NOTRE BUT

Passionné de génealogie et d'histoire, je souhaite partager mes recherches. Ce blog est le prolongement de l'arbre généalogique de la famille GOUPIL - PERIER avec comme de-cujus mes enfants :

http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil.

 

La pratique de la généalogie évolue : faire des arbres avec des noms et des dates reste assez limité ; en tant que généalogiste, je suis également curieux de notre histoire familiale. Pour donner une image, le corps humain est composé d'un squelette, mais aussi d'organes et de chair. En généalogie, c'est la même chose. Il est important de faire des recherches en vue de comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres : quel métier exerce-t'il, pourquoi untel a migré dans une autre région, etc. 

 

Ce blog a pour but de publier simplement des articles sur des thèmes de recherches (généalogie, histoire), partager des dossiers, de façon à les rendre consultables par des internautes (généalogistes, historiens, amateurs ou professionnels). Vous avez la possibilité de les commenter.

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"On peut reconnaître assez facilement l'histoire officielle d'un pays, la liste des rois, de ses ministres, de ses guerres, de ses traités, et cependant la véritable histoire n'est pas là, c'est dans les masses profondes des travailleurs de tout ordre que réside la vie réelle de la Nation" - Edouard Herriot (1er mai 1909).  

 

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- Généalogie de L'Europe - ATLAS DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE - Sous la direction de Pierre Lamaison - conseiller historique Pierre Vidal-Naquet, Hachette Livre, 1994 :

Autour de Pierre Lamaison, une équipe d'historiens et d'anthropologues de haut niveau offre au public une généalogie de l'Europe, de la préhistoire au XXe siècle. De conception inédite, cet atlas illustré de 450 documents en couleurs, propose, à travers 80 tableaux généalogiques associés à 160 cartes en couleurs, des clés pour comprendre des phénomènes de longue durée dispersés sur une aire géographique très vaste qui rendent compte de l'unité et la variété politiques et culturelles de l'Europe actuelle.


 - Physiologos Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, éd. Jérôme Millon : voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-991736.html


Je vous conseille de lire le livre de Jean-Louis Brunaux : "Les gaulois" - collection "Guide Belles Lettres de Civilisations" publiés aux Editions Les Belles Lettres (2005)... suite - voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1275187.html

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HISTOIRE : La vie dans les campagnes

Un extrait de l'article de ce blog "MESNIL Louis Casimir : sonneur journalier "est cité comme une des sources de l'article intitulé "Tradition > Les cloches de nos églises" paru sur le site du village de :



"Tu vas te faire sonner les cloches… Il y a quelque chose qui cloche… Quelle cloche !… Il faut toujours entendre plusieurs sons de cloche… Sans oublier les clochards, les querelles de clochers, et les enfants qui sautent à cloche-pied. Voilà pour le français. Et les autres langues ne sont pas en reste : man soll nicht alles an die grosse Glocke hängen, disent nos voisins d'Outre-Rhin.


Autant d'expressions connues, qui nous rappellent l'instrument de musique qui nous est sans doute le plus familier, celui qui accompagne nos activités quotidiennes : les cloches de nos églises. Mais c'est aussi le plus vieil instrument de musique du monde, car dame cloche serait née en Chine voici près de 4 000 ans..."

> VOIR LA SUITE DE CET ARTICLE
 

                     A. Robida
                     la Normandie 1895 ont Saint -Michel
                     (1895)


  "...Roc-château-abbaye-ville, le mont Saint-Michel se dresse très superbe au centre de la baie qu'incesamment, deux fois par jour, avec la douceur d'une lente inondation ou la froide furie d'une mer traitresse, les vagues parcourent, venant de loin, du fond verdâtre de l'horizon.
La terre profile ses côtes basses et verdoyantes sous Avranches, remontant ensuite en falaises vers la pointe de Carolles qui ferme la baie du côté de la Normandie, de l'autre s'éloignant et s'estompant dans un lointain bleuâtre vers les roches de Cancale et la pointe bretonne du Grouin...
Pour qui tient à se procurer toutes les sensations, les impressions graduées d'une arrivée convenable au roc, la vraie route, c'est encore l'ancienne route par le gué de Genets, un petit bourg allongé sur la rive non loin de la ravissante côte de Saint-Jean-le-Thomas, falaise de verdure dont les grands arbres descendent en masses serrées comme celles d'une vraie forêt jusqu'aux sables de la mer...
Genets, c'est un gros village d'autrefois, une bonne vieille place, de vieux bâtiments, des auberges, un gros clocher pittoresque sur un tertre qu'entoure un cimetière à travers lequel on aperçoit le vieux porche gothique accolé au flanc de l'église. Une petite rivière qui ne vient pas de bien loin passe au fond de la place et court se perdre dans la baie qui apparaît encadrée dans une ouverture entre les maisons, au-dessus du lavoir rustique où retentit le battoir des lessivières de Genets. En avant s'étend l'herbi, c'est-à-dire le dune raboteuse de sable durci, hérissé de touffes également dures de christe marine."


Source : A. ROBIDA - LA VIEILLE FRANCE - LA NORMANDIE - LES EDITIONS DE LA TOUR GILE (1890)

Pour en savoir plus sur Albert ROBIDA, je vous propose 3 liens intéressants :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Robida
http://www.robida.info/
http://robida.over-blog.com/

















Vous pouvez consulter d'autres articles paru dans cette rubrique "la vie dans les campagnes" :


La première ligne normande, Paris-Rouen, date de 1843. En 80 ans, la Normandie se couvre d'une maille ferroviaire forte de plus de 4000 km de voies. Le train finira par desservir les plus modestes villages.  
A l'heure des économies d'énergie, tout ce réseau ferroviaire en très grande partie détruit nous serait bien utile !!

Vous pouvez découvrir son histoire sur le site "
1825-1914, l'arrivée du chemin de fer dans les campagnes normandes"

Dans un article lu, l’historien des campagnes bourguignonnes, Pierre de Saint-Jacob, écrivait : « Il paraît bien que le siècle décisif dans la transformation des campagnes françaises au cours de l’Ancien Régime ait été celui qui couvre la période des troubles, de 1560-1660 soit de l’ouverture des guerres de religion à la fin de la Fronde. » Ce sont les étapes de la lente et progressive dégradation de la condition paysanne, du milieu du XVIe siècle à la fin du règne du Grand Roi. Comment est-on passé des joyeux paysans décrits par Noël du Fail dans ses Propos rustiques en 1547 ou par le sire de Gouberville dans son Journal au trop célèbres « animaux farouches » de la Bruyère, dont la triste misère est confirmée par tant de témoignages ? La réponse à cette question n’est pas simple. Et surtout elle n’est pas unique car les causes s’entremêlent et s’influencent réciproquement. Les caprices de la nature, les folies des hommes, l’état des techniques, le niveau de peuplement, les exigences de ce « monstre froid » qu’est l’Etat moderne, autant de facteurs parmi d’autres, et celui qui importe le plus : le poids des conformismes résignés. 

Vous pouvez consulter d'autres articles paru dans cette rubrique "la vie dans les campagnes" :
- Les communautés taisibles
- Le Mardi gras des souleurs
- Vies et survies en monde rural
- Modèle de délibération de la fabrique de Remilly sur Lozon (50)
- Petits paysans ou "coqs de village : les laboureurs dans la société 
- La société paysanne
- Les petits moulins du bout du monde
- Du moulin au "petit-pied" au moulin "grosse-tête"
- Tradition - Maison de terre
- La frairie
- La gabarre
- L'agriculture au XVIIIème siècle


loeil-de-larbre.jpg "Dans les campagnes, même si ici où là on entend le bruit des " fâcheries " entre ouvriers agricoles et employeurs, le silence des champs semble régner. Et pourtant à y regarder de plus près, les campagnes française ne sont pas immobiles et " sans voix ". Dès 1866, les grands propriétaires regrettent le temps où les ouvriers dociles se tenaient à leur place. À côté d'un silence supposé se manifeste un silence qui " a force de loi ", celui des communautés taisibles. Ces dernières se formaient " autrement que par le mariage et sans écrit, entre certaines personnes, par une habitation et une vie commune pendant un an et un jour... ". L'intention marquée de vivre en communauté était essentielle. Le silence qui préside à leur constitution puis à leur désagrégation explique le peu d'informations les concernant. Dans un autre registre le renouvellement des louées illustre le poids du silence dans les usages. Lorsqu'un maître et un ouvrier agricole avait conclu un accord au sujet du travail de ce dernier, trois cas de figure se présentaient : le nécessaire avertissement ; la tacite reconduction et le congé tacite. Le non-dit joue donc un rôle majeur dans les relations sociales. Reste que le silence dissimule bien souvent un arrière monde de rancoeurs".

Résumé d'un texte intitulé "Dans les campagnes : silence quotidien et silence coutumier" d'Yvonne CREBOUW
 

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- Le Mardi gras des souleurs
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- Les petits moulins du bout du monde
- Du moulin au "petit-pied" au moulin "grosse-tête"
- Tradition - Maison de terre
- La frairie
- La gabarre
- L'agriculture au XVIIIème siècle


C'est le mardi gras surtout que dans plusieurs communes du Nord (Bretagne et Normandie) les paysans se disputent la soule (grosse balle en cuir, remplie de son). Ordinairement ils se divisent en deux parties pour se l'arracher ; le jouet, orné de rubans aux couleurs tranchantes, est lancé par le maire lui-même aux deux armées rivales qui se ruent et tourbillonnent l'une sur l'autre, franchissant les haies, rochers et rivières. La victoire est acquise à celui qui, malgré les efforts de l'ennemi, a réussi à faire entrer la soule dans une maison désignée d'avance. Presque toujours cet honneur devient fâcheux pour le propriétaire, dont les provisions et surtout la cave sont largement mises à contribution par les souleurs. Autrefois la fête ne se passait guère sans mort d'homme ; maintenant on en est quitte pour des contusions, foulures, fractures, etc."

Philippe Bisoni, journaliste, rappelle dans l'Illustration du 28 février 1852, ce qu'est ce jeu, dont l'origine se perd dans la nuit des temps et qui était devenu occasion de querelles et de dévastations.

Transportez-vous en amont d'un, deux ou trois siècles, dans nos campagnes des pays de nos ancêtres. Les terrains collectifs étaient à la disposition de tous, dans le cadre de règles fixés par les communautés. Nos aïeux ont pu tirer leur subsistance de ces biens communaux.

Parmi ces terrains nourriciers, on trouvait tant des parcelles privées que d'autres considérées comme bien commun à tous, riches ou pauvres, et permettant d'y trouver une large part de subsistance : toutes ces ressources leur ont permis de nourrir, vêtir, réchauffer, abriter la vie quotidienne de leur maisonnée, de votre lignée.

Comment usait-on de ces biens communaux ? L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert  nous dit à l'article "communautés d'habitants" que celle-ci "possèdent, en certains lieux, des biens communaux, tels que les maisons, terres, prés, bois, pâturages, dont la propriété appartient à toute communauté et l'usage à chacun des habitants, à moins qu'ils ne soient loués au profit de la communautés, comme cela se pratique ordinairement pour les maisons et les terres ; les revenus communs qu'ils en retirent sont ce que l'on appelle les deniers patrimoniaux".

A partir du 19e siècle, les bâtiments communaux seront dénommés "biens patrimoniaux". On dira "biens communaux" (terres communales dont peuvent jouir tous les habitants de la commune) ou "biens sectionaux" (terres dont peuvent jouir les seuls habitants d'une section de commune, nombreuses dans certaines zone de montagne) ou simplement "communaux" pour désigner des terres d'usage collectif, ainsi que certains usages coutumiers comme le glanage après récolte.

Le 14 aôut 1792, les élus de l'Assemblée constituante décident que les biens communaux seront donc partager en autant de lots que d'habitants. Cette décision vient compléter le vote, à partir de 1789, de la suppression de tous les privilèges, dans la logique de la triple règle d'or que la Révolution Française s'est fixée : "liberté, égalité, fraternité".

 

En complément, vous pouvez consulter les articles parus dans la même catégorie "la vie dans les campagnes" :

-    http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1623293.html

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-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-830398.html

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-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-339966.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-306023.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248401.html

 

Les traditions populaires propres à nos campagnes regorgent d’histoires de cloches cachées, noyées ou emmurées, généralement pour être soustraites à la fonte. Elles font référence à plusieurs périodes de notre histoire : villageois ou curés menacés par les Vikings, friands de métal, les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, les Huguenots pendant les guerres de religion s’en prirent aux cloches « baptisées » des églises comme des monastères. Nous pouvons citer également, la guerre de Trente Ans et les Suédois et les Espagnols qui envahirent le nord et l’est de la France et systématiquement, descendaient les cloches qui égayaient les villages.

Enfin, sous la révolution, le grand massacre des cloches fut officialisé par la Convention nationale ; encore pour en faire de la monnaie ou des canons destinés à défendre la République.  

 

Voici le texte original du décret révolutionnaire qui fut, dans toute la France, à l’origine de milliers d’enfouissements de cloches d’églises promises à la fonte :

DECRET

 

DE LA

 

CONVENTION NATIONALE,

 

Du 23 Juillet 1793, l’an second de la République française,

 

Portant qu’il ne sera laissé qu’une seule cloche dans chaque Paroisse.

 La CONVENTION NATIONALE décrète qu’il ne sera Laissé qu’une seule cloche dans chaque paroisse ; que toutes les autres seront mises à la disposition du Conseil exécutif, qui sera tenu de les faire parvenir aux fonderies les plus voisines dans un délai d’un mois, pour y être fondues en canons.

 

 

C’est ainsi qu’en 1793, des villages entiers se liguèrent pour soustraire ce qu’il considérait comme un héritage collectif, des cloches parfois multi centenaires aux investigations des représentants du département. On descendait les cloches tous ensemble, on les enterrait ou le plus souvent, on les « noyait » dans quelque pièce d’eau ou rivière, et le tour était joué.

Le problème vint lorsqu’il fallut, après le Concordat, récupérer ces pièces, généralement altérées, jusque dans leur sonorité, par ces manipulations improvisées. Descendre une cloche d’un clocher par treuils et courroies, la charrier jusqu’à une rivière et l’y pousser, c’est relativement simple. Lui faire faire le chemin inverse, c’est autre chose.

C’est ainsi que la plupart des cloches qui furent noyées ou enterrées, et c’est valable pour la révolution comme pour les périodes précédentes, ne furent finalement jamais récupérées.

 

 

Quelques anecdotes : 

 

Corneville sur Risle – Eure

Une cloche perdue par les AnglaisDans la Risle, près de l’abbaye de Corneville, une cloche a été engloutie là par les Anglais. Après avoir dépouillé les bâtiments, ils la chargèrent sur une barque qui, malheureusement, se retourna sur la Risle. Les Anglais tentèrent bien de récupérer la pièce, mais en furent empêches par l’arrivée d’une troupe de soldats français. Les cloches volées et perdues sont toujours dans les eaux.

 

La Rochelle-Normande – Manche

Les cloches noyées de l’étang du château – Avant la Révolution, l’église de La Rochelle-Normande possédait trois magnifiques cloches. La plus grosse pesait 800 kilos, la seconde 600 et la troisième 400.

En 1793, elles furent précipitées par les habitants du village dans l’étang encore visible du château situé tout près de l’église. Elles y reposent encore. Cette tradition est bien fondée : l’église de la rochelle ne possède pas de cloche antérieure à la révolution. Les trois sonnailles actuelles ont été fondues au XIXe siècle et XXe siècle.

 

François Joseph LEBLANC voit le jour le lundi 20 novembre 1780 à Sancourt (59).

Il est le fils légitime de Gregoire LEBLANC, journalier, âgé de 15 ans au moins et d' Isabelle REGNIER, âgée de 15 ans au moins.

François a exercé le métier de cultivateur.

La vie des paysans du nord de la France en 1800

       Malgré la fertilité du pays, les rivières qui servent de canaux au commerce, et toutes les ressources locales, les paysans, sont plus près de la pauvreté que de l'aisance. Leurs demeures sont simples, la porte sert quelquefois de fenêtre, quelques chaises grossièrement fabriquées sont près du foyer, une commode ou armoire est dans un coin. A côté est le pétrin pour le pain. Quelques planches portent la vaisselle de terre, et le lit est quelquefois entouré de rideaux, il occupe le principal coin de la chambre. Ce lit est entouré parfois de vieilles couronnes de fleurs desséchés qui ont touché le saint sacrement, et puis derrière la porte du buis béni. Ces superstitions inspirent de la confiance et mettent la demeure à l'abri. A côté de la principale chambre ,il y a quelque autre pièce pour les enfants,à moins qu'ils ne couchent dans l'étable,quand elle existe. La propreté est réelle mais souvent le désordre règne. Le paysan, en général, change assez souvent de linge. Quand le mari et les fils ne travaillent pas la terre, c'est qu'ils sont retenus à la maison par les rigueurs de l'hiver. Ils se chauffent tranquillement .Le dimanche est un jour privilégié,toute la semaine, il n'a bu que de l'eau,mangé du pain,du fromage et des légumes. Outre le cabaret, il y a parfois la ducasse. C'est là, un instant de plaisir au sein du village.

Ouvrage ancien intitulé : Le voyageur de la jeunesse par pierre Blanchard, à Paris chez Le Prieur, rue des noyers.1809. Jean.

 

Vous pouvez également consulter les autres articles parus dans la même rubrique :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1484768.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-830398.html

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Barthélémy VAULTIER , notre ancêtre fabricien, trésorier de la Fabrique de Remilly sur Lozon (50) en 1695, a participé aux délibérations. Voici un exemple de délibération :

 

Du trente novembre 1751, à l’issue de la grand-messe paroissiale, se sont assemblé les sieurs curé et paroissiens soussignés, au sujet des réparations urgentes et nécessaires à faire à la nef de l’église dudit lieu, suivant la délibération ci-devant faite par les dits paroissiens, lesquels ont à cet effet pris ce qui s’est trouvé de deniers dans le coffre des archives de l’église dudit lieu, se montant à la somme de cinquante-quatre livres, sept sols, neuf deniers, laquelle somme a été mise aux mains dudit sieur curé, lequel a bien voulu s’en charger pour acheter et faire voiturer l’ardoise, chaux, lattes, sable qui seront nécessaires, en tant que ladite somme pourra suffire, ainsi que pour payer les charpentiers, qui travaillent à débiter la brigandine, ou chaulatte et les chevrons, autant qu’il s’en pourra trouver aux arbres fournis par les paroissiens. De toutes lesquelles emploittes et paiements des couvreurs en ardoise, ledit sieur curé sera cru sur la mémoire qu’il en représentera, s’en reposant sur sa bonne foi. Et comme la somme ci-dessus est très modique, ledit sieur curé est autorisé à recevoir la somme de cent sols pour le droit d’ouverture de la fosse où le sieur Pierre LAURENT a été inhumé, le 24 de ce mois, dans la nef de cette église. Laquelle somme sera jointe à celle ci-dessus et dont la quittance dudit sieur sera bonne et valable.

 

Le tout fait et arresté ce dit jour et an que dessus. Ont signé :

N. HEBERT, J.L , H. L, H. LEGRAND, F, H. BUCAILLE, J. REMILLY, P. LEGRAND, R. BAUMEL, F. DURAND, F. DARTHENAY.

(Archives de la fabrique de Remilly)

 GLOSSAIRE : emploitte = emplette, donc: monnaie; dépense

 

Voir également les articles déjà parus sur le sujet, en complément :

 -         Fabrique et fabriciens : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1224959.html

 -         VAULTIER Barthélémy – fabricien : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-225791.html

 Voir également les articles paru dans la rubrique : « la vie dans les campagnes » :

 

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-830398.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-737838.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-584774.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-569378.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-562390.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-554025.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-346274.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-339966.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-306023.html

-         http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248401.html

 

 

 

Derrière ce mot générique fréquent, « laboureurs », se cachaient des réalités très différentes, dans l’espace et dans le temps.

D’une région à une autre le mot n’a pas forcement la même valeur. En Ile-de-France, le laboureur était souvent un « coq de village », un gros fermier puissant. En Normandie, le laboureur se situait au milieu de la société rurale, entre le fermier (en haut) et le manouvrier (en bas). Il s’agissait-là de laboureur à charrue, comme on dit parfois dans les archives, qui avaient un train de culture, un cheptel vif et des capitaux.

Mais, dans une même province, on trouvait aussi bien des « coqs de village » et de petits laboureurs à bras ayant moins d’un hectare de terre. Un laboureur à bras est un laboureur qui n'a d'autres moyens de travail que ses bras.

En ce qui concerne nos deux familles, les NYON (ou NION) – branche Isabelle – originaire du Pays de Caux (76) et les LE SENECAL (LESENECAL) – branche Touzard  - originaire de la Manche (50), les premiers étaient plutôt de type bourgeois quant au second, nous pouvons supposer qu’ils étaient plus modestes.

Les NION étaient en haut de l’échelle économique et sociale villageoise. Notre sosa/réf. 1176 l’honorable homme (*) François NION (voir notre généalogie : http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil&lang=fr;p=francois;n=nion;oc=1) est le fils légitime de François NYON, Laboureur et de Geneviève MASQUEREL. Il épouse Marie Françoise LE CLER, la fille légitime d'Adrien LE CLER et de Françoise LE SAUNIER. Leur mariage religieux est célébré le lundi 11 février 1692 à Lammerville ? (76). Il est notifié dans les actes Noble Demoiselle.

Adrien LE CLERC est Escuier (ou écuyer ) demeurant en la paroisse de Saint Mars (76), enclos de Belmesnil (élection d'Arques), maintenu le 16 décembre 1667.

On peut le classer dans la catégorie des « fermiers laboureurs », propriétaires de leurs terres qu’ils cultivent. Il est autonome, aisé. Arrivés à ce stade, il est un notable, pour preuve on lui attribue le titre d’Honorable Homme (*).

Il est en fait un entrepreneur qui lui permet de se marier avec une noble. Il ne dédaigne pas d’arrondir son patrimoine en acquérant çà et là, quelques ouvrées de terre. Cela quitte à emprunter de l’argent – ou aussi à en prêter lui-même… l’honorable homme François NION a les moyens d’acheter une pièce de terre des frères Mignoneau, bourgeois de Paris à Saint-Ouen-Prend-En-Bourse, en 1714, lesquels en avaient hérité de Damoiselle Catherine PETIT, leur cousine, veuve de François PAON, Sieur de Saint-Amand, fils et héritier de Pierre PAON, Ecuyer Garde du Corps de son Altesse Monseigneur le duc d'Orléans, Précédent possesseur de ce même fonds (Bibliothèque Nationale). Dans le Fonds le Corbeiller à Dieppe on peut lire Isaac Louis NION, Elu, petit fils et héritier de François NION qui représentait René ? MIGNONNEAU qui représentait ??? MIGNONNEAU. le sieur Paon de Saint Amand.

Un tel homme est par ailleurs générateur d’embauche, puisqu’il entretient une domesticité permanente, à laquelle s’ajoute chaque été une brochette de travailleurs saisonniers, engagés le temps des gros travaux. C’est un capitaliste qui n’hésite pas à prendre des risques. Sa fortune est surtout immobilière (attelage, troupeaux, récoltes…), il n’est jamais à l’abri d’une conjoncture difficile ou d’une catastrophe naturelle, comme une mauvaise récolte, une plante parasite, le gel ou la sécheresse. Marié à une dame noble, il assure ses arrières. En cas de coup dur, il peut plus facilement emprunter.

Notre gros laboureur donne le jour a une famille nombreuse composée de six enfants dont 4 garçons et 2 filles.

Il se retrouve avec des filles à marier et des fils à établir, qu’il n’hésite pas à disperser à travers le monde dans lequel il évolue, les mariant ou les plaçant auprès de ceux avec lesquels il était en relation de travail :

Laurent sera Curé et doyen de Canville, Conseiller en l’élection d’Arques. Personnage important, Il est inhumé dans le cœur de l’église de Canville.

Il va marier sa fille Marie à un gros laboureur François POULLET. Dans l’acte de mariage, il est précisé le titre de François : Honorable Homme Maître Laboureur. Suivant la gabelle de 1747, il tient une ferme de 100 acres  (l’équivalent de 50 hectares, ce qui est considérable à cette époque - voir annexe « valeur de l’acre), possède 6 chevaux, 4 vaches et 1 troupeau pour 57 pots de sels pour lui, sa femme, ses 2 enfants et ses 5 domestiques ; Elu en l’élection d’Arques avec BIGOT (C 1954 /1775/1790), né à Beaunay en mars ou avril 1709 et décédé le 15 juillet 1758, inhumé dans la nef. Son plus vieil ancêtre connu pourrait être un certain Nicolas POULLET, escuier,  marié avec Anne de Bacquel.

Blason des POULLET : d’azur à la fleur de lys d’or à la bordure engrêlé du même – référence Pierre L’ESTOURMY (Neufchâtel).

Nicolas sera lui aussi laboureur.

Louis sera Marchand Laboureur de Grainville la Renard (et Brametot).

 

Les LE SENECAL, plus modeste peuvent se situer dans le cas de figure médian des laboureurs qui cultivaient et élevaient du bétail.

Herve LE SENECAL voit le jour le mardi 3 mars 1739 à St-Martin-des-Champs ? (50) – sosa n°468 (voir notre généalogie : http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil&lang=fr;p=herve;n=le+senecal)- Il est le fils légitime de Herve LESENECAL et de Madeleine GIBON. Il épouse Marie Anne BUCAILLE, la fille légitime de Jean BUCAILLE et de Marie Elisabeth GOSSET. Son fils Hervé né vers 1795 aux Champs-de-Losques ? (50) sera lui aussi Laboureur.

La meilleure vue d’ensemble du travail du laboureur nous est sans doute donnée par Olivier de Serres dans son traité monumental : Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs, publié en 1600. Il consacre un chapitre entier au labourage, en évoquant tour à tour les différentes tâches du laboureur : préparer la terre (essarter, épierrer, aménager des fossés), labourer (avec bœuf, cheval, mulet, âne), fumer la terre, semer, sarcler, moissonner, conserver les blés. Il détaille aussi l’élevage.

Si l’on considère que Les LE SENECAL sont classés parmi les laboureurs classiques de Normandie, nous pouvons supposer qu’ils possèdent un attelage avec deux chevaux de labour, une charrue, une charrette, des vaches, des porcs et une exploitation variant entre six et quinze hectares. Afin d’avoir une idée précise de leurs biens, il nous reste à consulter les inventaires après-décès qui est une source archiviste très précieuse. L’inventaire après-décès d’un laboureur énumère meubles, vaisselles, mais aussi et surtout bêtes et outils et qui permettent de mesurer la taille de l’exploitation.

 Valeur de l’acre : Le nombre d’acres est également un critère important. On estime usuellement l’acre normand à ½ hectare. Je ne résiste cependant pas à retranscrire la définition du dictionnaire « Furetière » de 1690

« ACRE. s. m. Mesure de terre qui se dit particulièrement en Normandie, qui contient 160. perches. L'acre du bois est de 4. vergées, la vergée de 40. perches, la perche de 24. pieds, le pied de 24. pouces, & le pouce de 12. lignes : mais tout cela diffère selon les lieux.

Dans un Registre de la Chambre des Comptes il est dit, que l'acre contient quatre vergées, dont il en faut deux pour l'arpent ; qu'une vergée contient quarante perches de terre, & chaque perche contient 24. semelles de pied. Chez les Anglais l’acre contient 16. perches en longueur, & autant en largeur. »

Mais en réalité, au XVIIème siècle, la plus grande anarchie règne pour tout ce qui est système de mesures. Chaque paroisse possède ses propres systèmes, tous calqués sur celui-ci.. Mais les unités sont variables en quantité d'une paroisse à l'autre, et même, au sein d'une même paroisse, dans le temps. Ainsi, à titre d'exemple, un document non daté mais de cette époque, indique une mesure de 1 Acre 22 Perches en mesure de Fécamp et donne une valeur de 2 acres 1 Vergée 29 Perches en mesure de Rouen pour équivalente. Nous avons donc des données que les registres paroissiaux ne permettent pas de faire apparaître : position d’un individu par rapport à sa famille, position par rapport à un environnement professionnel, estimation  (discutable) de la « position sociale ».

  (*)  Noblesse d'Ancien Régime

Durant l'Ancien Régime, le roi est à la tête du système. Il a des vassaux qui lui doivent fidélité et ont fait vœu d'allégeance. À l'origine, il n'y avait pas de hiérarchie parmi les titres – excepté le vicomte qui est un « vice-comte ». Celle-ci est apparue à la fin du XVIe siècle. Il faut de plus faire la différence entre les titres, qui sont attachés à la terre, et les rangs (prince, chevalier et écuyer) attachés à la personne. Ainsi, pour devenir comte, le noble doit posséder une seigneurie érigée en comté ; s'il la vend, il perd dès lors son titre de comte. La situation se complique lorsque l'on estime le cas des roturiers possédant un fief de dignité, c'est-à-dire une seigneurie titrée (baronnie, vicomté, comté, marquisat). Ces roturiers ne peuvent se parer du titre attaché

             Duc   Marquis  Comte  Vidame  Vicomte  Baron   Chevalier   Écuyer


  • (*) Honorable Homme

    Titre que l'on donne dans les contrats à ceux qui n'en ont point d'autres, et qui n'ont ni charge ni Seigneurie qui leur donne une distinction particulière.

    C'est celle que prennent les petits bourgeois, les Marchands, et les Artisans. Ce titre est à présent avili, et est en quelque façon opposé à noblesse. Il se donnait quelquefois à ceux qui avaient passé par les Magistratures, qu'on appelait personnes honorables, de même que ceux dont il est fait mention dans le Code Théodosien, de comitibus vacantibus, qui sont maintenant nos Vétérans ou Conseillers honoraires Source : Dictionnaire de Furetière (1690)

    François Nicolas NION, fils de l’honorable homme François NION aura pour parrain Nicolas BLOQUET, Maître, avocat au Parlement de Rouen (baptême en 1696).

    Sources :

    - Etude à partir de la généalogie de Solène et Thibault GOUPIL sur Héridis pro 8.1.0

    - Dictionnaire de Furetière (1690)

    - Références bibliographiques :  

     

       - gabelle de 1747 : source Marielle Gricourt  

  •   - ronde généalogique Laisné :  

  •  1)                   Députés & comparants : Charles Poullet, syndic de Beaunay , Bonaventure Poulet, député de Bonnetot, Fr .Poullet à Bracquemont, Louis & Pierre Poullet, députés des Cent-Acres, Romain Poulet,député de La Crique, Adrien Poulet, député de Sainte Geneviève en Caux,Ch. Poulé à Wanchy.

     2)                   Députés & comparants : P. Nion à Auppegard, Isaac Nion Conseiller du Roy député de Omonville.


Cet article est déjà paru sur le site :

http://www.histoire-genealogie.com le magazine de la recherche historique et généalogique

Voir également dans la rubrique "la vie à la campagne" les articles suivants :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-737838.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-584774.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-569378.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-562390.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-554025.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-346274.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-339966.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-306023.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248401.html



   

    

La notion de «paysannerie» se définit principalement en termes de collectivité, par rapport au travail de la terre, dont le paysan tire ses ressources. Par-delà les singularités géographiques et les évolutions historiques, les communautés liées à la terre par leur travail dépendent à la fois des contraintes naturelles et de l'organisation sociale globale, qui conditionnent leur rapport au temps et à l'espace.

Les définitions de la paysannerie

Pour l'historien, le monde paysan est considéré comme une collectivité territoriale nouant des rapports spécifiques et évolutifs avec la société globale. Pour le géographe, cette même collectivité est envisagée sous l'angle de son rapport à l'environnement, qu'elle utilise ou qu'elle façonne suivant ses besoins, ses ressources humaines et ses capacités techniques. Le sociologue, voire l'anthropologue, cherche à savoir s'il existe une logique paysanne, par-delà les singularités géographiques et les évolutions historiques, et de quelle manière et dans quelle mesure cette logique est liée à la nature de l'activité paysanne.

  1. L'appropriation des terres par les paysans

  2. La forêt

  3. Les différents types d'exploitation

  4. Les différentes catégories de paysans

 

  1. L'APPROPRIATION DES TERRES PAR LES PAYSANS

    Les paysans ne possédent pas la terre qu'ils travaillent et sont assujettis à ceux qui jouissaient sur elle d'un droit éminent, seigneuries locales ou pouvoir central. Il existe donc plusieurs modes d'appropriation des terres et plus exactement trois modes différents:

    • domanial et d'usufruit portant sur les manses: voir le chapitre précédent.

    • allodial: voir le chapitre précédent.

    • communautaire et d'usufruit: Les communaux sont un ensemble de biens dont la communauté des habitants possède l'usage : pâquis, friches, landes, buissons, herbages, marais, forêts. Cette zone sert essentiellement à l'élevage du bétail, surtout celui des petits paysans et des pauvres. Les communaux contribuent largement à assurer l'unité de la cellule rurale. La gestion des espaces communaux (droits de pacage, de vaine pâture, d'essartage, d'écobuage), qui comprennent aussi bien les chaumes, les parcours que les forêts, existait avant l'ordre féodal et a alors été réglementée et re-délimitée à la baisse à côté des manses et des domaines seigneuriaux; à côté aussi de la propriété allodiale. Au milieu du XVIIe siècle, la communauté a perdu beaucoup de ses biens. Les enquêtes des intendants révèlent l'ampleur de l'usurpation des communaux par des seigneurs, les riches robins et marchands, et les notables locaux. De nombreux procès éclatent entre communautés voisines. Le sentiment de la propriété du communal fortifie l'esprit de groupe. Au XVIIIe siècle, la grande usurpation seigneuriale et bourgeoise est terminée. Si la restitution des communaux n'a pas pu être réalisée, la monarchie, par ses intendants, assure la protection de la communauté et de ses biens. Mais une autre menace se dessine avec l'essor de l'individualisme et avec l'influence des théories physiocratiques, qui gagnent les pouvoirs. Les droits et usages communaux sont perçus comme contraires à la liberté naturelle et aux progrès économiques. De 1769 à 1781, le partage des communaux est autorisés par édits dans les Trois-Évêchés, la Lorraine (mars 1767), l'Alsace, le Cambrésis, la Flandre, l'Artois, la Bourgogne, la généralité d'Auch et de Pau. Ailleurs, des opérations identiques sont faites localement. L'on pousse à la mise en culture des anciens terrains de pacage collectif. Parallèlement, la liberté de clore les terres individuelles est accordée, mettant fin au libre parcours, jusque là pratiqué après les récoltes en pays de champs ouverts. La résistance paysanne s'exprime plus ou moins spontanément par les bris individuels ou collectifs des clôtures. Dans les faits, les partages de communaux sont assez rares : les villages restent en général fidèles à la propriété collective.

      Ce sont ces communaux qui ont inspiré la tradition municipale républicaine, dont les baux communaux emphytéotiques.

       

  2. LA FORET

    Pendant les guerres de religion, les opérations militaires, les besoins des armées, les difficultés financières des rois et des princes entraînent un désordre dont souffrent les forêts, malgré les ordonnances des souverains. Sous Henri IV, le relèvement est lent et incomplet en dépit de la création d'une surintendance générale des eaux et forêts. Ni Richelieu, ni Mazarin ne parviennent à enrayer la décadence des forêts françaises, tombées depuis le début du XVIe siècle d'environ 35% du territoire à 25-26%. C'est Colbert qui mène à bien la tâche de réformation par la grande ordonnance des eaux et forêts, prise à Saint-Germain-en-Laye en août 1669 : les forestiers royaux ont une compétence accrue; des règles précises d'exploitation doivent être suivies dans les forêts seigneuriales et privées. Mais en raison des guerres, des constructions navales et des forges, d'importants dégâts sont commis dans les forêts au cours de la seconde moitié du règne de Louis XIV. La situation paraît s'améliorer ensuite jusque vers 1750. La fin de l'Ancien Régime est marquée par le déclin des forêts, réduite par la demande d'une population plus nombreuse et plus exigeante, les défrichements, les besoins des armées, de la marine et des industries. Les cahiers de doléances regorgent de réclamations sur la rareté et la cherté du bois. 

    Le rôle de la forêt est considérable pour les paysans sous l'Ancien Régime, avec divers droits d'usage, soumis aux usages locaux : 

    • droits d'affouage: droit d'usage concédé, à l'origine, de la propre volonté du seigneur à une communauté d'habitants, l'autorisant à se servir du bois de feu. La plus part des coutumes limitent le droit de l'usager au bois mort, ou au bois vif des essences inférieures de la forêt. L'affouage peut aussi être le produit de la forêt de la communauté, destiné au chauffage est délivré aux habitants. La forêt, qui fournit l'affouage, s'appelle souvent la fourasse.
    • droits de maronage: droit, pour un membre d'une communauté d'habitants, d'obtenir du bois, appelé bois de maronage ou de marnage, bois merrain ou merrien, destiné à la construction ou à la réparation des maisons (pièces de charpente,etc)
    • droits de ramassage du miel ou des fruits sauvages
    • glandée (ou panage ou paisson): c'est le droit d'envoyer les porcs rechercher glands et faînes dans les forêts pendant une période déterminée; selon les régions, cela va du 8 septembre (Notre-Dame de septembre), du 29 septembre (Saint-Michel), ou du 1er octobre (saint Rémy) au 30 novembre (saint André), parfois au 1er février. Selon certaines coutumes, cette période est prolongée jusqu'au 23 avril (saint Georges): c'est le temps de recours, d'arrière-paisson ou d'arrière-panage. La redevance qui correspond à cet usage de première nécessité permet de faire des baux de glandée un placement assez important, dont les règles sont précisées par l'ordonnance de 1669, avec fixation du nombre maximum des porcs par les maîtres particuliers des eaux et forêts
    • droits de vaine pâture: pour les bêtes à laine ou pour le gros bétail (pacage), pâture sur les friches, les bords des chemins, les bois de haute futaie, les bois taillis après 4 ou 5 ans, et sur les terres débarrassées des cultures. Chaque membre de la communauté d'habitants peut y envoyer ses bêtes sans frais, elle est réglée par les coutumes
    • droits de chasse aux animaux nuisibles ou aux oiseaux de passage.

    La sylviculture cependant progresse au cours du XVIIIe siècle. Duhamel du Monceau préconise d'implanter en France des espèces étrangères, d'allonger le cycle des taillis jusqu'à 30 ans, d'éclaircir les futaies feuillues. En 1786, Brémontier commence le reboisement des Landes.

     

  3. LES DIFFERENTS TYPES D'EXPLOITATION

    Plus que la propriété, c'est l'exploitation qui définit les différentes catégories de paysans :

    • Au sommet, les grands exploitants (de l'ordre de 30 hectares), tenanciers exploitants généralement désignés sous le terme de «laboureurs», exploitent une centaine d'hectares dont dans la plupart des cas, ils ne sont pas tenanciers de la totalité (faire-valoir mixte) car ils  en louent une partie à un propriétaire absent (évêque, chanoine du chapitre de la cathédrale, notaire, médecin, etc...). Cette terre est  reçu à ferme, un propriétaire  la loue pour un certain temps: ils deviennent donc fermiers et le loyer dû est le fermage, la terre donnée est dite terre affermée. Ils disposent de «charrue et attelage». Les paysans indépendants s'en tirent même pendant les mauvaises années. Les plus aisés, ceux à qui il reste un surplus de grains négociables, sont souvent nommés «coqs de paroisse», ou, dans le nord, «fermiers à grosses bottes» et «matadors». Ce sont des notables ruraux, souvent alphabétisés; ils jouent un rôle prépondérant dans les assemblées villageoises. Le «coq de village» est souvent l'intendant du seigneur pour lequel il perçoit les rentes, dont il garde une partie.

    • En dessous, les petits exploitants : propriétaires parcellaires, fermiers ou plus souvent métayers, nommés selon les régions «ménagers, bordagers, closiers, personniers, faisandier». Leur condition, souvent précaire, dépend à la fois de l'étendue de leur exploitation, souvent morcelée (autour de 5 hectares) et de la conjoncture économique. Généralement, les paysans qui n'ont en faire-valoir direct que quelques parcelles insuffisantes pour les faire vivre (souvent moins de 2 hectares) sont contraints de cultiver principalement la terre d'autrui.

     

  4. LES DIFFERENTES CATEGORIES DE PAYSANS

    Le paysan français du XVIIIe siècle (souvent présenté sous le terme de laboureur) exerce l'une des professions suivantes.

    • Le fermier paye un cens important car ils possède beaucoup de terre. On le dit aussi censier, dans le sud on l'appelle maître de mas. Ce laboureur, gros exploitant, est le chef de son village et arrive en condition sociale derrière le seigneur mais parfois avant; en notabilité derrière le curé. Il se rencontre notamment dans les riches plaines de grande culture du Bassin Parisien ou de la région du Nord. Il appartient à la bourgeoisie rurale. Il peut avoir une vingtaine de vaches, 150 à 200 moutons, cinq à six chevaux de labour, des charrues à soc de fer, une centaine d'hectares. Il a une charrette, deux ou trois valets (ferme, écurie), deux ou trois servantes. Il a des journaliers par dizaines qu'il paye. Il prend à ferme les terres qui sont autour de ses tenures : celles de l'abbaye, de l'évêque, d'un riche robin... Il sait lire et écrire: il faut rédiger des comptes rendus. Il administre le village et est intendant du seigneur. Comme il est alphabétisé, il est souvent receveur des dîmes, de la taille. C'est lui qui opprime les paysans: il réclame des impôts plus forts que ceux demandés. C'est lui qui fixent les salaires de la région, qui consent les prêts aux autres paysans: prêts de bois, prêts de semence, prêts d'argent. Tous sont remboursables en travail.
      Il a des livres, est le seul à avoir des almanachs. Il forme avec les autres fermiers une société fermée pratiquant l'endogamie à niveau égal. Il devient souvent marchands (bois, vins, eau de vie). Chez le laboureur, la soupe est grasse, avec du cochon. Il porte des blouses tissées serrées (imperméabilisées). C'est un notable, il achète des terres et constitue la base de la société en renouvelant les élites.

    • Le métayer reçoit une terre à ferme. Le métayage est le mode de tenure le plus fréquent dans l'Ouest, le Centre et le Sud de la France. Le propriétaire apporte le capital foncier, du bétail et des semences; le métayer, ses outils et sa force de travail. Dans le bail à mi-fruit, tous les profits sont partagés par moitié. Parfois le propriétaire ne prend que le tiers, exceptionnellement le quart; il s'agit alors d'une amélioration du bien-fonds, apportée par le métayer, par exemple dans le cas de conversion d'une terre ou d'une friche en vigne. Dans la Gâtine poitevine, la métairie est «un domaine rural pourvu de bâtiments, exploité par un fermier ou un métayer, et dont l'étendue exige un cheptel abondant, en particulier un train de labourage très étoffé». Son étendue se situe entre 25 et 60 hectares. Les types de métayages sont en France très divers et de statut souvent complexe.

    • Le «manouvrier», «laboureur à bras» ou «brassier» (vivant du travail de ses mains ou de ses bras), «valet de ferme» (payé à l'année), «valet de charrue», «journalier» (qui se loue à la journée): Ils ne sont ni propriétaires, sauf de minuscules parcelles, ni exploitants. Ils appartiennent à la catégorie pauvre et majoritaire de la société. Cet énorme prolétariat rural, qui représente 60% de la paysannerie, est composé de salariés agricoles permanents, occasionnels ou saisonniers. Ils  trouvent parfois un complément de ressources dans l'artisanat rural: tisserand en Picardie, émigration temporaire comme instituteur ou colporteur dans les Alpes, maçon dans le Limousin, montreur d'ours dans les Pyrénées. 

      La maison est petite, en bois et en chaume. Ils ont une pièce ou deux, dorment à côté de la vache et des moutons. Les matelas sont en pailles (paillasse). D'où dans les contrats de mariage l'attention du retour de la couverture : prêt de dix ans. Il y a très peu de meubles : des bancs, un coffre dans lequel on met tout. Il n'y a pas d'armoire, de livres. Ils ont un jardin clos, non assujetti à la dîme, un ou deux champs qui font moins d'un hectare. Jamais de bœufs, de chevaux, donc pas de charrue. On creuse les sillons avec l'araire au soc en bois. Ils n'ont pas de charrette non plus. Les vêtements sont rapiécés en haillons. C'est la catégorie la plus menacée par la misère. La mort du père entraîne la misère de la veuve et des enfants. Ils sont la base de la violence et du grand banditisme. Cette population vit de braconnage et de cueillette. Le pain est noir : du seigle ou pain de pis. Ils mangent de la soupe matin et soir : c'est la nourriture de base. Elle est claire : choux et eau chaude dans laquelle où on fait tremper le pain rassis. On mange des œufs, assez peu de fruits frais : il n'y en a pas, mais des amandes, noix et fruits des bois (fraises, framboises), comme légumes : des pois cassés, lentilles, fèves (soupe), pas de pomme de terre, tomate ou haricots.

      Ces paysans on les voit souvent dans les archives avec deux professions. Par exemple, l'été ils sont marqués brassiers et l'hiver ils sont notés tisserand. La petite paysannerie travaille à domicile la laine, le chanvre, le lin et on tisse des toiles en fonction des régions. Ils font tous les travaux, ils sont tour à tour : charbonniers, bûcherons, faneurs, moissonneurs, vendangeurs, ... Ils ne peuvent se nourrir et donc se louent et vivent de la vente de leur basse-cour (canards, lapins, deux ou trois brebis), leur caractère essentiel est de d'être dépendants sur le plan économique. Cette paysannerie quasiment sans terre peut posséder quelque bétail grâce à l'existence des biens communaux et au droit de vaine pâture, d'où son attachement aux pratiques collectives, combattues en revanche par les gros exploitants. Mais même s'il est propriétaire, le manouvrier est hors d'état d'assurer la subsistance de sa famille. Il lui faut contracter avec un bourgeois de la ville un bail à cheptel, qui lui permet d'avoir un peu de lait, de beurre et de fromage. Il doit surtout travailler pour autrui au moment des fenaisons, moissons, vendanges. Le reste de l'année, il cherche du travail dans les bois, l'entretien des terres à céréales et des vignes, dans la construction de maisons. En fait, la situation est très variable selon les régions et les époques :

      • Dans le Midi, les manouvriers dépourvus de propriété et misérables se rencontrent partout, mais en nombre relativement réduit.

      • Dans l'Ouest, les bordagers exploitent des étendues inférieures.

      • Autour de Paris, il y a davantage de laboureurs que de manouvriers au XVIe siècle.

      • Dans les villages de Picardie, les manouvriers-sergers associent aux activités paysannes le travail de filature et de tissage pour le compte de marchands-entrepreneurs du bourg et de la ville voisine qui leur procurent matière première et métiers à tisser. Ce type se rencontre aussi dans les autres régions productrices de textile (Ouest, Champagne, Languedoc).

    • Les vignerons appartiennent à une catégorie en pleine expansion. Les vignerons ont de petites terres mais qui produisent un produit de qualité. Ils sont donc dans une catégorie assez aisée de la paysannerie. Pour en savoir plus voyez le dernier chapitre.

À peu près partout, l'évolution économique provoque, surtout à la fin du XVIe siècle et dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l'endettement des paysans, et réduit progressivement leur propriété : le phénomène est surtout sensible dans les pays de vaste culture où, comme dans le Bassin Parisien, les manouvriers forment la grande majorité de la population rurale.

Source

un coup de coeur pour le site d'Estelle Biron que vous trouverez à l'adresse suivante :

http://perso.wanadoo.fr/estelle.biron/accueil/accueil.htm 

Voir aussi les articles suivant dans la catégorie "vie à la campagne" :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-584774.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-569378.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-562390.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-554025.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-346274.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-339966.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-306023.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248401.html

 

Les Montaurais sentaient l’approche des Alliés. Ils l'entendaient . L’allemand commençait à s’inquiéter. Malgré la modestie de la commune, ils étaient informés. L’été de la liberté se précisait. L’espoir se levait dans les cœurs. Les gens du village semblèrent vouloir stopper toute activité. Les moissons mures attendaient dans les plaines à la fréquentation incertaine, risquée. Les avions sillonnaient le ciel à la recherche de leurs proies. Le courrier quotidien arrivait sans planification. La distribution était souvent supprimée. Manger devenait un casse-tête …

La BBC, par ses communiqués, maintenait le moral. Monsieur et Madame Palisse, gardes-barrière du passage à niveau vers La Vallée, avaient eu la bonne idée de conserver leur poste de TSF comme beaucoup d’autres habitants. Le journal de Rouen du 9 août écrivit : « L’ennemi est repoussé dans la plupart des secteurs du front de Normandie. »

Le 13 août, un dimanche, vers 11 H, le ciel était parfaitement dégagé. Les avions alliés vrombirent dans le lointain. Un groupe d’une cinquantaine de « Forteresses Volantes » précédées de chasseurs et de bombardiers légers, sema des spirales argentées. L’atmosphère scintilla en féerie en troublant les radars au sol. Une technique d’aveuglement des pointeurs de DCA se déployait sous nos yeux. Les axes routiers reçurent des bombes dans tous les azimuts. Surtout au niveau des carrefours. Les « quatre-routes » de Tostes furent sérieusement touchées… La réaction allemande fut rapide et brutale. La troupe présente réquisitionna les hommes valides. Ils rebouchèrent les trous pour rendre les chemins praticables. Robert Fouquet jouait aux cartes chez Bernadette, au  café de Tostes. Ses amis et lui n’eurent pas le temps de terminer leur partie de manille coinchée. Les Allemands les en empêchèrent en braillant pour leur remettre pelles et pioches indispensables…

Le 18 août, le flux des fuyards vers la Seine s’amplifia. Une centaine de parachutistes britanniques et belges tombèrent pendant trois nuits consécutives, en six groupes selon une opération dite « en pagaille ». Un groupe se posa en lisière de la forêt de Louviers…

Florent GOUPIL (http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil&lang=fr;p=florent+marcel;n=goupil), mon grand-père, époux de Léopoldine, était résistant et adhérent du Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France à cette époque. Il va cacher un parachutiste anglais dans les greniers de sa ferme. Alors que tout le hameau des Fosses s’était réfugié dans la cave d’une maison abandonnée (situés impasse de la Ravine à peu près en place de la maison actuelle de son fils Bernard GOUPIL, mon père), son père Eugène voulu rester seul dans la ferme. Mais il eut la visite de soldats allemands cherchant le pilote anglais tombé dans la forêt. Ces derniers furent étonnés de le voir fumer une cigarette anglaise. Eugène leur répondit : « ce sont des cigarettes que des anglais m’ont données au début de la guerre et que j’avais rangées dans un coin ». Les soldats allemands, pas très futés, ne posèrent pas d’autres questions et repartirent. Le « béret rouge » anglais va être recueilli pendant 3 jours avant de retrouver ses camarades parachutistes.

Voir en complément le portrait de Florent GOUPIL : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-250842.html

Le regroupement des parachutistes eut lieu dans un bois situé à deux ou trois kilomètres de Louviers. La mission consistait à placer des embuscades sur la D.133 entre Louviers et Le Neubourg. Des « crèves pneus » furent semés, des camions détruits, un dépôt de munitions anéanti en forêt…Le groupe s’installa ensuite au hameau des Fosses de Montaure le 23 août. Le 24 août, le château de la Haye-le-Comte fut bombardé. Les messages radios avaient leur but. Le 25 août, les américains ou les Canadiens dépassaient le commando en poursuivant leur progression.

A Montaure, les habitants assistent à la retraite des allemands. Des convois entiers, harcelés par l’aviation et les canons, fuyaient vers la Seine. Des images tristes d’armées en déroute, des sauve-qui-peut lamentables, des blessés humains ou animaux. La fierté des occupants d’hier avait disparu. Les Montaurais restaient calmes dans l’ensemble. Le ciel couvert avait freiné l’intensité des carnages…

Le mardi 22 août, la 2ème division blindée du général Brooks, forte de 186 Sherman, se trouvait à Dreux. Les Sherman étaient des automitrailleuses sur pneus. La pression libératrice atteignit aussitôt Breteuil, Conches. Le 23 août à 7H30, la colonne s’ébranlait en direction d’Elbeuf. Le 24 août pourrait être qualifié de « jour vécu entre inconscience et réalisme ». Depuis plus de 16 H, les blindés du général Brooks étaient passés sans y séjournés. La libération était provisoire. Montaure se trouvait toujours au milieu des combattants.

Montaure libre ! Le vendredi 25 août, après une nuit calme, le village vit passer enfin des colonnes sans fin des Canadiens.

Extrait de La sanglante bataille de la Seine – Témoignage de Jean Leloup, Ed Humubaire Ajout de témoignages de la Famille Goupil.

 

Article paru sur le site histoire-genealogie.com.

 

N.B. : Montaure est situé près de Louviers dans le département de l'Eure (27)

 

 

Voir en complément article sur "Louviers" : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-484350.html

 Originalité bretonne

 

Il est d'autres moulins en Armor, terre de traditions et de légendes, où les coutumes varient presque de village à village, où les coiffes vont rejoindre l'envol des mouettes et les ailes des moulins... Ils ont recueilli, tous ces moulins, la fantasmagorie des images populaires, craintes et joies, murmures, espoirs...

COLLIGNON "Gardez-nous vos ailes, o moulin (1938)

Moulins du bout du monde, ils le sont en effet, et sont loin, eux aussi, d'avoir livré tous leurs secrets. Mystère des origines en particulier, à moins qu'ici 1e milieu ait été si pauvre et contraignant pour interdire toute "fantaisie". Le trait dominant qui relie "petits moulins-tours" des pointes du Raz et du Van, de la presqu'île de Crozon, des îles voisines, des découpures du littoral, et les "petits chandeliers" de la Pointe du Van et de l'île d'Ouessant, c'est, comme on le soulignera, la petitesse, le fruste, le rudimentaire.

Gardons-nous de dire le "primitif" : nulle date sur la plupart des plus frustes de ces moulins que l'on refait, répare, avec les "moyens du bord", c'est-à-dire ici les moyens du bord de mer, bois d'épaves à défaut d'arbres.

Ces régions au rivage battu par la mer, où se rompt le flot en écume et embruns, sont aussi battues des vents, la bruyère y est continuellement peignée, courbée ; pas un arbre : les arbustes ploient sans cesse l'échine. Ce n'est qu'un peu plus loin que des maisons, toutes les mêmes avec leurs cheminées de pignon, s'abritent et se groupent en hameaux, domestiquant quelques arbres et quelques cultures.

A part la pierre, c'est la pénurie de tous les autres matériaux, aucun exploit de charpenterie ici !

 

I. LE PETIT MOULIN-TOUR

 

= Presqu'île de Crozon :

"De place en place, pour nous dire la route, surgit un moulin, tournant dans l'air ses grandes ailes blanches. Le bois de leur membrure craque en gémissant, elles descendent, rasent le sol et remontent. Debout sur la lucarne tout ouverte, le meunier nous regarde passer."

Gustave FLAUBERT "Par les champs et  par les grèves" (1924)

Le petit moulin-tour mesure environ 4 à 5 m de haut, exceptionnellement 6 ou 7 ; on le reconnaît à Plovan, Primelin,  Cléden-Cap-Sizun, Crozon, Camaret. (Celui d'Erdeven, qui leur ressemble, a déjà une autre taille.)

Bien que 1'intérieur soit toujours très sommaire, la tour peut être bâtie de belles pierres, porter une date et même une inscription, ou garder la marque d'un style. Le moulin de Pendreff à Treffiagat (extrémité ouest du Sud-Finistère), à la porte en "anse de panier", pourrait dater du début du XVI° siècle.

Il n'est pas rare que soient inscrits dans la pierre un nom d'homme et un nom de femme : à Plozevet au moulin de Brunphuez, on relève "Lephuez Michel, Catherine Le Roux, 1862"; au moulin de Primelin, soigneusement construit, sont gravés dans la pierre du linteau la date de 1838 et les noms de Michel Arhan et Jeanne Louarn : une cheminée atteste qu'on pouvait y faire du feu et cuisiner, en face était le lieu de repos pour les journées consécutives passées au moulin, loin du village. A l'étage bas et unique, la machinerie est réduite au minimum nécessaires : rouet, fusée et l'unique paire de meules, reste un peu de place pour manipuler le grain, et, quand, il le faut, dresser la meule.

On remarquera ici le mode d'orientation : la queue subsiste, effleurant le sol où l'on découvre, disposés en couronne autour du moulin des pierres régulièrement espacées, leur intervalle étant marqué en creux. Le meunier, calant ses pieds contre elles, "épaulait" la queue du moulin, c'est-à-dire lui donnait de grands coups d'épaule et, lentement toit et ailes étaient amenés dans la bonne direction. Là où la terre était dure, au lieu d'une couronne de pierres, il y avait simplement des trous dans lesquels les sabots du meunier trouvaient appui.

Le cône du toit était couvert de chaume dans la presqu'île de Crozon (3 à Crozon, 6 à Camaret), d'ardoise dans le sud du Finistère et les Côtes-du-Nord. Le cône était bâti sur une couronne de bois, sablière tournante, glissant sur la sablière dormante, toutes deux enduites d'une épaisse couche de graisse : comme en bien d'autres endroits, quand on tuait le porc, on fondait la graisse dont on faisait deux parts. une pour la maison, l'autre pour le moulin.

La charpente du toit, l'arbre à peine incliné sur l'horizontale, posé sur une simple pièce de bois (avec petit coussinet de marbre) ainsi que les ailes sont particulièrement frustes, il s'agit en général de constructions locales d'artisans bretons devant composer avec la pénurie de bois de charpente.

On aura remarqué que la queue des moulins ne suit pas, en général, la pente du toit, d'où sa longueur : elle pénètre dans le cône où elle est fixée aux chevrons. L'île de Batz propose une formule unique : un moulin y possède un arbre prolongé par un petit axe qui servait à haubanner les ailes, et une queue "extérieure" longeant le cône du toit de haut en bas et descendant jusqu'au sol. (Autre particularité : la tête d'arbre du moulin d'Erdeven est ronde, ce qui a dû dispenser les constructeurs de chercher un tronc plus gros à équarrir. Pénurie de bois.)

Ces moulins-tours de petite taille diffèrent assez peu, si l'on se borne à leur apparence dans le paysage, des "chandeliers", plus petits encore, que nous allons étudier. Pourtant, en dehors de la technologie de mouture, tout les oppose, la formule architecturale aussi bien que la fonction économique et sociale !

 

II. LES PETITS CHANDELIERS DE LA POINTE DU VAN ET DE L'ILE D'OUESSANT

 

= Pointe du Van

Trois seulement subsistaient sur le continent en 1950. Ils se groupaient non loin de la Pointe du Van près du village de Cléden-Cap-Sizun. Ces moulins avaient tous été reconstruits entre 1868 et 1875 mais dans la manière traditionnelle.

Rex WAIIES

= Ouessant

I1 y a aussi les petits insulaires d'Ouessant, minuscules, arrivant à moudre par bon vent leurs deux sacs par jour. Rustiques, avec leur carcasse de bois, ils semblent hissés sur un monceau pierreux, comme des êtres trop petits dont les bras dépassent la taille. Veillés par un phare, gardés par des chèvres, ils sont les nains de leur grande famille, égrenant la même chanson du vent, des voiles qui frissonnent, des meules qui modulent en un langage tout fleuri de légendes, au pays des filles de la pluie, qui passent longues et noires comme des oiseaux solitaires de l'Océan"

COLLIGNON

"Deux ou trois de ces monticules, les plus élevés, portent encore de ces moulins à vent qui avaient déjà jalonné ma route aux alentours des derniers hameaux. On les voit de partout ces moulins, petits, comme tout ce qu'ont fait les hommes sur cette terre en raccourci, dressant sur des éminences leurs cabanes de planches noires posées sur un socle de pierre, qu'étoile la large croix des ailes étendues. Il en est quelques-uns qui tournent. La plupart, désentoilés, n'offrent plus que des squelettes de bras immobiles, dont la mince ossature s'effrite. Je dépasse le dernier, très délabré, assis de guingois sur son rude piédestal.

Yvonne PAGNIEZ "Ouessant" 1935

La population des hameaux et villages du littoral breton, particulièrement du Cap Sizun et des petites îles, présente certainement des traits uniques qui tiennent. Non seulement à l'originalité du mode de vie, mais encore et surtout au fait que ces "bouts du monde" constituent des "isolats" fort anciens, perpétués dans leurs traditions, et leur pauvreté, presque intacts, jusqu'à nos jours.

Durant des générations, les hommes se succèdent portant mêmes noms et mêmes prénoms, pratiquant le même métier, un double métier en fait : "marin et paysan". Genre de vie bien caractéristique d'un bout du monde : marin  signifie évidemment pêcheur mais aussi pilleur d'épaves, cela étant un droit, un privilège même.

De toute façon, les ressources du sol n'auraient pu suffire, la population y est donc. indissociablement, fille de la mer et de la terre...

A terre, on cuisait dans l'antique four des pains de 10 à 15 kg faits avec de la farine de froment, seigle et orge... Ces grains étaient moulus dans les 17 moulins à vent qui tournaient dans la commune pendant la guerre de 1914 et même après.

On comptait autrefois environ 2 000 habitants en moyenne par commune, chaque famille possédant 5 à 10 hectares. Ni fermiers, ni métayers. Cette population très dense vivait exclusivement de la mer et de la terre, sans le secours d'aucune industrie : on était paysan l'hiver, pêcheur l'été.

II faut distinguer entre les moulins-tours, "gagne-pain de meunier", et l'autre genre de moulin, plus petit, dont la base est en maçonnerie et le haut en bois : ces "petits chandeliers" étaient "privés" et servaient uniquement au paysan-propriétaire.

Quant à l'artisan meunier, en période de vent, il dormait dans son moulin, travaillant de nuit comme de jour. Il prélevait sur les céréales qu'il écrasait environ 10 % qu'il vendait par la suite aux familles des pêcheurs qui n'avaient pas de blé. Chaque famille cuisait alors son pain. Pour cela on brûlait des fagots d'ajoncs. Il ne faudrait pas croire que l'ajonc constitue la flore sauvage du Cap : on ensemence d'ajoncs des parcelles entières que l'on cultive pour nourrir les chevaux et brûler au four et à la cheminée.

On ne peut plus aujourd'hui voir un petit chandelier debout à la Pointe du Van, on est donc réduit à inspecter des ruines, à rassembler des documents figurés et des témoignages.

Le petit chandelier apparaîtrait donc comme un moulin appartenant à la famille d'un paysan-marin-pêcheur, "c'était un honneur pour une ferme d'avoir son moulin", comprenons que c'était un grand privilège. Souvent d'ailleurs, disposés entre deux fermes, ils appartenaient à deux familles. (Au contraire, ceux qui étaient "publics", les petits moulins-tours, appartenaient à des meuniers qui, ayant cheval et charrette, allaient de ferme en ferme collecter les sacs de blé et retournaient la farine ; leurs femmes s'occupaient en général de deux ou trois vaches.

Ils vivaient exclusivement de leur métier, dans le rez-de-chaussée, il y avait le lit-clos puis les sacs de blé et entre le rez-de-chaussée et la chambre des meules, le meunier entreposait les sacs de farine).

Les petits chandeliers du Cap Sizun et de l'île d'Ouessant constituent à eux seuls un type exceptionnel chez nous. Ils sont constitués d'une cabine en bois montée sur une pile maçonnée.

= Le socle est un cylindre plein, fait de blocs de pierre irréguliers liés au mortier, il mesure 1,60 à 1,80 m pour un diamètre de 2,50 m au Cap Sizun et 1,95 m pour un diamètre de 1,90 m à Ouessant.

Sur cette plate-forme circulaire, on doit distinguer le centre et la périphérie qui permettent conjointement l'orientation de la cabine.

Au centre, le pivot est constitué par une puissante cheville, entouré à la base d'une couronne de bois cerclée de fer, le tout solidement scellé dans la maçonnerie : c'est une sorte de moyeu d'une trentaine de centimètres d'où émerge le goujon.

Du centre partent neuf rayons de bois encastrés dans la maçonnerie, ils n'ont d'autre fonction que de porter, près de leurs extrémités, des patins de fer, disposés en cercle et constituant un "chemin dormant" discontinu sur lequel tourne la base de la cabine.

La base de la cabine a l'exacte mesure du piédestal : une couronne circulaire de fer constitue la "semelle" ou le "chemin tournant" glissant sur les neuf patins du socle. Les extrémités de la poutre sommière et des deux traverses en croix sont fixées au cercle de bois sous lequel il est cloué. Sur cette armature de base est construite la cabine.

A Ouessant, la couronne métallique est encastrée dans le sommet du socle, la cabine rectangulaire tourne dessus.

= La cabine des chandeliers du Cap Sizun est formée d'un corps cylindrique coiffé du chapeau conique : courte chandelle fichée sur la pointe de son bougeoir. L'ensemble atteint 3,50 m pour un diamètre intérieur de 2,50 m.

La cabine est entée, en son centre, sur le goujon métallique et repose sur les patins de la périphérie. Son armature est revêtue de planches verticales, sans couvre-joint, jointives comme les douves d'un foudre. Le toit, à peine débordant, est formé de bardeaux, jointifs aussi. S'ils sont trop courts, on a un toit en deux parties : le cône terminal est protégé au sommet par un poinçon terminé en sphère (moulin Théolin). parfois surmonté d'un oiseau girouette (moulin Kerléo).

La cabine d'Ouessant est formée d'une caisse de 1,60 m de largeur pour 2 m de long elle est donc plus petite encore. Elle est surmontée d'un toit à deux pentes et deux croupes.

Ces moulins contiennent, enfermé dans un coffre de bois. un couple de meules de petit ou moyen diamètre (0,90 m à Ouessant ; 1,40 m au Cap Sizun) monté sur une sorte de berceau (ou beffroi) indispensable pour que prenne place le petit fer, pivot de la meule tournante, et que fonctionne la trempure.

I1 y a donc tout juste la place nécessaire pour la trémie et un sac, le meunier y est plus souvent accroupi que debout, on le voit assis sur le seuil de la cabine, jambes pendante.

= L'arbre tournant a, au niveau du rouet, une section carrée de 25 cm de coté, il se terminait par un goujon tournant dans une crapaudine.

Le rouet est une roue sommaire à 4 rayons, dont la couronne porte 28 alluchons grossiers en bois, il engrène avec une lanterne de 8 fuseaux (à Ouessant le rouet à 1  m de diamètre et compte 38 alluchons; fuseaux de 27 cm, diamètre de la lanterne 25 cm).

I1 ne comporte aucun frein.

Un osselet est fixé à l'intérieur de l'auget pour recevoir les chocs des arêtes du gros fer.

II n'y a pas de clochette d'alarme pour la trémie.

II n'y a pas non plus de huche.

= Les ailes du moulin d'Ouessant ont 3,70 m de long, avec une douzaine de barreaux de 7 cm de diamètre, équidistants de 50 cm environ. A peu près égaux, ils reçoivent deux toiles symétriques. Au repos, on roule ces toiles le long de chaque bras ; au travail, le meunier passait la toile derrière un seul barreau.

= Les ailes du Cap Sizun sont moins classiques. Plus longues (4,25 m environ), elles ont une largeur de 1,50 m mais, comme il aurait été impossible de trouver des barreaux suffisants, ce sont en fait de forts bâtons, souvent irréguliers, fichés dans les trous des ailes tantôt à droite tantôt à gauche. Cette disposition alterne ne se retrouve guère ailleurs. Ces ailes ont une dizaine de barreaux de chaque côté de chaque bras, plantés à 40 cm l'un de l'autre, exceptés les deux barreaux proches de l'arbre qui ne sont distants que de 30 cm. Les bras ont à peine 10 cm d'épaisseur.

Au repos, les toiles sont enroulées autour des bras puis déployées face au vent.

Après 1e travail de mouture, lorsqu'on veut arrêter le moulin - qui ne dispose pas de frein - on pousse alors à la queue, perche (Ouessant) ou bâton (Cap Sizun) presque horizontal, pour ôter les ailes de "l'aire du vent". Placées à l'angle droit, elles s'immobilisent. On peut alors, à nouveau enrouler les voiles. II ne reste plus qu'à fermer 1a porte de la cabine et, éventuellement, à ôter la courte échelle, amovible, qui permet au meunier d'accéder à la chambre des meules.

Tous les moulins du Cap Sizun avaient des barreaux alternés : les quatorze moulins ordinaires ainsi que les trois petits chandeliers : les deux de Théolin (Guézennec et Costes-Goalorn) et celui de Kerléo.

Il est certainement rare de trouver des faits architecturaux et culturels aussi précisément localisés que les petits chandeliers bretons... Avant de rassembler les bribes historiques qu'on peut glaner çà et là, examinons les problèmes qu'ils ont posés au cartographe :

= Petits chandeliers et cartographie

Pour repérer les petits moulins bretons, la carte Michelin n'est évidemment d'aucune utilité, la carte d'état-major récente en courbes de niveau et quadrichromie ne présente guère plus d'intérêt. Il faut donc recourir aux cartes anciennes; (Cassini et autres) et surtout à la carte d'état-major au 1/50 000 en hachures obtenue par agrandissement de celle au 1/80 000, périodiquement révisée (1930) et mise à jour (1956-57, etc.) (I.G.N.).

Sur la feuille de Pont-Croix, on compte facilement une dizaine de moulins autour de Cléden-Cap Sizun : le signe est toujours le même bien que le diamètre puisse légèrement varier : cette variation peut-elle être mise en relation avec la distinction faite sur le terrain entre moulins-tours de taille courante, petits moulins-tours ou chandeliers ?

Le géomètre cartographe a rencontré plus de difficultés encore sur l'île d'Ouessant où il a constamment joué avec 1es deux diamètres et créé un nouveau signe non marqué en légende. Ainsi trouvons-nous:

= "OX" des signes normaux (3 à Kerlaouen, 1 à Penarlant, 1 à Kergoff, 1 à Kerandron) ;

= "ox" de minuscules signes semblables (1 à Guéral, 1 parmi ceux de Kerlaouen, 1 à côté de celui de Kergoff, 3 à Kérivarch dont 1 "ox", 1 à Toul-al-Ian, 1 à Penarugel, 2 près de Niou Huella et Izella, 3 autour de Loqueltas et Pern) ;

= enfin de nouveaux signes "-x" de dimensions minuscules aussi accolant des ailes à un rectangle pouvant figurer une cabane. Ceux-ci ne correspondent pas toujours à des lieux-dits :

* certains sont le long de chemins (1 à l'est de Lampaul),

* d'autres non loin de fermes, dans des hameaux : 1 à Frugullou, 1 à Poraguen, 1 à Kerlan, 1 au bord de la côte près de Niou Izella 1 parmi ceux de Loqueltas ;

= "^" moulin détruit : 1 à l'est de Kergofl, 1 à Pénarugel, 1 "moulin Bélanger", devaient être assez importants, leurs ruines étant "élevées" au rôle de points géodésiques.

= Petits moulins et Société

Pierre Goardon que nous avons interrogé sur les moulins du Cap Sizun est formel : ces moulins familiaux situés au fond de la parcelle, parfois mitoyens, évitaient de recourir aux services - onéreux - des moulins de meuniers.

C'est bien ce même caractère que souligne Paul Malgorn au sujet des "petits moulins d'Ouessant" :

Avant la révolution de 1789, le régime seigneurial de mouture des blés était le même à Ouessant qu'ailleurs en Bretagne. Après cette date les moulins à trois étages de l'époque dont le dernier exemplaire finissait de fonctionner en 1918 à Fruguilou, étaient entretenus par une association de propriétaires qui rétribuait le meunier, encaissait les profits et comblait les pertes de meunerie.

Vers 1850, écrit Malgorn, un grand-père participait pour un seizième à la propriété et aux bénéfices du grand moulin de Punel... Ainsi peut-on reconnaître deux types successifs d'exploitation économique et sociale : le féodal et le capitaliste. Neuf grands moulins à vent drainaient ainsi les revenus de la mouture à Ouessant si l'on néglige les deux ou trois moulins à eau mal alimentés.

De plus, Malgorn rappelle utilement la résistance de nombreuses populations bretonnes à se soumettre aux grands moulins (féodaux ou capitalistes), Marc Bloch avait plus en détail étudié la "révolte des moulinets", "mouteaux" insoumis préférant les meules domestiques ou même des moulins à bras. Nous ne trouvons pas, en réponse et opposition à ces nouveaux féodaux, de moulins populaires collectifs : les petits moulins sont la création individualiste des familles. Ainsi aurait-on "imaginé" "le modèle du petit moulin à vent familial":

Ces installations simples où l'unique matériau fut le bois et de rares ferrailles, étaient de construction facile, à la portée des meuniers insulaires, y compris la grande roue dentée solidaire de l'axe des ailes. Cette roue qui attaquait à angle droit le pignon de l'axe des meules était entièrement en bois dur et les dents faites aussi de bois dur qui venait presque toujours de récupération de naufrage ou d'épave.

La construction des premiers petits moulins semble donc se placer dans la première moitié du XIX° siècle. A cette époque, les habitants vivaient en autarcie complète. Ces moulins, dont le nombre atteignait environ la centaine vers la fin du siècle, situés à proximité des hameaux, ont fourni une somme de travail considérable pour moudre la nourriture de deux mille cinq cents habitants et celle des animaux domestiques..., porcs en particulier.

Les explications de Goardon et de Malgorn nous donnent l'exemple de créations populaires échappant à la nouvelle banalité des grands moulins anonymes : fonctionnant contre l'ordre économique établi et poursuivant avec entêtement leurs tâches domestiques, tantôt conduits par les hommes aux périodes d'occupation paysanne succédant aux périodes de pêche en mer, tantôt conduits par les femmes ou les jeunes, ces derniers moulins nous rappellent les premiers ! (Dol de Bretagne, 1191). Ces moulins à vent, aux bouts du monde toujours difficiles à contrôler, seraient donc l'illustration de la revendication d'un droit populaire à la liberté...

Les premiers moulins à vent n'avaient-ils pas, dès les origines, été chargés de significations semblables ?

 

Voir également l'article suivant : des moulins au "petit-pied" au moulin "grosse-tête" http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-562390.html

 

 

Source : MOULINS. Maîtres des eaux, maîtres des vents. Par Jean Bruggemen

  Originalité bretonne

 

Nombreux sont ces moulins au "petit-pied", à l'architecture originale, qui portent des traces de blason, d'armoiries, souvent illisibles aujourd'hui. I1 est probable que la plupart d'entre eux furent d'origine noble, appartenant à des seigneurs ou à des abbayes. Cette hypothèse peut seule expliquer et la "normalisation" du type et le soin et la science mis à les construire.

 

I. LE PETIT-PIED

 

Le petit-pied typique règne sur le sud du Morbihan (Vannetais), une partie de la Loire-Atlantique (presqu'île de Guerande et "Sillon" de Bretagne particulièrement), ainsi que dans les îles d'Yeu, autrefois de Noirmoutier, etc.

Mais on le retrouve aussi dans le nord de la Bretagne, en Ille-et-Vilaine, sur la côte d'Emeraude. Des détails cependant les différencient d'une région à l'autre : autour de Saint-Briac et du Mont Dol, les ailes ont des cotrets, en Morbihan et Côtes-du-Nord, l'aile Berton est presque inexistante. L'encorbellement de l'étage peut être très peu prononcé (Côtes-du-Nord).

 S'il est plausible que certains de ces moulins remontent aux XIV° et XV° siècles (ou avant), on ne peut que s'étonner de la perpétuation de cette forme architecturale, invariablement reproduite alors que la construction en encorbellement dans l'architecture militaire  disparaît avec le XV° siècle. Nous savons toutefois qu'il n'est pas rare qu'une forme, ayant fait son temps dans les styles nobles ou urbains, se retrouve avec parfois plus d'un siècle de retard dans l'architecture villageoise, rurale, utilitaire...Nous ne savons pas non plus si la structure de ces moulins de granit n'était pas conçue pour résister, non à une bande armée, mais tout au moins aux pillards - que le meunier soit absent ou qu'il y trouve à certaines périodes son logement. Dans cette perspective, l'examen des ouvertures laisse perplexe : si la porte est souvent forte et si les ouvertures secondaires sont rares, il y a néanmoins une haute et large fenêtre que nous décrirons et qui ne va pas dans le sens de cette hypothèse.

 Pour décrire le petit-pied breton, nous aurons l'embarras du choix. Lequel choisir qui illustre le type ancien ? Pour n'en citer que quelques-uns, prendrons-nous comme exemple le beau moulin de Kercabus perdu aujourd'hui parmi les landes broussailleuses hérissées d'ajoncs, les affleurements de granit interrompant parfois les étangs peuplés de nénuphars ? Ce n'est plus aujourd'hui qu'une coque vide, nul mécanisme à l'intérieur, le toit reste encore en place mais la dernière aile est au sol. Le petit-pied à la forme 1a plus sobre et la plus parfaite est peut-être, au bord des champs, celui de Bouée, qui n'a plus d'aile non plus. Reste encore, attirant tous les regards à cause de sa silhouette altière émergeant du granit, non loin d'une maison de même matière. le moulin de Krémeur, plus connu sous le nom de Moulin du Diable, tout près de la vieille ville fortifiée de Guérande.

Bâti de grosses pierres parmi les affleurements du granit qui donne leur couleur sombre aux sols dénudés, aux murs des maisons et jusqu'à leurs cheminées et leurs toitures, le Moulin du Diablc peut bien  passer pour un moulin de légende.

Il y eut des Ponts du Diable (Pont du Gard, Pont Valentré à Cahors...), des tours du Diable (château de Vizille par exemple) et même des chapelles du Diable comme en témoignent les tympans sculptant la légende dans la pierre à Souillac, comme à Notre-Dame de Paris.

Que ce soit un anonyme architecte ou le moine  Théophile, le marché est toujours le même : le Diable veut bien secourir le constructeur peu fortuné mais c'est chaque fois contre son âme... Ici le meunier. dont la tradition a conservé le nom, Yves Querbic, pensait au moulin qu'il aurait voulu construire mais il était trop pauvre...

Lors, tel en Faust, le Diable survint.

Lui proposant d'élever son moulin

En une nuit, y travaillant sans trêve,

Et réclamant son âme en paiement...

Le pacte fut conclu ; le démon ricanant

Poursuivit son ouvrage, activant son trident...

Mais alors que manquait la dernière pierre, Yves Querbic glissa à la place libre une statuette sainte qui fit s'enfuir le Diable, rageur et trompé. Le moulin était bâti...

Ainsi nous parvient un air ancien de cette terre de légende.

 

Qu'est-ce qu'un petit-pied breton ?

 

Ce n'est rien d'autre qu'une tour de forme très spéciale : sur un socle largement évasé s'élève un cylindre de pierre qui sert de support à un étage en fort encorbellement que coiffe le chapeau conique. Le pied étroit enferme l'escalier tournant qui conduit à la chambre des meules.

Examinons de près cette construction classique :

= l'étroite tour cylindrique du socle est formée d'une épaisse muraille (1 m à 1,20 m) protégeant un espace intérieur de 2,50 m de diamètre environ. Les pierres, régulières, en sont généralement parfaitement appareillées ;

= l'évasement conique de la, base s'élève à 0,75 cm environ, et porte l'épaisseur de l'assise à plus de 1,50 m. La jonction base évasée-tour peut, ou non, s'orner d'une moulure ou d'une saillie.

Dans cette tour s'ouvrent, en général, deux portes; on voit l'avantage : quelle que soit la direction du vent et l'orientation des ailes, l'accès au moulin est toujours possible. Leurs dimensions étonnent quelque peu, ces portes sont - en accord avec l'allure de la bâtisse - étroites (1 m environ) et peu élevées (la taille moyenne d'un homme). Linteaux et piédroits sont de facture soignée à moulures et chanfreins. Au centre du linteau, parfois protégé par un arc de décharge, se dessine encore la forme d'un blason aux meubles le plus souvent indéchiffrables aujourd'hui. La porte est renforcée de clous forgés, et armée de puissantes pentures sur des gonds robustes ;

= l'encorbellement est formé par la disposition au sommet du socle cylindrique d'une couronne de fortes pierres dépassant progressivement, et liées au mortier. Le résultat peut être :

- soit un évasement conique parfaitement lisse et uni, réplique exacte de l'empattement de base, comme au moulin Rochoux de Bouée,

- soit une superposition de pierres à la tranche travaillée (chanfrein, profil concave ou convexe, bord saillant, etc.) formant une élégante corniche moulurée comme au moulin du Diable.

On devine la principale fonction de cet encorbellement : sur le ressaut intérieur prennent appui solives et plancher de la chambre des meules bénéficiant d'une surface accrue;

= la partie supérieure est, sous le toit, d'une hauteur généralement plus courte que le pied, tout au plus peut-elle lui être égale.

Même matériau de belle pierre ; parfois une niche aux contours moulurés. Peu ou pas d'ouverture à l'exception de la grande fenêtre parfois située à l'aplomb d'une porte (Bouée).

Un document photographique nous montre le meunier installé à cette fenêtre au Vieux Moulin de la Place à Guérande, daté de 1531. La fenêtre s'ouvre sur toute la hauteur de la chambre des meules, sous sa base, la moitié de la corniche est entaillée, la saillie diminuée. Aux deux-tiers environ des piédroits, deux pierres opposées reçoivent l'axe du treuil. Dans plusieurs moulins, on remarque que, ces deux pierres étant légèrement en saillie, le treuil devait se situer à fleur de mur.

Le meunier manœuvre le treuil d'où descend le câble au bout duquel est attaché le sac de grain à moudre. Nous avons là un type de monte-sacs manuel qui tire le meilleur parti de l'étroitesse du pied du moulin. On voit bien, à l'état des pierres, que les sacs montèrent par-là, usant lentement l'enduit. Mais il n'en résultait pas un freinage néfaste: une tour cylindrique n'eut pas permis l'utilisation d'un tel monte-sacs. Autre détail : le câble enroulé, le sac hissé à hauteur du plancher, il suffisait de l'attirer vers soi pour le faire entrer : on comprend pourquoi le treuil n'est jamais placé à mi-hauteur, ainsi est-il à portée de la main du meunier et permet-il aisément la saisie du sac ;

= le chapeau conique est généralement couvert d'essentes de chêne ou de châtaignier, sa pente est relativement faible surtout si on la compare à celle des hauts moulins vendéens, sa base est festonnée en dents de scie. Un poinçon de bois ouvragé le termine prolongé par une girouette métallique (oriflamme de métal découpé).

Une courte chapelle couvre l'avancée de l'arbre. Certains moulins abîmés (Kercabus, Bouée...) montrent clairement le support de l'arbre, appelé ici le "plumard" avec son coussinet de marbre serré entre deux obliques symétriques.

A l'arrière, on repère l'échine en saillie (habillée aussi d'essentes) que dessine le cuivre oblique et long appelé aussi "queue du moulin", décrivant un cerne de grand diamètre. Une petite lucarne, parfois une simple petite bâtière festonnée en dents de scie, abrite l'articulation et la sortie de la "perche du frein" reliée au guivre par une attache souple.

Si les verges s'emboîtent dans la tête d'arbre comme dans tous les moulins traditionnels, c'est la forme et la dispositions des barreaux ainsi que le mode d'entoilage qui doit retenir notre attention.

Comme partout ailleurs les barreaux sont enfilés dans l'axe selon un angle déterminé par rapport au plan de rotation.

On peut compter une quinzaine de barreaux équidistants, leur particularité est d'être disposés dissymétriquement par rapport à chaque bras ; face à l'aile en position basse, les ailes tournant de gauche à droite (sens contraire des aiguilles d'une montre), la partie gauche des barreaux est environ deux fois plus longue que la droite, leurs extrémités sont plus ou moins alignées (n'étant pas tenus par des cotrets, ils peuvent être légèrement inégaux). Le fait est de peu d'importance par vent moyen : on déroule les deux toiles de part et d'autre du bras, on les tend au-devant des barreaux (la toile est simplement passée derrière un seul, le 4° ou le 5°, en général, avant le dernier), combinant ainsi deux longs rectangles, ou un rectangle et un triangle... selon la force du vent.

La dissymétrie de l'aile prend tout son intérêt lorsque le vent est faible ou très faible, il faut alors augmenter autant qu'il est possible la surface de la voilure. Le meunier doit escalader chaque aile pour fixer une troisième toile : le côté gauche peut ainsi recevoir deux toiles alors que le droit n'en a qu'une. Douze toiles peuvent donc être nécessaires.

C'est là encore un trait non attesté ailleurs, deux documents photographiques nous montrent deux moulins toute voilure déployée : celui de Kermoisan. au bourg de Batz, ainsi qu'un vieux moulin de Guérande.

L'organisation interne ne présente aucun mystère, le rouet et la fusée n'actionnent en général qu'une paire de grandes meules. Etant donné l'exiguïté de l'espace (malgré l'élargissement de cette salle ronde dû à l'encorbellement), la mouture est généralement conduite au rez-de-chaussée où se pratique l'ensachage.

Examinons maintenant l'intérieur du socle. Evidemment nous trouvons l'escalier en colimaçon formé de pierres prises dans la muraille, cet escalier tournant n'est propice ni à la montée des sacs ni à leur descente, aussi est-il habituellement fort étroit. On peut même se demander si certains moulins n'en furent pas dépourvus, le meunier n'accédant alors à la chambre des meules que par une étroite "échelle de meunier"

II faut maintenant considérer un autre aspect : la situation du moulin souvent éloigné du bourg ou du hameau. Plusieurs auteurs attestent que, par longue période de vent et de grand travail, le meunier pouvait rester à son poste jour et nuit. Aussi n'est-il pas surprenant de trouver dans certains moulins (comme en Quercy, en Vendée, en Volvestre ou en Provence) le minimum nécessaire pour vivre : un âtre a été réservé dans l'épaisseur du mur, la place du foyer étant parfaitement discernable ainsi que les traces de suie ou de fumée montrant qu'on a vécu dans le moulin et peut-être fait une cuisine sommaire. Le conduit d'évacuation - la cheminée - a été ménagé dans l'épaisseur du mur, au moment de la construction, et débouche vers l'extérieur de façon en général peu discernable (l'ouverture = une pierre manquante) du côté où le vent souffle le plus rarement. Une niche plus ou moins grande a servi de placard tandis que sous l'escalier était aménagée une couche sommaire ou un lit-clos

 

le moulin de Craca est un moulin à petit pied et encorbellement plat typique de la région du Trégor.

 

II. LE MOULIN "GROSSE-TETE"

 

Si les moulins (petit-pied) étaient si bas c'est qu'avant 1880 leurs ailes étaient de toile et qu'il fallait monter dans les (barreaux) pour déployer la voilure avant de détendre le frein, et pour la replier quand la mouture était finie. Les voiles du moulin, c'était à la femme du meunier de les entretenir... elle était la ravaudeuse des grands panneaux de toile de qui le moulin tenait toute sa vie. Le travail était délicat et Rose Boissière, la grand-mère des Redor de Saint-Savin, était une ouvrière particulièrement appréciée. Elle dut, sur ses vieux *jours, quand les (ailes) de bois remplacèrent la voilure de toile, considérer avec méfiance le "moulageur" qui substitua les lamelles rigides à la souplesse de son drap et "jamais, pensa-t-elle, le moulin ne tournerait désormais aussi bien".

Pourtant c'était un progrès : le garçon meunier sut, lui, de bonne heure, l'apprécier puisqu'il le dispensait des heures d'acrobatie auxquelles l'obligeait jusque-là le caprice du vent... (Désormais) 1e déploiement des lattes était facilement réglable...

 

Paul MERCIER

"Le pain quotidien, Contribution à l'histoire de Saint-Etienne-de-Montluc" juillet 1949

 

On aura reconnu, au lendemain de la guerre de 1870, l'invasion pacifique de l'ouest breton par les ailes Berton. Comme nous l'avons déjà remarqué, la substitution d'un élément plus moderne entraîne le remodelage complet de l'architecture et de la technologie traditionnelles : les "petit-pied" perdent même leur nom dans cette modification de structure et de silhouette. Grande tour et Grosse-tête diffèrent fort peu, et peuvent sans grand problème être réunis dans la même famille des grands moulins à meules multiples, et à technologie modernisée.

Cependant, dans toute cette région de la Loire-Atlantique et du Sud-Morbihan, on se souvient des modèles traditionnels et on marque fidèlement la "taille" des hautes tours nouvellement construites, par un ressaut, rappelant de fort loin la construction en encorbellement du petit-pied séculaire. Ainsi plusieurs moulins de Mesquers, le moulin de la Croix par exemple, le moulin de la Galonnière à Couëron, le moulin de la Couleuvre à Penestier, celui de Clis près de Guérande (le seul moulin grosse-tête qui, à notre connaissance, ait été équipé d'un moulinet d'orientation automatique), celui de Saint-Savin au fût bizarrement renflé sous l'encorbellement, se souviennent du petit-pied.

Fort rares, semble-t-il, sont les petit-pied qui, adoptant 1'aile Berton, n'en subirent aucune modification externe. Nous en connaissons un cas, celui du moulin de Rochoux à Bouée, ses ailes (peut-être proportionnellement réduites) sont pourtant conformes aux normes : 11 lattes sur 5 vérons. Il se peut toutefois que le cône du toit ait été légèrement "appointé" pour loger correctement un arbre plus robuste et rendu plus encombrant à cause des leviers de commande (les quatre bras).

Très nombreux au contraire furent les petit-pied qui, dans le dernier quart du  XIX° siècle, furent "saisis d'exhaussement" : l'adoption de l'aile Berton entraînant la série complète des modifications internes et externes, architecturales et technologiques.

Nous choisirons l'un d'eux parmi le grand nombre qui jalonne, de Nantes à la presqu'île guérandaise, "le Sillon" et "la Vallée".

= Le "Sillon" est cette ligne de crête montueuse ensoleillée, au sol riche et aux cultures variées, parfois coupée de petits bois - nous sommes dans un pays de bocage très aéré - qui domine de quelques dizaines de mètres d'altitude la "Vallée".

= La "Vallée", c'est la plaine qui descend en pente très douce, au sud, vers la rive droite de la Loire.

Nul doute que la proximité de la ville de Nantes ait eu son importance dans le développement de la meunerie à vent, mais il faut tenir compte aussi des villes petites ou moyennes telles que, sur le Sillon, Saint-Etienne-de-Montluc et Savenay.

Parce que le sol était riche, les moulins étaient nombreux au pays de Saint-Etienne. (Vers 1870) on pouvait en compter 15 en pleine activité :

=sur le Sillon : les moulins de Perrières, de Saint-Savin, de Bel-Air, de la Juliennais, des Carrières, de la Gargouillère, de la Garenne, du Tertre blanc, de l'Aubric, de Belle-Vue et de Chaugenet;

= dans la Vallée, en revenant sur Couëron, on voyait tourner les ailes du Moulin-Neuf, de la Gicquelais, de la Musse et de la Lande-Petite. I1 y en eut aussi à Cordemais : moulins de la Herlaie et d'Acigné...

Paul MERCIE

Si les plus anciens furent toujours de création seigneuriale, ceux qui, modernisés, nous intéressent maintenant appartenaient à des particuliers, généralement inscrits dans des lignées ou des dynasties de meuniers. Les familles de meuniers étaient nombreuses ici autant que les moulins :

"On est meunier de père en fils" et "Fille de meunier épouse un meunier" ont en Bretagne valeur de proverbes

(Paul Mercier).

Dans cette région où la culture céréalière occupait une grande place, où l'administration révolutionnaire débaptisa Saint-Etienne-de-Montluc pour en faire Messidor - hommage magnifique rendu à la fécondité du sol stéphanois, aux moissons dorées étagées sur le Sillon et aux foins blonds de la Vallée (P.M.), un moulin traverse l'Histoire ! Non loin de Savenay, près du Point du Jour, se dresse le Moulin de la Paclais ou de la Pâquelais. Ce fut pendant des siècles un moulin féodal ; construit en 1340 à un seul étage, c'était un petit-pied à la structure habituelle bien qu'un détail ornemental et architectural le distingue d'emblée de tous les autres. L'encorbellement de l'étage est plus complexe que tous les autres et d'un  effet des plus heureux : un bandeau mouluré forme une première ceinture, au-dessus un certain nombre de trous carrés rappellent ceux, rectangulaires, qui, à mi-hauteur du socle, font penser à des meurtrières. Au-dessus d'un second bandeau, une couronne de corbeaux  rectangulaires  rappelle créneaux et merlons des tours féodales, cette couronne supporte la corniche moulurée qui sert de base au corps du moulin. Brusquement, le XX° siècle s'élève sur le XIV° siècle : le moulin a été "réparé et exhaussé en 1911". Sa hauteur totale a été portée à 15 m environ. Le propriétaire n'avait peut-être ni les moyens techniques, ni les moyens financiers de poursuivre sans coupure visible l'excellente construction médiévale. Malgré cela le Moulin de la Paclais garde un incontestable charme (auquel s'ajoutent peut-être pour nous des traits ignorés du profane :

Ce moulin, remarqué par Herman Webstcr, Mlle Huard et Rex Wailes, a été racheté par le premier en 1937 pour empêcher l'éviction de la famille des meuniers. Aujourd'hui le moulin survit au Major qui enquêta une grande partie de sa vie sur les moulins à vent de France. N'est-ce pas assez pour mériter un sort spécial ?).

Prenant plus haut le vent, 1e moulin fut équipé d'ailes Berton (11 planches, 5 vérons), désormais la voilure n'effleurait plus le sol !

Aussi alourdit-on sa base d'une ample construction annexe, sur un sixième de sa circonférence environ, elle a fonction de magasin. On aurait de bonnes  raisons de regretter cette adjonction, la pureté de sa silhouette, altérée certes mais élevée, n'apparaît que du côté opposé.  La belle porte surmontée de restes d'armoiries disparaît dans le magasin en avant-corps.

A l'intérieur un robuste escalier métallique permet l'accès à la chambre haute. On repère au passage le blutoir, le ventilateur, les couples de meules. Au sommet la mécanique classique des commandes Berton.

Le toit est mobile sur un chemin à crémaillère, son orientation est commandée par un jeu de poulies et pignons et une chaîne sans fin tels qu'on les voit à Savenay, Challain-la-Potherie, La Turballe, Sallertaine, etc., dans tous les moulins modernisées de l'Ouest. 

 

En complément, Voir sur le thème des moulins : MORICET père et fils - Meuniers :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-216593.html

Autour de Carentan, il n’y a pas de carrières de pierre mais de l’argile en abondance. Une argile très riche en oxyde de fer, qui donne une teinte ocre très rouge aux maisons de terre. Elles flamboient littéralement, surtout au lever ou au coucher du soleil. C’est un spectacle étonnant. Ces habitations, jusqu’au XXe siècle, constitue la très grande majorité des maisons de bourgs et des fermes. Aujourd’hui encore, on compte plus de 8000 bâtiments en terre dans la Manche dont 3000 habitations au nord d’Avranches. Ces bâtisses font partie intégrante du paysage et du patrimoine des pays du marais. Et même si le rouge domine, les mûrs peuvent prendre des couleurs allant de l’ocre blond au gris fumé, selon l’origine de la terre, et donc selon sa composition. Dans la région des marais, les maisons de terre sont groupées en villages ou en hameau (pas de maisons isolées). Elles sont construites en bordure de marais, dans le « haut marais », partie non inondable pendant la forte crue hivernale qua l’on appelle en terme local le « vâocre ». Pour accéder à ces hameaux, il est fréquent de longer une route bordée de peupliers ou de saules. Toutes les maisons en terre ont été édifiées en bordure de marais : pour ne pas gaspiller le bon terrain qu’il fallait exploiter au maximum, la bonne terre permettait l’élevage et les cultures (blé, seigle…) ; pour profiter des rivières navigables (Douve et Merderet) pour transporter sur les gabarres les matériaux nécessaires à la construction (pierre de Doville, chaux de Liesville sur Douve) mais également les personnes, les animaux et la tangue (argile + sable) qui servait d’engrais. Pour éviter les inondations l’hiver, il fallait bien observer les zones inondables et tenir compte des témoignages des ancêtres.

Dans la Manche, on appelle également Mâsse ou Bauge ce matériau qui permettait de fabriquer les murs, les plafonds et les planchers d’une maison. Les ouvertures étaient simplement creusées dans les murs. Le procédé est utilisé depuis le XVIe siècle.

La technique de construction est simple. Même s’il y avait un maçon, les habitants mettaient la main à la pâte et s’occupaient ensuite de l’entretien régulier. Certains de ces édifices ont aujourd’hui plus de 300 ans. La terre a des pouvoirs d’isolation phonique et thermique. L’humidité est régulée dans la maison, l’argile l’absorbant en partie avant de la rejeter à l’extérieur. La bonne inertie de matériau en atténue les variations de température. Grâce à sa capacité à emmagasiner et à restituer la chaleur, il fait relativement plus frais l’été et plus doux l’hiver. L’hiver, il est donc possible de ne pas chauffer la maison dans la journée : la terre libérera la chaleur pendant la nuit. Il s’agit, de plus, d’un matériau sain, renouvelable, qui se trouve partout.

« Une maison doit être bien bottée, bien chapeautée » : cet adage des métiers du bâtiments convient tout à fait aux constructions en terre. Bien bottée : un bon drainage et un bon soubassement (en pierre) sont nécessaires pour éviter que l’humidité remonte dans les mûrs.

Bien chapeauté : le toit doit dépasser pour couvrir et protéger le mur. L’humidité est donc l’ennemie. Ces maisons ont toujours été construites sur un endroit sec et non inondable, même au milieu des marais.

La terre était laissée à « pourrir » pendant un hiver entier. Puis, l’argile était mouillée, tapée à la fourche, mélangée à de la paille et enfin pilée aux pieds. Le pétrissage de ce mélange était alors réalisé par les hommes et c’était une corvée pénible. Les mûrs étaient montés par levées successives d’une hauteur allant jusqu’à 1,20 mètre ; on empilait la terre à coup de bâtons et de fourche. Un mois ou davantage s’écoulait entre chaque levée. Pendant le temps de séchage, des coups de trique étaient même donnés pour resserrer la terre. L’encadrement des fenêtres et des portes ainsi que la cheminée (généralement dans le pignon) étaient réalisés en pierre.

L’enduit extérieur était réalisé avec un mélange à base de chaux mais on connaît mal sa composition. Cet enduit protégeait la mâsse mais rares sont les

murs qu’il l’ont conservé.

Le toit de chaumes constitue l'autre versant de l'habitat traditionnel de la campagne normande. Gilles Morin a exercé le métier de couvreur en paille.

 

Les toitures végétales
Qu'elles soient à deux pans pris entre deux murs pignons ou à quatre, dont deux forment croupes aux petits côtés de la construction, les toitures ont par l'importance de leurs volumes, leur matière et le rapport de proportion qu'elles établissent avec les murs, un rôle déterminant dans l'aspect des maisons normandes.
En tant qu'enveloppe d'un volume, le toit emprunte ses dimensions aux combles dont la fonction est la raison du développement. En tant qu'élément protecteur, il adopte les normes qu'impose son mode de couverture et les fonctions annexes qu'on lui demande d'exercer.
En Normandie, ce mode de couverture a été déterminé par le caractère artisanal de la construction rurale.
Avec le chaume (ou ro) les paysans ont adopté un procédé économique, leur permettant d'effectuer l'entretien si ce n'est la réalisation complète de leurs toitures, avec un matériau sans cesse renouvelé. Ils avaient à leur disposition des pailles de blé, de seigle et le roseau, beaucoup moins fréquent. Ils les utilisèrent en créant des variantes dont localement on note les différents aspects. L'emploi du chaume n'a pas été limité aux pays Normandie mais au-delà de notre région et nos frontières.
Ce mode de couverture impose une pente d'au moins quarante cinq degrés.
En l'adoptant les maisons normandes ont déterminé la hauteur de leur toit.
Le ro était fixé avec de la ronce. Les grandes ronces étaient coupées par bouts de 1.30 m, ébarbées puis fendues en trois pendant les soirées d’hiver.

La couverture était montée de bas en haut et son épaisseur pouvait atteindre 30 cm. La toiture se terminait par un faîtage en terre appelé le « capet » : on y plantait des iris qui retenaient la terre grâce à leurs racines. De nos jours, ces toits en chaume ou en roseaux ont été remplacés par des toits en ardoise : les artisans sont de plus en plus rares et le matériau coûte cher.

 

Voir article sur Tribehou en complément : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-549261.html

 

Sources : http://www.parc-cotentin-bessin.fr/tour_horizon/histoire.htm; Pays de Normandie  n°43 « le nouveau souffle des maisons de terre »

La frairie était à la fois :

 

1/ Une division territoriale de l'ancienne paroisse (laquelle ne portait pas encore le nom de commune).

2/ Une communauté de travail entre les habitants de cette partie de la paroisse.

3/ Une assiette administrative pour la répartition et la perception des impôts (tailles, redevance féodale, corvées etc.).

 

En compulsant les registres d'imposition des XVIIe & XVIIIe siècles, on constate que le pouvoir royal français n'hésite pas à baser l'égaillage (la répartition) des impôts des paroisses bretonnes sur les frairies qui les composaient.

L'impôt était perçu globalement, à charge pour chacun, dans le cadre de la frairie, d'apporter sa quote-part, ce qui, fait notable, pouvait amener à des compensations des plus aisées à l'encontre des plus impécunieux.

 

 Une frairie était également une communauté de travail.

L'agriculture était devenue avant tout une science de la localité, toute de recettes empiriques et issue d'observations particulières.

 

 Le cadre idéal de la frairie fut longtemps le cadre idéal pour l'agriculture de subsistance où la science des métiers était détenue par les anciens.

 

 La frairie pouvait se comparer aux sociétés de compagnonnage.

Chacune d'elles avait ses recettes de travail, ses corvées et il était rare qu'une "corvée" déborde sur une autre frairie.

 

 Sur le plan religieux, chaque frairie avait sa chapelle, sa fête patronale, sa bannière et son représentant au "Conseil de Fabrique paroissial" qui tenait lieu de Conseil Municipal, sous la houlette du recteur de la paroisse.

 

 Il est évident que dans de telles conditions, les alliances se faisaient à l'intérieur de la Frairie. De communauté de travail, elle devenait communauté de sang et les familles qui la composaient ne portaient très souvent qu'un nombre restreint de patronymes.

 

La Révolution de 1793 viendra bousculer cet état de fait. Les communes prendront le relais des paroisses. Les Conseils Municipaux, des Conseils de Fabriques (dans un premier temps, on y retrouvera les mêmes personnes).

Les registres - décès - mariages - naissances ne seront plus tenus par les curés.

Les impôts nouveaux seront perdus différemment.

 

Si les frairies disparaissaient alors du paysage juridique et administratif de la Bretagne, elles laissaient encore pour de nombreuses années des traces dans le paysage social.

 

 Jusqu'aux derniers battages de céréales, dans les années 1950, on pouvait encore déceler une organisation du travail semblable à celle décrite plus haut.

De même pour d'autres gros travaux (fenaisons, vendanges) on se souvient aussi mais pour beaucoup, le nom de frairie aura essentiellement une consonance religieuse.

 

 Chaque frairie continuant jusqu'à une date récente (années 1960) à être représentée dans le cadre de la paroisse par ses marguilliers (vient d'un mot latin: garde-rôle).

Les marguilliers étaient choisis et demandés par le recteur, d'après les suggestions des prédécesseurs. Leur mandat : un an, débutant avec l'année civile.

Il était inconvenant et... porteur de malheur, de refuser la charge.

 

 Consultants auprès des prêtres de la paroisse (le curé principalement) pour les affaires temporelles, ils étaient chargés des quêtes, dans et hors de l'église, quête de blé - de blé noir - de porter croix et bannières au cours des messes dominicales et des nombreuses processions dont les moindres n'étaient pas celles des Rogations, lesquelles permettaient aux membres des frairies de sillonner derrière leur bannière, les routes de leur territoire, s'arrêtant aux croix décorées, afin d'implorer du Ciel des conditions favorables pour les récoltes. Invités d'honneur au moment des visites de l'Evoque pour la Confirmation, suivies d'un grand repas au presbytère.

Ils accueillaient le curé nouvellement nommé. Les derniers à avoir rempli leurs fonctions les ont exercées sous M. le curé COUTEAU, puis un nouveau paysage religieux est né, entraînant dans la désuétude, et bientôt l'oubli, des pratiques centenaires.

Il y a quelques années, une association d'intérêt général née sur le territoire d'une frairie a semblé vouloir redonner vie à l'esprit que l'on pouvait supposer régner dans la frairie. L'accueil ayant été plutôt mitigé sinon franchement hostile, on peut supposer qu'est clos, au moins sous cette forme, un aspect de la convivialité qui marquait encore il y a quelques décennies la vie sociale en milieu rural.

 

 

Geneviève FREOUR Recherches collectives de M. DAMIEZ.

 

Délimitation des frairies

 

- Au N.E. de Prinquiau, limitée par Campbon et La Chapelle-Launay.

 

La Frairie Notre-Dame : comprenant la moitié Est de Clos, la Haie-Séche,

la Chudais, la Loistaie, la Crée, la Pilais, la Croix Blanche.

 

La Frairie St Gilles : comprenant la moitié Ouest de Clos, la Hennetaie,

la Haie de Besné, la Coindière, Le pas de l'Aulne, la Mazière, la Berrie,

le Doué Chabot.

 

- Au Sud, limitée par Besné et Donges.

 

La Frairie de St Pierre : comprenant Caudry, I'Hôtel Rigaud, la Basse

Hurlière,

Sem, Le Loyer, la partie Ouest du bourg jusqu'à la route de la Ramée.

 

La Frairie de St Côme : comprenant l'Ecuraye, la seconde partie du bourg,

les Basses Landes Villeneuve, la Ferrière, la Menaie, le Tertre.

 

 

Vieux gréement des marais du Cotentin

Le mot gabare, tire son origine de l’italien (ou Espagnol) gabarra. Il existe aussi sous la forme gabare et désigne une embarcation, généralement plate, servant au transport des marchandises lors du chargement et du déchargement d'un navire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le mot est de la même famille que caravelle. On trouve des traces de la navigation des gabarres à partir du XIIIe siècle. Seul point de repère dans les archives, le grand hiver de 1363 qui détruisit les vignes et modifia profondément le commerce du vin dans la région.

C'est au XVIIIe et au XIXe siècle que les gabarres ont été les plus nombreuses : plus de deux cents.

Les gabares connaîtront leur apogée au XIXe siècle, dans le sillage de la révolution industrielle. En 1827, la seule commune de Brévands accueille ainsi 300 embarcations.

Carentan et Isigny, alors ports de mer, reçoivent des nuées de vaisseaux. On y charge du beurre pour les pays lointains, y décharge du bois du nord. Les quais sont animés. Pour faciliter les échanges avec l’intérieur, un canal entre la Vire et la Taute est même creusé. Et les écluses apparaissent sur la Vire. Car en été, il est parfois difficile de rejoindre Saint-Lô. Mais c’est surtout l’hiver que les gabares sont appréciées : elles permettent de ravitailler des villages isolés de la terre ferme. Les gabariers sont devenus des inscrits maritimes parce qu’ils s’aventuraient en mer pour améliorer l’ordinaire (pêcher sans payer de droits était tentant). Les gabares étaient surtout construites à TRIBEHOU.

La gabare pouvait naviguer de plusieurs manières : - avec une voile carrée qui s'enroulait autour de la vergue. La voile était utilisée par vent portant, ou « vent servant ». Sa hauteur lui permettait de prendre le vent au-dessus des berges. -avec une corde de 200 mètres qui s'appelait "grélin" et qui était tirée de la berge, du chemin de halage. -avec une gaôle ou Fourquet

Elles transportaient de la tangue (sorte de vase grise utilisée comme amendement des terres), des cailloux pour les routes et les maisons, du foin, de la chaux, des gens qui partaient en pèlerinage, et du "fourbi" (diverses marchandises). Les gabariers, ou les nautoniers, comme on les appelait dans le Cotentin, étaient rarement propriétaires de leur bateau. Les gabares appartenaient à des armateurs qui en possédaient une ou plusieurs. Il arrivait que les gabariers travaillent dès l’âge de 11 ans. Ils vivaient à bord de la gabarre dans un petit abri situé à l'avant. Un des derniers gabariers, Pierre Fiquet raconte : " C'était très dur de vivre à bord, on a été coincé dans la baie des Veys pendant une semaine. C'était pas rigolo, on a failli dessaler plusieurs fois." Les gabarres circulaient surtout sur la Douve, la Vire et la Taute. D'autres circulaient également sur la Soulles.

Les gabares était baptisées avant leur première mise à l'eau .Un repas de baptême était servi à bord. Le menu se composait de soupe, pot-au-feu, langue de bœuf, gigot, pas de légumes de la brioche, ou de la gâche, et du riz.

Lors des pèlerinages annuels ou à l’occasion des noces, les gabares du marais jouaient aussi les autobus. Difficile d’imaginer aujourd’hui l’animation de ces cours d’eau, qui ont eux-mêmes fortement changé de physionomie. Mais le chemin de fer puis la route ont condamné les embarcations dirigées par un gouvernail à la Cyrano. Si les gabares à moteurs ont résisté jusqu’en 1940 sur la Taute, il n’y en avait déjà pratiquement plus en 1925. Leur déclin fut accentué par la Grande Guerre, qui faucha les hommes, et par les engrais chimiques, qui porta un coup fatal à deux trafics de poids : la Tangue et la chaux. A la fin de la guerre, plusieurs corps de métiers étaient donc menacés : cordiers, voiliers, loueurs de chevaux, aubergistes… Où trouver aujourd’hui une trace, un témoignage de ce passé fluvial ? Du sillage séculaire des gabares ne subsistent qu’une épave, exposée à Tribehou, et quelques pancartes plantées dans le désert. Ces «  ports » qui surgissent aujourd’hui au cœur de la campagne servaient d’embarcadères à une centaine de gabares en 1880. La même année, on y déchargeait 93 000 tonnes de fret. Un trafic colossal… qui s’est évaporé. Le marais a fait le deuil de son mariage avec l’eau.

 « Dans un dernier rayon qui fuit,

Vous passez, mes gabares lentes,

Comme un beau songe dans la nuit. »

                            Louis Beuve

Ecrivain normand

 

Sources : : http://www.parc-cotentin-bessin.fr/tour_horizon/histoire.htm ; Pays de Normandie n°23

 

Au XVIIIe s., la vigne connaît un grand essor, s'améliore en qualité ; le bénédictin dom Pérignon met au point le procédé de fabrication du champagne mousseux. La culture du maïs se développe beaucoup. La pomme de terre ne commence à être connue en France qu'àprès 1770.

En dépit de la stagnation agricole, la situation alimentaire s'améliore beaucoup au XVIIIe s. Alors que le règne de Louis XIV avait connu plusieurs famines, l'époque suivante ne souffre plus que de disettes : " on ne meurt plus de faim." Progrès acquis grâce à l'accroissement des surfaces cultivées, au développement du commerce intérieur et extérieur, à l'intervention de l'Etat, qui a multiplié, depuis le XVIe s., les magasins publics de grains, amélioré les moyens de communication, décrété la liberté d'exportation et d'importation des grains (1764), puis la liberté de commerce des grains à l'intérieur du royaume (1774).

                                                                                                                                                    

Dans les dernières années de l'Ancien Régime, la condition des masses rurales française - qui représentent 90% de la population - est bien supérieure à la condition paysanne en tout autre pays. Alors que le servage subsiste dans la plus grande partie de l'Europe centrale et orientale, il a disparu en France (sauf, pour  une infime minorité, dans quelques provinces de l'Est) ; le roi l'abolit officiellement en 1779, mais ce n'est que reconnaître une situation de fait. la petite propriété n'a cessé de se développer ;  en 1680, on l'estimait au cinquième du territoire agricole ; son étendue a doublé un siècle plus tard.

                                                                                                                                                    

Le mouvement de concentration terrienne va s'accroître au XVIIIe s., sous l'influence des physiocrates, mais, dès l'époque de Louis XIV, beaucoup de fermier - en Brie, par exemple - forment déjà une véritable bourgeoisie rurale. Certains sont "plus aisés et plus pécunieux que beaucoup de seigneurs".

                                                                                                                                                    

Cependant la condition des fermiers s'aggrave de manière très nette à partir de la fin du XVIIe s. Pour faire face aux charges importantes de la vie de cour ou de guerre, les seigneurs procèdent à des augmentations de loyers excessives. D'autre part, beaucoup de nobles ne résidant pas sur leurs terres afferment la perception de leurs droits à des financiers étrangers au monde de la campagne, soucieux uniquement de tirer le plus d'argent possible. La condition des petits fermiers devint précaire ; la plupart d'entre eux étaient obligés de chercher un salaire d'appoint, comme journaliers agricoles, ouvriers d'industrie ou charretiers. Plus dur encore était le sort des métayers, lesquels devaient livrer au propriétaire la moitié ou plus de leur production. En dessous encore, on trouvait les "manouvriers", les "brassiers", qui ne vivaient que de leurs bras, au jour le jour.

                                                                                                                                                    

La paysannerie de la fin de l'Ancien Régime est soumise à une lourde fiscalité. "Le total des impôts absorbe environ le tiers du revenu des bonnes terres, les quatre septièmes pour les terres médiocres". Mais le paysan français est un contribuable récalcitrant ; sa principale défense consiste à présenter une façade de pauvreté, car l'impôt rural par excellence, la taille, est établi d'après les signes extérieurs de richesse. Aussi faut-il rester quelque peu circonspect en face des effrayantes peintures de la vie des champs faites par les écrivains (La Bruyère) et les voyageurs.

 

source : "La France des rois" - collection Les Grands Empires chez Robert Laffont

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