10 mai 1940 - début des opérations d'une batterie anti-chars

Publié le par GOUPIL Stéphane

Le 10 mai 1940, sept mois après la déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre à l'Allemagne, celle-ci rompt le front occidental. Le Führer met fin à la «drôle de guerre» et lance ses armées sur les Pays-Bas, la Belgique et la France.

Mon grand-père était conducteur de char et  a servi dans les chars de combats au grade de 1èreclasse. Avant les hostilités, il exerçait la profession de cultivateur à Montaure près de Louviers (Eure). Son dernier corps d’affectation est le 653eB.A.C. Son centre mobilisateur était le C.M. 303 Vernon (Eure) qu’il a rejoint au moment du dernier appel sous les drapeaux le 4 septembre 1934.

Affecté au 653e B.A.C., Batterie Anti-Chars de la 1ère Armée française, mon grand-père Florent GOUPIL a participé à la Bataille des Flandres en Mai 1940; La 653e B.A.C., commandée par le Lieutenant Carpentier, n'a pas échappé à la règle, la bataille a commencé le 14 Mai, la batterie a d'abord été enfoncée par les forces allemandes commandées par Reichenau et ensuite encerclée. Elle a reculé jusqu'à Dunkerque.  

L'invasion en quelques dates

(pour plus de détails... cliquez)

– 10 mai : la Wehrmacht se met en mouvement

– 14 mai : les chars percent le front dans les Ardennes

– 15 mai : Rotterdam bombardée, les Pays-Bas capitulent

– 24 mai : la Wehrmacht arrive devant Dunkerque

– 24 mai - 5 juin  : la Wehrmacht à l'arrêt devant Dunkerque

– 28 mai : la Belgique capitule après une résistance héroïque

– 10 juin : le «coup de poignard dans le dos» de Mussolini

– 14 juin : la Wehrmacht entre dans Paris

– 22 juin : signature de l'armistice à Rethondes.

 

 

 

Voici le...

 

 Compte rendu relatif aux opérations aux quelles à pris part la 653ème Batterie anti-chars du 10 mai au 23 juin 1940.

 

 



Le 11 mai, après un déplacement préparatoire la veille, la 653ème BAC s’est portée sur la Dyle entre Wavre et Ottignies avec le détachement avancé de la 2èmeDINA comprenant 2 bataillons d’infanterie, le GRD?

La compagnie anti chars de la 1èreDIM et la 653èmeBAC sous le commandement du Colonel Sinion Commandant l’ID de la 2èmeDINA.

Nous avons pris position dans des conditions très mauvaises quant aux possibilités d’exécution de notre mission ainsi qu’a pu vous en rendre compte le Lieutenant Chatelus qui est venu vous rendre visite.

Notre rôle consistait à interdire aux engins blindés le franchissement de la Dyle. Le cours de cette rivière étant assez encaissé et ses rives boisées ou bâties, il nous fallait pour remplir la mission : placer les pièces très près de la rivière et parfois même sur ses bords mêmes. Ayant rendu compte de cet état de fait, nous reçûmes l’ordre d’exécution même dans ces conditions défectueuses. D’ailleurs, en principe, ces positions n’étaient que provisoires puisque dès l’arrivée  du gros des forces de la division, nous devions franchir la Dyle pour occuper le «Plateau de la Baraque» situé sur la rive droite.

Après avoir aménagé les positions pendant les journées des 12 et 13, nous fûmes avertis de l’imminence de l’attaque allemande le 14.   On fit sauter les ponts sur la Dyle dans l’après midi du 14 et les  groupes francs se replièrent à la fin de la journée sur la rive  gauche de la rivière par une passerelle ; nos pièces se trouvaient de ce fait placées au niveau des avant postes sans qu’il puisse être question de les déplacer, l'ordre formel étant de résister sur place sans esprit de recul. Après un bombardement par avions qui faillit détruire 

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l'une de nos pièces, nous essuyâmes dans la soirée un bombardement d'artillerie qui blessa 2 de nos canonniers. L'attaque allemande se déclencha  dans la nuit du 14 au 15. Dès les premières heures de cette journée, la 8èmepièce sur le point d'être encerclée dût se replier sur le conseil d'un capitaine du 22èmeRTA qui faisait replier ses hommes.   Elle fut mise à la disposition d'un groupe du 40èmeRANA et remise      en batterie 2 km plus loin. Devant les attaques simultanées de l'aviation et de l'infanterie allemandes, le 22èmeRTA et le 11èmeZouaves se repliaient, les pièces des 2èmesection, 3èmeet 4èmesections (chefs de section Lieutenant Bordas, Maréchal des logis Drouet,   Adjudant chef Veyssiere) durent décrocher successivement. Mais la 3èmepièce    ne put se dégager à temps et nous n'avons plus eu de nouvelles du peloton de pièce. J'ai cependant su par un canonnier qui se trouvait    près de la camionnette téléphonique de la 2èmesection que la pièce avait pu être mise hors d'usage.

 



Le chauffeur de la 5èmepièce, au moment où la pièce venait d'être accrochée sous le feu des mitraillettes allemandes fit une fausse manœu-vre et la pièce et le tracteur tombèrent dans un ravin: la pièce ne put    pas être mise hors de service ( ce fut d'ailleurs la seule qui soit restée entre les mains des Allemands sans avoir été détruite au préalable ).

Tous ces décrochages s'effectuèrent alors que les fantassins de la ligne principale de résistance se retiraient et la majeure partie des sous officiers et canonniers firent preuve d'un grand courage en sauvant   leurs pièces in extremis. Pendant toutes ces opérations, les servants durent faire usage de leurs fusils et de leurs fusils mitrailleurs, certains pelotons de pièce ayant été amenés à combattre pendant plu- sieurs heures comme des fantassins. Le Lieutenant Bordas fit même   tirer sur de petits groupes ennemis à obus de 47 avant d'abandonner la position.

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La 1èresection qui combattait dans le secteur du 13èmeRTA dût  se replier le 16 au petit jour et fût obligée d'abandonner l'une de ses pièce après l'avoir rendue inutilisable par l'ennemi. Mais je n'ai jamais revu le Lieutenant Basley qui commandait cette section, pas plus que la plu- part de ses hommes. Voici ce qui m'a été rapporté à ce sujet : au  moment du repli, il a dû remonter trop au nord, entrer dans le secteur occupé par les Anglais qui lui auraient donné l'ordre de se retirer sur Lille. A la citadelle de Lille, on lui aurait pris son matériel ( que j'ai     pu récupérer plus tard) et on l'aurait utilisé avec son personnel. Les renseignements m'ont été donnés par les 2 chauffeurs restés avec les voi-tures de la 1èresection et qui me ramenèrent le matériel à St Amand.

Dans la soirée du 15 et dans la matinée du 16, j'avais pu regrouper certains éléments de la batterie à Haut Ittre : 4èmepièce avec les maréchaux des logis Lefoulon et Jehan, 5èmepièce avec le maréchal des logis Voyer, le peloton de pièce de la 6èmepièce et la 8èmepièce avec l'adju- dant chef Veyssière et le maréchal des logis Bourdin; enfin la colonne   de voiture des services généraux.

Dans la matinée du 16, je rencontrai aux environs de Waterloo, le Lieutenant Bordas accompagné de son ordonnance, tous deux à bicyclette. Je leur donnai l'ordre de rejoindre Haut Ittre mais ils n'y sont pas allés   et j'ai su plus tard qu'ils avaient rejoint Vernon et avaient dû être affectés à une batterie de 75. L'Aspirant Dubois étant permissionnaire au moment de l'entrée en Belgique, je me suis alors trouvé seul officier à la batterie jusqu'à l'embarquement pour Dunkerque, secondé seulement par l'Adjudant chef Veyssière, chef de la 4èmesection et le Maréchal des logis Lefoulon sous chef de la 2èmesection.

 Le 16, le Colonel Sinion Commandant l'ID de la 2èmeDINA me fit reconnaître les positions vers Ophain, mais nous n'eûmes pas le temps

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 de mettre en batterie, les fantassins s'étant repliés auparavant.

Le 17 au matin, je reçus l'ordre écrit de l'AD de la 2éme DINA d'avoir à me mettre à la disposition de la 32 éme DI. Je fus adjoint au Capitaine Commandant la batterie anti chars de cette division. Cette batterie était déjà en position au sud de Braine le conte et nous devions la renforcer à la tombée de la nuit quand l'ordre de repli nous fut donné. 

 



Le 18, la batterie anti chars de la 32èmeDI n'ayant plus donné de ses nouvelles, nous reçûmes l'ordre d'aller avec nos 3 pièces nous porter en avant de Ladeuze en défense de l'Artillerie de la division.  

 Les positions furent occupées des la tombée de la nuit. Mais dans la nuit la division se replia, sans nous prévenir et le 19 au matin ; nous étions seuls, l'infanterie et les chars ayant fait mouvement.

Prévenu que les ponts allaient sauter derrière nous, je fis replier la batterie et en l'absence de tout renseignement et de tout ordre je décidai de gagner la région de Valenciennes pour y chercher de nouvelles instructions. L'artillerie se regroupait en forêt de Raismes.

Là , ayant appris que l'EM de la 2èmeDINA se trouvait à St Amand, j'allai me mettre à la disposition du Général Dame Commandant cette division. Comme nous étions exténués, le Général décida de nous laisser prendre un peu de repos.  

 



Je récupérai le 20 la 1ere pièce de la 1ere section: les chauffeurs avaient reçu l'ordre de chercher leur unité de la citadelle de Lille.  Le 21 je fis rechercher la 8èmepièce qui, égarée, avait reçu l'ordre de mettre en position à Valenciennes et y était depuis 48 Heures.

L'effectif était alors:           1 officier    13 sous officiers   97 brigadiers et canonniers.

Nous avions à notre disposition :    5 pièces,      3 tracteurs   P17

1  tracteur lourd SOMVA, 9 camionnettes,       6 camions,    3 voitures de liaison et 2 motos.

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Le 23, nous mettons en position face à l'Escaut (direction nord est)

avec la batterie antichars du 40èmeRANA à Lecelles, en protection de l'artillerie de la 2èmeDINA.

Dans la nuit du 24 au 25, nous recevons l'ordre de nous porter vers le sud en direction de Somain avec l'artillerie de la 2èmeDINA, mais en cours de route, l'ordre nous est donné de rebrousser chemin.

Le 26 à midi, nous mettons en position sous un violent bombardement par avions, face au sud ouest, à Mons en Pévelé.

 

Le 27 nous recevons l'ordre de mettre en batterie en liaison avec la batterie antichars du 40èmeRANA entre Seclin et Carmin, face à l'ouest avant l'exécution de l'ordre, le Colonel Bignon Commandant l'AD de la 2èmeDINA nous donne l'ordre de nous replier au nord de la Lys, à Vierhouck entre Neuf Berquin et Vieux Berquin.

Pendant la traversée de Seclin, sous un violent bombardement d'aviation la colonne se trouve coupée en 2 partie:

1°) 3 pièces parviennent à continuer leur chemin sous la conduite de l'Adjudant chef Veyssière secondé par le Marechal des logis Lefoulon. Arrivées à Neuf Berquin, devant l'impossibilité de reprendre de nuit le contact avec le reste de la batterie, les pièces sont mises à la disposition d'un élé-ment de DLM; elles sont mises immédiatement en batterie devant Neuf Berquin et elles y resteront toute la journée malgré les bombarde-ments d'artillerie. A la fin de la journée du 28,le pointeur Frigou de la 7ème pièce aperçoit enfin un char allemand, le 1erque nous ayons eu à combattre depuis le début de la campagne et l'arrête au premier coup de canon. Dans la soirée du 28, le Colonel commandant l'élément de DLM leur donne l'ordre de repli sur Zuydcoote. Le ma-tériel devra être abandonné et le personnel s'embarquera pour l'An-gleterre. J'ai su que la majorité avait pu regagner la France.

2°) Pendant de temps, la queue de colonne arrêtée à Seclin par

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le bombardement avait pu contenir sa route. Nous devons changer plusieurs fois d'itinéraire car les Allemands avancent et bombardent les routes. Nous arrivons dans la soirée à Vierhouck où la colonne est garée. je veux aller prendre des ordres à Merville, mais les Allemands occupent déjà cette localité et je dois rebrousser chemin.

Le 28, je parviens à reprendre contact à Vieux Berquin avec la 2èmeDINA dont l'officier supérieur est alors le Lieutenant Colonel Carême commandant le génie divisionnaire qui décide de donner l'ordre de repli de la division sur Renighelt (au sud de Popernighe ) et enfin Dun-kerque.

Dans la soirée et la nuit du 28 au 29, la colonne se trouve fragmentée par les convois anglais. Les routes étant complètement bloquées par des voitures incendiées, nous sommes obligés d'abandonner le maté-riel après l'avoir rendu inutilisable. Nous gagnons à pied Dunkerque, puis Malo, Bray Dune et le camp du Perroquet. Nous sommes regroupés avec quelques éléments de la 2èmeDINA . Nous retrou-vons quelques uns des égarés de l'avant veille et notre effectif est alors 1 officier,  9 sous officiers,  61 brigadiers ou canonniers.

Le 30, nous retournons à Dunkerque avec les quelques éléments rescapés de la 2èmeDINA. Nous sommes obligés de passer la nuit sur le quai de Dunkerque sous un bombardement d'artillerie : 1 homme est tué et 10 autres blessés dont 3 grièvement . Je réussis à les faire transporter au poste de secours dans l'un des bastions. Enfin nous embarquons le 31 au matin sur 2 bateaux sous le bombardement.

L'un des bateaux accostera à Douvres avec la moitié de notre effectif restant, tandis que l'autre sur lequel je suis avec 3 sous officiers, et 17 hommes (dont 2 blessés) arrive à Folkestone où nous laisserons les blessés. Après un séjour au camps de Warminster qui durent jus-qu'au 7 juin, nous sommes rapatriés par Weymouth et Cherbourg

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où nous arrivons le 8.

 



Nous sommes alors dirigés sur Caen puis Croisilles Harcourt où se trouve la RGA de la 1ère Armée et où je rencontre le Capitaine Mouchon. Nous sommes renvoyés le 9 sur Evreux puis les Authieux où je me présente au Colonel Commandant le 364ème  RA qui fait fonction de commandant de zone. Nous n'avons plus que quelques armes individuelles. Devant l'avancée des troupes allemandes, le Major de zone décide de nous faire replier à pied jusqu'aux environs de L'Aigle, puis il nous fait embarquer en chemin de fer. Nous voyagerons ainsi du 14 au 19 juin. Au passage à Laval, nous retrouvons 9 hommes de la batterie ce qui porte notre effectif à 28. Nous arrivons le 19 à St Loubés à 17 km de Bordeaux.

Le Colonel du 364èmeRA nous quitte 2 jours plus tard pour rejoindre son dépôt à Castres avec son unité. Il me remet un certificat justifiant notre position et me conseille de suivre le sort de la 11ème  Batterie du 6èmeGroupe autonome d'Artillerie qui a voyagé avec nous et se rend aux environs de Tarbes.

 

Nous sommes arrivés à Lestelle Bétharram avec cette batterie le 23 juin et nous y sommes cantonnés depuis ce jour.

 

                                                        Le 12 juillet 1940

 


                                                Le Lieutenant Carpentier Commandant  

 


 


                                                  la  653ème  Batterie antichars

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Archives militaires de Vincennes

 

 

 

Après cet épisode dramatique, Florent GOUPIL, mon grand père paternel, a servi volontairement dans les Forces Françaises de l'Intérieur de 1943 au 15 septembre 1944 (certificat provisoire n°3779).

 

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