Vous pouvez consulter la suite du dossier — « Thém@doc » — Les séismes, 2006.
geneahist-goupil :
Passionné de génealogie et d'histoire, je souhaite partager mes recherches. Ce blog est le prolongement de l'arbre généalogique de la famille GOUPIL - PERIER avec comme de-cujus mes enfants :
http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil.
La pratique de la généalogie évolue : faire des arbres avec des noms et des dates reste assez limité ; en tant que généalogiste, je suis également curieux de notre histoire familiale. Pour donner une image, le corps humain est composé d'un squelette, mais aussi d'organes et de chair. En généalogie, c'est la même chose. Il est important de faire des recherches en vue de comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres : quel métier exerce-t'il, pourquoi untel a migré dans une autre région, etc.
Ce blog a pour but de publier simplement des articles sur des thèmes de recherches (généalogie, histoire), partager des dossiers, de façon à les rendre consultables par des internautes (généalogistes, historiens, amateurs ou professionnels). Vous avez la possibilité de les commenter.
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"On peut reconnaître assez facilement l'histoire officielle d'un pays, la liste des rois, de ses ministres,
de ses guerres, de ses traités, et cependant la véritable histoire n'est pas là, c'est dans les masses profondes des travailleurs de tout ordre que réside la vie réelle de la Nation" - Edouard
Herriot (1er mai 1909).
- Généalogie de L'Europe - ATLAS DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE - Sous la direction de Pierre Lamaison - conseiller historique Pierre Vidal-Naquet, Hachette Livre, 1994 :
Autour de Pierre Lamaison, une équipe d'historiens et d'anthropologues de haut niveau offre au public une généalogie de l'Europe, de la préhistoire au XXe siècle. De conception inédite, cet atlas illustré de 450 documents en couleurs, propose, à travers 80 tableaux généalogiques associés à 160 cartes en couleurs, des clés pour comprendre des phénomènes de longue durée dispersés sur une aire géographique très vaste qui rendent compte de l'unité et la variété politiques et culturelles de l'Europe actuelle.

- Physiologos Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, éd. Jérôme Millon : voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-991736.html

Je vous conseille de lire le livre de Jean-Louis Brunaux : "Les gaulois" - collection "Guide Belles Lettres de Civilisations" publiés aux Editions Les Belles Lettres (2005)... suite - voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1275187.html
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LA « MESSE DU SAINT-ESPRIT »
Sur la route qui se déroule à travers la plaine, entouré de son troupeau, un vieil homme, courbé sous sa limousine, regagne lentement la bergerie, jetant un oeil malicieux à droite
et à gauche. Il marche à petits pas, s’arrête parfois pour cueillir quelques herbes au revers du fossé, qu’il cache dans sa pannetière. Enfin, voici le village dont le clocher se rapproche peu à
peu.
Deux ou trois campagnards le saluent au passage et, tremblants, se retournent quand ils l’ont dépassé. Plus loin, l’apercevant par-dessus une haie, une commère fait le signe de la croix ;
une autre, sur le pas de sa porte, à l’entrée du village, désigne ce vieil homme en parlant à sa voisine. Des portes se ferment ; des chiens aboient. Petit à petit, alors qu’il gagne la
ferme écartée, les groupes se forment, les gamins s’assemblent et la rumeur se répand : «Le sorcier !» Partout on entend ce mot mystérieux prononcé avec frayeur et colère, parfois aussi
avec respect et crainte, rarement avec ironie… Et on conte les méfaits et maléfices du sorcier.
Ces sorcilèges, comme on disait jadis, ils ont inspiré à deux auteurs normands, le poète Francis Yard, l’auteur de l’An de la
Terre et de la Chanson des Cloches, et le peintre Jean Laurier, quatre tableaux de moeurs rurales qui, sous le titre de La Messe du Saint-Esprit, doivent être représentés
au Théâtre normand. Ils sont d’une ambiance très mystérieuse, originale et forte et appellent l’attention sur ce qu’était autrefois la sorcellerie normande.
*
**
Ces sorciers campagnards et villageois n’étaient point alors de la classe de ces grands sorciers du XVIIe siècle, qui pullulèrent alors, répandant la terreur sur des populations
effrayées, sorciers qu’on dut faire disparaître par une répression féroce. Les procès des Sorciers de Carentan, ou de la Haye-du-Puits, et même le procès des Petits
Sorciers, jugés au Parlement de Rouen, ne seraient plus possibles aujourd’hui. La sorcellerie au village est moins impressionnante, mais elle existe encore dans bien des esprits naïfs et
crédules, et l’on rencontre parfois des gens qui, tout en s’en défendant, croient encore à ses pratiques et à l’intervention dans les affaires humaines, d’une force arbitraire et puissante.
Il est difficile de déterminer les limites de l’occulte et l’efficacité des pratiques magiques dont le sorcier possède le secret. De par le pacte qu’il a signé avec Satan, au préjudice de son
salut éternel, le sorcier possède un pouvoir redoutable qui s’exerce de mille façons différentes. Il peut évoquer les esprits des morts pour les questionner, pour les envoyer tourmenter les
vivants, pour les faire pénétrer dans le corps d’un homme ou d’une femme, possédée ou obsédée.
Il peut jeter des sorts sur les humains et les animaux ; faire mourir le bétail par des maladies qu’il provoque ; gâter les récoltes ; envoyer des rats, des sauterelles ou des
chenilles comme ceux qu’on exorcisa au Moyen-Age. En un mot, le sorcier peut contrarier les paysans dans leur travail et vouer à la maladie, à la folie et même à la mort, ceux qui sont l’objet de
son animosité. Il a le pouvoir, dit Mlle Amélie Bosquet, dans La Normandie romanesque, de commander certaines apparitions hideuses et effrayantes, particulièrement celles du démon. Il
sait aussi se rendre invisible pour tourmenter de nuit les passants ou leur jouer de mauvais tours, mais c’est une besogne qu’il délègue souvent aux esprits qu’il dirige. Par haine, il fait
tomber la neige, la grêle qui gâte les fruits, les pluies interminables. Réunis sur le bord des étangs, les sorciers fabriquent aussi les orages ; ils les provoquent, causant des désastres
effroyables. Au temps du terrible juge des sorciers. Le Loyer, ces « meneurs de nuées » étaient appelés des Tempestaires. Ils ont aussi le secret de la « corde à tourner ou à détourner
le vent ». Contre ces maléfices, les corsaires du Pays de Caux plongeaient dans la mer une statuette de Saint-Antoine et récitaient une prière.
Pour se venger des fermiers, les sorciers, non contents de rendre les vaches malades, de donner le tournis aux moutons, corrompent l’eau des puits et des mares. Chose plus étrange
encore, le sorcier sait découvrir l’ennemi secret, l’auteur insoupçonné d’un vol ou d’un délit, en faisant apparaître l’image du coupable dans un miroir ou un seau d’eau. Au temps de la
conscription militaire, il pouvait même faire tirer un haut numéro à celui qui avait eu soin de mettre dans sa poche un crapaud, la bête des incantations. Enfin, par les philtres et par les
«charmes», il se prêtait à toutes des subtilités de l’Amour, maître du monde. Au sorcier revenaient tous les droits sur la nature entière soumise à ses pratiques.
Où se recrutaient ces fervents de la sorcellerie, ces jeteux de sorts et de maléfices, ces «meneurs de nuées», ces ensorceleurs, qu’en pays normand, on appelait souvent le
caras, ou le carimaras ? Parmi les bergers, gens silencieux et méditatifs, promenant lentement leurs troupeaux de plaine en plaine, de montagne en montagne, sur la pente des
coteaux, sur la lisière des bois, au bord des falaises, secondés seulement par la sagacité de leurs chiens. Berger vaut «Sorcier» disait la sagesse normande. Ils connaissent et observent la
tombée du soir, les couchers de soleil, l’éclat des belles nuits d’été et la marche des astres scintillants, le cours changeant des saisons qui se déroule. Isolés en leurs cabanes roulantes, les
bergers y ont acquis dans les livres, quelques notions de médecine en expérimentant sur leurs troupeaux. Ils connaissent la vertu des herbes et des plantes, des «simples» qu’ils ont appris à
cueillir. Il n’en faut pas plus pour que les Bergers passent pour posséder les clefs de la magie, les pratiques ténébreuses de la sorcellerie, et l’alliance avec tous les esprits transfuges de
l’ordre céleste. Il faut lire, dans les pages de L’Ensorcelée, de Barbey d’Aurevilly, l’admirable analyse qu’il a tracée des bergers de Basse-Normandie, « contemplatifs, vagabonds et
mystérieux ».
« Bien souvent, quand on les remercie, ajoute-t-il, quand on les chasse, ils ne disent mot, courbent la tête et s’éloignent, mais un doigt levé en se retournant est leur seule et sombre menace et
presque toujours, un malheur, soit une mortalité pour les bestiaux, soit les fleurs de tous les plants de pommiers brûlées en une nuit, soit la corruption de l’eau des fontaines, vient bientôt
justifier la menace du silencieux et terrible doigt levé. »
*
**
Le sorcier, de par son pouvoir magique, règne aussi sur tout le peuple inférieur des êtres fantastiques qui hantent la campagne, les endroits déserts, les carrefours et les
coins de cimetière abandonnés, les lisières des forêts. Il commande à leur malfaisance et leur enjoint d’égarer et de poursuivre le voyageur qui chemine tremblant sous le ciel nocturne. En
Normandie, il règne, par exemple, sur tout un peuple de lutins, d’esprits phosphorescents, malicieux et vagabonds, qui voltigent dans l’ombre. Ces feux-follets, suivant la superstition
populaire de la Haute-Normandie, sont les Fourolles, qui passent pour être les âmes de femmes ou de jeunes filles, expiant ainsi, dans des courses éternelles quelque amour
sacrilège. C’est la Fourolle, la Forlore, en anglais la Forlorn, le Faulau, dont le nom semble
identique à celui de falot ou de lanterne lumineuse, de lueur dansante, qui égare l’homme ou les bêtes, se guidant sur leur vol au crépuscule ou pendant la nuit.
Dans certains coins de Normandie, la Fourolle n’est pas seulement une âme errante, c’est une femme désincarnée par le pouvoir du sorcier, une femme dévêtue qui, pendant dix années, doit
errer ainsi et devient le jouet des mille puissances indéfinies de la nature, s’agitant au sein de l’espace et du mystère. Elle se laisse emporter par les vents, se mire dans les eaux de l’étang,
bondit sur le cavalier qui passe jusqu’au jour où la Fourolle reprend sa forme humaine.
Le sorcier normand gouverne et régit encore bien d’autres êtres, de nuit, et de terreur : les hanss, les reparats ou revenants ; les tarannes qui sont des
gnômes phosphorescents, qui, eux, hantent surtout les lieux habités par l’homme ; les laitices, qui prennent souvent la forme de petits animaux blancs comme des hermines, qui
apparaissent et disparaissent, et, d’après Pluquet, dans son curieux Essai sur Bayeux, seraient les âmes des enfants morts sans baptême.
Parmi tous ces êtres chimériques, créations imaginaires de l’esprit de nos aïeux, le plus connu, le plus répandu, qui semble lui aussi répondre aux ordres du sorcier, c’est le Gobelin,
si répandu en Normandie et en Angleterre que son nom est devenu un véritable nom propre. Le Gobelin est une sorte de lutin familier, vif et capricieux, plus malicieux que méchant, petit,
grotesque et grimaçant, mais vindicatif lorsqu’on le raille. Il est, au fond, un… bon petit diable familier, se plaisant aux besognes de ménage, aux travaux des servantes, les aidant parfois avec
une adresse et une dextérité singulières. Il aime aussi et il chérit les enfants et surtout les chevaux. Il les panse, les étrille, les mène boire, en galopant sur leur dos, et joue et se rit
dans les écuries.
De petits lutins, une bande,
Dansait après la sarabande
Et, leur faisant maints tours malins,
Riaient comme des gobelins.
Le Gobelin, qui devenait parfois méchant, sous diverses métamorphoses, était, certes, le vrai lutin normand et la preuve en est qu’il y avait à Rouen même, une tour de
l’enceinte fortifiée, située sur le boulevard, près de la Porte Cauchoise, qui s’appelait La Tour du Gobelin, et où on emprisonnait les vagabonds et les mendiants.
En cette immense sylve que fut autrefois tout le Plateau de Caux, rôdent aussi, dans les clairières et sous les halliers, toutes les «Dames de la forêt», les « Dames vertes », les « Dames
blanches », toutes les Fées sylvestres, qui paraissent gracieuses, aimables et accueillantes, mais qui, à l’appel du sorcier, se transforment en mégères impitoyables, et poursuivent le bûcheron
où le braconnier désigné à leur vengeance, avec une furie impitoyable.
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Tous les villages de la Haute et Basse-Normandie ont ainsi leurs Fées et, dans son curieux volume sur La Normandie romanesque et merveilleuse, Mlle Amélie Bosquet nous a
conté les aventures étranges de la Fée d’Argouges, si connue dans le Bessin, des Fées du château de Pirou, qui se métamorphosaient en oies sauvages et en magiciennes ; les
mauvais tours de la Dame d’Aprigny, près de Bayeux, qui, dans un val étroit et resserré, arrêtait le voyageur nocturne, l’entraînait dans le ravin, puis, le saisissant brusquement, le
jetait dans des fossés hérissés de buissons, de ronces et d’épines inextricables.
Au sorcier encore, obéissaient aussi les Milloraines ou Demoiselles, que tous les folkloristes n’ont eu garde d’oublier, car il leur a semblé qu’elles étaient d’origine
scandinave, comme les Walkyries wagnériennes. Elles sont de grande taille, se tiennent immobiles, et ne montrent guère leur visage. Lors qu’on approche d’elles, elles s‘évanouissent dans les
arbres avec un bruit d’ouragan. D’autres fois, elles se tiennent sur les branches des chênes et s’élancent sur les passants, sur les cavaliers, qui sentent tout à coup un poids intolérable sur
leurs épaules, puis galopent en troupe avec eux. Les Milloraines de la Hague, la Demoiselle de Tonneville, passée dame blanche, sont les soeurs des « roussalki » russes de
Pouchkine et des Tourgueneff . Barbey d’Aurevilly, dans Une Vieille maîtresse, attribue aux Milloraines la tâche de lavandières nocturnes qui, en marmonnant leur chant,
accroupies sur la pierre polie des lavoirs, laveraient les linceuls des morts aux rayons de la lune. Bien plus, si un passant traversait la prairie où était situé le lavoir, les
Milloraines le forçaient à tordre leur linge, et, si, terrifié, anéanti, il s’y prenait mal, elles lui cassaient les bras et l’abandonnaient pantelant dans l’herbe.
Comment les sorciers mettaient-ils ainsi à leurs ordres tous ces êtres fantastiques ? Comment transmettaient-ils leurs volontés à ces puissances démoniaques ? Grâce à des invocations, à
des formules, dont la plus célèbre est l’Abraxas ; grâce au Grimoire, qui n’est qu’un recueil de recettes magiques pour se faire obéir des mauvais esprits, évoquer les morts,
découvrir les trésors cachés. Que de fois le Grand Grimoire ou la Clavicule de Salomon n’a-t-il pas été réédité ? Autant que les Secrets du Grand Albert, inspirés
soi-disant par l’illustre savant, transformé par les bergers de campagne en un magicien expert dans la haute sorcellerie.
Par quoi encore le sorcier s’imposait-il à la foule des bas esprits de l’air ou des eaux ? Par la vertu du Cercle magique et par la vertu du Pentagramme ou
Pentacle. C’est le signe cabalistique, le talisman par excellence du pouvoir, le pentagone d’or ou d’argent, l’ancien signe de ralliement des Pythagoriciens, qui le gravaient d’un seul
trait et dont la construction en forme d’étoile apparaissait comme une merveille, semblables à la Croix gammée, le Svastika ou le 4 de chiffres, qui revit encore sur
des marques de libraire.
*
**
A tout cet attirail de préparations, d’initiations au mystère noir, la puissance de l’Eglise chrétienne n’a jamais opposé que la force de la prière, sous la forme de
l’exorcisme, qui chasse par la vertu de quelques paroles, les puissances considérées comme inférieures. Par contre, le peuple des campagnes, surtout en Normandie, réclamait souvent, pour
faire cesser les sortilèges, le secours de la Messe du Saint-Esprit, cérémonie expiatoire que Francis Yard et Jean Laurier, ainsi que nous l’avons dit, évoquent dans leur drame
villageois. Avant la Révolution, on croyait que la Messe du Saint-Esprit, dite avec un cérémonial particulier, était d’une efficacité miraculeuse et que la volonté divine, quelle que fut
l’existence d’un voeu téméraire, ne rencontrait pas d’obstacles. Bien souvent, les prêtres réguliers se refusaient même à dire la Messe du Saint-Esprit. A l’appui de cette opinion, Mlle Amélie
Bosquet cite un incident bien émouvant qui se déroula à Rouen, au pied de la côte Sainte-Catherine, et où un jeune fiancé trouva la mort.
Toutes ces croyances et ces spéculations étranges, survivances des conceptions primitives de l’humanité en un temps où l’ignorance supposait partout des causes et des agents de mystère, forment
l’intérêt nouveau, impressionnant, du drame que Francis Yard et Jean Laurier ont consacré à la sorcellerie normande.
DUBOSC, Georges (1854-1927) : La Sorcellerie normande (1922).
Chapitre 4
du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle"
"
Sous le nom de Lutins, Farfadets, Follets, Esprits ou Sylphes, on a compris que cette population toute mignonne et toute gracieuse, qui, tantôt
s’agitant à la surface de la terre ou dans son sein, presse de son activité invisible le mouvement de vie qui développe les productions de la nature physique. Ces êtres bienfaisants se sont partagé leur riche domaine : les
uns, esprits embaumés de la nuit, s’attachent aux fleurs et aux étoiles ; d’autres, plus humbles et plus vigilants, s’exercent autour des herbes et des fruits, surveillent la croissance des
plantes utiles ou salutaires ; enfin, une troisième espèce, d’une essence moins subtile, mais laborieuse et robuste, habite l’intérieur des maisons, et se dévoue, au profit de l’homme, à
tous les soins de l’économie domestique.
Pour retrouver les ascendants des Sylphes et des lutins, il faut remonter jusqu’à la mythologie scandinave, à ce qu’elle nous enseigne des Alf ou Elfes (Esprits), et des Duergar (Nains), deux classes d’êtres dont les noms se sont conservés jusqu’à présent dans tous les langages des nations descendues de la race gothique.
L’Edda (1) avait établi une distinction d’espèces parmi les Alf ; il y avait les liosalfar (Esprits de lumière), et les Diokalfar (Esprits des ténèbres). Les premiers, d’une nature bienfaisante et généreuse, demeurent dans l’une des villes du ciel, appelée Alf-heim (ville des Alfs) ; les seconds, au contraire, d’apparence difforme et d’humeur malveillante, habitent les lieux souterrains ; ils ont été rangés dans la même catégorie que les Duergar ; on les désigne habituellement sous le nom de Trolds.
Quant aux Duergar, c’étaient de petits êtres qui vivaient sous les rochers, dans les montagnes et à l’intérieur des mines ; ils se distinguaient par la réputation de leurs talents dans la métallurgie.
Quelques auteurs, interprètes des doctrines scandinaves, ont considéré cette race laborieuse comme la personnification des pouvoirs souterrains de la nature ; mais d’autres commentateurs des mêmes matières ont supposé que, par les Duergar, on avait voulu désigner les habitants primitifs de la Scandinavie : les nations laponne, finlandaise, islandaise, qui fuyant devant les armées conquérants des Ases (2), cherchèrent les régions les plus reculées du Nord, et là s’efforcèrent d’échapper à leurs ennemies d’Orient. Des traditions nombreuses ont conservé le souvenir des Alfs dans la mémoire du paysan scandinave ; et le signalement de leur physionomie et de leurs mœurs, tel que nous l’offrent ces récits, correspondent, en certains endroits, d’une manière absolue, avec la description de nos fées et de nos lutins..."
(1) Les eddas sont deux recueils de traditions mythologiques et légendaires des anciens peuples scandinaves. Elles sont parmi les sources les plus complètes concernant la mythologie nordique. Le premier recueil, l’ »Edda poétique » ou « Vieille Edda » (Edda saemundar), a été colligé au XIIIe siècle. Ce travail de collecte a souvent été attribué, à tord, au prêtre islandais Saemond Sigfusson dit aussi Saemund le sage. Le second recueil, l’ »Edda en prose » ou « jeune Edda » (Snorra Edda) est attribué à Snorri Sturlusson, mort en 1241.
(2) On entend, par Ases, les Asiatiques qui, sous la direction d’Odin, apportèrent leur religion et leurs arts dans la scandinavie.
Sources : extrait du livre d'Amélie Bosquet "La Normandie romanesque et merveilleuse" éd La Découvrance.
Vous pouvez également consulter
les autres articles du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture
traditionnelle
Intro : Les êtres
fantastiques et les êtres merveilleux dans la culture traditionnelle
Chap. 1 : Loups, brigands et hommes
sauvages
Chap. 2 : Trèves et revenants - la crainte des morts
Chap. 3 : Les fées, capables de prodiges, suspectes de méfaits
Les
Grandes Compagnies étaient des bandes de mercenaires qui ravagèrent la France durant les intervalles de paix qui jalonnèrent la guerre de Cent Ans. Sous le nom de Pacifères, les paysans s'organisèrent pour les disperser. En Bourgogne, on les appelait les écorcheurs, dans le Lyonnais, les Tards-venus. Il fallut attendre Du Guesclin pour en débarrasser la France.
Sources : Dictionnaire encyclopédique de l'histoire de France - Charles Le Brun, maxipoche histoire
Armure de plaques intégrale, avec bec-en-fer, d'un chevalier des Grandes compagnies, portant le blason de Bertrand du Guesclin.
Vous pouvez consulter d'autres articles parus dans cette rubrique comme :
- Les peurs d'antan et les peurs d'aujourd'hui : introduction
Voici un blog d'information intéressant à découvrir sur la vie en Normandie. Vous pouvez également chater et visionner des vidéos : Vivre en Normandie.
A découvrir et à exploiter, dans des articles déjà parus :
- Réaliser un journal de famille
- Le livre : Généalogie, une passion moderne
- Le site de Jean-Louis Beaucarnot

En préambule sur le thème du loup, n’hésitez pas à lire le texte que j’avais fais paraître, dans la rubrique « la peur en occident - du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle"» :
« Loups, brigands et hommes sauvages » : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-477529.html
«« Le Loup-garou : À en croire les plus anciennes croyances populaires, les Loups-garous étaient des hommes qui s'étaient transformés en homme loups ou en nains*, et qui sous la forme animale, le plus souvent en loup, erraient dans les campagnes par les nuits de pleine lune. Mais dans la langue de tous les jours, ce terme désignait le sorcier* ou tout homme à l'allure bestiale et surchauffée. …
En fait, Loup-garou dérive du vieux français Leu-garoul alliant le Latin lupus et le francien gari-wulf (lui même de la vieille racine germanique *wari = "homme" (h-guerrier N r.t) et wulf, "loup"). En d'autres mots, wari c'est pour “homme et viril”. Les racines des autres langues indo-européennes attestent toutes cette parenté. En vieil anglais et en haut-allemand ancien, nous avons Wer, en latin Vir, en gaulois Uiros, et qui donne Fir/Fer en vieil-Irlandais… »»
C’est un extrait du BESTIAIRE - Un survol des animaux de nos mythologies européennes : attributs des Dieux, et monstres fantastiques…
Sur le très bon site consacré aux Racines et Traditions en pays d’Europe : http://racines.traditions2.free.fr/begrue/index.htm
Sur le thème « le mythe archaïque du loup-garou » et pour compléter l’article déjà paru « la chevalerie médiévale, un héritage des confréries nordiques », voici :
- Un portail intéressant intitulé « cyberwolf - LE COIN DES LOUPS-GAROU» ? qui relate des sites sur le sujet en Français et en Anglais : http://www.vampiredarknews.com/garous/cyberwolf.html
Toujours sur le même thème, encore d’actualité ! :
- Un livre de Denis Duclos, « Le complexe du loup-garou, la fascination de la violence dans la culture américaine »
Ce sociologue se propose de montrer qu'il faut aller chercher l'origine de la fascination pour la violence aux Etats-Unis dans les grands mythes de chasseurs des sociétés primitives.
Selon Duclos - et c'est toute l'originalité de sa thèse - cette conception ne vient pas des Etats-Unis, de leur puritanisme ou leurs conceptions religieuses fortes et concomitantes. Elle remonte aux origines du monde anglo-saxon, dans les anciennes légendes celtes, germaniques et scandinaves. Avant que les Vikings apparaissent, l'univers nordique se caractérisait par les symétries nature/culture (violence/civilisation), qui présentent des traits analogues à ceux que l'on trouve actuellement aux USA.
Voir suite de l'article à l'adresse : http://rernould.club.fr/IMAGINAIRE/DuclLG.html
Vous pouvez également consulter les autres articles du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle"
Intro : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-464059.html
Chap. 1 : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-477529.html
Chap. 2 :http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-505922.html
Chap. 3 : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-677351.html
Voir aussi :
http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html
Chapitre 3
du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle" D’autres créatures surnaturelles d’une espèce incertaine, bien plus étranges que les revenants, avaient trouvé refuge dans des lieux inaccessibles, à l’écart des humains. Ces derniers les enviaient. Les fées n’avaient point, au premier abord, les exigences macabres des revenants. Il fallait toutefois se garder de leur désir trop fugace. Les hommes oubliaient que ces êtres n’appartenaient pas au monde sensible. Rien ne pouvait, en effet les retenir longtemps parmi les humains. Ailleurs, dans des lieux retirés, impénétrables, elles menaient des activités suspectes. Ne disait-on pas compagnes du diable ?
Tout au long des récits, les fées avaient pour refuge les grottes, les dolmens. Certaines avaient l’habitude de fréquenter les chemins, les bois, les ruisseaux. D’autres encore, habitaient dans les combes. Beaucoup craignaient les fées, en avaient peur, et, pour ne pas prendre de risques, évitaient certains endroits.
La mémoire populaire, si étonnamment allusive, que nous évoquions à propos de la place occupée par les loups-garous et les revenants, semble alors se perdre dans la nuit des temps. Les pays, difficiles d’accès, seraient à leur manière, des lieux protégés conservant les traces et les cultes des premiers pasteurs de la protohistoire. Selon cette hypothèse, le terme générique de « fées » recouvrirait l’existence de peuplades de l’Age de Bronze ou du Fer, voire, plus ancien encore, du Néolithique.
D’origine et de nature incertaines, proches des humains cependant, les fées étonnent, surprennent, attirent la curiosité. En bien des points, leurs faits et gestes miment l’activité des hommes, se modèlent sur leur propre organisation sociale pour l’amplifier, lui donner une nouvelle résonance.
Les fées enjambent ainsi les bornes du réel pour atteindre l’espace du fabuleux, de la démesure. Leurs comportements inattendus, leurs désirs imprévisibles, leurs aptitudes immatérielles les renvoient dans le monde des esprits, des génies, des êtres surnaturels. Elles rejoignent alors le monde de la nature, de l’inculte, du sauvage. Aussi la mémoire de nos conteurs oscille-t-elle fréquemment entre le réel et le mode fantastique.
Les fées, magiciennes du gigantesque
Les récits, de plus de cent ans d’âge, s’enchaîne à d’autres histoires qui racontent les exploits et les prodiges des fées. Nous ne trouvons aucun doute à l’égard de ces êtres inexplicables. Le monde fantastique s’insère dans son existence. Une ou deux nuits suffisaient aux fées pour construire églises, ponts, châteaux à des hauteurs inaccessibles, sans que personnes ne fût en mesure de les arrêter. Seul l’angélus ou le chant du coq interrompait leur ouvrage. Ainsi dans le Poitou, sur un rocher qui domine la fontaine de Soif, la fée Mélusine n’a-t-elle pas bâti le premier château de la famille des Lusignan, construction hardie qui se prolonge vers le ciel ?
Les fées marquent leur emprise sur le territoire, mais, à l’image de leur condition de créatures entre-deux mondes, elles ne parviennent jamais à compléter leur ouvrage. C’est le sort de Mélusine, la fée-serpent, la fée-dragon qui construisit mains châteaux et églises au clair de lune, mais qui s’enfuyait à travers les airs dès le lever du jour, emportant avec elle pierres et sables nécessaires à de nouvelles constructions. Ange déchu, âme pécheresse, Mélusine est condamnée, selon la tradition médiévale chrétienne, à l’inachevé. C’est en vain que les humains s’efforceront de la relayer : les pierres qu’ils ajoutent aux édifices construits par les fées se dérobent inéluctablement car les œuvres de ces créatures fantastiques sont signées et nul ne peut y toucher.
Avec témérité, celles-ci assaillent les territoires de l’impossible, du gigantesque, complétant et prolongeant le travail surhumain de « Gargantua », le fondateur du relief.
Les fées partagent avec Gargantua la propriété des pierres gigantesques, des monuments naturels et singuliers. Souvent, elles viennent prendre possession de ces lieux, déjà aménagés par le géant.
Les fées accomplissaient leur tâche en un temps record alors que les femmes, qui tissaient le soir dans les fermes, avaient besoin de toute une saison.
Dans les évocations pudiques de l’âpreté des jours, le rythme du temps, la répétition des gestes et la division sexuelle des tâches ont gommé tout accès au merveilleux. L’opposition est alors forte entre récits de vie et récits légendaires qui accordent aux fées un statut fabuleux et délimitent un monde hors d’atteinte, nettement séparé de celui des hommes. Au point que l’on peut se demander si ces êtres surhumains ne tenaient pas une place toute proche du sacré dans l’imaginaire collectif. Des traces sans doute subsistent, mais la christianisation viendra opérer un simple déplacement des rôles. Les fils tissés par les fées portent, après leur disparition, le nom de fils de la Vierge. Ainsi s’achève la légende des fées filandières.
Fileuses, bâtisseuses, parfois c’est sous cet aspect que se manifestent les fées, bien qu’aucun mémorat ne nous soit parvenu sur l’origine de ces êtres. Pourtant la tradition savante les rapproche des « fata » et des Parques, des divinités gréco-latines du Destin, qu’au VIIe siècle, l’archevêque Isidore de Séville décrivait comme les métaphores du temps qui s’écoule. Mais souvent, les fées des différents pays n’empruntaient pas à la tradition savante ; à leur manière, elles répondent davantage aux exigences de la vie quotidienne.
A l’abri, dans leurs demeures hautes perchées, sur des rochers que personne ne pouvait atteindre, les fées travaillaient à parfaire leur ouvrage, ouvrage qu’il fallait également entretenir.
Les fées savaient faire usage de l’eau si précieuse. Fées lavandières, elles apparaissent, une fois encore, comme le miroir inversé des femmes qui effectuaient plusieurs fois par an la tâche harassante de la lessive. Servantes et fermières répétaient ce travail tous les deux mois, dans les plus grandes exploitations surtout. Et chez les plus pauvres paysans qui disposaient d’un trousseau très réduit – deux draps faisaient le nécessaire – la lessive se faisait toute les semaines. Les fées, elles, accomplissaient cette tâche sans peine. D’ailleurs aucune mention n’est faite de leurs instruments : ni battoir, ni planche, ni massette. L’élément merveilleux porte avant tout sur la blancheur exemplaire des draps lavés par les fées.
L’étonnante activité des fées porte sur les traces qu’elles ont laissées dans les lieux où elles s’affairaient ou bien encore sur le caractère annuel de leurs activités.
En 1927, dans son esquisse du département de l’Aveyron, le géographe Emile Vigarié note qu’au roc de Suège, dans la vallée du Tarn, les fées faisaient une grande lessive une fois par an. L’on pouvait voir, il n’y a pas si longtemps encore, au-dessus de la grotte où elles logeaient, deux bancs en bois placés à une hauteur inaccessible et où, disait-on, elles suspendaient leur linge pour le faire sécher.
Ces êtres surprenants qui vivent en marge de l’existence terrienne savent donc reproduire les gestes, les actions des humains sans dévoiler jamais leur manière de faire.
Bâtir, tisser, filer et laver ne supposent pas des relations obligées avec les hommes. Mais qu’auraient-elles fait sans le regard, l’attention que ces derniers leur portaient ? Les fées, en vérité, ne pouvaient se concevoir, exister sans que se soit instaurée une relation de réciprocité car, si elles affirmaient périodiquement leur présence parmi les humains, elles étaient capables de répondre à leurs besoins les plus immédiats.
Savoir apprivoiser les fées
Longtemps image de prospérité, de richesse telles les Matres antiques ou Frau Holle, fée d’origine germanique, et Dame Abonde du Roman de la Rose, les fées procuraient des biens matériels en abondance. Aussi, chaque année, leur réservait-on des offrandes – nourriture et boissons – dans une pièce isolée de la maison qu’elles visitaient la nuit, la veille du Premier de l’An. Là, le couvert était dressé à leur intention. Cette coutume, attestée au XIIIe siècle dans toute l’Europe, avait fait l’objet de sévères admonestations de la part de l’Eglise. Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris, parlait de sottises humaines, de folies de vieilles femmes et n’hésitait pas à taxer ces pratiques de crime d’idolâtrie. Les gens reconnaissaient aux fées un pouvoir sacré semblable à celui qu’ils accordaient aux saints et aux saintes de leur pays.
Outre cette prière rituelle, les « dames » pouvaient être sollicitées à tout moment, notamment pour tout ce qui touchait à la nourriture, car il y avait peu à manger. Aux champs, les hommes gardaient la faim au ventre, au printemps surtout, lorsque les récoltes de l’année précédente venaient à manquer. Les fées pouvaient être alors d’un grand secours ; on le savait, on les appelait. Elles étaient capables du meilleur, offrant des gâteaux que l’on avait coutume de manger les jours de fête.
Les fées s’avaient s’adapter aux désirs des habitants. Le don du gâteau et le linge qui l’accompagnait supposaient de leur part la connaissance des traditions culinaires locales. On avait, en effet l’habitude de protéger la nourriture, en la serrant dans un linge noué, tel le goûter de quatre heures, que les hommes consommaient chaque jour dans les champs.
Au-delà de la connaissance des usages sociaux traditionnels : l’art de bâtir, de tisser, de laver et de manger, les êtres fantastiques détenaient les secrets des plantes. La « salvia », plante aux pouvoirs magiques, dont les fées détenaient les secrets, était l’herbe sacrée des Anciens ; au Moyen Age, elle immunisait contre la peste.
Les fées capturées refusent de révéler leur savoir ; aussi va-t-on développer toutes sortes de stratégies pour les apprivoiser. La voie du mariage n’est-elle pas alors la plus appropriée pour connaître leurs secrets ?
Le mariage forcé
Dans la tradition médiévale, consignée notamment par Jehan d’Arras au XIIIe siècle, les fées acceptent d’échanger leur savoir sous réserve d’être prises pour femmes, épousées en grandes pompes par les princes du pays. Elles font jurer à leur mari de ne jamais s’enquérir de ce qu’elles deviennent le samedi, jour consacré à Marie, néfaste pour les fées.
Ce jour-là, Mélusine devenait serpent depuis le nombril jusqu’au bas du corps et son compagnon, Raimondi, ne devait pas lui rendre visite, pas plus qu’il ne devait la voir en couches. A ces conditions seulement, le chevalier connaîtrait bonheur et prospérité. Mais si, par imprudence, celui-ci ne tenait pas ses promesses, la fée disparaîtrait, laissant derrière elle le malheur dans la maisonnée.
Les récits consacrés aux amours d’un mortel et d’une femme surnaturelle étaient particulièrement vivaces au Moyen Age, dans l’Europe entière. Vers l’an 1000, le decretum de Burchard, évêque de Worms qui s’était penché sur les charmes des fées et sur la séduction qu’elles exerçaient sur les hommes de ce temps, s’adressait ainsi aux croyants :
« Tu as cru ce que certains ont coutume de croire, à savoir qu’il existe des créatures féminines, qu’on appelle femmes de la forêt et dont on prétend qu’elles sont des créatures de chair, qu’elles se montrent quand elles le veulent à leurs amants et prennent [dit-on] leur plaisir avec eux et toujours quand elles le veulent, se cachent et s’évanouissent ? Si tu as cru cela, dix jours de pénitence au pain et à l’eau. »
Le thème de l’union trompeuse, de la transgression de l’interdit, de la fugacité de ces créatures demeure ancré dans la tradition orale, tout au long des siècles jusqu’à nos jours dans certaine région comme les Causses, mais il n’apparaît souvent que morcelé, mêlé confusément à d’autres motifs.
Le changelin ou l’enfant échangé
Mais, derrière la fée nourricière et féconde, se dissimule l’autre figure féminine de la fée, l’être en rapport avec les intelligences séparées, l’être maléfique qui, pour renouveler son espèce, n’hésite pas à voler les enfants des autres. Subrepticement, la fée se diabolise et élabore de véritables stratégies pour arriver à ses fins.
Avec le changelin, la fée manifeste ouvertement sa capacité à faire le mal. Pour parvenir à ses fins, elle se livre à une double opération : elle capture secrètement l’enfant des humains et laisse, à la place, sa propre créature. Ainsi naît le changelin. La fée s’attaque de préférence à un nourrisson sans surveillance, pas encore baptisé, et donc encore vulnérable. Elle s’assure qu’aucun objet sacré, rosaire, croix, livre de prière, ne protège l’enfant. Alors, seulement, elle procède à l’échange. Mais comment reconnaître le changelin ?
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