Les peurs d'antan et les peurs d'aujourd'hui - Introduction

Publié le par GOUPIL

La peur est un sentiment naturel, qui concerne tous les êtres vivants. Elle est inhérente à l'homme, va de pair avec le risque, lequel est plus ou moins probable...mais le risque zéro n'existe pas. Le taux de risque, la nature de la peur, son interprétation varient dans l'espace et dans le temps. La peur est plurielle. Ses causes sont parfois réelles, parfois imaginaires. La réaction devant la peur fait des "chevaliers sans peur et sans reproche" ou des lâches...L'homme, les collectivités, les sociétés, les civilisations, sont engagés dans une lutte permanente contre la peur. Chaque société connaît ses peurs spécifiques dont la combinaison fait l'angoisse sociale. Certaines sociétés sont-elles plus angoissées que d'autres? 
La peur engendre l'organisation contre la peur...les sociétés s'efforcent d'organiser leur sécurité; les formes d'organisation de celle-ci caractérisent aussi des types de société...Il y a loin de la charité publique à la sécurité sociale. La peur et les moyens de lutte contre la peur, sont des catégories historiques...pourtant ces questions ne tiennent pas une grande place dans nos livres d'histoire et font rarement l'objet d'études méthodiques. 

Jean Delumeau, a toutefois écrit un ouvrage d'un grand intérêt sur "La Peur en Occident du XIVe au XVIIIe siècle" (1). Cet ouvrage nous a suggéré de distinguer entre les peurs d'autrefois et les peurs d'aujourd'hui. Ces peurs ne sont pas de même nature, n'ont pas la même ampleur et surtout leurs causes ne s'interprètent pas de la même façon. 
Les peurs alimentaires sont des peurs particulières, mais les peurs cumulées créent l'angoisse sociale. Peurs du passé et du présent, elles sont bien différentes dans leur contenu et leur interprétation. Les peurs du passé sont surtout quantitatives : l'homme a peur de ne pas manger à sa faim; il craint les disettes et les famines. Les peurs modernes sont surtout qualitative : l'homme a peur de ce qu'il mange et d'ailleurs ne sait pas exactement ce qu'il mange! Les choses ne sont toutefois pas si simples : dans l'Histoire, les peurs alimentaires ont toujours été quantitatives et qualitatives. Ces peurs partielles s'interprètent de plusieurs façons, mais pour les comprendre on ne peut les dissocier de ce qui fait en un lieu et à un moment donné la peur globale et l'angoisse sociale. 

 

 

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