les "Normands bouillieux"

Publié le par GOUPIL Stéphane

 Dans le moyen-âge, il y avait inimitié constante, non seulement entre les diverses  
 provinces, mais encore entre les différentes parties d'une même circonscription.  
 Cet état d'hostilité, dont on retrouve encore des traces nombreuses, s'est produit  
 au grand jour par les luttes et des combats ; il s'est manifesté surtout par le fréquent 
 emploi de sobriquets s'appliquant d'une manière plus ou moins générale. 
 
Normands bouillieux.
  Cette qualification de Normands bouillieux ( Normanni PULMENTARII ) , encore fort  
 usuelle au XVIIe siècle,provenait de ce que, dans notre ci-devant province, et  
 particulièrement en Basse-Normandie , on faisait une immense consommation de  
 bouillie (PULS, PULMENTUM). Il y avait même une époque de l'année où cette 
 nourriture grossière et indigeste était, pour ainsi dire, d'un usage obligatoire, dans les  
 ménages grands et petits à la ville comme à la campagne : c'était la veille de la Toussaint 
 et, il n'y a pas long-temps encore, les laitières, dans la plupart de nos villes , fournissaient  
 gratis, ce jour-là, à leurs pratiques , la quantité de lait jugée nécessaire pour la somme de  
 bouillie destinée à l'alimentation de toute la famille.  
  Jean Tixier, plus connu sous le nom de Raivisius Textor , et qui mourut en 1522 , mentionne 
 le goût prononcé des Normands pour la bouillie. Faisant, dans une de ses élégies, une longue  
 énumération des choses impossibles ,il affirme qu'on enlèverait le beurre aux Flamands , 
 les raves aux Auvergnats , et la bouillie aux Normands , plutôt qu'à lui le souvenir de son ami :  
  ..............................   Avernis rapas , Normannis to!Ie polentam.   ...............................  Quando feceris hoc, vel factum videris illud,  Cessabit nostrae fœdus amicitia   J'ignore si le poète resta fidèle à son serment; ce que je puis affirmer, c'est que la bouillie,  
 quoique bien déchue de son ancienne réputation, conserve encore parmi nous bon nombre de partisans 
 trop peu , toutefois , pour que nous ayons des droits incontestables à 1 epithète satirique de bouillieux.  
 La Basse-Normandie seule pourrait peut-être y prétendre , pour avoir moins innové sous ce rapport.  
 Cette région, en effet, est restée plus fidèle à sa bouillie de sarrasin, que la Haute-Normandie à sa bouillie  
 de farine de blé.  A. Canel. 
  Source : Revue de Rouen et de la Normandie (1833) 
 

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