"les émigrés" pendant la Révolution française

Publié le par GOUPIL Stéphane

Entre 1793 et 1800, ils furent près de 130 000 à quitter clandestinement la France en plein bouillonnement révolutionnaire. Ce sont ceux que l’on nomme « les émigrés ».

Les fuyards, nantis pour la plupart, étaient particulièrement visés par le nouveau partage des richesses imposés par la Révolution. La plupart n’agirent pas ainsi pour se masser aux frontières, constituer une armée et menacer la République, mais bel et bien, plus simplement, pour sauver leur tête ou leurs biens.

Si en 1789 et 1790, il était encore relativement aisé de plier bagages, et de passer la frontière sain et sauf, même avec ses biens, son argenterie, son or, il n’en fut plus de même dès l’année 1791.

Rapidement, les autorités révolutionnaires comprirent qu’il s’agissait là d’une véritable fuite des capitaux qui pouvait être catastrophique pour l’économie nationale si elle prenait de l’ampleur.

 

Dès 1791, des lois étaient votées pour restreindre le pouvoir de mobilité des « citoyens », et, le 31 octobre de cette année-là, l’Assemblée décréta la confiscation automatique de tous les biens d’émigrés.


 

VI.


 

L’or & argent, vaisselle, bijoux & autres effets quelconques, seront envoyés sur le champ avec les inventaires au comité des inspecteurs de la salle, qui fera passer sans délai les espèces monnoyées à la trésorerie nationale ; & l’argenterie à la monnoie.


 

 

 

 

 

 

VII.


 

A l’égard des bijoux, meubles & autres effets, ils seront vendus à l’enchère, à la diligence du même comité, qui en fera passer le produit à la trésorerie, & en rendra compte à la Convention nationale.


 

 

 

L’année 1792 fut celle des directives les plus dures à leur encontre, avec des mesures particulières prises pour les « complices d’émigrés », désignation très vastes dans ce qu’elle pouvait recouvrir ; puis l’instigation de la peine de mort pour tout émigré « pris les armes à la main ».


 

La CONVENTION NATIONALE décrète que quiconque proposeroit ou tenteroit d’établir en France la royauté, ou tout autre pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple, sous quelque dénomination que ce soit, sera puni de mort.


 

 

 

Il faut dire qu’une minorité, mais une minorité tout de même se massaient aux frontières pour grossir une armée prête à fondre sur la jeune République à la première occasion, au premier signe de faiblesse.

 

 

La CONVENTION NATIONALE décrète que les chefs & instigateurs des révoltés, seront seuls sujets à la peine portée par la loi du 19 mars dernier contre les rebelles.


 

 

 

 

 

Les autorités républicaines, afin de répondre à ce danger imminent décrètent de sévères lois les concernant dès qu’ils seraient pris, soit au combat, soit après être clandestinement revenus en France.

Mais, avant même la pure question de la sécurité du territoire, ce sont avant tout les contingences économiques qui déterminèrent les persécutions menées contre les émigrés comme les candidats éventuels au départ.

Tout était fait, finalement, pour qu’on les laisse facilement partir, mais dans la clandestinité, sans leurs richesses.

Et puis, vint aussi la suppression et l’annulation des baux et ventes faits par les émigrés avant leur départ. La République s’était aperçu que ces deux systèmes favorisaient le « blanchiment » de leurs biens immobiliers, comme nous pourrions le dire de nos jours, de l’argent sale, en quelque sorte, pour l’époque.

Bon nombre des évènements tragiques, des émeutes, qui se produisirent dans nos campagnes n’étaient en fait conditionnés que par le désir de passage de richesses d’une main à l’autre et n’étaient destinés qu’à faire fuir les possédants, mais les mains vides.

Confisqués, leurs biens étaient ensuite proposés, souvent à ceux mêmes qui les avaient chassés, à vil prix, comme biens devenus nationaux. Et, c’est par cet habile mécanisme que de véritables fortunes foncières changèrent brusquement et définitivement de mains.

Dans la même année 1793, les autorités s’attelèrent aussi à une « liste des émigrés » qui permit d’y voir plus clair dans ces affaires de spoliation et d’organiser de façon raisonnable le partage des biens des malheureux proscrits.

Un tel climat social favorisa les enfouissements de milliers de trésors d’or ou d’argenterie par les candidats au départ forcé. L’émigré pensait récupérer ses biens assez rapidement. La Révolution dura jusqu’en 1799, et l’Empire maintint les lois révolutionnaires à l’encontre des émigrés, proscrits qui finirent pour beaucoup soit par disparaître, soit par faire souche dans leur pays d’adoption. Lorsque les survivants purent rentrer en France, la prise de la Bastille avait déjà 36 ans ! La plupart des fortunes cachées furent perdues, faute de souvenirs, et même parfois, pour ceux qui purent revenir, de repères levés à l’emplacement de la cache.

L’émigration fut un phénomène qui toucha tous les départements de France sans distinctions. Le but était de prendre le chemin le plus court pour quitter le pays. Suivant le lieu d’habitation, on se dirigeait vers l’Angleterre, vers la Belgique et vers l’Espagne.

Afin de régler définitivement la question des biens nationaux, la chambre vote une loi appelée « loi du milliard des émigrés » le 23 mars 1825 ».

 

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