OZANNE Aimé - Ouvrier aux mines

Publié le par Stéphane GOUPIL

Aimé OZANNE est né le mardi 7 avril 1818 au Molay (14).

Aimé a été une des gueules noires du Bessin. Il a exercé la profession d'ouvrier aux mines de Littry pendant plus de 25 ans (d'une manière certaine de 1844 à 1869).

 

D'après les sources " les gueules noires du Bessin - le magazine Pays de Normandie n°23 " :

« Sous les vertes plaines du Bessin, au nord-ouest du Calvados, sommeillaient des veines de charbon. A cette époque, aux XIX e siècle, l'exploitation minière marque de son empreinte la société rurale du Bessin. La mine recrute ses employés localement, dans un rayon de 10 kilomètres environ.

 

Aimé a dû être recruté au début des années 1840, à l'apogée de la mine. En effet, la production annuelle dépasse les 50 000 tonnes, et les effectifs approchent  les 1000 employés. Mais les décennies suivantes seront très difficiles : le charbon anglais, moins cher et de meilleur qualité, a de nouveau accès au marché français et supplante peu à peu celui de Littry.

Tous les espoirs de redressement résident dans la découverte d'un nouveau bassin, celui de Fumichon, qui, à partir de 1848, produit un charbon de meilleure qualité. A condition d'être lavé, ce dernier peut être utilisé dans les usines à gaz. En 1869, un contrat est même signé avec la Compagnie parisienne du gaz, qui éclaire la capitale, pour la fourniture de 5000 tonnes de charbon par an.

Mais ces nouveaux débouchés ne suffisent pas à enrayer un déclin accéléré par le comportement des actionnaires. En examinant les archives de la compagnie, nous pouvons nous apercevoir que ceux-là avaient, dès 1819, constitué un fond de réserve qui servait non pas à prévoir les investissements futurs mais à grossir les dividendes distribués chaque année. Ce fonds, régulièrement alimenté par les excédents de l'exploitation, ne sert qu'à acquérir des rentes, qui produisent à leur tour des intérêts. Quand la mine est déficitaire, les actionnaires qui ont abdiqué tout esprit d'entreprise, se rémunèrent sur le fonds de réserve. Le risque qu'ils prennent est ainsi atténué. L'aveu d'un administrateur en 1870 est éloquent : " L'importance de cette réserve (...) tend à transformer notre société créée pour l'exploitation d'une mine de charbon en une société pour l'achat en commun d'obligations de chemins de fer.

 

Quand la conjoncture se retourne, ce sont les actionnaires qui poussent à la fermeture de la mine le 31 août 1880. Le travail cesse et le dernier puits est noyé. 

 

Une grève en 1850 :

 

Aimé était en poste le 4 Mars 1850, le jour où eu lieu la fameuse grève des mineurs de Littry qui cessent le travail et s'assemblent sur le carreau.

 

Ils expliquent au directeur, Philippe-Guillaume Lance, qu'ils ne veulent pas des nouvelles lampes à huile et préfèrent continuer à s'éclairer dans les galeries à la chandelle.

 

Rapidement, le directeur comprend que ce grief n'est pas le seul ni le plus grave. Les mineurs se plaignent de l'attitude à leur égard de l'inspecteur des travaux, Nicolas Lélu, dont ils exigent le départ. La direction tergiverse. Une semaine plus tard, les mineurs reviennent à la charge, toujours avec déférence. "Il faut monsieur Lance que nous ayons de biens graves raisons (...) pour nous exposer au danger de paraître si mal reconnaître vos bontés en vous entretenant de cette demande qui vous fera de la peine... " Et le porte-parole de mettre en cause à nouveau l'inspecteur, "contre lequel l'irritation est aussi générale qu'elle est profonde ".

 

Dans un rapport adressé à la compagnie, le directeur nous éclaire sur les reproches faits à Nicolas Lélu : " Si la direction faisait appeler un ouvrier pour lui adresser une réprimande et que M. Lélu fût présent, il croyait toujours devoir renchérir sur nos paroles, l'ouvrier, pour nous, était-il un maladroit, pour lui, c'était un imbécile, n'était-il dans nos expressions qu'un paresseux, pour M. Lélu, il devenait un fainéant, un misérable pour lequel nous avions trop de bonté en ne le jetant pas à la porte. " Le 15 avril, le travail cesse à nouveau. De Paris, la compagnie réplique en ordonnant la fermeture des écoles ainsi que l'arrêt de tout secours aux grévistes et en saisissant la justice pour délit de "coalition". Neuf mineurs seront condamnés à des peines allant de dix jours à un mois de prison. Nicolas Lélu finit par démissionner, mais la compagnie contraint le directeur à renvoyer six mineurs, parmi ceux qui ont joué les intermédiaires. Le 30, elle fait volte-face : Nicolas Lélu retrouve son poste, et, pour faire bonne mesure, les mineurs licenciés sont réintégrés. Le 23 juin, lorsque l'inspecteur des travaux s'avise de redescendre dans les galeries, le travail cesse à nouveau durant cinq jours. De guerre lasse, la direction doit accepter son départ définitif.

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