Tradition - Maison de terre

Publié le par GOUPIL

Autour de Carentan, il n’y a pas de carrières de pierre mais de l’argile en abondance. Une argile très riche en oxyde de fer, qui donne une teinte ocre très rouge aux maisons de terre. Elles flamboient littéralement, surtout au lever ou au coucher du soleil. C’est un spectacle étonnant. Ces habitations, jusqu’au XXe siècle, constitue la très grande majorité des maisons de bourgs et des fermes. Aujourd’hui encore, on compte plus de 8000 bâtiments en terre dans la Manche dont 3000 habitations au nord d’Avranches. Ces bâtisses font partie intégrante du paysage et du patrimoine des pays du marais. Et même si le rouge domine, les mûrs peuvent prendre des couleurs allant de l’ocre blond au gris fumé, selon l’origine de la terre, et donc selon sa composition. Dans la région des marais, les maisons de terre sont groupées en villages ou en hameau (pas de maisons isolées). Elles sont construites en bordure de marais, dans le « haut marais », partie non inondable pendant la forte crue hivernale qua l’on appelle en terme local le « vâocre ». Pour accéder à ces hameaux, il est fréquent de longer une route bordée de peupliers ou de saules. Toutes les maisons en terre ont été édifiées en bordure de marais : pour ne pas gaspiller le bon terrain qu’il fallait exploiter au maximum, la bonne terre permettait l’élevage et les cultures (blé, seigle…) ; pour profiter des rivières navigables (Douve et Merderet) pour transporter sur les gabarres les matériaux nécessaires à la construction (pierre de Doville, chaux de Liesville sur Douve) mais également les personnes, les animaux et la tangue (argile + sable) qui servait d’engrais. Pour éviter les inondations l’hiver, il fallait bien observer les zones inondables et tenir compte des témoignages des ancêtres.

Dans la Manche, on appelle également Mâsse ou Bauge ce matériau qui permettait de fabriquer les murs, les plafonds et les planchers d’une maison. Les ouvertures étaient simplement creusées dans les murs. Le procédé est utilisé depuis le XVIe siècle.

La technique de construction est simple. Même s’il y avait un maçon, les habitants mettaient la main à la pâte et s’occupaient ensuite de l’entretien régulier. Certains de ces édifices ont aujourd’hui plus de 300 ans. La terre a des pouvoirs d’isolation phonique et thermique. L’humidité est régulée dans la maison, l’argile l’absorbant en partie avant de la rejeter à l’extérieur. La bonne inertie de matériau en atténue les variations de température. Grâce à sa capacité à emmagasiner et à restituer la chaleur, il fait relativement plus frais l’été et plus doux l’hiver. L’hiver, il est donc possible de ne pas chauffer la maison dans la journée : la terre libérera la chaleur pendant la nuit. Il s’agit, de plus, d’un matériau sain, renouvelable, qui se trouve partout.

« Une maison doit être bien bottée, bien chapeautée » : cet adage des métiers du bâtiments convient tout à fait aux constructions en terre. Bien bottée : un bon drainage et un bon soubassement (en pierre) sont nécessaires pour éviter que l’humidité remonte dans les mûrs.

Bien chapeauté : le toit doit dépasser pour couvrir et protéger le mur. L’humidité est donc l’ennemie. Ces maisons ont toujours été construites sur un endroit sec et non inondable, même au milieu des marais.

La terre était laissée à « pourrir » pendant un hiver entier. Puis, l’argile était mouillée, tapée à la fourche, mélangée à de la paille et enfin pilée aux pieds. Le pétrissage de ce mélange était alors réalisé par les hommes et c’était une corvée pénible. Les mûrs étaient montés par levées successives d’une hauteur allant jusqu’à 1,20 mètre ; on empilait la terre à coup de bâtons et de fourche. Un mois ou davantage s’écoulait entre chaque levée. Pendant le temps de séchage, des coups de trique étaient même donnés pour resserrer la terre. L’encadrement des fenêtres et des portes ainsi que la cheminée (généralement dans le pignon) étaient réalisés en pierre.

L’enduit extérieur était réalisé avec un mélange à base de chaux mais on connaît mal sa composition. Cet enduit protégeait la mâsse mais rares sont les

murs qu’il l’ont conservé.

Le toit de chaumes constitue l'autre versant de l'habitat traditionnel de la campagne normande. Gilles Morin a exercé le métier de couvreur en paille.

 

Les toitures végétales
Qu'elles soient à deux pans pris entre deux murs pignons ou à quatre, dont deux forment croupes aux petits côtés de la construction, les toitures ont par l'importance de leurs volumes, leur matière et le rapport de proportion qu'elles établissent avec les murs, un rôle déterminant dans l'aspect des maisons normandes.
En tant qu'enveloppe d'un volume, le toit emprunte ses dimensions aux combles dont la fonction est la raison du développement. En tant qu'élément protecteur, il adopte les normes qu'impose son mode de couverture et les fonctions annexes qu'on lui demande d'exercer.
En Normandie, ce mode de couverture a été déterminé par le caractère artisanal de la construction rurale.
Avec le chaume (ou ro) les paysans ont adopté un procédé économique, leur permettant d'effectuer l'entretien si ce n'est la réalisation complète de leurs toitures, avec un matériau sans cesse renouvelé. Ils avaient à leur disposition des pailles de blé, de seigle et le roseau, beaucoup moins fréquent. Ils les utilisèrent en créant des variantes dont localement on note les différents aspects. L'emploi du chaume n'a pas été limité aux pays Normandie mais au-delà de notre région et nos frontières.
Ce mode de couverture impose une pente d'au moins quarante cinq degrés.
En l'adoptant les maisons normandes ont déterminé la hauteur de leur toit.
Le ro était fixé avec de la ronce. Les grandes ronces étaient coupées par bouts de 1.30 m, ébarbées puis fendues en trois pendant les soirées d’hiver.

La couverture était montée de bas en haut et son épaisseur pouvait atteindre 30 cm. La toiture se terminait par un faîtage en terre appelé le « capet » : on y plantait des iris qui retenaient la terre grâce à leurs racines. De nos jours, ces toits en chaume ou en roseaux ont été remplacés par des toits en ardoise : les artisans sont de plus en plus rares et le matériau coûte cher.

 

Voir article sur Tribehou en complément : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-549261.html

 

Sources : http://www.parc-cotentin-bessin.fr/tour_horizon/histoire.htm; Pays de Normandie  n°43 « le nouveau souffle des maisons de terre »

Commenter cet article