L'agriculture au XVIIIe siècle

Publié le par Stéphane GOUPIL

Au XVIIIe s., la vigne connaît un grand essor, s'améliore en qualité ; le bénédictin dom Pérignon met au point le procédé de fabrication du champagne mousseux. La culture du maïs se développe beaucoup. La pomme de terre ne commence à être connue en France qu'àprès 1770.

En dépit de la stagnation agricole, la situation alimentaire s'améliore beaucoup au XVIIIe s. Alors que le règne de Louis XIV avait connu plusieurs famines, l'époque suivante ne souffre plus que de disettes : " on ne meurt plus de faim." Progrès acquis grâce à l'accroissement des surfaces cultivées, au développement du commerce intérieur et extérieur, à l'intervention de l'Etat, qui a multiplié, depuis le XVIe s., les magasins publics de grains, amélioré les moyens de communication, décrété la liberté d'exportation et d'importation des grains (1764), puis la liberté de commerce des grains à l'intérieur du royaume (1774).

                                                                                                                                                    

Dans les dernières années de l'Ancien Régime, la condition des masses rurales française - qui représentent 90% de la population - est bien supérieure à la condition paysanne en tout autre pays. Alors que le servage subsiste dans la plus grande partie de l'Europe centrale et orientale, il a disparu en France (sauf, pour  une infime minorité, dans quelques provinces de l'Est) ; le roi l'abolit officiellement en 1779, mais ce n'est que reconnaître une situation de fait. la petite propriété n'a cessé de se développer ;  en 1680, on l'estimait au cinquième du territoire agricole ; son étendue a doublé un siècle plus tard.

                                                                                                                                                    

Le mouvement de concentration terrienne va s'accroître au XVIIIe s., sous l'influence des physiocrates, mais, dès l'époque de Louis XIV, beaucoup de fermier - en Brie, par exemple - forment déjà une véritable bourgeoisie rurale. Certains sont "plus aisés et plus pécunieux que beaucoup de seigneurs".

                                                                                                                                                    

Cependant la condition des fermiers s'aggrave de manière très nette à partir de la fin du XVIIe s. Pour faire face aux charges importantes de la vie de cour ou de guerre, les seigneurs procèdent à des augmentations de loyers excessives. D'autre part, beaucoup de nobles ne résidant pas sur leurs terres afferment la perception de leurs droits à des financiers étrangers au monde de la campagne, soucieux uniquement de tirer le plus d'argent possible. La condition des petits fermiers devint précaire ; la plupart d'entre eux étaient obligés de chercher un salaire d'appoint, comme journaliers agricoles, ouvriers d'industrie ou charretiers. Plus dur encore était le sort des métayers, lesquels devaient livrer au propriétaire la moitié ou plus de leur production. En dessous encore, on trouvait les "manouvriers", les "brassiers", qui ne vivaient que de leurs bras, au jour le jour.

                                                                                                                                                    

La paysannerie de la fin de l'Ancien Régime est soumise à une lourde fiscalité. "Le total des impôts absorbe environ le tiers du revenu des bonnes terres, les quatre septièmes pour les terres médiocres". Mais le paysan français est un contribuable récalcitrant ; sa principale défense consiste à présenter une façade de pauvreté, car l'impôt rural par excellence, la taille, est établi d'après les signes extérieurs de richesse. Aussi faut-il rester quelque peu circonspect en face des effrayantes peintures de la vie des champs faites par les écrivains (La Bruyère) et les voyageurs.

 

source : "La France des rois" - collection Les Grands Empires chez Robert Laffont

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