La modernisation aveugle des entreprises et de l'école

Publié le par GOUPIL Stéphane

Depuis les années quatre-vingt, la « modernisation » est partout à l'ordre du jour et, au nom de la nécessaire adaptation aux « mutations du monde contemporain », c'est bien souvent une déshumanisation croissante que cette modernisation aveugle installe au cœur des rapports sociaux. C'est ce que montre Jean-Pierre Le Goff dans son livre La Barbarie douce (éd. La Découverte), à partir de deux domaines particulièrement concernés par le phénomène : l'entreprise et l'école. On y retrouve les mêmes thèmes : « autonomie », « responsabilité », « transparence », « évaluation », « projet », « contrat »... L'évaluation continuelle (dès le plus jeune âge et ce, jusqu'à l'entreprise) finit par enfermer l'individu dans des « contrats », des « projets individualisés » où chacun doit « s'auto évaluer ». Chacun, dit-on encore, doit être « acteur du changement », de son propre changement ! Mais pour aller où ? Pour quel type de société?

Réformer, moderniser l'école , on ne parle que de cela, mais pour faire quoi ? Pour transmettre quel type de savoir ? Pour former à quoi ? L'école doit-elle se soumettre à une logique étroitement adaptative liée aux évolutions du marché et aux effets de mode (voir le battage médiatique autour d'Internet qui serait une des solutions pour lutter contre l'échec scolaire) ? De nouvelles méthodes et pratiques pédagogiques, avec leur jargon et leurs multiples outils, sont présentées comme la solution enfin trouvée pour faire face à l'hétérogénéité des élèves et assurer l'égalité des chances Que faut-il en penser ? Que sont devenus les idéaux premiers de l'éducation populaire : « partager le patrimoine culturel, développer l'esprit critique, former des élites populaires » ? Ces questions sont au cœur du débat actuel qui secoue toute la société.

Le malaise qui a gagné la société entière, déstabilise les individus et les collectifs en provoquant stress et angoisse. Jean-Pierre Le Goff démonte les outils et les mécanismes de cette « barbarie douce », en montrant que celle-ci est liée au déploiement du libéralisme économique et à la décomposition culturelle qui l'a rendue possible.

Jean-Pierre Le Goff, philosophe de formation, est sociologue au Laboratoire Georges-Friedmann (Paris I- CNRS). Il préside le club Politique Autrement, qui développe une réflexion sur les conditions d'un renouveau de la démocratie dans les sociétés développées. Il est notamment l'auteur, aux éditions La Découverte, de Le mythe de l'entreprise, (1992) Les Illusions du management (1996), Le Tournant de Décembre (en collaboration avec Alain Caillé) (1996), Mai 68, l'héritage impossible (1998), la barbarie douce ou la modernisation aveugle des entreprises et de l'école (1999).

Publié dans HISTOIRE : Culture

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