L'amende honorable

Publié le par GOUPIL Stéphane

 

Dans le droit normand, l'amende honorable est une réparation humiliante pour le délinquant qui peut avoir une forme spéciale pour le cas d'une accusation calomnieuse de meurtre ou de vol;

« En 1397, comme relaté par l'Echiquier de Normandie ou Echiquier de Rouen, cour souveraine de Normandie, des écuyers et des bourgeois firent amende honorable des voies de fait dont lls s'étaient rendus coupables envers le prieur et les religieux de Montaure (27), les injuriant, les frappant avec des bâtons et des épées, brisant enfin les portes du prieuré, et y faisant d'incroyables dégâts. C'était, avec cette maison religieuse, avoir insulté la royale abbaye de Saint-Ouen de Rouen, dont le prieuré de Montaure était l'une des succursales, et le roi lui-même qui avait mis ces religieux en sa sauvegarde. Un jour donc, à Montaure, on vit revenir au prieuré l'écuyer Ouyrel er ses comlices, non plus arrogants cette fois, armés de toutes pièces, et prêt à tout briser, mais « nudz pieds, sans chaperon, sans ceinture, portans et tenans dans leurs mains chascun ung cierge de cire de deux livres pesans. » C'était à un jour de fête de Notre-Dame, la foire tenant à Montaure. L'affluence était grande, et ce jour, sans doute, n'avait pas été choisi sans dessein. Ils s'étaient directement rendus au prieuré. « Là, publiquement, en présence de nombre de gens, ils s'agenouillèrent devant damp Naguet, prieur, lui amendèrent lesdiz excedz et maléfices, lui requérant humblement que il leur pardonnast » ; ce qu'il fit. Se relevant alors, on les vit entrer dans l'église du prieuré, y offier leurs cierges, payer enfin au prieur 200 livres d'amende proufitable. Peu de jours après, dans l'église abbatiale de Saint-Ouen de Rouen, eut lieu une scène semblabe de tous points, où figuraint les mêmes acteurs. Seulement l'amende profitable en fut, cette fois, que de cent livres tournois; Tout cela s'était fait ainsi, par ordre de l'Echiquier » (Reg. Echiq., 13 juin 1397).

Mais le dénouement n'était pas toujours semblabe. Toujours en 1391, par arrêt de cette cour, « fu pendu au haut gibet de Rouen, un escuyer de noble lignée, nommé Porc-Pinchié », dont le crime était « d'avoir batu un paysan qui estoit en sauve garde et tresves de luy. » Pour celui-là, il n'y eut point de grâce ; et la chronique remarque même « qu'il estréna le gibet. » (chronique ms. Bib. Royale.)

Commenter cet article