La frairie

Publié le par GOUPIL

La frairie était à la fois :

 

1/ Une division territoriale de l'ancienne paroisse (laquelle ne portait pas encore le nom de commune).

2/ Une communauté de travail entre les habitants de cette partie de la paroisse.

3/ Une assiette administrative pour la répartition et la perception des impôts (tailles, redevance féodale, corvées etc.).

 

En compulsant les registres d'imposition des XVIIe & XVIIIe siècles, on constate que le pouvoir royal français n'hésite pas à baser l'égaillage (la répartition) des impôts des paroisses bretonnes sur les frairies qui les composaient.

L'impôt était perçu globalement, à charge pour chacun, dans le cadre de la frairie, d'apporter sa quote-part, ce qui, fait notable, pouvait amener à des compensations des plus aisées à l'encontre des plus impécunieux.

 

 Une frairie était également une communauté de travail.

L'agriculture était devenue avant tout une science de la localité, toute de recettes empiriques et issue d'observations particulières.

 

 Le cadre idéal de la frairie fut longtemps le cadre idéal pour l'agriculture de subsistance où la science des métiers était détenue par les anciens.

 

 La frairie pouvait se comparer aux sociétés de compagnonnage.

Chacune d'elles avait ses recettes de travail, ses corvées et il était rare qu'une "corvée" déborde sur une autre frairie.

 

 Sur le plan religieux, chaque frairie avait sa chapelle, sa fête patronale, sa bannière et son représentant au "Conseil de Fabrique paroissial" qui tenait lieu de Conseil Municipal, sous la houlette du recteur de la paroisse.

 

 Il est évident que dans de telles conditions, les alliances se faisaient à l'intérieur de la Frairie. De communauté de travail, elle devenait communauté de sang et les familles qui la composaient ne portaient très souvent qu'un nombre restreint de patronymes.

 

La Révolution de 1793 viendra bousculer cet état de fait. Les communes prendront le relais des paroisses. Les Conseils Municipaux, des Conseils de Fabriques (dans un premier temps, on y retrouvera les mêmes personnes).

Les registres - décès - mariages - naissances ne seront plus tenus par les curés.

Les impôts nouveaux seront perdus différemment.

 

Si les frairies disparaissaient alors du paysage juridique et administratif de la Bretagne, elles laissaient encore pour de nombreuses années des traces dans le paysage social.

 

 Jusqu'aux derniers battages de céréales, dans les années 1950, on pouvait encore déceler une organisation du travail semblable à celle décrite plus haut.

De même pour d'autres gros travaux (fenaisons, vendanges) on se souvient aussi mais pour beaucoup, le nom de frairie aura essentiellement une consonance religieuse.

 

 Chaque frairie continuant jusqu'à une date récente (années 1960) à être représentée dans le cadre de la paroisse par ses marguilliers (vient d'un mot latin: garde-rôle).

Les marguilliers étaient choisis et demandés par le recteur, d'après les suggestions des prédécesseurs. Leur mandat : un an, débutant avec l'année civile.

Il était inconvenant et... porteur de malheur, de refuser la charge.

 

 Consultants auprès des prêtres de la paroisse (le curé principalement) pour les affaires temporelles, ils étaient chargés des quêtes, dans et hors de l'église, quête de blé - de blé noir - de porter croix et bannières au cours des messes dominicales et des nombreuses processions dont les moindres n'étaient pas celles des Rogations, lesquelles permettaient aux membres des frairies de sillonner derrière leur bannière, les routes de leur territoire, s'arrêtant aux croix décorées, afin d'implorer du Ciel des conditions favorables pour les récoltes. Invités d'honneur au moment des visites de l'Evoque pour la Confirmation, suivies d'un grand repas au presbytère.

Ils accueillaient le curé nouvellement nommé. Les derniers à avoir rempli leurs fonctions les ont exercées sous M. le curé COUTEAU, puis un nouveau paysage religieux est né, entraînant dans la désuétude, et bientôt l'oubli, des pratiques centenaires.

Il y a quelques années, une association d'intérêt général née sur le territoire d'une frairie a semblé vouloir redonner vie à l'esprit que l'on pouvait supposer régner dans la frairie. L'accueil ayant été plutôt mitigé sinon franchement hostile, on peut supposer qu'est clos, au moins sous cette forme, un aspect de la convivialité qui marquait encore il y a quelques décennies la vie sociale en milieu rural.

 

 

Geneviève FREOUR Recherches collectives de M. DAMIEZ.

 

Délimitation des frairies

 

- Au N.E. de Prinquiau, limitée par Campbon et La Chapelle-Launay.

 

La Frairie Notre-Dame : comprenant la moitié Est de Clos, la Haie-Séche,

la Chudais, la Loistaie, la Crée, la Pilais, la Croix Blanche.

 

La Frairie St Gilles : comprenant la moitié Ouest de Clos, la Hennetaie,

la Haie de Besné, la Coindière, Le pas de l'Aulne, la Mazière, la Berrie,

le Doué Chabot.

 

- Au Sud, limitée par Besné et Donges.

 

La Frairie de St Pierre : comprenant Caudry, I'Hôtel Rigaud, la Basse

Hurlière,

Sem, Le Loyer, la partie Ouest du bourg jusqu'à la route de la Ramée.

 

La Frairie de St Côme : comprenant l'Ecuraye, la seconde partie du bourg,

les Basses Landes Villeneuve, la Ferrière, la Menaie, le Tertre.

 

 

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