La gabare

Publié le par GOUPIL

Vieux gréement des marais du Cotentin

Le mot gabare, tire son origine de l’italien (ou Espagnol) gabarra. Il existe aussi sous la forme gabare et désigne une embarcation, généralement plate, servant au transport des marchandises lors du chargement et du déchargement d'un navire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le mot est de la même famille que caravelle. On trouve des traces de la navigation des gabarres à partir du XIIIe siècle. Seul point de repère dans les archives, le grand hiver de 1363 qui détruisit les vignes et modifia profondément le commerce du vin dans la région.

C'est au XVIIIe et au XIXe siècle que les gabarres ont été les plus nombreuses : plus de deux cents.

Les gabares connaîtront leur apogée au XIXe siècle, dans le sillage de la révolution industrielle. En 1827, la seule commune de Brévands accueille ainsi 300 embarcations.

Carentan et Isigny, alors ports de mer, reçoivent des nuées de vaisseaux. On y charge du beurre pour les pays lointains, y décharge du bois du nord. Les quais sont animés. Pour faciliter les échanges avec l’intérieur, un canal entre la Vire et la Taute est même creusé. Et les écluses apparaissent sur la Vire. Car en été, il est parfois difficile de rejoindre Saint-Lô. Mais c’est surtout l’hiver que les gabares sont appréciées : elles permettent de ravitailler des villages isolés de la terre ferme. Les gabariers sont devenus des inscrits maritimes parce qu’ils s’aventuraient en mer pour améliorer l’ordinaire (pêcher sans payer de droits était tentant). Les gabares étaient surtout construites à TRIBEHOU.

La gabare pouvait naviguer de plusieurs manières : - avec une voile carrée qui s'enroulait autour de la vergue. La voile était utilisée par vent portant, ou « vent servant ». Sa hauteur lui permettait de prendre le vent au-dessus des berges. -avec une corde de 200 mètres qui s'appelait "grélin" et qui était tirée de la berge, du chemin de halage. -avec une gaôle ou Fourquet

Elles transportaient de la tangue (sorte de vase grise utilisée comme amendement des terres), des cailloux pour les routes et les maisons, du foin, de la chaux, des gens qui partaient en pèlerinage, et du "fourbi" (diverses marchandises). Les gabariers, ou les nautoniers, comme on les appelait dans le Cotentin, étaient rarement propriétaires de leur bateau. Les gabares appartenaient à des armateurs qui en possédaient une ou plusieurs. Il arrivait que les gabariers travaillent dès l’âge de 11 ans. Ils vivaient à bord de la gabarre dans un petit abri situé à l'avant. Un des derniers gabariers, Pierre Fiquet raconte : " C'était très dur de vivre à bord, on a été coincé dans la baie des Veys pendant une semaine. C'était pas rigolo, on a failli dessaler plusieurs fois." Les gabarres circulaient surtout sur la Douve, la Vire et la Taute. D'autres circulaient également sur la Soulles.

Les gabares était baptisées avant leur première mise à l'eau .Un repas de baptême était servi à bord. Le menu se composait de soupe, pot-au-feu, langue de bœuf, gigot, pas de légumes de la brioche, ou de la gâche, et du riz.

Lors des pèlerinages annuels ou à l’occasion des noces, les gabares du marais jouaient aussi les autobus. Difficile d’imaginer aujourd’hui l’animation de ces cours d’eau, qui ont eux-mêmes fortement changé de physionomie. Mais le chemin de fer puis la route ont condamné les embarcations dirigées par un gouvernail à la Cyrano. Si les gabares à moteurs ont résisté jusqu’en 1940 sur la Taute, il n’y en avait déjà pratiquement plus en 1925. Leur déclin fut accentué par la Grande Guerre, qui faucha les hommes, et par les engrais chimiques, qui porta un coup fatal à deux trafics de poids : la Tangue et la chaux. A la fin de la guerre, plusieurs corps de métiers étaient donc menacés : cordiers, voiliers, loueurs de chevaux, aubergistes… Où trouver aujourd’hui une trace, un témoignage de ce passé fluvial ? Du sillage séculaire des gabares ne subsistent qu’une épave, exposée à Tribehou, et quelques pancartes plantées dans le désert. Ces «  ports » qui surgissent aujourd’hui au cœur de la campagne servaient d’embarcadères à une centaine de gabares en 1880. La même année, on y déchargeait 93 000 tonnes de fret. Un trafic colossal… qui s’est évaporé. Le marais a fait le deuil de son mariage avec l’eau.

 « Dans un dernier rayon qui fuit,

Vous passez, mes gabares lentes,

Comme un beau songe dans la nuit. »

                            Louis Beuve

Ecrivain normand

 

Sources : : http://www.parc-cotentin-bessin.fr/tour_horizon/histoire.htm ; Pays de Normandie n°23

 

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Stéphane GOUPIL 18/08/2005 10:17

Je vous remercie pour votre commentaire.

Cdt,
Stéphane GOUPIL

Berg 10/08/2005 17:53

Bonjour ! "Gabare" et "caravelle", oui, mais aussi "crabe", "scarabée", "écrevisse", "caraque", tous ces mots viennet du grec "karabos", coquille. Je bosse pour Fluvial (rubrique patrimoine).
Cordialement
CB