentaires, c’est l’occurrence d’une disette géante compliquée par la guerre de la Ligue d’Augsbourg et par des impôts très lourds. 1 300 000 morts en plus, cela ferait aujourd’hui presque 4 000 000 de décès en proportion. Les peuples ressentent durement cette forte mortalité. Les années 1690-99 sont fort dures à passer. Ce sont parmi les années les plus froides que l’on ait connues en Europe, avec beaucoup de pluviosité, des flux dépressionnaires venus de l’Atlantique incessants en France mais aussi en Finlande et Suède en particulier 1696-1697 ; en Écosse aussi ce fut très rude, l’Angleterre déjà modernisée s’en est assez bien sortie, mais l’Écosse a une agriculture plus primitive, plus vulnérable, que le royaume anglais, c’est donc la dernière famine écossaise de l’âge moderne ; en Finlande ce fut très grave, un tiers de la population est morte de faim et de maladies en 1696-97, épisode démographiquement presque comparable à la peste noire de 1348.

Donc, une dizaine d’années, les 1690’s, avec une succession quasi permanente d’hivers très froids et d’étés pourris. Ce qui ne veut pas dire qu’intervient une famine chaque année, mais cela signifie que des fenêtres d’opportunité s’ouvrent le cas échéant pour donner libre cours à telle ou telle famine, il y en a ainsi d’assez fréquentes en cette période : 1693 en France, 1696-97 en Finlande, en Suède, en Écosse.

On signalera encore, en un style analogue, mais avec un contexte météo un peu différent l’hiver de 1709. C’est l’hiver le plus froid qu’on ait connu en Europe depuis 1500, depuis cinq siècles, humainement un peu moins rude que 1693 (600 000 morts seulement, dans la foulée, en 1709-1710) ; d’une part des gens sont morts de froid en janvier-février, mais surtout les semailles sont tuées si je puis dire dans l’œuf. D’où famine en 1709-1710, même si l’on a re-semé de l’orge au printemps 1709, ce qui permet malgré tout à la majorité des gens de survivre. Il y a néanmoins 600 000 décès supplémentaires en France suite à cet hiver de 1709, ce qui ferait aujourd’hui 1 800 000 morts, c’est-à-dire en un an et demi plus que la guerre de 1914-18 en quatre ans.

Dès le début du XVIIIe, on ressent partout une petite reprise de chaleur et elle est très nette après l’hiver de 170 ; le XVIIIe siècle, sans être aussi chaud que le XXe, s’avère moins désagréable que le XVIIe. Les glaciers alpins du XVIIIe restent gros (PAG) mais reculent un peu. Cela fut vraisemblablement assez favorable pour la démographie et l’économie. Vous avez donc une forte reprise de la croissance économique « dix-huitiémiste » en Europe, en France, et aussi en Chine si bien que l’on peut se demander si ça n’est pas l’ensemble de l’Eurasie qui a bénéficié dans l’hémisphère nord de ce léger réchauffement du XVIIIe siècle. A moins d’admettre que l’expansion très forte de la population chinoise au XVIIIe siècle s’explique par la croissance des ventes de porcelaine de ce pays à la Compagnie des Indes européennes, ce qui ne paraît guère sérieux.

Mais une telle chaleur a aussi ses inconvénients. On connaît de ce fait des années de canicule 1704-1705-1706, 1718-1719 et 1779 ; ces trois coups de grosse chaleur ont provoqué des dysenteries (baisse de la nappe phréatique bis !, eaux pourries dans les rivières, donc infections, etc.).

En 1704-1706, cela donne 200 000 morts de plus en trois ans ; en 1719, 450 000 morts supplémentaires en un an, dont beaucoup de bébés et de petits enfants (chiffres bien supérieurs à ceux de la canicule 2003, 15 000 morts). Ce qui est extraordinaire c’est que personne n’en parle parmi les médias de 1719 (ils existaient), sauf les curés qui envoyaient au paradis toutes ces petites âmes et qui notaient la chose avec tristesse. 450 000 morts sur 20 000 000 d’habitants, cela ferait quand même 1 350 000 morts en 2005 et c’est passé comme une « lettre à la poste ». Vous avez sûrement lu l’histoire de la Régence, celle de Philippe d’Orléans, un homme sympathique qui a su détendre les ressorts (précédemment bandés à bloc, de la monarchie au temps du règne dur de son prédécesseur Louis XIV) (il y a Louis XIV et Philippe d’Orléans, comme il y aura Staline et Khrouchtchev), mais les 450 000 morts susdits, personne n’en parle.

Même chose en 1747 et 1779 (selon le cas automne ou été trop chauds, donc dysentérique), mais seulement 200 000 morts à chaque fois (c’est « moins pire » qu’en 1719, on n’arrête pas le progrès !). Malgré tout, on note aussi dans le sens inverse, quelques années pourries, celle de 1725 où certes la famine proprement dite ne sévit point, mais on a pourtant un été sombre, très nuageux, pourri, avec une récolte médiocre et une cherté, donc pas mal d’émeutes, les gens crient à la faim, à tort ou à raison ; quand le cardinal Fleury, Premier ministre, passe dans son carrosse, la foule essaye de renverser le véhicule et comme on dit « le peuple mourait de faim … et le cardinal mourait de peur ». Il faut se mettre à la place de son Éminence, il avait 90 ans !

1740, une année très rude, quatre saisons froides et disette, un peu comme en 1481, 1565 ; quatre saisons froides et l’expression célèbre : « Je m’en fous comme de l’An 40 ! » Vous connaissez cette phrase, elle remonte précisément paraît-il à 1740, et elle signifie qu’on s’en fout véritablement.

Nous en venons à la Révolution française ; mais prenons un peu d’avance. Après quelques années chaudes d’abondantes récoltes en blé (du coup on a libéré le commerce des grains en 1764) on est confronté à une année froide et pourrie en 1770, et même à un cycle d’icelles (AFPS) ; fort déficit frumentaire et grosse crise économique (textile, etc.), en Allemagne notamment ; en France il faut renoncer au laisser-faire en matière de négoce des céréales ; et donc il y a retour au dirigisme, dorénavant cher à l’abbé Terray (> 1770-71). Rappelons qu’à des époques plus tardives, pendant les deux guerres mondiales, même les politiciens les plus libéraux ont dû admettre le système autoritaire des tickets de pain. Libéralisme et liberté des échanges. C’est bien, c’est bien gentil, mais ça vaut surtout pour les années d’abondance où tout marche bien. Dès que Dame Pénurie fait son come-back, il faut serrer les boulons de l’autoritarisme.

Un nouveau cycle plus tiède peut-être : les années post 1772 (voire jusqu’en 1811) commencent par un an 1774 assez chaud certes, mais extrêmement pluvieux, médiocres récoltes de blé, début de disette quoique les temps de vraie famine appartiennent au passé et l’on a seulement la fameuse guerre des farines du printemps 1775. Les prix du blé y sont fort élevés ; l’on enregistre des émeutes frumentaires un peu partout dans la moitié nord de la France. [Voir aussi 1778-81, 1783, 1785, 1786-87]

Arrive en effet la Révolution française ; 1788 ! Et d’abord un automne pourri fin 1787, cela gêne les semailles, un printemps 88 très chaud à Pâques, échaudage semble-t-il des blés, puis la fameuse grêle du 13 juillet 1788, mais elle ne concerne que mille villages. Or il y a 37 000 villages en France et la récolte a été médiocre dans tout le royaume à cause d’un printemps et d’un été trop chauds, et puis des grosses pluies et des orages en août 88, qui abîment la moisson. Ainsi douche fin 87, puis sauna printanier 88, puis douche estivale 88. Complexité toujours ! De fait on a une mauvaise récolte nationale ; c’est l’inconvénient des étés trop chauds parce que le nord souffre de l’excès de soleil et le midi également. L’Hexagone tout entier est surchauffé par un soleil trop ardent. Émeutes de subsistance par conséquent ; et l’on en arrive ainsi à la plus grande émeute politico-subsistantielle, celle du 14 juillet 1789 ; vous connaissez la suite. Le climat se borne à donner une inscription chronologique pour un événementiel qui, lui, est spécifiquement politique, culturel, nullement météorologique.

1794, année chaude elle aussi, je ne parle que d’un point de vue « météo » bien sûr, 1794 quant au blé eut droit au coup d’échaudage très fort, et d’autre part, il s’agit (1794) d’une année relativement instable avec un taux de variabilité très intense ; chaleur de sauna printemps-début été 94, le tout entrelardé comme en 1788 de grosses pluies, ouragans, orages, grêles, etc. C’est le modèle sauna-douche une fois de plus. Mésaventure météo de Robespierre (9.10 thermidor) mais surtout récolte 94 mauvaise et du coup l’on a une grosse disette au printemps 95, c’est toujours au printemps que les gens crèvent de faim. Viennent donc les fameuses émeutes de Germinal et de Prairial 95, ces mois de printemps disetteux, qui mettent fin à la période violente de la Révolution française (à la période de gauche, peut-on dire), puisque ces soulèvements populaires subsistantiels sont réprimés très fortement par les thermidoriens et autres milices « droitières », au temps des Merveilleux et des Inc’oyables. C’est la fin des sans-culottes (sonensen).

Sous l’Empire, la police est bien organisée, grâce à Fouché (qui s’était fait la main sur les malheureux Lyonnais, comme vous le savez, avec ses mitraillades, jadis, dès 1793). Donc au temps de Napoléon il y a quelques problèmes, un hiver très rude en 1802, à la 1481, à la 1565, et doté d’une crise de subsistance ; puis 1811, un été très chaud, le fameux vin de la comète (une comète qui n’y était pour rien), un vin délicieux mais une crise alimentaire ou anti-alimentaire due à l’échaudage et à une mauvaise récolte de blé ; donc des émeutes, mais faites confiance à Fouché ou à ses successeurs, la police, je le répète, est efficace. Le plus remarquable c’est quand même la reprise ou le revenez-y du petit âge glaciaire entre 1812-15 et 1859, avec surtout une grosse fraîcheur entre 1812 et 1820 suivie d’une nouvelle poussée maximale des glaciers alpins, avec l’extension vers le sud des trajectoires des cyclones, fréquence accrue des tempêtes, même la calotte glaciaire de l’Arctique est en expansion et l’on note, en particulier, assombrissante à force de poussières l’explosion d’avril 1815 du volcan de Tambora en Indonésie. Début avril, on signalait déjà des borborygmes à Tambora, quelques soubresauts et puis le 10 avril 1815, à 19 heures, paroxysme, trois colonnes de flammes montent à 50 km d’altitude en même temps que le sommet de la montagne Tambora se liquéfie littéralement ; vers 22-23 heures, les flammes retombent, la caldera est formée, elle a six kilomètres de diamètre. 86 000 morts, dans cette région j’ignore comment on les comptait. Fracas ultra bruyant et tsunami jusqu’à Bornéo. Le mont Tambora haut jusqu’alors de 4 300 mètres, un petit mont Blanc, ne comptait plus que 2 850 mètres après l’explosion. Gros nuage de poussière autour de la planète, ciel brouillé, l’éclipse de lune de juin 1816, à Londres, est impossible à observer ; année sans été en 1816, température en baisse d’un demi degré en moyenne sur l’Europe et l’Amérique ; est-ce ainsi qu’est apparu le choléra en Inde, il faudrait en discuter mais en tout cas pour l’Europe c’est l’année la plus froide de la décennie 1810-1819. Donc, parmi les divers continents, récolte des cannes à sucre en Alabama et en Louisiane diminuée ; au Canada pourtant peu peuplé, interdiction d’exporter les grains ; Irlande pays souffre-douleur, vous y devinez la famine de pommes de terre, de pain et le reste ; en France on aurait perdu 2° C en l’été 1816 ; des disettes ou demi-disettes un peu partout, et notamment à Lyon avec des émeutes ouvrières assez violentes contre la cherté, émeutes que les historiens lyonnais connaissent mieux que moi.

Les poussières volcaniques amenées par les vents d’ouest ont assombri la France et l’Angleterre qui en ont souffert, mais en Russie, les poussières sont à peine parvenues, retombées qu’elles étaient sur l’Europe de l’Ouest ou du Centre, la récolte russe a été bonne et les Français ont pu ainsi bénéficier du blé de Russie, lequel revient de la sorte importé dans l’Hexagone via Marseille. En Espagne, les olives, les agrumes sont durement éprouvées en 1816. Je vous signale incidemment le fameux grand hiver de 1956 dont beaucoup de gens se souviennent, mais aussi avec le désastre ibérique de la récolte d’agrumes et d’olives et c’est le moment, la raison aussi pour laquelle Franco de ce fait modifie sa politique économique en direction (réussie) du libéralisme.

1816, l’année sans été ; c’est là que Mary Shelley (elle devait avoir 19 ans à l’époque) enfermée avec Byron et Shelley, excusez du peu, dans un chalet au bord du lac Leman (chalet sur lequel il pleuvait constamment pendant ce fatal été), Mary, donc, accouche du monstre le plus extraordinaire qui soit jamais sorti de l’imagination d’une jeune femme, Frankenstein.

Tant et si bien que la reprise économique post-napoléonienne ne commence vraiment, post effet Tambora, qu’à partir de 1817 et surtout 1818. Glissons ici, faute de temps, sur les années 1818-1844, Restauration et Monarchie de juillet pour l’essentiel. Et notons en 1845 et 1846 la complexité toujours, la double prise en tenaille de l’économie ouest-européenne 1845-1846. 1845 : hiver froid- été pourri comme en 1481 ou 1740, d’où famine de la pomme de terre en Irlande ; et pour le coup plus d’un million de morts irlandais, avec la connexe maladie des pommes de terre ; puis vient en sens inverse le printemps-été très sec et très chaud de 1846, c’est l’un des douze étés parmi les plus chauds des 500 dernières années avec de la sorte une attaque sur deux fronts, 1845 puis 1846 ; réfrigérateur, puis douche (45), puis sauna (46), engendrant l’échaudage ; donc on est confronté à une espèce de disette 45-46-47 dont il ne faut pas exagérer la gravité, néanmoins grosse crise économique en 1847 en France et surtout en Allemagne et puis en prime la Révolution européenne de février 1848 qui a bien d’autres causes politiques, culturelles, etc., mais qui a été excitée par cette grave dépression 1846-47.

Depuis fin 1859/1860 nous sommes au point terminal, à la disparition du petit âge glaciaire dans les Alpes sûrement, en Scandinavie peut-être, dans l’ensemble de l’Europe et du monde, on peut en discuter. Ce recul des glaciers alpins est dû à partir de 1859 à des baisses de précipitations et à des paquets d’étés chauds, lors des décennies 1860’s et des 1890’s en particulier. Mais le climat ne se réchauffe tout à fait en Europe, qu’à partir de 1903 surtout. En tout cas les glaciers alpins sont bel et bien en débâcle progressive depuis 1860 ; cette débâcle persiste, comme vous le savez, jusqu’à nos jours, et l’on inaugure le XXe siècle sous le signe d’une période de variabilité ; en 1904-5-6 d’assez beaux étés ; ils occasionnent la crise de surproduction viticole de 1907, avec révolte des vignerons du Languedoc, crise de la vigne, due également au fait qu’on avait pris l’habitude de sucrer le vin (il paraît que maintenant cela ne se fait plus…) et puis due à l’importation des vins d’Algérie… L’an 1910 émerge au contraire en tant qu’année glaciale (PAG) puis pourrie anti-blé ; année clôturée par les inondations de la Seine en décembre 1910. Malheureux zouave. Viendront ensuite les grands et nombreux étés chauds de la décennie 1940 dont les plus âgés se souviennent, étés chauds et secs avec en particulier la canicule et la mauvaise moisson de 1947 connotée grâce aux grèves de l’automne 1947 provoquées par Moscou bien sûr, mais aussi par un déficit et une cherté du pain quotidien [maïs, etc.]. Nous en arrivons enfin à l’effet de serre que vous connaissez aussi bien que moi puisque les médias nous en informent quotidiennement : grands étés de 1976, 1983, de la décennie 1990’s, de 2003… À suivre ?

*

 L’histoire du climat de l’ultime millénaire, en tant que discipline, s’est développée en Suisse, avec Pfister et Lutterbacher, en Tchéquie, en Belgique aussi avec mon élève Pierre Alexandre, en Angleterre avec Phil Jones ; en France j’ai eu un certain nombre d’élèves ; pour les jeunes, avec la conjoncture météo d’effet de serre actuelle, il y a pas mal de choses à faire, on peut regretter certes qu’il y ait de moins en moins de gens qui vont à la messe et de plus en plus de spécialistes d’histoire religieuse, si valable soit-elle, mais pour ce qui est de l’histoire du climat, elle devrait présenter un grand intérêt et susciter quelques vocations supplémentaires, sans tomber pour autant dans le catastrophisme qui parfois nous obsède à propos de ce thème d’écologie historico-contemporaine.

Voir également les articles suivants en complément :

 - http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-323988.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324007.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309805.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309810.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-368945.html

 

 

Voici un relevé chronologique à remettre à jour régulièrement des MALHEURS DES TEMPS :

Entre 1635 et 1652, de nombreuses provinces françaises ont connu le retour de la soldatesque et ses cortèges d’horreurs.

1660-1661 : terrible crise de subsistance

De 1661 à 1792, la France est en guerre, en moyenne, une année sur trois, mais ces conflits sont d’inégale importance.

 

1693-1694 : grandes famines dans toute la France.

 

1695-1698 : capitation puis rétablie dès 1701 à la veille de la guerre de la Succession d’Espagne. Elle subsiste jusqu’à la révolution.

 

1697 : très mauvaise récolte

 

Automnes 1706-1707 : épid. Dysenterie

 

Froid terrible du 06/01 à mi-février 1709

 

Prix céréale * 4 entre jan. Et juil. 1709.

 

1710-1714 dixième puis à chaque conflit, jusqu’à1789  Guerre = accroissement de la fiscalité.

 

1739-1740 : disette

 

Mars 1743 : maladie générale de grippe, qui commence par un rhume et mal de tête.

 

1832 : épidémie de choléra. 100000 morts environ dans tout le pays.

1848-49 : épidémie de choléra, la « peur bleue », le visage des mourants réapparaît. Elle arrive par le Nord et les ports de la Manche.

1853-54 : la revoilà dans la capitale et en Normandie, pour la vague la plus meurtrière du siècle, 150000 morts, dans l’ambiance d’incertitudes politiques qui suit un coup d’état récent.

Le choléra s’installe régulièrement ici ou là :

En 1865-66, dans le Nord, en Normandie et en Bretagne. En 1873, 1884, 1892 et même en 1910-11.

 

Si la peur s’est affaiblie de la familiarité, il n’en reste pas moins que les 3 1ers quarts du XIXe siècle contredisent les illusions de ses débuts et prolongent, sous d’autres espèces, la tradition des grandes mortalités épidémiques.

D’autant plus que la variole, qu’on croyait vaincue, reprend de la hardiesse dans les années 1840-1850, en faisant fi de la vaccination.

1871 : à Caen, elle provoque le record absolu de mortalité du siècle, 2075 morts, contre 1100 à 1200 en année normale. En Normandie, (dans le 14 et le 76) estiment les médecins du temps, c’est sans doute la plus meurtrière des épidémies du siècle, à laquelle n’échappent ni les campagnes ni les petites villes, où le taux de mortalité double en neuf mois… La peur réapparaît. Il arrive qu’on refuse de s’approcher des cadavres et de porter les cercueils ; on revient aux quarantaines aussi rigoureuses qu’inefficaces, dans le climat de crise nationale qui suit la défaite et accompagne l’occupation étrangère.

1871 en France, la mortalité due à la variole s’élève à 200000 décès.

Revoici la variole à Caen en 1881-82, en 1888, en 1894, après avoir fait dans toute la Basse-Normandie, dans la seule année 1870 donc, plus de morts que les cinq grandes vagues cholériques d’entre 1832 et 1873.

 

1918 : grippe espagnole qui fait a elle seule 12363 morts à Paris dans la semaine du 10 au 17 octobre.

 

Parmi nos ancêtres (branche Touzard), les DRIEU, … étaient protestants à cette époque. Eux aussi ont peut-être caché leur argent, dans l’espoir de le retrouver en des jours meilleurs.

La révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, par LouisXIV, ne fit qu’entériner un état de fait bien établit : depuis quelques années, les persécutions à l’encontre des protestants, les brimades, les vols etc. avaient repris force et vigueur dans tout le royaume de France. Des dizaines de milliers de familles, et non des moindres, durent se résigner à abjurer, ou à quitter clandestinement le pays. C’est ainsi que spontanément, se créèrent en Normandie, et surtout dans le Bessin, des têtes de pont destinées à permettre l’écoulement des huguenots vers des cieux plus cléments. La plus importante d’entre elles se trouvait dans le petit village de Sainte-Honorine-des-Pertes. Les fugitifs s’y cachaient où ils pouvaient, avant de s’embarquer dans quelque navire de fortune. Un rapport de police de l’époque les décrit comme « Gens de qualités qui estoint dans plusieurs maisons d’alentour, et se préparaient à se mestre aussy en mer avec quantité d’effaits et d’argent et joyaux ».Beaucoup d’entre eux furent arrêtés ( ce qui signifiait alors le départ pour les galères), et, dans les campagnes entourant Sainte-Honorine-des-Pertes, les paysans, madrés, ont longtemps joué à la « chasse aux trésors des huguenots ».

Toute la région du Bessin était restée relativement protestante, et Edmond de Laheudrie écrivait en 1930, dans sa monumentale Histoire du Bessin, les lignes suivantes : « Lors de la révocation de l’Edit, beaucoup de religionnaires, dans l’impossibilité de fuir, craignant des temps encore plus déplorables, avaient caché leur argent, dans l’espoir de le retrouver en des jours meilleurs, et bientôt se répandit parmi le populaire, ces légendes de trésors cachés, légendes restées vivaces de nos jours encore chez bon nombre d’habitants du Bessin. »

(Résumé d'une conférence donnée par le docteur LANQUETIN, spécialiste de Santé publique, à Paris le 18/12/1999, à la Maison de Franche Comté, 2 boulevard des Capucines, à la demande du Cercle d'Entr'aide généalogique de Franche Comté).

On ne peut faire de généalogie sans s'intéresser à l'Histoire, mais il est difficile de faire oeuvre d'épidémiologiste ou de médecin en consultant les registres d'état civil ou des documents anciens. Les généalogistes et les curieux sont en effet confrontés à des documents incomplets, souvent inexacts et mal systématisés. Il est impossible d'y appliquer la méthode scientifique, qui exige un grand nombre d'observations et une rigueur bien étrangère aux registres d'état civil, par exemple...

De plus, et lorsqu'on les rencontre, les rares mentions médicales sont rédigées par des non-médecins en termes vagues, trop généraux et des concepts flous. Et même s'ils avaient été rédigés par un médecin ou un officier de santé, ils n'apporteraient que peu de renseignements en raison de l'état des connaissances de l'époque, voire de la volonté du rédacteur de dissimuler son ignorance ...

Il faut donc rester modeste et dire que la généalogie ne peut être qu'un appoint à la connaissance de la santé de nos ancêtres, ses témoignages étant trop anecdotiques et imprécis. Il existe certes quelques rares cas où généalogie, génétique et santé ont pu être associés : chez les familles nobles (par exemple chez les familles royales d'Europe atteintes d'hémophilie) ou chez les émigrants du Norfolk au 17° siècle (la maladie de Huntington des "Sorcières de Salem"). Ce que l'on rencontre le plus souvent dans les documents consultés par les généalogistes ce sont, me semble-t-il, l'âge, parfois la cause du décès (mort à la guerre, crime, noyade, attaque des loups, accident en forêt, mort-né, etc) et plus rarement des annotations vagues telles que : langueur, consomption, apoplexie, gangrène, etc..

Pour ne pas être trop volumineux, limitons nous à l'Europe occidentale, sachant que les situations anciennes sont maintenant trouvées dans les pays en voie de développement. Après un rappel succinct des grandes périodes de l'évolution de l'hygiéne, abordons les grandes causes de mortalité et terminons par quelques statistiques.

Les grandes périodes de l'évolution sanitaire :

Ce découpage, un peu artificiel, n'est valable que pour l'Europe de l'Ouest et décrit deux périodes : avant et après 1850.

Avant 1850 :

Les théories de Galien et d'Hippocrate sont utilisées de façon pratiquement inchangées depuis l'Antiquité : c'est la théorie des "humeurs", le règne des barbiers et apothicaires, charlatans, devins, empiristes. S'ils existent bien des facultés de médecine (Montpellier, Sorbonne,etc), les études sont courtes. Le "saignare et purgare", associés à une langage d'initié, fait ce qu'il peut, souvent railler par les auteurs (Molière, Scapin, etc) .... L'empirisme, parfois le charlatanisme, voire la sorcellerie et l'astrologie tentent de suppléer à l'absence de connaissances scientifiques. On soigne par les plantes (herboristes) ce qui fait aussi rarement mourir ... C'est aussi le preceps célèbre "primum, non nocere" : d'abord ne pas nuire...

Il ne faut cependant pas oublier Ambroise PARÉ (circulation sanguine), l'étude des cadavres par l'autopsie, autorisée très tardivement, la découverte du microscope, vers 1600, qui permet de voir les microbes (micro bio = petit être vivants) sans comprendre le mécanisme de transmission des maladies. La lutte contre les épidémies et endémies est impossible, si ce n'est avec les mesures de prévention (quarantaine, isolement). La théorie de la génération spontanée perdurera jusqu'à Pasteur. JENNER, vétérinaire, invente cependant la vaccination anti-variolique. Quant à la chirurgie, elle fait ce qu'elle peut, sans anesthésie, sur les champs de bataille comme ailleurs... Par exemple, on soigne la "maladie de la pierre" sans anesthésie : destruction des calculs dans la vessie avec des outils métalliques non stériles... C'est ça ou mourir d'urémie....

Cette période se termine, très approximativement, avec l'apparition de la méthode scientifique (la méthode expérimentale) de Claude BERNARD qui précise, vers 1850, la physiologie de l'organisme humain et par la découverte du stéthoscope en 1817 (LAENNEC). Période de transition à laquelle manque non pas la connaissance du microbe, qui est connu, mais son mode de transmission. Le chloroforme et l'éther (anesthésie "à la reine" pour la reine Victoria) rendent plus humaines certaines opérations (amputation, appendicite, accouchement, césariennes, etc).

 

Après 1850 : l'ère post-pasteurienne

Disparaît la théorie de la génération spontanée, des "humeurs". Apparaissent les vaccins, les sérums, les mesures scientifiques de prévention des épidémies, la stérilisation, l'antiseptie. On remplace les apothicaires par les médecins et les officiers de santé, formés en faculté (1803). Puis, c'est notre époque moderne dans les pays riches, avec la mondialisation des études épidémiologiques, des ministères de la Santé, de l'OMS, du remplacement des grandes épidémies bactériennes par les viroses (SIDA, Ebola, etc), mais aussi la persistance des endémies dans les pays pauvres (paludisme, bilharziose, tuberculose,etc.), le triomphe des antibiotiques, de l'anesthésie, des remplacement d'organes, des greffes, des manipulation génétiques, etc

Sans aborder les temps modernes qui sortent du sujet, il apparaît que les progrès modernes (antibiotiques, pharmacologie, chirurgie) n'ont pu apparaître que sur cette découverte d'un franc-comtois : les "humeurs", la "génération spontanée" n'existent pas, seul existe un microbe qui vient d'un autre microbe et que l'on peut combattre. Une seule phrase de PASTEUR :

"Si j'avais l'honneur d'être chirurgien... après avoir nettoyé mes mains avec le plus grand soin, je n'emploierais que des bandelettes (nb : des pansements) préalablement portées à la température de 130 à 150° et n'emploierais jamais qu'une eau bouillie à 100° ou 120°".

Tout est dit : des centaines de millions d'individus doivent leur vie, leur guérison, l'absence de maladie à cette conception simple et pourtant révolutionnaire !

 

Quelles furent les différentes causes de mortalité chez nos ancêtres, avant 1850 ?

En négligeant les décès par accident ou guerre, il s'agit des épidémies, des pathologies dues aux carences alimentaires ou à la mal-nutrition (diabète), souvent aggravées par les conséquences de la misère, des guerres et de l'urbanisation.

a) Les épidémies :

On a surtout à l'esprit les épidémies de peste. Elles furent en effet individualisées et bien décrites dès l'Antiquité. Quelques épidémies célèbres :

Rome en - 293 av.JC : pour la combattre, une mission ramène du temple d'Epidaure un serpent sacré qui s'échappe et gagne l'Ile Tibertine à Rome. L'épidémie s'arrête...

En Chine et Egypte : les textes existent qui la décrive dès le 1er millénaire avant JC.

Dans la Bible : la peste envoyée aux Philistins pour qu'ils rendent l'Arche d'Alliance aux Hébreux.. La défaite de Semacherib, roi assyrien qui encerclait Jérusalem : "L'ange de Jahvé sortit et frappa 185.000 hommes". Cette épidémie était-elle en fait une forme rapide de malaria, telle celle qui, au même endroit mais en 1917, décima la moitié des soldats anglais qui étaient en convalescence dans la région marécageuse du Jourdain ??

La peste d'Athéne qui tua un quart de la population, nous dit Diodore de Sicile : 10.000 habitants, 4.000 hoplites, 400 cavaliers... On accusa les péloponésiens d'avoir empoisonné les puits... Thucydide décrit les symptômes avec grande précision.

La peste de Syracuse, (= la peste antonine) qui, en 167 ap.JC, emporta Marc Aurèle. Galien s'appliqua à lui même, et sans grand courage, son adage pour combattre le fléau : "cito, longo, tarde" c.à.d : partir aussitôt, loin, longtemps.

La peste de Justinien, racontée par Grégoire de Tours. Elle atteint Clermond Ferrand en 567 : 300 cadavres dans la cathédrale...

C'est à cette époque qu'apparaît la peste pulmonaire et l'expression "Dieu vous bénisse !". En effet, elle se transmettait par simple éternuement et la mort survenait quelques heures plus tard...

Il faut finir par "l'année de la grand'mort", celle de la peste noire, qui avec une mortalité de 60 à 100%, fit périr en 1348 et 1349, plus de la moitié de la population européenne. Partie de Marseille et de Gènes, en raison du commerce avec l'Orient, elle touche toute l'Europe, de façon un peu inégale. Brème perd 70% de ses habitants, mais Magdebourg "seulement" 10 %... Sont un peu épargnées aussi des régions comme le Béarn, la Pologne, la Hongrie.

Elle est sans pitié pour les communautés humaines : troupes, communautés religieuses, villes. Certains villages très isolés sont un peu épargnés, sauf si des fuyards des régions contaminés y sont accueillis... Il semblerait que quelques fermes du Haut-Doubs, vivant en semi-autarcie, aient échappées.. A Givry, en Bourgogne, sur 1.500 âmes, il y a 645 décès d'août à novembre 1348.. On brûle les coupables tout désignés et on confisque leurs biens : les juifs, les étrangers, sauf en Avignon qui est terre d'église.. La peste servit (?) aussi de "première arme biologique", lors du siège d'une ville russe par les troupes mongoles, qui lancèrent par dessus les murs un cadavre décédé de la peste...

Les conséquences de cette épidémie furent nombreuses : accentuation de la régression démographique antérieure, crise de main d'oeuvre d'où diminution des charges et dîmes entraînant mise en difficulté des petites seigneuries rurales.

Épidémies de peste des temps modernes :

1600 : en Aragon

1577 : Venise perd 50.000 habitants. Montaigne préfère quitter Bordeaux, la grande ville dont il est échevin ...

1653 : Toulouse

1665 : Londres

1720 : Marseille

1828 : peste dans les Balkans

1962 : 700 cas mondiaux dont certains aux USA !

1966 (oui !) : 3.000 cas au Vietnam

La plupart du temps associée à la malnutrition et à la famine, la peste est "le grand massacreur des mal-nourris". Elle se guérit actuellement par des antibiotiques, si le diagnostic est porté à temps.

Autres maladies épidémiques :

La lèpre qui disparaît pratiquement de l'Europe au 16° siècle. Raisons climatiques, meilleur alimentation et hygiène ? Elle touche encore, dans le monde, plusieurs centaines de millions de malades. C'était le mal-ladre traité dans les maladreries. On trouve des traces de lèpre sur certaines momies égyptiennes. Le traitement en est simple et peu coûteux , il existait cependant 1 million de cas dans le monde en 1995.

La variole : Jusqu'à la seconde moitié du 19° siècle, c'est la grande cause de maladie infantile. La mortalité est pratiquement de 100%... Elle disparaît en Europe avec la vaccination jennérienne et aurait disparu de la planète (?), et fut déclarée éradiquée par l'OMS en 1980. Mais le virus serait conservé dans certains laboratoires militaires secrets ...

La coqueluche : endémique au 16 et 17° siècle, elle tue 10.000 personnes à Paris en 1580 et 40.000 enfants en Suède (de 1749 à 1764).

La fièvre jaune : apparue en 1831 en Europe (colonisation de l'Afrique), elle gagne l'Amérique en 1837 et décime une grande partie des autochtones.

 

Des nouvelles épidémies apparaissent :

la syphilis : en Méditerranée et en France au 15° siècle, avec les guerres d'Italie. Elle a entraîné une désaffection durable des bains, car la faculté pensait qu'elle était transmise par les bains ! Elle avait aussi un caractère "honteux" qui n'a pas facilité son traitement. Les Italiens s'appelèrent "le mal français" et les Français "le mal de Naples"...

le choléra : déja décrit à Rome. Dernières épidémies : en France (1853 :100.000 décès), en 1832 à Paris et Marseille (dont le premier ministre, Casimir PERRIER), en 1921 (Russie, Pologne), en Espagne (1984). Par sa soudaineté, le choléra impressionne : la mort survient en 48 heures , après une incubation de 4 jours !

la typhoïde (maintenant Salmonellose) : transmission par l'eau et les aliments.

Les viroses :

Elles semblent apparaître de nos jours et "remplacer" les affections bactériennes mais en réalité elles ont toujours existé dans des régions isolées et inconnues des occidentaux : fièvre jaune, Ebola, mal. de Lhassa, sans parler du SIDA.

La grippe : apparition récente en 1918 (grippe espagnole 10.000 décès en France).

 

Les endémies :

Elles sont souvent liées à des facteurs socio-économiques et touchent une région, un groupe humain, etc . Elles accompagnent la misère, les guerres, les grandes migrations (pèlerinages, conscriptions, les échanges commerciaux, l'urbanisation, les guerres coloniales. Citons :

la tuberculose et ses conséquences : écrouelles, mal de Pott (bossus), abcès froids, phtisie, favorisées dans nos régions par le confinement d'hiver, maladie donc plus fréquente chez les filles que chez les garçons (rôle de la veillée, des habits recouvrant tout le corps...). Les caves de Lille (textile) et de Liverpool étaient tristement célèbres.. La méningite tuberculeuse emportait en quelques jours 1 nourrisson sur 20 ... La mortalité par tuberculose était, à Paris en 1816, de 350 pour 100.000 habitants. Elle est en France, en 1990, de 1,5 pour 100.000 ... En 1820, 20% des décès hospitaliers étaient dûs à la tuberculose.

la poliomyélite, le long des cours d'eau (paralysies)

la diphtérie : emportant 1 enfant sur 5, dans la première enfance. Première trachéotomie en -100 av.JC par Asclépiade..

la rage (ruralité de la France) transmise par le renard, notamment.

le tétanos (accouchement dans les fermes, près du fumier..., vie en commun avec les animaux, transmission par le cordon ombilical souillé).

Les carences alimentaires :

Conséquences de la misère ou d'une alimentation non variée, essentiellement :

le scorbut (carence en légumes frais et en vitamines C) qui touchait les assiégés privés d'aliments frais ou les navigateurs au long cours.

les carences en fer : l'absence de consommation de viande rouge (pratiquement jamais pour 60% de la population) qui entraînait un état chronique d'anémie, favorisant à son tour la survenue de diverses pathologies (tuberculose, infections diverses).

le rachitisme : confinement en ferme, habit couvrant tout le corps, avec ses conséquences sur la fragilité osseuse, la survenue d'affection intercurrentes.

Carences très localisées : iode -> goitre -> "crétin des Alpes", dans certaines régions très isolées n'ayant pas l'apport de l'iode du sel marin.

 

Autres causes de mortalité :

le diabète, connu mais inguérissable, qui entraîne des complications artérielles et sensorielles : gangrène, amputation, cécité. Et l'insuline n'apparaît qu'au 20° siècle...

La "suette", affection disparue, frappait par petites épidémies localisées.

Les "fièvres puerpérales" : 1 décès sur 8 accouchement en maternité, avant l'ère pastorienne, prévenue par la simple désinfection des mains de l'accoucheur et de la sage femme...

Mal des Ardents : provoqué par la consommation de blé parasité par l'ergot de seigle (Avignon, 1750).

Autres causes de morbidité incomprises : épilepsie, folie, "danse de Saint Guy", traitées empiriquement ou par des punitions, exorcismes, échafaud..), "apoplexie" (= congestion cérébrale par poussée hypertensive chez les mal ou trop nourris ou diabétiques). Beaucoup d'apoplexie sur les registres d'état civel après les mariages de l'hiver...

Infections courantes : angines, bronchites et leurs conséquences (RAA, cardiopathies), "feu de Saint Antoine" (= lymphangite), érésipèle, fièvres puérpérales des accouchées (décès très fréquents en maternité en absence de lavage des mains...).

Appendicite (et péritonite), occlusions diverses("vomito negro"), gangrènes par artérites.

 

Deuxième période : post-pasteurienne

C'est l'époque moderne, avec l'obligation de déclaration des maladies, le certificat de décès rédigé par un médecin et adressé à un officier d'Etat-civil. Les registres modernes sont précis, rédigés selon des méthodes constantes et généralisées. Pour le généalogiste, l'aimable pagaille des siècles précédents a cédé le pas à la rigueur administrative. Les études épidémiologiques ou démographiques sont maintenant le fait d'Universités, d'Administrations (INSEE, collectivités), le secret médical étant protégé..

 

Quelques statistiques pour finir :

Causes de mortalité infantile :

A la naissance : ignorance des sages femmes, méconnaissances des techniques modernes (forceps, réanimation, manque de médecins), travail de la mère pendant la grossesse.

Premiers jours : Suites d'un accouchement difficile (hémorragie méningée), "régulation" des naissances d'un enfant illégitime (infanticide), enfant mort né avant la naissance?

Premiers mois : infections rhinopharyngées, intestinales, déshydratations, méningite tuberculeuse, tétanos.

Premières années : sevrage trop brutal, accident, diphtérie, tétanos, angines, tuberculose

vers 10 ans : appendicite, tuberculose,

Espérance de vie :

1810 : 33 ans pour les hommes, 39 pour les femmes

1890 : 43 et 46

Mortalité infantile (pourcentage de décès à moins d'un an, pour 1000 naissances) : Elle fut, avec le mariage tardif, l'infanticide, l'avortement une des "façons"de réguler les naissances...

1810 = 200 pour mille

1845 = 144 pour mille

1871 = 226 pour mille

1890 = 170 pour mille

1912 = 106 pour mille

Sur-mortalité homme-femme : L'espérance de vie favorable aux femmes est "une invention du 19° siècle". ..En effet, l'écart homme-femme est :

en 1780 : de 1/2 année

entre 1820 et 1870 : de 1 ou 2 ans en plus

en 1913 : de 4 ans

en 1989 : de 8,2 ans

Il y avait même une surmortalité féminine entre 1820 et 1870, entre 5 et 14 ans. Le confinement au foyer des filles a peut-être favorisé l'illétrisme, le rachitisme, la tuberculose. La surmortalité masculine n'apparaît qu'à partir de 1860. Rôle de la protection sociale des femmes et des enfants, du tabac, de l'alcool ??

Décès masculins:

1831: révoltes ouvrières (canuts à Lyon)

1841 : guerre d'Algérie

1855 : guerre de Crimée

1870 et 71 : guerre avec le Prusse, Commune de Paris, mauvaises récoltes.

 

Les morts accidentelles doublent entre 1840 et 1900. Les morts par suicide triplent entre 1840 et 1900 (trois hommes pour une femme).

 

La mortalité varie avec :

le lieu :

jusqu'en 1880, la mort frappe davantage à la ville qu'à la campagne

en 1820 : 36 pour mille en ville, 23 pour mille pour la campagne

en 1890 : 46 pour mille à la ville, 53 pour mille à la campagne (inversion en faveur de la ville : dispensaires, tout à l'égout, eaux courante)

l'appartenance sociale :

1810 : 32 années d'espérance de vie pour les propriétaires, 25 pour les journaliers.

1911 : mortalité de 11 pour mille chez le quart le plus riche de la population, contre 22 pour mille chez les ouvriers.

La natalité : (= naissance pour 1000 habitants)

1820 : 33 pour mille,1830 : 30 (taux dit de "fécondité dirigée"), 1850 : 26, 1900 : 22, 1913 : 18

La fécondité (nombre de naissance par femme en âge de procréer) :

1815 : 4,3 (Angleterre = 6,2); 1830 : 4;1850 : 3,5 ;1860 : 3,5 (Angleterre = 5)

Mariage tardif ("arme contraceptive de l'Ancien Régime") :

En 1830, dans le Nord et l'Est, 5 filles sur 6 ne sont pas mariées à 25 ans.

 

CONCLUSION :

Les épidémies sont-elles impossibles désormais ?? NON car il existe des armes biologiques (toxine botulique, variole, etc) et la désorganisation sanitaires de certains pays, les transports aériens, le développement du commerce, des pèlerinages, les mégapôles, la sous-alimentation, l'émergence de nouvelles (?) souches virales, etc. rendent le monde plus petit ! Et il existe toujours des foyers endémiques (dont certains aux USA !), la rage tue encore 60.000 personnes par an, la fièvre typhoïde touche 16 millions de personnes, 55 millions sont exposées à la maladie du sommeil, 3 millions de décès (dont 80% d'enfants) sont dûs aux maladies diarrhéïques, la brucellose (fièvre méditerrannéenne) touche 86 pays, le paludisme touche 270 millions d'humains, la bilharziose 200.000, sans compter le trachome (cécité), les filarioses, etc. D'où, l'intérêt de l'OMS, des vaccins, de la recherche, de la lutte contre la pauvreté, de la maîtrise de l'eau propre, c'est notre intérêt ! Quant au généalogiste, que la connaissance du mode de vie de nos ancêtres nous serve de leçon pour éviter les égoïsmes et le repli sur soi !

 

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