Coalition des fileurs de Louviers en novembre 1833

Publié le par GOUPIL Stéphane

fileur1.jpgA Louviers, une coalition, qui eût pu avoir des conséquences graves, se produisit : une diminution ayant été opérée sur les salaires, les filatures furent successivement désertées à partir du 20 novembre ; le nombre des ouvriers en chômage volontaire atteignit bientôt onze cents. Une usiné fut envahie, et on fit approcher des troupes. Le désordre fut attribué aux émissaires des sociétés populaires (1) : sans doute, écrivait le procureur général près la Cour d'appel de Rouen au ministre de la justice (2), il est bien regrettable que les fabricants diminuent les salaires, mais ils s'y prétendent obligés par le ralentissement de leurs ventes. « Quoi qu'il en soit, cette diminution, n'étant que de deux à cinq centuries par kilogramme desfil en laine, ne peut occasionner un véritable malaise pour les ouvriers, surtout si l'on considère qu'ils se trouveront reportés dans la position où ils étaient il y a un an et qu'actuellement l'ouvrage ne manque pas et que le pain est à très bas prix. » La vraie cause, c'est la publication, depuis quelque temps, d'«écrits incendiaires », de plus « le désir d'imiter les ouvriers de Paris, et l'influence exercée par les voyageurs de la propagande républicaine». 

Quatre jours après l'arrêt du travail, la majeure partie des fileurs rentrèrent à l'atelier à l'heure accoutumée sans rien demander. Six d'entre eux furent condamnés, dont cinq à un mois dé prison et un apprenti à dix jours ; mais le tribunal avait bien vu qu'il ne tenait pas les meneurs (3). 

En même temps que les fileurs de Louviers, les travailleurs du textile s'agitaient à Rouen et .dans les localités voisines : à Darnétal, les ouvriers de deux établissements avaient cessé le travail à la suite d'une diminution de salaire ; leurs camarades leur donnaient un secours de sept francs par semaine (4). Ils se plaignaient, entre autres choses, de fraudes sur I'aunage et le bobinage (5). Le calme revint difficilement à Rouen; quand, en février, ils apprirent la coalition des ouvriers en soie de Lyon, les tisseurs montrèrent quelques velléités de suivre leur exemple ; les ouvriers teinturiers des localités voisines cessèrent même le travail pendant quelques jours. On attribuait cette agitation à une vive propagande républicaine.



1. Journal du commerce, 20 novembre 1833 ; de plus, Journal de Rouen, 23 et 27 novembre 1833. 
2. 23 novembre 1833, Arch. nat., BB 1» 1220. 

3. Lettre du lieutenant de gendarmerie au ministre de la guerre, 26 novembre. Archives historiques du Ministère de la guerre ; Gazette des tribunaux, 19 décembre. 

 

4. Lettre du procureur général, etc., 26 novembre, Arch. nat., BBw 1220. 

5. Journal de Rouen, 4 décembre 1833; il parait que les mêmes abus existaient dans le pays de Caux et en Picardie. 

 



Extrait du livre "le mouvement ouvrier au début de la Monarchie de Juillet (1830-1834), par Octave Festy


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