Des préservatifs de la peste

Publié le par GOUPIL Stéphane

Voici un extrait des travaux de M.Giannini publiés par le Centre Départemental de Documentation Pédagogique du Vaucluse  :


Quant aux matelas, paillasses, couvertures, draps de lit, traversins, qui ont servi et sur lesquels ont couché des pestiférés, lesdits parfumeurs les jetteront dans la ruë.
En se servant de crochets de fer, par une fenêtre qu´ils auront laissé ouverte à cet effet...ensuite ils mettront le feu à toutes ces choses.

VIII
Toutes ces choses ainsi disposées on doit nettoyer fort exactement par toute la maison et jetter les ordures et immondices dans la ruë, les y faire ramasser en un tas et les faire brûler.

IX
Le Parfumeur commencera à établir ses parfums, et a y mettre le feu par le plus haut étage de la maison infectée, il ne doit point partir de là qu´il ne voye le parfum en état de bien brûler, alors il se retirera et fermera la porte...
 
XII
Les maisons ainsi parfumées doivent demeurer l´espace de trois jours fermées...et deux jours après on peut toucher les meubles...
 
XIII
On nommera un commissaire général dans chaque lieu qui aura l´intendance et l´inspection générale sur la désinfection et sur les parfums et à qui tous les commissaires particuliers et autres préposéz seront tenus de rendre compte et de ne rien faire que par ses ordres.

XIV
On divisera les villes ou villages en plusieurs quartiers selon la grandeur et l´étendue de chaque lieu, et chaque quartier aura son commissaire qui tiendra un registre des maisons qui devront être désinfectées dans son quartier, il fera mettre une Croix Rouge sur les portes desdites maisons, sur lequel registre, il marquera chaque jour les maisons qui ont été désinfectées...lorsqu´on ouvrira les maisons pour leur faire prendre l´air, il éffacera la Croix Rouge et en mettra une blanche à la place, il laissera toujours la porte de la Ruë fermée...
 
Fait à Frigolet 27 février 1721
Signé Cailus
Ms 2942  Fol 190 etss
Bb avignon

 

 
Des parfums de NÉCESSITÉ pour  les choses inanimées,
Les personnes et les animaux empestés.
 
 
On prépare les parfums de nécessité pour toutes les choses inanimées qu´on sçait empestées et pour les personnes et les animaux qu´on a lieu de soupçonner ; d´autres qu´on ne donne que par précaution toutes les fois qu´on le juge à propos pour mieux s´assurer d´un air pur et sain.
 
Les premiers doivent être violens on les compose des minéraux les plus corrosifs, des résines et gommes les plus incisives et propres à faire brûler les autres matières, la recepte suivante est fort approuvée.
    
Prenés :
            
De la poix résine.
Du souffre de chacun quatre livres
D´antimoine
D´alun
De vitriol
D´orpiment
D´arsenic de chacun deux livres
Du sel armoniac
Du galbanum
De lassa foetida
Du cinabre
De la mirrhe
Du labdanum
De l´encens de chacun une livre.
 
Mettés le tout en poudre et le mêlés avec 4 livres de bayes de laurier et de genevre concassées, deux livres de la poudre à canon et 20 livres du son pour s´en servir dans les besoins de la manière suivante.
 
On fait au milieu de la chambre que l´on veut aërier, et dans laquelle on étend tout ce qui doit être purifié, un lit d´environ quatre livres de foin bien sec, sur lequel on répand deux livres de drogues susdites, on les couvre encore avec la même quantité de foin, et on humecte le tout avec une pince de bon vinaigre et autant d´eau de vie mêlés ensemble, on y met ensuite le feu après avoir fermé toutes les ouvertures et pris soin de couvrir les meubles et autres effets précieux que la fumée pourroit gâter avec un gros drap, on doit faire en sorte que toutes les drogues puissent se consumer lentement.
 
Quand on veut faire recevoir ce parfum aux personnes suspectes on en retranche l´orpiment, l´arsenic, le galbanum, lassa foetida dont la fumée est nuisible et on substitue à la place les semences de cumin, d´anis, de fenouil, l´iris de florence, le camphre, le poivre, le gingembre, l´euphorbe, l´aristoloche, la racine de cyprès, le calamus aromatique, une livre de chacun ; il suffit qu´ils soient parfumés une demy heure, observant de leurs faire prendre l´air de temps en temps à mesure que la fumée les incommodera beaucoup, ils doivent avertir les parfumeurs.
 
Les parfums des savates, des cornes, des plumes, de vieux linges rempés dans du vinaigre, les pelures d´oignon, d´ail et autres choses qui jettent une fumée forte et pénétrante brulés dans des fourneaux avec du charbon peuvent être employés aux mêmes fins.
 
Les parfums de précaution sont simplement aromatiques, on les compose avec
Le soufre
La poix de résine, de chacun une livre
De la mirrhe
De l´encens
De succin
De poivre
Du gingembre de chacun demi livre
De la canelle
De benjoin
De storax
Du camphre
Du safran
De la muscade
Des cloux de girofles de chacun quatre onces.
 
On met le tout en poudre pour en brûler trois à quatre onces suivant ce qu´on veut parfumer avec deux ou trois livres de bayes de laurier, de genèvreet des plantes suivantes, en place de foin, humectées avec l´eau de vie et le vinaigre suffisamment.
 
Le thim, le romarin, la lavende, l´aspic, la sauge, le laurier, l´absynthe, la rüe, larmoise, le serpolet, le fenouil, la menthe, la melisse, on a soin de les faire sécher  à l´ombre, leur fumée et leur odeur sont d´un grand usage contre la contagion.
 On doit purifier une ou deux fois la semaine les chambres de la maison qu´on habite le plus.
 
...on en brûlera dans des cassolettes toutes les fois qu´on entrera dans les chambres des malades...
 
On parfume aussi tout ce qu´on est obligé de recevoir du dehors comme les étoffes, les toiles, le papier, le bois, dans la crainte que ces choses ne soient infectées.
 
Dans toutes ces occasions on fait brûler du vinaigre sur une pelle rougie au feu, ou l´on le fait évaporer avec l´eau de fleurs d´orange.
 
Extraits du livre : « Des préservatifs de la peste ».
Bb Avignon Ms 2942 Fol 1


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