VIRIDORIX

Publié le par GOUPIL

Un Vercingétorix résistant avant l’heure !

Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, ouvrage de base du plus haut intérêt que l’on trouve maintenant facilement, enrichi de notes, dans les collections de poche, César raconte, dans son Livre II , comment il a envoyé P. Crassus avec une légion chez les Vénètes, les Unelles, les Osismes, les Coriolites, les Esuviens, les Aulerques, les Redons, peuples maritimes, établis sur les bords de l’Océan. Il fit savoir à César qu’il les avait tous réduits sous la puissance et l’empire du peuple romain.

A la suite de ces évènements, César avait toutes les raisons de croire la Gaule pacifiée […] et voilà que la guerre éclate en Gaule. Voici pourquoi. Le jeune P. Crassus, avec la septième légion, avait ses quartiers d’hivers d’hiver chez les Andes, à proximité de la mer Océane. Comme le blé manquait dans ce pays, il chargea plusieurs préfets et tribuns militaires de s'en procurer chez les peuples voisins. Du nombre était T. Terrasidius envoyé chez les Unelles, M. Trebius Gallus chez le Coriosolites, Q. Velanius avec T. Silius chez les Vénètes.

César raconte, dans son Livre III, se rapportant à l’année 56 avant Notre ère (ancien an 698 de l’ère de Rome), qu’il expédia le légat Q. Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelles, les Coriosolites et les Lexoviens pour les tenir à l'écart de la guerre.

 

Tandis que ces évènements se déroulaient chez les Vénètes, Q. Titurius Sabinus arrivait, avec les troupes qu'il avait reçues de César, chez les Unelles. Ceux-ci avaient pour chef Viridorix qui commandait également à toutes les autres cités rebelles et disposait d'une armée considérable.
Peu de jours auparavant, les Aulerques Éburovices avaient égorgé tous leurs sénateurs qui ne voulaient pas entrer en guerre contre les Romains, fermé les portes de leurs cités et s'étaient joints à Viridorix. Une grande multitude de voleurs et de scélérats que l'appât du pillage et la soif de combattre détournaient de leurs travaux rustiques accourut de toutes les régions de la Gaule. Sabinus s'enferma dans un camp solidement retranché (sur une colline à sept kilomètres à l'est d'Avranches, soit dans les environs du Petit-Celland, Biblio. de la Pléiade), tandis que Viridorix prenait position en face de lui, à deux milles de distance (Voir carte n°1).

 

 carte n°1

Sabinus, lieutenant de César, organisa un long siège contre l’une des capitales de la tribut gauloise des Unelles. Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, les vestiges de cette cité, la ville gauloise du Chastelier (voir carte n°2), incendiée donc depuis 2500 ans, restent toujours visibles en Normandie, sur le territoire des anciens gaulois Unelles près d’Avranches. Mais reprenons le fil des évènements. La  guerre des Gaules ne durait que depuis deux années lorsque se produisit ce siège mémorable. Pour nous situer dans l’ordre chronologique, disons que César venait tout juste de gagner la bataille navale contre les Vénètes bretons lorsque cette affaire, centre de notre intérêt, se produisit.

Lorsque sa réputation de chef pusillanime se trouva définitivement établie, Sabinus choisit parmi les Gaulois qu'il employait en qualité d'auxiliaires, un homme intelligent et décidé. A force de récompense et de promesses il le persuada de passer à l'ennemi et lui communiqua son intention.
Arrivé chez les ennemis, le Gaulois se présente comme un transfuge et leur fait part de la panique qui règne dans le camp romain : César, pressé par les Vénètes, court les plus grands dangers ; pas plus tard que la nuit prochaine Sabinus quittera furtivement le camp pour lui porter secours.
À cette nouvelle, tous s'écrient qu'on ne doit pas laisser échapper une occasion si favorable et qu'il faut marcher résolument à l'attaque du camp romain. Bien des raisons incitaient les Gaulois à prendre cette décision : l'hésitation de Sabinus au cours des journées précédentes, les assurances du transfuge, le manque de vivres qu'ils avaient négligé de réunir en quantité suffisante, les espérances éveillées par la guerre des Vénètes, et, aussi, le penchant naturel aux hommes de prendre leurs désirs pour des réalités.
Toutes ces raisons les poussent à ne pas laisser Viridorix et les autres chefs quitter la réunion avant qu'ils n'aient donné l'ordre de prendre les armes et de marcher à l'assaut du camp romain. Ayant obtenu satisfaction, ils manifestent leur joie comme si, déjà, ils tenaient la victoire. Ils amassent des branches et des fagots de sarments destinés à combler les fossés, et se dirigent vers nos retranchements.

Le camp était situé sur une hauteur. Le terrain allait en pente douce sur environ mille pas. Les Gaulois s'y précipitent au pas de course afin de laisser aux Romains le moins de temps possible pour se reconnaître et s'armer. Ils arrivent hors d'haleine. Sabinus exhorte ses troupes et donne le signal, tant souhaité, du combat. Tandis que les ennemis plient sous le poids de leurs fardeaux, il ordonne une brusque sortie par les deux portes.
Les avantages de sa position, l'incapacité et l'épuisement de l'ennemi, la valeur de nos troupes, l'expérience acquise par elles dans les précédents combats, tout cela fit que les Gaulois ne purent même pas soutenir le premier choc et prirent aussitôt la fuite. Embarrassés dans leurs mouvements ils furent aisément rattrapés par nos soldats qui en tuèrent un grand nombre. La cavalerie fit le reste : rares furent ceux qui réussirent à se sauver. [...]

Voici le récit le plus détaillé de ce que nous apprend César. En conclusion de ce récit, nous pouvons dire que l’avantage du lieu, l’inhabilité et la fatigue des Gaulois, la valeur des Romains, tout contribua au succès. Les barbares, poursuivie par la cavalerie, furent taillés en pièces. Les peuples voisins se soumirent aussitôt.

Sous Napoléon III, exégète du conquérant des Gaules, la Commission Topographique des Gaules s’est penchée sur la localisation de la fameuse cité des Unelles assiégée par les hommes de Sabinus.

 

Ils ont pu déterminer qu’elle s’était nécessairement trouvée, compte tenu des renseignements fournis par César, vers la moderne ville d’ Avranches (Manche).

Alors, ils ont cherché, et ils ont découvert les titanesques ruines du camp dit du Chastellier.

Cette hauteur, un ancien oppidum gaulois aux formes typiques est situé à environ 7 km à l’est d’Avranches, vers la commune du Petit-Celland. Là, si l’on gravit les hauteurs du bois du Chastellier, de nos jours devenu bois du Châtelier (1), on arrive effectivement dans une zone forestière extrêmement étrange. C’était là, sans aucun doute, une belle place forte, facile à défendre avec ses pentes, et établie en forme de triangle. Elle est actuellement couverte de bois. Le sol y porte des traces qui ne trompent pas. Cà et là, on voit des renflements de terrains, des tranchées. Ce sont les restes des anciennes maisons du village gaulois. N’importe quel œil averti reconnaîtrait, dans ces bosses du terrain, les restes des maisons effondrées vers le centre, formant des sortes de cônes peu à peu mangés par la végétation (voir photo et schéma).

Il s’agit là, précisons-le, d’un site archéologique à part entière, où aucun bouleversement du sol ne saurait bien sûr s’accomplir sans une autorisation préalable, et un sévère contrôle de la part des services du ministère de la Culture.

Il est cependant étonnant que ce site, l’un des rares emplacements localisés parmi ceux cités par César dans la Guerre des Gaules, n’ait pas à ce jour fait l’objet d’une fouille complète et même d’une exploitation culturelle du lieu. Cet endroit, les cartes elles-mêmes ignorent sa vocation, son passé, et personne semble, sauf information contraire qui serait la bienvenue, s’y être intéressé depuis des décennies.

Personne, et c’est là une énigme concernant ce site, ne semble non plus avoir, à ce jour la trace de l’emplacement du camp qu’occupaient les Romains de Sabinus. Bien que César nous parle de retranchements ; d’une place donc bien fortifiée, l’emplacement de ce camp romain reste évanescent depuis les localisations, un peu hasardeuses, réalisées par Napoléon III par la Commission Topographique des gaules. Pourtant, il devrait nécessairement se trouver à courte portée du Châtelier.

 

Notes :

1) Les toponymes Châtelier, Chastellier et dérivés, qui évoquent les restes de supposés châteaux, sont en fait le plus souvent des toponymes révélant les emplacements de cités gauloises ou gallo-romaines disparues, mais dont les restes demeurent visibles au sol

 

 

 

 

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