eux de mes ancêtres (branche Touzard), MORICET Robert (1744-1825), puis son fils, Jacques (1797-1861), exerçaient à Percy (50) le
métier de meunier. Outre l'âpreté de ce métier, caractérisé par des conditions extrêmement difficiles, les meuniers étaient souvent en butte à l'hostilité des villageois qui ne voyaient en eux
que des voleurs. Il faut pourtant rendre hommage à cette corporation qui a fait vivre des communautés entières pendant des siècles et dont la profession constituait un vrai
sacerdoce.
Différentes sortes de moulins
Il existe environ trois types de moulins : le moulin à
vent, le plus présent dans l'imaginaire romantique en raison de ses grandes ailes et de la quiétude, le moulin à huile, qui produisait principalement de l'huile de noix,
et le moulin de rivière, construit à l'écart du village au bord de l'eau. En Normandie, le moulin à eau trempe sa
rue dans le ruisseau et quand le courant est trop faible, une retenue d’eau (le bief) régularise l’apport en eau par un système de vannage. IL pouvait également
servir à fabriquer l’huile de colza ou de lin pour l’éclairage. Celui pour la farine était pourvu de grandes roues à aubette. Le moulin avait un rôle important, il faisait l’objet de nombreuses
allées et venues « entrer comme dans un moulin. » Le meunier passait ainsi dans chaque village avec son cache-pouque, c’est à dire un portage à somme puis avec une
voiture bâchée à bord rond.
Le
type de moulin des Moricet n’est pas encore connu à ce jour, je continue mes recherches. Un cours d’eau passe à proximité de Percy. Des moulins à eau existent encore à Percy (voir fiche
descriptive). Il est donc fort possible qu’il exerce leur activité dans un moulin à eau !
Le rôle du meunier
En ce temps-là, on demande au meunier d'avoir des compétences relativement
poussées pour exercer son métier. En 1790, l'Académie des Sciences pose au moins neuf
conditions : "On commence à convenir qu'un meunier doit connoître : les qualités des différentes espèces de grain qu'on est dans l'usage de réduire en farine ; la manière de les nettoyer et
de les étuver avant de les moudre ; la construction de toutes les pièces d'un moulin, leurs rapports entre elles, leur méchanisme, leurs effets dans les différentes espèces de moutures, pour
pouvoir faire ou faire faire à propos & convenablement les constructions & réparations nécessaires ; le bon choix des meules qui convient pour la différente mouture de chaque espèce de
grain séparément, & pour celle des bleds (*) mélangés, des bleds humides, des bleds secs ; les différentes espèces de mouture ; les différens bluteaux à employer selon les différentes
moutures, & les différens produits qu'on veut en tirer ; les mêlanges de farine les plus avantageux pour le peuple (et enfin) l'art de conserver les farines."
(*) Le mot « blé » provient, dans le monde gallo-roman, du latin
bladum, qui signifie, au VIIe siècle « récolte, produit de la vigne ». Il prend le sens de « céréale, blé » au Xe siècle en Catalogne, puis, vers 1050, en Italie du
Nord. En vieux français, à partir du XIIe siècle, on ne dit pas le « blé » mais le « bled ». Ce terme évoque de façon générique toutes les céréales : froment, orge,
avoine, épeautre, seigle ou encore méteil, un mélange de froment et de seigle.
Il faut bien comprendre que la technique du meunier nécessite un savoir-faire
particulier. Grosso-modo, il s'agit de verser du grain dans une sorte de gros entonnoir en
bois (la trémie). Le grain tombe ensuite dans un auget qui le dirige dans un trou où il est broyé par deux meules. Ce sont bien sûr les paysans du village qui portent leur grain au meunier, une
fois la moisson terminée. Le travail effectué, le meunier est alors astreint à une tournée quotidienne chez les gens. Dans ce cas, il garde de 8 à 10 % de la farine obtenue. Si c'est le client
qui ramène sa farine, la commission du meunier n'est alors plus que du vingtième.
Une bien mauvaise réputation
On comprend alors pourquoi les meuniers ont si mauvaise réputation. Il est
facile de tricher sur la quantité de farine obtenue à partir du grain qu'a apporté le cultivateur. Cela est bien triste à dire, mais il semble qu'aucun meunier n'échappait à cette
réputation. Le meunier craignait de n’être jamais cru, aussi honnête fût-il ? Nos MORICET sans
doute pas plus... Ceci dit, la mauvaise réputation de nos meuniers n'était pas vraiment usurpée. Dans « Meuniers et moulins du temps jadis », un meunier du Gers disait que « si un
client méfiant s’obstinait à rester près de ses sacs, un dispositif ingénieux permettait à une certaine quantité de farine d’être recueillie clandestinement dans une caisse à double fond ».
Des quolibets devaient souvent suivre les meuniers, tel celui-ci, provenant d'un almanach : « Qu'est-ce qui prend chaque matin un voleur au col ? La chemise du meunier » ! Il
se disait aussi que « les meuniers n'avaient pas droit au paradis ».
Le meunier occupait pourtant souvent un rôle capital dans la communauté
rurale, qui faisait de lui un notable, un homme doté d’un pouvoir social, économique… A
défaut de potion magique pour lui épargner tant d’efforts, il avait souvent la stature d’un Obélix. Quand il avait du grain et que les conditions météorologiques le lui
permettaient, il faisait tourner son moulin ; il passait le reste du temps à entretenir sa machine.
Dans le domaine des subsistances, les fils tendaient à suivre les traces de leur père et à épouser des femmes dont les
parents eux-mêmes travaillaient dans le milieu. Des liens de parenté très étriqués unissaient meuniers, boulangers, marchands de blé ou de farine, et laboureurs (s’étendant quelquefois
au point d’inclure facteurs et officiers du marché).
Si nous observons nos MORICET, nous pouvons conforter cet état de fait puisque Jacques était fils d’un meunier, Robert, et, a épousé MARTIN
Adèle. Cette dernière a exercé, comme son mari, la profession de meunière ; son père MARTIN Gilles Pierre était laboureur, lui-même issu d’une lignée de laboureur.
Un métier très difficile
Que de labeur pour exercer ce métier ! Tout d'abord dans les conditions de vie qui sont loin d'être idéales. Le moulin est généralement
construit par la communauté des villageois, parfois par le seigneur, qui en loue alors l'usage à un meunier ; le bail est payé... en blé, bien sûr ; la moyenne étant d'environ 64 sommées de blé
par an. De plus, l'entretien coûte très cher et le rendement n'est pas toujours assuré. Comment se fier aux caprices d'une rivière qui, en hiver, ressemble plus à un torrent impétueux qu'à un
cours d'eau paisible et, en été, est fréquemment à sec plusieurs jours de suite ?
Le meunier doit pour sa part accorder à son installation une attention
permanente. La farine étant très inflammable, le risque d'incendie est quasi-permanent,
surtout en été, période de chaleur et de grande activité. Une étincelle sur les meules peut suffire à déclencher un incendie. En hiver, il fallait veiller à ce que le torrent n'inonde pas la
salle des meules, d'où un système de vannes mis au point pour tenter d'enrayer l'impétuosité des flots. Mais combien de moulins ont été purement et simplement emportés par le courant. Il valait
mieux alors avoir de bonnes jambes et ne mettre son salut que dans la fuite.
Au nombre des dangers auxquels était soumis le meunier, le principal, car il est permanent, était le risque de voir ses doigts broyés entre les meules suite à une mauvaise manipulation. On dit
d'ailleurs que des mains abîmées étaient la fierté de la corporation. Mais lorsque c'étaient des vêtements qui se coinçaient, il y avait là danger de mort bien réel. Et, au vu du bruit dans la
pièce, il s'écoulait du temps avant de comprendre qu'un drame avait eu lieu.
Nous voyons bien, après ces quelques lignes, que le métier de meunier, quoique emprunt
de noblesse (qu'y a-t-il de plus noble que de nourrir ses concitoyens ?), n'en demeurait pas moins fort ingrat. Avec le temps, les roues ont cessé de tourner, les moulins sont tombés dans l'oubli
et la ruine. Aujourd'hui, on peut les retrouver, cachés çà et là, dans la végétation épaisse bordant un torrent impétueux ou encaissé dans le creux d'une vallée, là où la rivière est
forte.
Il est loin, en Normandie, le temps où le
moulin était incontournable dans la vie des gens. A l'heure de l'automatisation et du vivre-facile, il est bon de s'en souvenir...
Sources :
« Les Ventres de Paris » - Pouvoir et approvisionnement dans la France d’Ancien Régime de Steven L. KAPLAN aux éditions Fayard
« Hommes et traditions populaires en NORMANDIE »
de Catherine GRISEL ET André NIEL aux éditions Martelle
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