NOTRE BUT

Passionné de génealogie et d'histoire, je souhaite partager mes recherches. Ce blog est le prolongement de l'arbre généalogique de la famille GOUPIL - PERIER avec comme de-cujus mes enfants :

http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil.

 

La pratique de la généalogie évolue : faire des arbres avec des noms et des dates reste assez limité ; en tant que généalogiste, je suis également curieux de notre histoire familiale. Pour donner une image, le corps humain est composé d'un squelette, mais aussi d'organes et de chair. En généalogie, c'est la même chose. Il est important de faire des recherches en vue de comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres : quel métier exerce-t'il, pourquoi untel a migré dans une autre région, etc. 

 

Ce blog a pour but de publier simplement des articles sur des thèmes de recherches (généalogie, histoire), partager des dossiers, de façon à les rendre consultables par des internautes (généalogistes, historiens, amateurs ou professionnels). Vous avez la possibilité de les commenter.

N'hésitez-pas à me communiquer l'adresse de vos blog et ainsi créer un vrai réseau, et établir de vrais contacts entre des personnes qui partagent les mêmes passions que moi.

N'hésitez-pas également à vous inscrire à la newsletter (voir pavé de droite) et devenir ainsi un abonné afin de recevoir les nouveaux articles mis en ligne. 

 

 

"On peut reconnaître assez facilement l'histoire officielle d'un pays, la liste des rois, de ses ministres, de ses guerres, de ses traités, et cependant la véritable histoire n'est pas là, c'est dans les masses profondes des travailleurs de tout ordre que réside la vie réelle de la Nation" - Edouard Herriot (1er mai 1909).  

 

Recherche

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

livres lus

- Généalogie de L'Europe - ATLAS DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE - Sous la direction de Pierre Lamaison - conseiller historique Pierre Vidal-Naquet, Hachette Livre, 1994 :

Autour de Pierre Lamaison, une équipe d'historiens et d'anthropologues de haut niveau offre au public une généalogie de l'Europe, de la préhistoire au XXe siècle. De conception inédite, cet atlas illustré de 450 documents en couleurs, propose, à travers 80 tableaux généalogiques associés à 160 cartes en couleurs, des clés pour comprendre des phénomènes de longue durée dispersés sur une aire géographique très vaste qui rendent compte de l'unité et la variété politiques et culturelles de l'Europe actuelle.


 - Physiologos Le bestiaire des bestiaires, traduit du grec, éd. Jérôme Millon : voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-991736.html


Je vous conseille de lire le livre de Jean-Louis Brunaux : "Les gaulois" - collection "Guide Belles Lettres de Civilisations" publiés aux Editions Les Belles Lettres (2005)... suite - voir l'article => http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-1275187.html

Images Aléatoires

Concours

W3C

  • Flux RSS des articles

Saint Ouen

Ouen (Audoenus) s’appelait d’abord Dadon. Il naquit dans une famille aristocratique qui possédait de vastes domaines dans les diocèses de Meaux et Soissons. Son père Authaire avait reçu l’Irlandais Colomban, chassé de Luxeuil. Dadon fut élevé au palais royal et devint un familier de Dagobert. A la mort de ce dernier, il obliqua de la carrière de cour vers la cléricature, comme plusieurs de ses amis, par ex., Didier et Eloi, évêques de Cahors et Noyon. Il est consacré évêque de Rouen, le 13 mai 641, le dimanche des Rogations. Conseiller écouté de la reine Bathilde, il semble avoir pris plus tard le parti d’Ebroïn contre saint Léger. Il fit aussi beaucoup pour le développement du monachisme fondant avec ses frères Rebais (près de Meaux) qu’il confia à saint Aile, envoyant Germer à Pental, aidant Wandrille et Philibert à établir Fontenelle, Fécamp, Jumièges, Montivilliers et Pavilly. Il mourut à Clichy en 684 au retour d’un voyage à Cologne. On se préoccupa très tôt d’organiser son culte puisque l’on procéda à la première élévation de son corps à l’ascension, le 5 mai 688.

 

Sa popularité lui valut plusieurs fêtes dont on peut se demander si elles ne correspondent pas à un programme de christianisation de plusieurs points sensibles du calendrier. On fêtait en effet son ordination et sa première élévation au début mai, mais une seconde translation le 1er février à une autre période cardinale du férial celtique. Même sa fête principale, le 24 août ne semble pas entièrement le fruit du hasard. Elle correspond en effet avec la fin de la canicule. Surtout, on note qu’elle répond à la fête d’un autre des plus célèbres évêques de Rouen, Prétexta, honoré le 24 février, pour découper l’année en deux moitiés égales. Pour Ouen on sait que mort à Clichy, il a été enterré à Rouen ce qui laissait quelque latitude. Mais Prétexta est assurément mort assassiné dans son église le 14 avril 586. Et le 24 février est une date remarquable de l’année, celle où l’on intercalait le jour supplémentaire des années bissextiles. Cette situation hors du temps normal lui conférait un pouvoir de séparation tout particulier.

 

Si l’on rajoute que le premier évêque de Rouen, saint Mellon, était fêté le 22 octobre et Romain le prédécesseur de Ouen, le 23 octobre, et que Victrice le plus célèbre de Rouen avec Ouen, l’était le 7 août, l’on s’aperçoit que les quatre périodes fondamentales du calendrier celtique ont accueilli les fêtes les plus célèbres pontifes rouennais. Un autre système de relations en rapport avec la période caniculaire associait aussi saint Ouen à ses principaux collaborateurs masculins, honorés deux à deux de manière quasi-symétrique par rapport à la date du 24 août : Wandrille, le 22 juillet, Germer le 24 septembre, Philibert le 20 août, Aile le 30.

 

 

Source : Le Bulletin de la société de Mythologie Française – trimestriel – Juin 2005 2e trim. n°219

 

 

A voir dans la rubrique « personnages célèbres » :

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-670040.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-661176.html

 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-575558.html

 

Dans la rubrique « Anecdotes de l’histoire » : parfois l’histoire se joue à peu de chose !!

Henri Wallon, lors de sa réception à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1850
© Association des descendants et amis de l’historien et homme politique Henri Wallon

 

Le 30 janvier 1875, un député catholique de droite, Henri Wallon, propose lors des discussions sur les lois constitutionnelles, l’amendement suivant : « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. » Amendement qui introduit le mot « République » au grand dam des royalistes qui n’ont pas pu réussir leur restauration monarchique, et qui est voté à une voix de majorité ; au moment du vote, un député monarchiste, souffrant de sa prostate, est parti aux toilettes…

Source : Pierre Ripert - Les Anecdotes de l’histoire de France – maxi poche histoire

A voir également les articles suivants consacrés au XIXe siècle :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-767294.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-751690.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-721656.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-721586.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-720853.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-638388.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-367470.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-359540.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-295629.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-290927.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-284143.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-282786.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271549.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271512.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-260308.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-242511.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-236471.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-228866.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-225802.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-222490.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-216593.html

 

Dans la rubrique « Anecdotes de l’Histoire »

Un jour qu’il voit passer les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, Talleyrand, ancien évêque qui connaît bien son latin, a ce mot : « Hic, haec, hoc ». C’est-à-dire celui-ci pour le futur Napoléon Ier, Celle-là pour Cambacérès, qui évitera que l’homosexualité soit mentionnée – et punie- dans le Code civil, et ça pour Lebrun, homme effacé à qui l’on doit cependant la création de la Cour des comptes.

 

Cambacérès

Voir dans la même rubrique :

 

-          La révolution par la débauche : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-770662.html

 

-          La tabatière de Louis XVIII : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-751690.html

 

Dans la série "Anectode de l'Histoire"

Man Ray, Portrait imaginaire de Sade (1938)

Pendant la Révolution, une vague de licence déferle sur le pays déboussolé ; jamais les prostituées n’ont été si nombreuses. Certes, on a pas attendu la Révolution pour se livrer à la débauche, et comme autrefois les exemples viennent de haut : Brissot est un ancien moine paillard ; Chaumette un homosexuel qui ne se cache pas ; Mirabeau a multiplié les aventures amoureuses ; Fabre d’Eglantine, l’auteur d’Il pleut, il pleut bergère, apprécie… les bergères ; Barras est, en amour comme en affaires, un corrompu ; Cambacérès (qui sera surnommé la « première dame de l’Empire ») met des dentelles pour se promener au Palais-Royal et Danton déserte parfois la Convention pour les jolies femmes. Le marquis de Sade, sorti de prison, publiait une Justine à la laquelle Restif de la Bretonne répond par une Anti-Justine obscène ; Sade renchérit par une Nouvelle Justine, ou les  prospérités du vice. La luxure s’étale au nom de la liberté.

 

Source : Pierre Ripert - Les Anecdotes de l'Histoire de France - maxipoche histoire.

Voir également en complément :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-767294.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-713026.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-252897.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248401.html

 

Je vous recommande de visiter le site : Annuaire 1789 - 1815 (http://www.1789-1815.com/annuaire.htm).

 

 

L’objectif  de cet « Annuaire » est de rassembler un ensemble de connaissance, tel qu'il pouvait être accessible aux personnes curieuses et instruites de l'époque (1789-1815).
Dans un esprit "encyclopédiste", il rejoint les tentatives faites à l'époque par les auteurs des divers "annuaires statistiques", pionniers d'une science nouvelle, qui se trouve définie de la manière suivante dans le premier numéro des "Annales de statistique" (1801) :

"La statistique est l’exposé méthodique et positif des objets qui composent la richesse et la force d’un état, c’est le tableau physique de l’Etat.
Les divisions générales de la statistique sont :
    1° l’étendue et la division du territoire ;
    2° la population et son rapport avec l’étendue territoriale ;
    3° les productions ;
    4° l’industrie ;
    5° le commerce et ses moyens ;
    6° la navigation marchande ;
    7° les revenus de l’Etat ;
    8° les forces de terre et de mer.

Il est bien entendu que, avec le recul historique, certaines matières qui n'entraient pas dans "la statistique", trouvent à nos yeux un d'intérêt que ne leur accordaient pas les austères savants de l'époque : les mentalités, la législation, la mode, la cuisine et tout ce qu'on peut englober sous l'appellation de "vie pratique".

Tous ces aspects de la vie de l'époque 1789-1815 seront donc abordés dans l'Annuaire, et tout au long de l'exploration de la presse d'époque, de nouvelles informations viennent enrichir cette base de données.

** Statistique
On lit dans le Moniteur du 26 nivôse an 10, dans un article de
Peuchet consacré à l'Annuaire statistique du Département de l'Isère :
Nous devons à plusieurs hommes de lettres laborieux et instruits d'excellents tableaux de l'état économique, civil et militaire de leurs départements respectifs, sous le nom modeste d'Annuaires. Ces ouvrages exigent beaucoup de soin, de recherches, une intelligence particulière des matières d'administration ; l'on doit donc un témoignage public de reconnaissance à leurs auteurs, qui, en répandant des notions et des détails utiles à connaître, secondent ainsi les vues du gouvernement pour tout ce qui tient à la prospérité du  commerce et des campagnes.

Si vous souhaitez sans attendre en savoir plus sur la vie sous la Révolution et l'Empire, les n°1 à 11 de La Patience vous intéresseront certainement. Découvrez dans les publications de Bernard Coppens l'information qui vous intéresse, commandez ces publications et/ou faites-lui savoir (par émail) quels sont les thèmes qui ont votre faveur.

Toutes les composantes de l'Annuaire s'enrichissent sans cesse. Revenez fréquemment, ou demandez d'être tenu au courant en recevant les Nouvelles du Jour.

Personnages

Faits et événements

La France et le Monde

En complément, voir les articles suivants, relatifs à cette période :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-721586.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-295629.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-284143.html

 

Dans une nouvelle sous série d'article "Les anecdotes de l'Histoire de France", voici un premier texte insolite :

Louis XVIII, bien que podagre (la gangrène lui dévore les jambes), croit nécessaire, à l'instar de ses ancêtres, de s'afficher avec des maîtresses. Il n'en a qu'une, et nul n'ignore que leurs amours sont platoniques (il a toujours été impuissant). C'est Mme Du Cayla, et ses familiarités avec elle confinent à la sénilité : sa plus grande folie consiste à prendre une prise de tabac sur sa sa gorge nue !

Sources : Les Anecdotes de l'Histoire de France - Pierre Ripert - coll. maxipoche, histoire, 2005

A lire également les articles déjà parus dans la catégorie  "Histoires généralités" :

- La bataille de Formigny : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-732630.html

- Les transformations sociales du 19e siècle ... : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-720853.html

 

La notion de «paysannerie» se définit principalement en termes de collectivité, par rapport au travail de la terre, dont le paysan tire ses ressources. Par-delà les singularités géographiques et les évolutions historiques, les communautés liées à la terre par leur travail dépendent à la fois des contraintes naturelles et de l'organisation sociale globale, qui conditionnent leur rapport au temps et à l'espace.

Les définitions de la paysannerie

Pour l'historien, le monde paysan est considéré comme une collectivité territoriale nouant des rapports spécifiques et évolutifs avec la société globale. Pour le géographe, cette même collectivité est envisagée sous l'angle de son rapport à l'environnement, qu'elle utilise ou qu'elle façonne suivant ses besoins, ses ressources humaines et ses capacités techniques. Le sociologue, voire l'anthropologue, cherche à savoir s'il existe une logique paysanne, par-delà les singularités géographiques et les évolutions historiques, et de quelle manière et dans quelle mesure cette logique est liée à la nature de l'activité paysanne.

  1. L'appropriation des terres par les paysans

  2. La forêt

  3. Les différents types d'exploitation

  4. Les différentes catégories de paysans

 

  1. L'APPROPRIATION DES TERRES PAR LES PAYSANS

    Les paysans ne possédent pas la terre qu'ils travaillent et sont assujettis à ceux qui jouissaient sur elle d'un droit éminent, seigneuries locales ou pouvoir central. Il existe donc plusieurs modes d'appropriation des terres et plus exactement trois modes différents:

    • domanial et d'usufruit portant sur les manses: voir le chapitre précédent.

    • allodial: voir le chapitre précédent.

    • communautaire et d'usufruit: Les communaux sont un ensemble de biens dont la communauté des habitants possède l'usage : pâquis, friches, landes, buissons, herbages, marais, forêts. Cette zone sert essentiellement à l'élevage du bétail, surtout celui des petits paysans et des pauvres. Les communaux contribuent largement à assurer l'unité de la cellule rurale. La gestion des espaces communaux (droits de pacage, de vaine pâture, d'essartage, d'écobuage), qui comprennent aussi bien les chaumes, les parcours que les forêts, existait avant l'ordre féodal et a alors été réglementée et re-délimitée à la baisse à côté des manses et des domaines seigneuriaux; à côté aussi de la propriété allodiale. Au milieu du XVIIe siècle, la communauté a perdu beaucoup de ses biens. Les enquêtes des intendants révèlent l'ampleur de l'usurpation des communaux par des seigneurs, les riches robins et marchands, et les notables locaux. De nombreux procès éclatent entre communautés voisines. Le sentiment de la propriété du communal fortifie l'esprit de groupe. Au XVIIIe siècle, la grande usurpation seigneuriale et bourgeoise est terminée. Si la restitution des communaux n'a pas pu être réalisée, la monarchie, par ses intendants, assure la protection de la communauté et de ses biens. Mais une autre menace se dessine avec l'essor de l'individualisme et avec l'influence des théories physiocratiques, qui gagnent les pouvoirs. Les droits et usages communaux sont perçus comme contraires à la liberté naturelle et aux progrès économiques. De 1769 à 1781, le partage des communaux est autorisés par édits dans les Trois-Évêchés, la Lorraine (mars 1767), l'Alsace, le Cambrésis, la Flandre, l'Artois, la Bourgogne, la généralité d'Auch et de Pau. Ailleurs, des opérations identiques sont faites localement. L'on pousse à la mise en culture des anciens terrains de pacage collectif. Parallèlement, la liberté de clore les terres individuelles est accordée, mettant fin au libre parcours, jusque là pratiqué après les récoltes en pays de champs ouverts. La résistance paysanne s'exprime plus ou moins spontanément par les bris individuels ou collectifs des clôtures. Dans les faits, les partages de communaux sont assez rares : les villages restent en général fidèles à la propriété collective.

      Ce sont ces communaux qui ont inspiré la tradition municipale républicaine, dont les baux communaux emphytéotiques.

       

  2. LA FORET

    Pendant les guerres de religion, les opérations militaires, les besoins des armées, les difficultés financières des rois et des princes entraînent un désordre dont souffrent les forêts, malgré les ordonnances des souverains. Sous Henri IV, le relèvement est lent et incomplet en dépit de la création d'une surintendance générale des eaux et forêts. Ni Richelieu, ni Mazarin ne parviennent à enrayer la décadence des forêts françaises, tombées depuis le début du XVIe siècle d'environ 35% du territoire à 25-26%. C'est Colbert qui mène à bien la tâche de réformation par la grande ordonnance des eaux et forêts, prise à Saint-Germain-en-Laye en août 1669 : les forestiers royaux ont une compétence accrue; des règles précises d'exploitation doivent être suivies dans les forêts seigneuriales et privées. Mais en raison des guerres, des constructions navales et des forges, d'importants dégâts sont commis dans les forêts au cours de la seconde moitié du règne de Louis XIV. La situation paraît s'améliorer ensuite jusque vers 1750. La fin de l'Ancien Régime est marquée par le déclin des forêts, réduite par la demande d'une population plus nombreuse et plus exigeante, les défrichements, les besoins des armées, de la marine et des industries. Les cahiers de doléances regorgent de réclamations sur la rareté et la cherté du bois. 

    Le rôle de la forêt est considérable pour les paysans sous l'Ancien Régime, avec divers droits d'usage, soumis aux usages locaux : 

    • droits d'affouage: droit d'usage concédé, à l'origine, de la propre volonté du seigneur à une communauté d'habitants, l'autorisant à se servir du bois de feu. La plus part des coutumes limitent le droit de l'usager au bois mort, ou au bois vif des essences inférieures de la forêt. L'affouage peut aussi être le produit de la forêt de la communauté, destiné au chauffage est délivré aux habitants. La forêt, qui fournit l'affouage, s'appelle souvent la fourasse.
    • droits de maronage: droit, pour un membre d'une communauté d'habitants, d'obtenir du bois, appelé bois de maronage ou de marnage, bois merrain ou merrien, destiné à la construction ou à la réparation des maisons (pièces de charpente,etc)
    • droits de ramassage du miel ou des fruits sauvages
    • glandée (ou panage ou paisson): c'est le droit d'envoyer les porcs rechercher glands et faînes dans les forêts pendant une période déterminée; selon les régions, cela va du 8 septembre (Notre-Dame de septembre), du 29 septembre (Saint-Michel), ou du 1er octobre (saint Rémy) au 30 novembre (saint André), parfois au 1er février. Selon certaines coutumes, cette période est prolongée jusqu'au 23 avril (saint Georges): c'est le temps de recours, d'arrière-paisson ou d'arrière-panage. La redevance qui correspond à cet usage de première nécessité permet de faire des baux de glandée un placement assez important, dont les règles sont précisées par l'ordonnance de 1669, avec fixation du nombre maximum des porcs par les maîtres particuliers des eaux et forêts
    • droits de vaine pâture: pour les bêtes à laine ou pour le gros bétail (pacage), pâture sur les friches, les bords des chemins, les bois de haute futaie, les bois taillis après 4 ou 5 ans, et sur les terres débarrassées des cultures. Chaque membre de la communauté d'habitants peut y envoyer ses bêtes sans frais, elle est réglée par les coutumes
    • droits de chasse aux animaux nuisibles ou aux oiseaux de passage.

    La sylviculture cependant progresse au cours du XVIIIe siècle. Duhamel du Monceau préconise d'implanter en France des espèces étrangères, d'allonger le cycle des taillis jusqu'à 30 ans, d'éclaircir les futaies feuillues. En 1786, Brémontier commence le reboisement des Landes.

     

  3. LES DIFFERENTS TYPES D'EXPLOITATION

    Plus que la propriété, c'est l'exploitation qui définit les différentes catégories de paysans :

    • Au sommet, les grands exploitants (de l'ordre de 30 hectares), tenanciers exploitants généralement désignés sous le terme de «laboureurs», exploitent une centaine d'hectares dont dans la plupart des cas, ils ne sont pas tenanciers de la totalité (faire-valoir mixte) car ils  en louent une partie à un propriétaire absent (évêque, chanoine du chapitre de la cathédrale, notaire, médecin, etc...). Cette terre est  reçu à ferme, un propriétaire  la loue pour un certain temps: ils deviennent donc fermiers et le loyer dû est le fermage, la terre donnée est dite terre affermée. Ils disposent de «charrue et attelage». Les paysans indépendants s'en tirent même pendant les mauvaises années. Les plus aisés, ceux à qui il reste un surplus de grains négociables, sont souvent nommés «coqs de paroisse», ou, dans le nord, «fermiers à grosses bottes» et «matadors». Ce sont des notables ruraux, souvent alphabétisés; ils jouent un rôle prépondérant dans les assemblées villageoises. Le «coq de village» est souvent l'intendant du seigneur pour lequel il perçoit les rentes, dont il garde une partie.

    • En dessous, les petits exploitants : propriétaires parcellaires, fermiers ou plus souvent métayers, nommés selon les régions «ménagers, bordagers, closiers, personniers, faisandier». Leur condition, souvent précaire, dépend à la fois de l'étendue de leur exploitation, souvent morcelée (autour de 5 hectares) et de la conjoncture économique. Généralement, les paysans qui n'ont en faire-valoir direct que quelques parcelles insuffisantes pour les faire vivre (souvent moins de 2 hectares) sont contraints de cultiver principalement la terre d'autrui.

     

  4. LES DIFFERENTES CATEGORIES DE PAYSANS

    Le paysan français du XVIIIe siècle (souvent présenté sous le terme de laboureur) exerce l'une des professions suivantes.

    • Le fermier paye un cens important car ils possède beaucoup de terre. On le dit aussi censier, dans le sud on l'appelle maître de mas. Ce laboureur, gros exploitant, est le chef de son village et arrive en condition sociale derrière le seigneur mais parfois avant; en notabilité derrière le curé. Il se rencontre notamment dans les riches plaines de grande culture du Bassin Parisien ou de la région du Nord. Il appartient à la bourgeoisie rurale. Il peut avoir une vingtaine de vaches, 150 à 200 moutons, cinq à six chevaux de labour, des charrues à soc de fer, une centaine d'hectares. Il a une charrette, deux ou trois valets (ferme, écurie), deux ou trois servantes. Il a des journaliers par dizaines qu'il paye. Il prend à ferme les terres qui sont autour de ses tenures : celles de l'abbaye, de l'évêque, d'un riche robin... Il sait lire et écrire: il faut rédiger des comptes rendus. Il administre le village et est intendant du seigneur. Comme il est alphabétisé, il est souvent receveur des dîmes, de la taille. C'est lui qui opprime les paysans: il réclame des impôts plus forts que ceux demandés. C'est lui qui fixent les salaires de la région, qui consent les prêts aux autres paysans: prêts de bois, prêts de semence, prêts d'argent. Tous sont remboursables en travail.
      Il a des livres, est le seul à avoir des almanachs. Il forme avec les autres fermiers une société fermée pratiquant l'endogamie à niveau égal. Il devient souvent marchands (bois, vins, eau de vie). Chez le laboureur, la soupe est grasse, avec du cochon. Il porte des blouses tissées serrées (imperméabilisées). C'est un notable, il achète des terres et constitue la base de la société en renouvelant les élites.

    • Le métayer reçoit une terre à ferme. Le métayage est le mode de tenure le plus fréquent dans l'Ouest, le Centre et le Sud de la France. Le propriétaire apporte le capital foncier, du bétail et des semences; le métayer, ses outils et sa force de travail. Dans le bail à mi-fruit, tous les profits sont partagés par moitié. Parfois le propriétaire ne prend que le tiers, exceptionnellement le quart; il s'agit alors d'une amélioration du bien-fonds, apportée par le métayer, par exemple dans le cas de conversion d'une terre ou d'une friche en vigne. Dans la Gâtine poitevine, la métairie est «un domaine rural pourvu de bâtiments, exploité par un fermier ou un métayer, et dont l'étendue exige un cheptel abondant, en particulier un train de labourage très étoffé». Son étendue se situe entre 25 et 60 hectares. Les types de métayages sont en France très divers et de statut souvent complexe.

    • Le «manouvrier», «laboureur à bras» ou «brassier» (vivant du travail de ses mains ou de ses bras), «valet de ferme» (payé à l'année), «valet de charrue», «journalier» (qui se loue à la journée): Ils ne sont ni propriétaires, sauf de minuscules parcelles, ni exploitants. Ils appartiennent à la catégorie pauvre et majoritaire de la société. Cet énorme prolétariat rural, qui représente 60% de la paysannerie, est composé de salariés agricoles permanents, occasionnels ou saisonniers. Ils  trouvent parfois un complément de ressources dans l'artisanat rural: tisserand en Picardie, émigration temporaire comme instituteur ou colporteur dans les Alpes, maçon dans le Limousin, montreur d'ours dans les Pyrénées. 

      La maison est petite, en bois et en chaume. Ils ont une pièce ou deux, dorment à côté de la vache et des moutons. Les matelas sont en pailles (paillasse). D'où dans les contrats de mariage l'attention du retour de la couverture : prêt de dix ans. Il y a très peu de meubles : des bancs, un coffre dans lequel on met tout. Il n'y a pas d'armoire, de livres. Ils ont un jardin clos, non assujetti à la dîme, un ou deux champs qui font moins d'un hectare. Jamais de bœufs, de chevaux, donc pas de charrue. On creuse les sillons avec l'araire au soc en bois. Ils n'ont pas de charrette non plus. Les vêtements sont rapiécés en haillons. C'est la catégorie la plus menacée par la misère. La mort du père entraîne la misère de la veuve et des enfants. Ils sont la base de la violence et du grand banditisme. Cette population vit de braconnage et de cueillette. Le pain est noir : du seigle ou pain de pis. Ils mangent de la soupe matin et soir : c'est la nourriture de base. Elle est claire : choux et eau chaude dans laquelle où on fait tremper le pain rassis. On mange des œufs, assez peu de fruits frais : il n'y en a pas, mais des amandes, noix et fruits des bois (fraises, framboises), comme légumes : des pois cassés, lentilles, fèves (soupe), pas de pomme de terre, tomate ou haricots.

      Ces paysans on les voit souvent dans les archives avec deux professions. Par exemple, l'été ils sont marqués brassiers et l'hiver ils sont notés tisserand. La petite paysannerie travaille à domicile la laine, le chanvre, le lin et on tisse des toiles en fonction des régions. Ils font tous les travaux, ils sont tour à tour : charbonniers, bûcherons, faneurs, moissonneurs, vendangeurs, ... Ils ne peuvent se nourrir et donc se louent et vivent de la vente de leur basse-cour (canards, lapins, deux ou trois brebis), leur caractère essentiel est de d'être dépendants sur le plan économique. Cette paysannerie quasiment sans terre peut posséder quelque bétail grâce à l'existence des biens communaux et au droit de vaine pâture, d'où son attachement aux pratiques collectives, combattues en revanche par les gros exploitants. Mais même s'il est propriétaire, le manouvrier est hors d'état d'assurer la subsistance de sa famille. Il lui faut contracter avec un bourgeois de la ville un bail à cheptel, qui lui permet d'avoir un peu de lait, de beurre et de fromage. Il doit surtout travailler pour autrui au moment des fenaisons, moissons, vendanges. Le reste de l'année, il cherche du travail dans les bois, l'entretien des terres à céréales et des vignes, dans la construction de maisons. En fait, la situation est très variable selon les régions et les époques :

      • Dans le Midi, les manouvriers dépourvus de propriété et misérables se rencontrent partout, mais en nombre relativement réduit.

      • Dans l'Ouest, les bordagers exploitent des étendues inférieures.

      • Autour de Paris, il y a davantage de laboureurs que de manouvriers au XVIe siècle.

      • Dans les villages de Picardie, les manouvriers-sergers associent aux activités paysannes le travail de filature et de tissage pour le compte de marchands-entrepreneurs du bourg et de la ville voisine qui leur procurent matière première et métiers à tisser. Ce type se rencontre aussi dans les autres régions productrices de textile (Ouest, Champagne, Languedoc).

    • Les vignerons appartiennent à une catégorie en pleine expansion. Les vignerons ont de petites terres mais qui produisent un produit de qualité. Ils sont donc dans une catégorie assez aisée de la paysannerie. Pour en savoir plus voyez le dernier chapitre.

À peu près partout, l'évolution économique provoque, surtout à la fin du XVIe siècle et dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l'endettement des paysans, et réduit progressivement leur propriété : le phénomène est surtout sensible dans les pays de vaste culture où, comme dans le Bassin Parisien, les manouvriers forment la grande majorité de la population rurale.

Source

un coup de coeur pour le site d'Estelle Biron que vous trouverez à l'adresse suivante :

http://perso.wanadoo.fr/estelle.biron/accueil/accueil.htm 

Voir aussi les articles suivant dans la catégorie "vie à la campagne" :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-584774.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-569378.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-562390.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-554025.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-346274.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-339966.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-306023.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248401.html

 

En 1556, pour lutter contre les infanticides, Henri II promulgue un décret obligeant les femmes non mariées ou veuves qui se trouvaient enceintes à déclarer leur état. Mais le caractère imprécis du texte fait, qu'en province, cette déclaration pouvait être faite auprès d'un greffe, d'un juge, d'un notaire, voire même d'un curé. Ainsi on retrouve quelquefois de telles déclarations dans les registres paroissiaux.

Cependant, au cours du XVIIIe siècle, la déclaration dut être faite au bailliage, et quelques registres de ces déclarations subsistent.

Mais voilà parfois les déclarations peuvent déraper, en effet, une de mes ancêtres a fait une fausse déclaration de grossesse !!

 

 A  ce sujet, voir l'article déjà paru : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-290920.html

 

Sources :

- le site "généacaux" : http://www.geneacaux.org/grosses/index.php3

 

 

Voir également d'autres portraits d'ancêtres :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-638388.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-260308.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-252897.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-252866.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-250852.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-250842.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-236471.html

 

Un peu de vétusté littéraire :

C'est grâce aux chroniques médiévales qu'un événement comme la bataille de Formigny peut-être connu et reconstitué.

Pour vous permettre d'apprécier la saveur de la langue du XVe siècle, voici le récit que fit de la bataille Jean Chartier, chantre de l'abbaye de Saint-Denis, frère du poète bayeusain Alain Chartier et de l'évêque de Paris Guillaume Chartier, dans sa Chronique de Charles VII.
Nous avons respecté l'orthographe de l'édition de Vallet de Viriville dans la Bibliothèque Elzevirienne, Paris, 1858, Vol.II, pages 192 à 200
.

De la journée de Fremigny gaignée par les Françoys sur les Anglois.

 

       L'an mille quatre cent cinquante, le douxiesme jour d'avril après Pasques (Pâques était le 5 Avril), se deslogèrent de devant la susdite ville de Vallongnes (Valognes) ledit Kyriel et ses gens, avec ceux des garnisons susdites de Caen, Bayeux et Vire, mentionnées au précédent article, et allèrent passer tous ensemble les vez (la baie des veys) Sainct-Clément, pour tirer vers les villes de Bayeux et de Caen. Laquelle chose estant venue à la cognoissance des gens du roy, qui s'estoient mis sur les champs exprès pour les cuider trouver et surprendre, poursuivirent iceulx Anglois combien qu'ils fussent en petit nombre, et tant chevauchèrent qu'à la fin il les actignirent vers iceux guez S. Climent. Et estoit commis de par le roy à faire cette poursuite et estre en cette exécution son lieutenant le conte de Clermont, avec lequel estoient le conte de Castres, le séneschal de Poictou, les seigneurs de Montgascon, et de Rays, admiral de France, le séneschal de Bourbonnois, les seigneurs de Mauny et de Mouy, Robert Counigam, Messire Geoffroy de Couvran, Joachim Rouault, Olivier de Bron, et plusieurs autres chevaliers et escuyers, jusques au nombre de cinq à six cents lances et les archiers.

     De laquelle compagnie se séparèrent lesdits Geoffroy de Couvran et Messire Jouachim Rouault pour aller quérir de tous costez leur advantage sur iceulx anglois. Et tant chevauchèrent qu'ils trouvèrent leur estrac et leur piste. Alors, combien qu'ils eussent peu de gens avecques eux, néantmoins, comme preux et hardis cavaliers, ils allèrent vaillamment férir sur leur arrière-garde, en laquelle ils tuèrent et mutilèrent plusieurs d'iceulx Anglois. Puis se retirèrent iceux Françoys ung peu d'espace de temps, et mandèrent le dit conte de Clermont, qui n'estoit pas fort loing ; lequel, accompaigné comme dit est, fist grande diligence et grandement son devoir de tirer après iceulx Anglois, et les poursuivit tant qu'ils les actignit auprès d'ung village nommé Fourmigny, situé entre Carentan et Bayeux. Et quand iceulx anglois virent et apperçurent les François anisi venir à eux, ilz se misdrent en bataille, et mandèrent diligemment quérir un capitaine de leur party nommé Mathago, cuidans faire merveille, lequel s'estoit séparé d'avecques eulx cette mesme journée seulement au matin, quinzième jour d'Avril, pour s'en aller à Bayeulx, lequel, sur ce mandement, retourna aussi-tost à l'aide de ses compaignons. Là furent le Anglois et les François l'ung devant l'autre bien l'espace de troys heures, toujours s'occupans en escarmouches ; pendant quoy faisoient iceulx Anglois, par le moyen de leurs dagues et espées, de grands trous et fossez en terre devant eulx, afin que ceulx qui les assaulldroient pussent tomber dedens avec leurs chevaux.

 

 

 

      Lesdits Anglois s'estoient fort mis à leur advantage ; car ils avoient laissé derrière leurs dos grant quantité de jardinages plains de pommiers, périers (poiriers), et autres arbres, afin qu'on ne les pust surprandre par derrière, et avoient aussi environ un traict d'arc derrière eux une petite rivière, et entre deux encore d'autres jardinages pleins d'arbres ; le tout afin qu'on ne les pût attaquer à dos. Et pour ce que le susdit conte de Clermont, institué, comme dit est, lieutenant du roy en cette affaire et poursuite d'iceulx Anglois, avoit peu de gens avecques luy au regard de ses adversaires, envoya hastivement à Sainct-Lô devers le conte de Richemont, connestable de France, afin qu'il vînt à son secours, luy mandant qu'autrement luy et ses gens estoient bien taillez et en péril d'avoir fort à faire, attendu que iceulx Anglois excédoient lors en grand nombre de gens de guerre les François. Et tant tost ce venu à la cognoissance dudit connestable, se party bien hastivement ledit mercredy quinzième jour d'avril, environ sur les trois heures du matin, et s'advança diligemment pour courir la besoigne, combien qu'il venoit tout de tire de Bretaigne : et chevaucha donc, luy et sa compaignie, jusques en ung lieu nommé de Trémères (Trévières). Lors estoient en sa compaignie Messire Jacques de Luxembourg, Monseigneur le conte de Laval, le sire de Lohéac, mareschal de France, le sire d'Orval, le mareschal de Bretaigne, le sire de Saincte-Sévère et de Boussac, avec plusieurs autres seigneurs, chevaliers et escuyers, jusques au nombre de deux cent à douze vingts lances et huit cent archiers.

      Après il partit de ce lieu de Tremères, ou Tomières, où il avoit couché le soir précédent, et chevaucha très-diligemment, combien que les anglois avoient desja passé les susdits guez, tant qu'il vint jusques à ung molin à vent, au dessus de Fremigny ou Formigny. Et là, à la veue d'iceulx Anglois, il fit mectre tous ses gens en bataille. Or estoient descendus à pied des gens dudit conte de Clermont, devant la venue dudit connestable, mille cinq cent archiers, lesquels avoient esté reboutez bien asprement par les Anglois, qui en suite avoient gaigné quelques couleuvrines sur les François.

       Adonc le connestable fit marcher Gilles de Sainct-Simon, Messire Jean et Philippe de Malestreit frères, Messire Anceau Gaudin, et le bastard de la Trimouille, vaillant chevalier en armes, avec ses archiers, droit à un pont qui là est. Incontinent que lesdits Anglois qui là estoient apperceurent la venue d'iceluy connestable, Mathago et maistre Robert Ver, avec bien mille Anglois en leur compaignie, s'enfouyrent à Caen et à Bayeux. Ce que voyant le susdit Kyriel, il se retira avec le corps de sa bataille pour gaigner un ruissel, et le village qui là estoit. Et au bout d'iceluy pont, descendit à pied une partie des archiers du connestable, qui combatirent à l'aisle d'embas la bataille des Anglois, où il y eut plusieurs de tuez et de prins, et furent là deffaits et batus iceux Anglois.

       Et donc passa le connestable, avec le demourant de ses gens , ledit ruisseau, et se joignit ensuite avecques le susdit conte de Clermont, après que la susdite aisle d'embas des Anglois feut deconfite. Puis incontinent le grand séneschal de Normandie (Pierre de Brézé), vint demander congié audit connestable de faire descendre son enseigne vers l'aile d'amont ou d'en haut ; ce que le connestable lui accorda. Lors cet octroy et congié estant donné audit séneschal, luy et sa compaignie chargèrent furieusement contre les Anglois, et tellement s'y comportèrent, que les Anglois estans en cette aisle furent tous tuez et desconfits. Tost après marchèrent la compaignie du connestable et ses gens, en belle ordonnance, tant qu'ils furent près du susdit villaige, où ils passèrent icelle petite rivière sur le grand chemin (la route actuelle). Pourquoy entrèrent lesdits Anglois en grand doubte et crainte, tant qu'ilz laissèrent et abandonnèrent le champ, et se reculèrent vers ladite rivière, sur le grand chemin, où ils furent derechef assallis de toutes les compaignies des François.

 

 

 

       Là il fut vaillmment combatu d'une part et d'autre. Mais combien que lesdits François ne fussent en tout, par le rapport des héraultx, que trois mille combattants, et les Anglais de six à sept mille combatans, néantmoins, par la grâce et miséricorde du souverain Dieu des armées, furent iceux Anglois enfin totalement desconfits. Desquels, par le rapport des héraultx, des prestres et des bonnes gens qui là estoient, furent tuez sur le champ et enterrez en la place, en quatorze fosses, trois mille sept cent soixante et quatorze. Et y furent prins prisonniers Messire Thomas Kyriel, Henry Norbery, Thomas Druic ou Driuc, Messire Thomas Kirkeby, Christofle Aubercon ou Auberchon, Jean Arpel, Helix Alengour, Janequin Basceler, Godebert Cailleville, et plusieurs autres cappitaines et gentils-hommes anglois portant cottes-d'armes.

       En conformant au langaige vulgaire disant mieulx valoir une bonne fuyte que une mauvaise actente, s'enfuyrent et habandonnèrent leurs compaignons tous des premiers, ayans le cœur failly ; c'est à sçavoir le susdit Mathieugo, Robert Ver, Henry Lours ou Loys, Maistre Meillan ou Merlain et ung autre cappitaine, réputé d'ailleurs vaillant, qui avoit la charge de trente lances, et cinq cent archiers.

       Et furent bien estimez les prisonniers anglois prins en ladite journée de douze à quatorze cents. Et s'en alla ledit Mathego à Bayeux, et ledit Messire Robert à Caen.

       Et ainsi, par la vertu divine, furent les Anglois desconfits. En laquelle journée se portèrent très vaillamment et très chaleureusement, sans aultruy blasmer, Monseigneur de Montgascon et Monseigneur de Saincte-Sévère, comme aussi fit Messire Pierre de Bresay, séneschal de Poictou, lequel entre tous les autres y fit moult vaillement. Car lesdits Anglois si chargèrent très fort et si asprement sur ses gens et sur ceux du bailli d'Evreux, que gouvernoit et conduisoit Monseigneur de Maulny, et tellement qu'ils gaignièrent, du cousté où ils estoient, deux couleuvrines sur eux. Mais ledit Pierre de Bresay et ses gens descendirent à pied, puis chargèrent sur eulx si rudement, qu'ils les recongnèrent et reboutèrent par l'un des bouts de leur bataille de la longueur de quatre lances de distance ou environ. En quoi faisant, il recouvra lesdites couleuvrines. (...)

       A la susdite journée du party des François ne mourut au plus que huict personnes seulement. Après cela partit l'ost des François, qui s'en allèrent tous ensemble mectre le siège devant la ville de Vire. (...)

       Ainsy finit la journée de Fremigny.

 

 

 

 

 

 

Voir l'excellent site sur la bataille de Formigny : http://membres.lycos.fr/formigny/

Voir également différents articles récents relatif à la Normandie :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-711818.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-711818.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-707463.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-670040.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-661176.html

   

1851

Coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (02/12) - Exposition internationale de Londres - Construction des Halles de Paris par Baltard (1851-1858) - Utilisation des Presses rotatives d'imprimerie

Henry Murger, Scènes de la [Vie de] Bohème - Barbey d'Aurevilly, Une Vieille maîtresse - Sainte-Beuve, Causerie du lundi

1852

Second Empire (02/12), règne de Napoléon III (1808-1873) - Création du Bon Marché (Boucicaut), du Crédit foncier et du Crédit mobilier (les frères Pereire) - Premier aéronef à moteur

Théophile Gautier, Émaux et Camées - Leconte de Lisle, Poèmes antiques - Hachette crée les Bibliothèques de gare - Création de la collection de la Bibliothèque Elzévirienne - Création de la Librairie Larousse - Dictionnaire de l'économie politique de Coquelin et Guillaumin (1852-1853)

1853

Annexion de la Nouvelle-Calédonie - Début des grands travaux d'Haussmann (1809-1891) - Organisation des Conseils des Prud'hommes - Création du Conseil supérieur de l'agriculture, de l'industrie et du commerce - Découverte de l'aspirine par Charles Gerhardt

Victor Hugo, Les Châtiments

1854

Début de la conquête du Sénégal - Guerre de Crimée (1854-1855) - Création du Félibrige - Loi sur l'obligation des livrets ouvriers

Procédé de fabrication industrielle de l'aluminium par H. Ste Claire-Deville

Gérard de Nerval, Les filles du feu

1855

Première Exposition universelle de Paris

Gérard de Nerval, Aurélia - Dictionnaire historique des institutions, moeurs et coutumes de la France de Cheruel - Création de la Librairie A. Fayard - Courcelle-Séneuil : Manuel des affaires

1856

Société d'Économie Sociale - Découverte de l'homme de Néanderthal - Procédé de fabrication de l'acier par Bessener

Victor Hugo, Les Contemplations - Gustave Flaubert, Madame Bovary - George Sand, Histoire de ma vie - Dictionnaire de l'administration française de Block

1857

Occupation de la Grande Kabylie - Éclairage au gaz des grands boulevards à Paris - Invention du papier à pâte de bois

Théophile Gautier, Le Roman de la Momie - Théodore de Banville, Odes funambulesques

Champfleury, Le Réalisme - Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal - Procès de Baudelaire et Flaubert - Fondation de la Revue spirite

1858

Attentat d'Orsini - Premier traité de Tien-Tsin d'ouverture de la Chine (20/05) - Société chimique de Paris

Première édition du Dictionnaire universel des contemporains de Vapereau - Création de la librairie Dunod

1859

Guerre d'Italie - Société d'Anthropologie de Paris - Adoption du projet Labrouste pour le réaménagement de la Bibliothèque impériale - Fondation de la Société Générale

Victor Hugo, La Légende des siècles - Frédéric Mistral, Mireille - Nouveau dictionnaire de la langue française de Pierre Larousse - De l'origine des espèces de Charles Darwin - Adoption du principe de la reconnaissance internationale de la propriété littéraire et artistique

1860

Traité de libre-échange entre la France et l'Angleterre (23/01) - Annexion de la Savoie et du comté de Nice (24/03) - Débarquement français au Liban (30/08) - Premier congrès international de Chimie à Karlsruhe (Wurtemberg)

Création du Tour du Monde

Edmond de Goncourt, Charles Demailly - Louis-Edmond Duranty, Le Malheur d'Henriette Gérard - Création du Moniteur scientifique

1861

Intervention au Mexique - Début de la guerre de Sécession

Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse

1862

Occupation de la Cochinchine - Guerre du Mexique (1862-1867) - Foucault : mesure de la vitesse de la lumière

Création de la Société pour l'enseignement professionnel des Femmes (Elisa Lemonnier)

Victor Hugo, Les Misérables - Edmond About, L'Homme à l'oreille cassée - Gustave Flaubert, Salammbô - Leconte de Lisle, Poèmes barbares

1863

Percement du canal de Suez - Protectorat sur le Cambodge - Fondation du Crédit lyonnais - Création de l'Enseignement secondaire spécial (Victor Duruy) - Première ligne de métropolitain à Londres

Ernest Renan, Vie de Jésus - Eugène Fromentin, Dominique - Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré (1863-1873) - Dictionnaire général de politique de Block (1863-1864) - Création de la Revue politique et littéraire (Revue Bleue) - Création du Petit-Journal par Millaud - Salon des Refusés

1864

Rétablissement du droit de grève (Loi E. Ollivier) - Fondation de la Première Internationale (Association Internationale des Travailleurs) - Première automobile à essence - Convention de Genève : création de la Croix rouge internationale

Jules et Edmond de Goncourt, Renée Mauperin - Jules Verne, Voyage au centre de la Terre - Création du Magasin d'Éducation et de Récréation par Hetzel

1865

Reconnaissance légale de la valeur du chèque

Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale - Création de la Librairie Alphonse Lemerre

1866

Faillite du Crédit mobilier - Premières photographies en couleurs (autochromes)

Création de la Revue des Questions Historiques - Premier recueil du Parnasse Contemporain - Loi étendant à 50 ans la propriété des oeuvres littéraires

1867

Deuxième Exposition Universelle à Paris (avril) - Inauguration de la salle "Labrouste" de la Bibliothèque Impériale - Troupes françaises à Rome (1867-70) - Loi sur les Sociétés anonymes - Nobel invente la dynamite (Suède)

Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse - Début de la collection des Grands Écrivains de la France par Hachette - Création de la Librairie Flammarion - Les Merveilles de la Science de Louis Figuier (1867-1891) - Premier tome du Catalogue générale de la librairie française d'Otto Lorenz

1868

Fondation de l'École pratique des Hautes Études - Premiers cours secondaires pour les femmes (Duruy) - Napoléon III fonde une caisse pour les accidents du travail

Alphonse Daudet, Le Petit Chose

1869

Lois sur la libéralisation de la presse et du droit de réunion - Inauguration du Canal de Suez

Fondation de la Bourse du travail à Paris

Sully Prudhomme, Les Solitudes - François Coppée, Le Passant - Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin - Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale - Lautréamont, Les Chants de Maldoror - Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers - Paul Verlaine, Fêtes galantes

1870

Guerre franco-allemande (01/08) - Défaite de Sedan (02/09) - Troisième République (04/09) - Gouvernement de la Défense nationale - Création de la Revue de législation ancienne et moderne française et étrangère

Armand Colin crée sa maison d'édition

1871

Commune de Paris (18/03-28/05) - Traité de Francfort et cession de l'Alsace et de la Lorraine (V) - Présidence d'Adolphe Thiers (1797-1877)

Inauguration du tunnel du Mont-Cenis

Deuxième recueil du Parnasse Contemporain - Émile Zola, Les Rougon-Macquart (1871-1893, 20 vol.)

1872

École libre des Sciences politiques - Société de législation comparée - T. Adams invente le chewing-gum

Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon - Création de Nature et de la Critique philosophique par C. Renouvier

1873

Présidence du maréchal de Mac-Mahon (1808-1893) - Georg Cantor, théorie des Ensembles - Remington invente la machine à écrire

Tristan Corbière, Les Amours jaunes - Charles Cros, Le Coffret de Santal - Barbey d'Aurevilly, Les Diaboliques - Arthur Rimbaud, Une saison en enfer - Les Merveilles de l'industrie de Louis Figuier (1873-1877)

1874

Protectorat sur le Tonkin (traité de Hué) - Première exposition des Impressionnistes

Émile Zola, La Conquête de Plassans - Victor Hugo, Quatre-vingt treize - Paul Verlaine, Romances sans paroles

1875

Expédition de Savorgnan de Brazza au Congo (1875 - 1882)

École d'Anthropologie de Paris - Fleming découvre les chromosomes (Allemagne) - Inauguration du Palais Garnier - Fondation de l'école française à Rome

Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions de l'ancienne France - Création de la Revue Historique

1876

Bell invente le téléphone

Jean Richepin, La Chanson des gueux - Stéphane Mallarmé, L'Après-midi d'un faune - Troisième recueil du Parnasse Contemporain - Nouvelle géographie universelle de Reclus (1876-1894) - Création de la Revue Philosophique de la France et de l'Étranger par T. Ribot - Création du Petit Parisien

1877

Charles Cros et Edison inventent parallèlement le phonographe

Débuts de la librairie de Pierre-Victor Stock - Dictionnaire de l'administration française - Création des Annales de démographie internationale et du Journal des Voyages

1878

Troisième Exposition Universelle à Paris - Création des chaires d'Économie politique en province - Union postale universelle

Hector Malot, Sans Famille - Création de la Revue Occidentale philosophique sociale et politique par P. Laffitte

1879

Présidence de Jules Grévy (1807-1891) - Louis Pasteur découvre le principe du vaccin - École Normale primaire - Établissement du 14 juillet comme fête nationale et la Marseillaise comme hymne national

Jules Vallès, L'Enfant - Nouveau dictionnaire de géographie universelle de Vivien de Saint-Martin (1879-1900)

1880

Conquête du Soudan par Gallieni (1880-1895) - Amnistie des communards - Atelier de photographie à la Bibliothèque nationale

Georges Clémenceau fonde le journal La Justice - Parution des Soirées de Médan

L'astronomie populaire de Camille Flammarion

1881

Protectorat sur la Tunisie - Gratuité de l'école primaire - École normale supérieure de Jeunes filles

Création de l'École des hautes études commerciales et de la Société académique de Comptabilité - Lois sur la Presse - Ouverture du cabaret Le Chat Noir

Pierre Loti, Aziyadé

Émile Zola, Le Roman expérimental - Création de La Réforme sociale sous le patronage de Frédéric Le Play

1882

Ligue des Patriotes - École de Physique-Chimie industrielles - Lois Jules Ferry sur l'enseignement primaire laïque et obligatoire

Henry Becque, Les Corbeaux - Barbey d'Aurevilly, Une Histoire sans nom - Création de la revue L'Astronomie

1883

Colonisation du Gabon et du Congo (1883-1886) - Début de la colonisation de Madagascar - Traité de Hué : protectorat sur l'Annam

Maurice Rollinat, Les Névroses - Création du journal Le Cri du Peuple de Jules Vallès et du journal Le Matin

1884

Lois sur la liberté syndicale, le divorce et les communes - Le Symbolisme - Automobile à vapeur De Dion-Bouton

Invention de la poubelle par le préfet du même nom - Waterman invente invente le stylo à réservoir

Joris-Karl Huysmans, A rebours - Paul Verlaine, Jadis et naguère - Joséphin Péladan, Le vice suprème

1885

Chute du gouvernement Jules Ferry après la défaite de Long-san au Tonkin (28/05)

Ouverture de la salle des Manuscrits à la Bibliothèque Nationale - Funérailles nationales de Victor Hugo - Protectorat français à Madagascar - Peugeot lance le vélocipède

Guy de Maupassant, Bel Ami - [Adoré Floupette], Les Déliquescences - La Grande Encyclopédie de Berthelot (1885-1902) - Création de la Revue socialiste

1886

Loi d'exil des princes (23/06) - Début du Boulangisme 1886-1889

Léon Bloy, Le Désespéré - Pierre Loti, Pêcheur d'Islande - Villiers de l'Isle-Adam, L'Eve future - Création des Annales de l'École libre des Sciences politiques - Convention de Berne sur la propriété littéraire

1887

Affaire Schnaebelé - Affaire du trafic des décorations - Présidence de Sadi Carnot (1837-94) - Création de l'Indochine française - Création du Théâtre libre par Antoine

Guy de Maupassant, Le Horla - Jules Laforgue, Moralités légendaires - Manifeste des cinq (contre Zola) - Création de la Revue d'Économie politique et de La Science Illustrée

1888

Inauguration de l'Institut Pasteur - Premier emprunt russe - Fondation de Djibouti - Dunlop invente le pneumatique

Guy de Maupassant, Pierre et Jean

1889

Deuxième Internationale - Faillite de la compagnie du canal de Panama - Exposition universelle à Paris, inauguration de la Tour Eiffel

Lucien Descaves, Les Sous-Offs - Paul Bourget, Le Disciple - Maeterlinck, Serres chaudes - Grand dictionnaire international de la propriété industrielle de Maillard de Marafy (1889-1892) - Création de la Revue Blanche et du Mercure de France

1890

Destruction de l'empire d'Ahmadou (Soudan) - Création du Théâtre d'art par Paul Fort - Suppression du livret ouvrier - Joseph Opinel crée son couteau

Jules Huret, Enquête sur l'évolution littéraire - Ernest Renan, L'Avenir de la Science - Dictionnaire général de la langue française de A. Hatzfeld, A. Darmesteter, A. Thomas (1890-1900)

1891

Occupation du Niger, protectorat sur le Laos - Toast du cardinal Lavigerie en l'honneur de la république - École Romane de Jean Moréas

André Gide, Les Cahiers d'André Walter - Nouveau dictionnaire d'économie politique de Say et Chailley-Bert (1891-1897)

1892

Vague d'attentats anarchistes (1892-1894) - Début du scandale de Panama - Chronophotographie de Marey

Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte - Création de la Revue hebdomadaire

1893

Lois scélérates - Protectorat de la France au Dahomey - Invention du moteur Diesel

José Maria de Heredia, Les Trophées - Création de la Revue de métaphysique et de morale par X. Léon, E. Halévy et L. Brunschvicg

1894

Présidence de Jean Casimir-Perier (1847-1907) - Affaire Dreyfus (1894-1906) - Prise de Tombouctou - Michelin met au point le pneu à chambre

Congrés géologique de Zurich

Atlas général de Vidal-Lablache - Fondation des éditions du Mercure de France - Création de la Revue politique et parlementaire et de la Revue générale de droit international public

1895

Présidence de Félix Faure (1841-1899) - Roëntgen découvre les Rayons X (Allemagne) - Première séance publique de cinéma par les frères Lumière (Paris) - Création de la CGT

Emile Verhaeren, Les Villes tentaculaires - Création de la Revue coloniale

1896

Occupation de Madagascar - Réception à Paris du tsar Nicolas II - Fondation de la ligue du Coin de terre et du foyer - Projet du métro parisien par Bienvenüe - Première Olympiade à Athènes - Invention de la TSF par Marconi

Alfred Jarry,

1801

Fin de la guerre de la deuxième coalition - Traité de Lunéville - Signature du Concordat avec le Pape (15/07)

Chateaubriand, Atala - Destutt de Tracy, Éléments d'idéologie

Traité de minéralogie de René-Just Haüy

1802

Bonaparte, consul à vie - Réorganisation de l'instruction secondaire - Création de la Légion d'honneur - Création des chambres de commerce - Gay-Lussac : loi de dilatation des gaz

Chateaubriand, Génie du christianisme - Madame de Staël, Delphine - Création des Annales de Statistique ou Journal d'Économie

1803

La Louisiane est vendue aux Etats-Unis

Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique - Chamfort, Pensées

1804

Premier Empire (18/05) - Règne de Napoléon Ier (1769-1821) - Adoption du code civil (21/03)

Senancour, Oberman

Première ascension scientifique en ballon par Biot et Gay-Lussac

1805

Jacquard perfectionne le métier à tisser (Lyon) - Groupe de Coppet (1805-1810) - Fin du calendrier républicain (31/12)

1806

Début de la Construction de la colonne Vendôme et de l'Arc de Triomphe - Blocus continental

Biographie moderne de Michaud - Publication du Code du Commerce

1807

Début de la confection du cadastre

Madame de Staël, Corinne ou l'Italie

1808

École spéciale militaire de Saint-Cyr - Début de la Construction de La Bourse (Paris) - Création de l'Université de France

1809

Chateaubriand, Les Martyrs

1810

Mariage de Napoléon Ier et de Marie-Louise (02/04) - Publication du code pénal

De l'Allemagne de Madame de Staël est interdit (sera publié en 1814, à Paris)

Manuel du libraire et de l'amateur de livres par J. Ch. Brunet (1ère éd.)

Appert commercialise son procédé de conservation

1811

Ouverture de la rue de Rivoli (Paris) - Découverte de la morphine par B. Courtois

Naissance de la Bibliographie de l'Empire français [puis de la France] - Biographie universelle par Michaud (1811-1862)

1812

Campagne de Russie

Création de l'industrie sucrière (betterave)

Dictionnaire des sciences médicales de Panckoucke (1812-1822)

1814

Première restauration (05/04) - Règne de Louis XVIII (1755-1824) - Charte Constitutionnelle (04/06) - Laennec découvre l'auscultation médiate (stéthoscope)

Création du Censeur européen

1815

Les cent-jours (23/03) - Seconde restauration (08/07) - Congrès de Vienne

Pierre-Jean de Béranger, Chansons - Création du journal Le Constitutionnel

Parution du 1er tome de "l'histoire naturelle des animaux sans vertèbres" de Lamarck

1816

Abrogation du divorce

Benjamin Constant, Adolphe - Début de la traduction des oeuvres de Walter Scott par Defauconpret

1818

Évacuation de la France par les alliés

Marceline Desbordes-Valmore, Élégies et romances - Création du Conservateur de Chateaubriand et de La Minerve française

1819

Création du Conservateur littéraire par les frères Hugo - Publication de la collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France des origines au début du XVIIIe siècle par Petitot et Monmerqué (52 volumes, 1819-1827) - Chaptal, L'Industrie française - Sismondi, Nouveaux principes d'Économie politique

1820

Romantisme (1820-1848)

Académie de Médecine - École spéciale de Commerce et d'industrie (École Blanqui) - Caventou et Pelletier découvrent la quinine

Lamartine, Les Méditations poétiques - Publication de la collection des Mémoires relatifs à la Révolution française par Berville & Barrière (1820-1828) - Création des Annales de législation et d'économie politique

1821

Création de l'École des Chartes - Société de Géographie de Paris - Création de la première ligne de chemin de fer (Angleterre) - Société des Bonnes-Lettres

Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg - Henri de Saint-Simon, Du système industriel - Chefs-d'oeuvre des théâtres étrangers chez Ladvocat

1822

Champollion déchiffre les hiéroglyphes

Fresnel, théorie ondulatoire de la lumière - Fourier, théorie analytique de la chaleur - Niepce, principe de la photographie

Stendhal, De l'Amour - Charles Nodier, Trilby

1823

Expédition d'Espagne

Stendhal, premier Racine et Shakespeare - Emmanuel de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène - Saint-Simon, Le Catéchisme des Industriels - Création de la Muse française et des Tablettes Romantiques - Mémoires des contemporains pour servir à l'histoire de France, principalement à celle de la République et de l'Empire (1823-1824) - Mémoires relatifs à l'histoire de France de la fondation de la monarchie jusqu'au XIIIe siècle par Guizot (31 volumes, 1823-1835) - Création du Mercure du XIXe siècle

1824

Règne de Charles X (1757-1836) (16/09) - Début du salon de l'Arsenal de Nodier - Création de l'imagerie d'Epinal

Sadi Carnot, Réflexion sur la force motrice du feu - Création du journal Le Globe

1825

Indépendance de Saint-Domingue

Stendhal, second Racine et Shakespeare - Mérimée, Théâtre de Clara Gazul - Bibliothèque latine-française depuis Adrien jusqu'à Grégoire de Tours éditée par Panckoucke (1825-1863) - Création du Producteur, journal de l'industrie, des sciences et des beaux-arts

Discours sur les révolutions de la surface du globe Cuvier

1826

Création de la librairie Hachette

Adolphe Blanqui, Résumé de l'histoire du commerce et de l'industrie - Le journal Le Figaro devient quotidien

1827

Crise économique - Intervention navale en Grèce - Ohm : lois fondamentales du courant électrique (Allemagne) - Le Cénacle de Victor Hugo

Victor Hugo, Cromwell - André-Marie Ampère, Théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques

1828

Sainte-Beuve, Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au XVIe siècle

1829

Charbonnerie française - Le Petit Cénacle (1833) - Fondation de l'Église Saint-Simonienne - Création de l'École centrale des Arts et Manufactures par Jean-Baptiste Dumas (1800-1884)

Victor Hugo, Les Orientales

Sainte-Beuve, Vie, Poésies et pensées de Joseph Delorme - Honoré de Balzac, Les Chouans - Création de la Revue des Deux-Mondes, du journal Le Temps, du Correspondant et de la Revue de Paris

1830

Prise d'Alger (04/07) - Les Trois glorieuses (27-28-29/07) - Monarchie de juillet (09/08), règne de Louis-Philippe, roi des Français (1773- 1850) - Création de la Société française d'Archéologie - Galois : théorie des groupes

Victor Hugo, Hernani - Stendhal, Le Rouge et le Noir - Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses - Création du journal Le National de Thiers Mégret et Carrel - Création de L'Artiste et de L'Avenir de Lamennais

1831

Révolte des Canuts (21 et 22/11) - Société royale d'Agriculture, sciences et arts - Découverte du chloroforme par Liebig, Guthrie, Soubiran

Auguste Barbier, Iambes - Victor Hugo, Notre-Dame de Paris - Essor de la presse illustrée

1832

Épidémie de choléra - Soulèvement d'Abdel-Kader (Algérie 1832-1847)

George Sand, Indiana

Alfred de Musset, Un spectacle dans un fauteuil

1833

Loi sur l'instruction primaire (Guizot) - Fondation du Congrès Scientifique de France - Gauss : Télégraphe électrique

Honoré de Balzac, Eugènie Grandet - Théophile Gautier, Les Jeunes-France - Rédaction et publication de l'Histoire de France de Jules Michelet (jusqu'en 1867)

Encyclopédie nouvelle de Leroux et Reynaud - Création du journal L'Univers et de la Revue mensuelle d'Économie politique de Théodore Fix

1834

Comité des Travaux historiques et scientifiques - Société de l'Histoire de France

Villeneuve-Bargemont, Économie politique chrétienne - Alfred de Musset, Lorenzaccio - Sainte-Beuve, Volupté - Félicité Lamennais, Paroles d'un croyant - Dictionnaire latin-français de Quicherat - Création de la Revue des Études historiques et de la Revue archéologique

1835

Création de l'agence Havas - Bohème Galante - Braille définie le système d'écriture pour les aveugles - Fabrication de la seringue de Pavaz

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique - Honoré de Balzac, Le Père Goriot

Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin - Recueil des Documents inédits relatifs à l'Histoire de France, sous la direction de Guizot

1836

Inauguration de la ligne ferroviaire Paris / Saint-Germain-en-Laye - Inauguration de l'Arc de Triomphe à Paris

Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle - Jean-Baptiste Dumas , Philosophie chimique - Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France du XIIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle par Michaud et Poujoulat (32 volumes, 1836-1838) - Création du "journal moderne" : La Presse par Émile de Girardin et Le Siècle par Dutacq - Essor du roman-feuilleton - Création de la librairie Lévy (Paris) - Création du Journal de Mathématiques pures et appliquées

1837

Avènement de la Reine Victoria (20/06) - Commission des Monuments historiques - Fondation de la Société des Gens de Lettres - Télégraphe électrique par Morse

Honoré de Balzac, Les Illusions perdues - Mérimée, La Vénus d'Ille

1838

Intervention militaire dans le Rio de La Plata - Bessel : mesure de la distance d'une étoile (Allemagne) - Premiers daguerréotypes - Premiers "steamers"

Victor Hugo, Ruy Blas - Début de la Bibliothèque Charpentier (nouveau format in 18°)

1839

Premiers établissements au Gabon (1839-1843) - Société d'Ethnologie de Paris - Création de la chaire de Législation industrielle au CNAM - Vulcanisation du caoutchouc par Goodyear

Honoré de Balzac, Splendeur et misère des courtisanes - Stendhal, La Chartreuse de Parme - Petrus Borel, Madame Putiphar - Lamartine, Recueillements poétiques - Première livraison de la Bibliothèque de l'École des Chartes - Dictionnaire du commerce et des marchandises de Guillaumin (1839-1841) - Création de la librairie Privat à Toulouse

1840

Premiers établissements français à Madagascar (1840-1841)

Premier Banquet Communiste - Institut des Provinces - première moissonneuse par McCormick

Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens - Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?

1841

Protectorat sur Mayotte - Lois de Joule - Morse : premier télégraphe électrique entre Baltimore et Washington

Claude Tillier, Mon oncle Benjamin - Création du Journal des Économistes

1842

Premiers établissements français en Côte-d'Ivoire, à Tahiti - Création du réseau des chemins de fer - Société d'Économie politique

Eugène Sue, Les Mystères de Paris - Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit - Honoré de Balzac, La Comédie Humaine (Furne, 1842-1848)

1843

Prise de la Smalah d'Abdel Kader - École du Bon Sens - Début de la construction de la Bibliothèque Sainte-Geneviève

Victor Hugo, Les Burgraves - François Ponsard, Lucrèce - Création de L'Illustration par Paulin

1844

Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo et Les Trois Mousquetaires

Dictionnaire des sciences philosophiques de Franck (1844-1852)

1845

Début de la Grande Famine en Irlande (1845-1867)

Eugène Sue, Le Juif errant - Charles Dunoyer, De la liberté du travail - Furne reprend les fonds de Curmer et Hetzel

1846

Le Verrier : découverte par le calcul de la planète Neptune

Dictionnaire du diplomate et du consul de Cussy - Création des Annales de la Société d'économie politique - Constitution de la librairie Masson

1847

Campagne des Banquets Réformistes - Monnier invente le béton armé

Jules Michelet, Histoire de la Révolution française - Fondation du Cercle de la Librairie

1848

Journées révolutionnaires (février) - Deuxième République (25/02) - Abolition de l'esclavage (27/04) - Journées révolutionnaires de juin - Présidence de Louis-Napoléon Bonaparte (10/12) - École d'Administration - Club Lycée des Prolétaires - Club des Travailleurs libres - Club de la Sorbonne - Club du Peuple - Ruée vers l'or en Californie

Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe - Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias - Création des Annales de la Charité

1849

Premier timbre-poste français

George Sand, La petite Fadette - Parution du premier volume du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France - Parution des Comptes rendus des séances de la Société de Biologie et de ses filiales

1850

Loi Falloux sur l'enseignement - Fondation de l'agence Reuter - Clausius : deuxième loi sur la thermodynamique

Pour une partie de l'Europe occidentale , les États-Unis, le Japon … le 19°s est la période de leur révolution industrielle. Celle-ci est un changement brusque et irréversible dans l'économie de ces pays, l'industrie devenant le secteur dominant et moteur. Pourtant les bouleversements ne sont pas qu'économiques, mais aussi sociaux. Quels rapports entretiennent les transformations sociales du 19°s avec la révolution industrielle ? Expliquent elles en partie le décollage économique ou en sont elles une conséquence ?

 

I- Transformations sociales conditions préalables a la révolution industrielle.

A - Croissance démographique, facteur de croissance économique. 

Du point de vue de l'offre.

La croissance démographique entraîne un gonflement du marché du travail, les enfants étant très vite en age de travailler (dès 4, 5 ans). C'est la constitution " d'une armée industrielle de réserve " (Marx) permettant de diminuer les salaires.

 

Du point de vue de la demande.

Une forte population représente une forte demande, toutes les branches productives ( agriculture, textile, sidérurgie…) doivent se moderniser pour y répondre (investissements). D'après Boserup la pression démographique représente un défi et stimule ainsi les progrès agricoles, c'est une " pression créatrice ".

 

A contrario Sauvy explique la lenteur de la croissance économique de la France par sa faible croissance démographique.

 

B - Constitution de deux classes, base de la RI.

Avènement de la bourgeoisie.

- C'est le principe de la liberté d'entreprendre (" laisser faire "). Les idées révolutionnaires françaises ont joué un grand rôle, en s'étendant à l'Europe. La liberté individuelle se confond avec la liberté d'entreprise. Une classe de commerçants ( en attente) en profite.

 

- La valeur mobilière devient supérieure à la valeur foncière, c'est le passage de l'aristocratie à la bourgeoisie.

 

- Il y a une ouverture des marchés intérieurs (pratique du " laisse passer ") Ex : en Prusse, constitution en 1834 de la Zollverein, une union douanière .

 

Apparition d'une classe ouvrière soumise et exploitée (volonté d'écrasement).

- Le cadre juridique enlève tout obstacle au libre contrat. Les coopérations et associations sont ainsi interdites (1791 loi Allarde, Le Chapelier en France). Les aides aux pauvres sont quasiment supprimées ou conditionnées au travail en Angleterre dans les Workhouses (1834).

 

- Mais la situation est loin d'être égalitaire : le patron est cru sur parole, en 1803 livret ouvrier.

 

- Les conditions de travail sont difficiles (travail 16h/jours …. Travail des femmes, des enfants…).

 

Cette législation permet d'avoir des coûts de production très bas, au niveau du salaire d'airain (minimum vital).

 

Transition : Les transformations sociales jettent, en partie, les bases de la RI. Elles sont une condition indispensable au décollage économique. Cependant il semble que l'industrialisation ne soit pas sans conséquence sur la société.

 

II - Transformations sociales, résultats de la RI

A - La RI pousse la croissance démographique et l'urbanisation.

La démographie.

- Baisse du taux de mortalité · les progrès agricoles et techniques engendrent des surplus alimentaires que l'on peut transporter vers les villes (améliorations des réseaux de transports).

 

· amélioration de l'hygiène ( augmentation du textile, réseaux d'assainissement…).

 

· progrès médicaux ( vaccin contre la variole).

 

- des taux de natalité encore importants dus au développement urbain et à la vie en usine (mariages précoces, naissances illégitimes)

 

- l'immigration : la croissance économique attire (États-Unis).

 

L'urbanisation.

- La RI privilégie le factory system : concentration géographique, développement des villes .

 

- La RI améliore la productivité agricole et permet un dégagement de main d'œuvre paysanne, exode rural.

 

B - Des structures sociales qui se renforcent, d'autres se créent.

Bourgeoisie : elle s'est peu à peu formée (ancienne aristocratie, riches marchands, self made man). Mais il y a un repli sur elle même (investissements trop importants).

 

Ouvriers : les conditions difficiles engendrées par la RI (cf. rapport de Villermé 1845 : condition de vie, alcoolisme, violence, prostitution…) mènent les ouvriers à s'unir. Ils ont une " conscience de classe pour eux " (Marx). Leur mouvement (révoltes " classe laborieuse, classe dangereuse ", grèves, syndicalisme…) mène à une législation qui leur est plus favorable ( 1864 droit de grève, 1884 droit de réunion loi Waldeck-Rousseau …).

 

Formation d'une classe moyenne : Les villes et l'augmentation des revenus fin 19°s permet l'apparition de commerçants, des services. La plus grande intervention de l'État conduit à la montée des fonctionnaires (instituteurs…).

 

 

 

Conclusion

Les transformations sociales accompagnent la RI. Elles conditionnent le décollage, mais l'activité économique vient, à son tour, modifier la société. Il semble difficile de dissocier ces deux phénomènes, la RI venant souvent amplifier un phénomène social déjà entamé. Il faudrait ainsi plutôt considérer les transformations sociales comme faisant partie de la RI.

 

Sources : étude réalisée par des élèves de l'Académie de Versailles.

A lire également parmi les articles publiés, relatif au 19e siècle :

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-367470.html 

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-359540.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-306023.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-295629.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-284143.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-282786.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271549.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271512.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-260308.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248424.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-245664.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-245638.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-243224.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-242511.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-236471.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-228866.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-225802.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-222490.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-216593.html

M. Emmanuel Le Roy Ladurie

 - Séances publiques du lundi 4 avril 2005

 - Académie des sciences morales et politiques  : http://www.asmp.fr/presentation/index.htm

L’histoire du climat est liée à des préoccupations actuelles, l’effet de serre, mais dans cette conférence d’aujourd’hui, je m’intéresse davantage au passé, un passé qui partirait des XIIe-XIIIe siècles et qui se prolongerait jusqu’à nos jours ; j’ai tenté de le décrire dans un ouvrage intitulé Histoire humaine et comparée du climat paru chez Fayard, que j’utilise également ici.

Une telle histoire devrait traiter du climat planétaire dans son ensemble, mais je ne suis pas un planétologue, et donc mon étude, ici, concerne surtout le nord de la France (car le climat méditerranéen est un peu différent). Par contre mon étude s’intéresse aussi à des zones tempérées un peu plus septentrionales de l’Europe, telle que la Belgique, le Benelux, l’Angleterre, l’Allemagne de l’Ouest, la Scandinavie ; mais pas la Russie, trop lointaine.

Pourquoi m’étais-je intéressé dès 1957 à l’histoire du climat ? À l’époque j’étais influencé par le marxisme et par une espèce de scientisme (j’ai évolué depuis, mais il m’en reste un petit quelque chose), du reste j’ai toujours regretté que les marxistes (sauf exception) ne considèrent pas le climat : en fait ils n’envisagent que les rapports sociaux et la production matérielle ; pourtant le climat, selon leur vocabulaire, est bien la base d’une « force de production ».

Et puis je m’étais intéressé aussi à ce qu’on appelle le petit âge glaciaire (PAG) au XVIIe siècle et la crise générale du XVIIe siècle. Y avait-il un rapport entre ce petit âge glaciaire, ce refroidissement sensible dans les glaciers des Alpes pas si éloignés d’ici, et une tendance générale à la crise économique au XVIIe siècle ? J’étais allé inspecter sur place l’évolution des glaciers alpin, à l’époque où j’étais plus sportif, tout en suivant ce qui avait été publié à leur propos (datations au carbone 14, etc.) ; je me suis également beaucoup intéressé à la croissance des arbres (les anneaux), à la dendrochronologie, même si personnellement je ne l’ai pas pratiquée, mais j’ai suivi les travaux effectués à ce sujet.

Dans mes recherches, les dates de vendanges ont elles aussi une grande importance : si vous avez une vendange précoce, cela veut dire que le printemps et l’été ont été chauds ; si les vendanges sont tardives, cela signifie que le printemps et l’été ont été plus frais. En France on a des dates de vendanges depuis à peu près 1370, jusqu’à nos jours, c’est un instrument de mesure assez commode, même si ces dates, bien sûr, n’ont pas l’exactitude d’un thermomètre !

Fernand Braudel, mon maître, dès 1949, avait signalé la poussée glaciaire des Alpes à la fin du XVIe siècle, et au XVIIe. Cette question a fait l’objet de nombreux travaux en Italie, en France et en Suisse. Aujourd’hui on connaît assez bien le petit âge glaciaire qui n’implique qu’une petite différence thermique de 1° C en moins (c’est faible) avec une expansion des glaciers depuis le début du XIVe siècle, beaucoup de fluctuations, des glaciers alpins plus gros (1 km de plus à peu près que maintenant, avec des variations) et leur débâcle à partir de 1860. Ce qui est un peu étrange c’est que les glaciers alpins reculent à partir de 1860 et que les températures paraît-il ne se réchauffent vraiment qu’après 1900 ; le recul tiendrait-il aussi à une baisse des précipitations (neigeuses). En tout cas par la suite après 1900, le réchauffement du XXe siècle a fortement contribué à faire reculer les glaciers alpins.

Avant la précédente poussée glaciaire alpine de longue durée, qui commence à peu près vers 1300-1303, on a un petit optimum médiéval, entre le VIIIe-IXe siècle et le XIIIe ; ensuite un petit âge glaciaire XIVe, XVe (on peut discuter) ; XVIe siècle un peu réchauffé, mais après 1560 une poussée glaciaire qui aboutit au maximum des glaciers des Alpes 1595-1645 ou 1655 ou 1660, mais on l’observe aussi en Scandinavie fin XVIIe siècle, avec diverses poussées ultérieures notamment autour de 1770, et puis un dernier grand maximum entre 1813 et 1859. Depuis cette date (1859-60), le recul des glaciers alpins, sinon mondiaux, est assez continu, voire catastrophique jusqu’en 2005, et sans doute au-delà. L’important est de noter qu’entre 1303 et 1859, les glaciers depuis ont toujours été plus gros qu’en 1880-2005. Tel est le PAG.

* * *

Chronologie

Auparavant, avant 1303, au XIIIe siècle, il y a donc des étés plus chauds, des hivers un peu moins froids, avec une belle période d’étés chauds et secs de 1240 à 1290, un certain beau XIIIe siècle, plutôt favorable, me semble-t-il, à la production des grains. Certes un été trop chaud comme on l’a vu en 2003 peut être défavorable à la culture des céréales, à cause de la sécheresse et de l’échaudage ; en d’autres termes les épis de blé résistent mal à un coup de chaleur excessif. C’est le cas par exemple en 1236. Mais disons qu’en général une série d’étés correctement chauds, à la Breughel (tableau des Moissonneurs), s’avère plutôt favorable à la maturation du blé, lui-même citoyen immigré venu il y a 6 000 ans du Moyen-Orient et donc amateur d’une bonne dose de soleil. Donc, des étés chauds au XIIIe siècle (c’est l’époque de Saint Louis, de l’épanouissement de l’art gothique) : il n’est pas exclu que ces belles chaleurs aient pu stimuler l’agriculture, l’économie et la démographie. Affaire à suivre.

Le petit âge glaciaire est assez net à partir de l’hiver 1303 (travaux de Christian Pfister, les chercheurs de Berne et de Zurich ont beaucoup apporté sur ce point, ils ne se rendent pas dans l’Arctique, mais ils observent les glaciers qu’ils ont chez eux ; à Grenoble on pourrait en faire autant direction Chamonix !), donc il y a une poussée des glaciers au XIVe siècle, notamment celui d’Aletsch, on le sait d’après les troncs d’arbres datés par la dendrochronologie, entre 1300 et 1370. Vous avez corrélativement de remarquables épisodes frais, notamment la grande famine de 1314-1315-1316, les étés ayant été affectés par des trains de dépressions ; des étés pourris au cours desquels la ceinture des perturbations atlantiques passe plus au sud, le foin ne sèche pas, les charrues s’embourbent, les anguilles se répandent hors de leurs étangs, les semailles d’automne et de printemps sont ratées, les rendements du blé sont misérables, les chevaux perdent leurs quatre fers dans la boue, et l’on a de grosses famines avec des processions d’hommes nus pour essayer de réagir. On pense à Baudelaire, dût-on le prendre, pour une fois, au pied de la lettre :

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Et que de l’horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l’espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris :

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D’une vaste prison imite les barreaux…

Des cloches tout à coup sautent avec furie (c’est le tocsin)

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, (c’est la mortalité)

Défilent lentement… l’Espoir,

Vaincu pleure, et l’Angoisse atroce, despotique, … Plante son drapeau noir.

Baudelaire a dû écrire ce poème pendant un été pourri du temps de Napoléon III, mais cette description correspond bien aux été du pot au noir, dotés de famines et de fortes mortalités autour de 1315.

Quant à la peste noire, elle aussi de 1348, elle n’est pas provoquée, semble-t-il, par le climat, néanmoins au cours de la décennie 1340 il y a en grand nombre des étés frais pourris, et il est possible qu’en 1348 le passage de la peste bubonique à la peste pulmonaire la plus dangereuse ait été influencé par cette fréquente, froide et lourde pluviosité estivale des 1340’s.

 * * *

J’en arrive au XVe siècle qui de ce point de vue est assez mal étudié ; on note, en dépit du maintien du PAG, un petit réchauffement (première moitié du XVe siècle), à l’époque de Jeanne d’Arc (mauvaise période par ailleurs, époque des guerres de Cent ans), mais jolie série estivale de 1415 à 1435 avec des vendanges précoces, indicatrice de toute une série de beaux étés (un beau coin de ciel bleu en somme que l’on appellerait en France de nos jours une « culotte de gendarme » ou en Belgique une « culotte de zouave »), de beaux étés qui n’ont pas produit tout l’effet voulu, car la période était vraiment dure ; des étés parfois excessivement chauds, producteurs d’un vif coup d’échaudage en 1420 générant lui-même une forte famine due certes aussi à la guerre, mais également à la mauvaise récolte météorologiquement induite. Il faut répéter que le blé est un citoyen du Moyen-Orient ; il a été mis au point dans les régions proches de la Syrie du Nord-Ouest et de la Turquie limitrophe et il apprécie médiocrement le climat franco-septentrional ; les étés pourris mais aussi excessivement chauds ne lui conviennent pas, c’est ce qui se passe en 1420 : à Noël 1420 le blé manque, à Paris on entend les lamentations des petits enfants qui crient « je meurs de faim » :

Et sur les fumiers (c’est là qu’il fait le plus chaud en décembre) parmi Paris … pouviez trouver ci dix, vingt ou trente enfants, fils et filles, qui mouraient là de faim et de froid, et n’était si dur cœur qui par nuit les ouît crier « Hélas ! je meurs de faim ! » qui grande pitié n’en eût ; mais les pauvres ménagers ne leur pouvaient aider, car on n’avait ni pain, ni blé, ni bûche, ni charbon.

Il semble que l’été de 1420, ait été assez comparable à celui de 2003, en un peu moins brûlant. Tous les mois, de février à août 1420, furent de 2 à 3° plus chauds que lors des moyennes pourtant relativement tièdes du XXe siècle.

On signale encore des vendanges précoces, typiques d’été très chaud notamment en 1473, sans famine pourtant parce qu’une pluie adéquate était tombée au bon moment ; les anneaux des arbres font apparaître néanmoins une période très chaude et sèche à la fin de l’été 1473 (anneaux d’arbres particulièrement durs correspondant à l’été terminal, très dépourvus d’eau).

Deuxième moitié du XVe siècle, malgré 1473 un rafraîchissement sensible dans l’ensemble, avec une grande famine de pluie en 1481, sous Louis XI : la situation est cependant moins grave qu’en 1315 ou 1420, car les guerres de Cent ans sont terminées depuis 1452-53, la France est en pleine reconstruction des 50 glorieuses de l’époque (1460-1510), la population est dynamique. Or on a en 1481 un hiver très froid, un printemps et un été fort pourris, une famine assez importante et voilà que pour la première fois en France le roi Louis XI essaie de prendre des mesures anti-famines. (En 1315 par contre le roi s’appelait Louis X le Hutin, il n’avait rien fait contre la famine, sauf envoyer du blé à ses troupes en Flandres et libérer quelques serfs à prix d’argent.) Mais, à partir de Louis XI, la monarchie commence à s’intéresser quelque peu au bien-être du peuple, et du reste elle le paiera assez cher au XVIIIe siècle, car on lui reprochera de ne pas en faire assez, un peu comme en 2003 (affaire Mattei).

* * *

Nous en arrivons au XVIe siècle : dès lors on aperçoit de 1500 à 1560, une belle période avec beaucoup de beaux étés, des hivers doux ; les glaciers alpins reculent quelque peu (ils restent cependant plus gros qu’aujourd’hui) et les quatre saisons (hiver, printemps, été, automne), sont souvent douces, chaudes ou pas trop froides, avec, du coup, logiquement quelques disettes d’échaudage du blé par exemple en 1540 on a un très bel été chaud, le vin est tellement sucré qu’on en fait un apéritif. En 1523-1524, on a un été chaud, le blé en souffre, le prix du pain augmente, 1 500 maisons et quatre églises brûlent à Troyes, en Champagne. En 1556, un été très chaud également (ce n’est pas l’été de 2003 mais c’est quand même très ardent), incendies de forêts en Normandie et disettes…

Malgré tout pendant ce beau XVIe siècle (1500-1560), on enregistre une série fraîche 1526-1531, avec, en particulier, une phase cyclonique dépressionnaire et pourrie. En 1527, hausse du prix du pain, les emblavures sont gâtées, au point que l’on doit sortir la châsse de Sainte Geneviève aux fins de processions et de supplications. À partir de 1528, détérioration supplémentaire, la récolte céréalière est médiocre, les vendanges se font début octobre. En 1529, série de mauvaises récoltes, disette assez grave, année très froide et c’est la fameuse grande Rebeyne, révolte lyonnaise, entre Saône et Rhône, les greniers sont pillés et onze émeutiers paient de leur vie leur participation à l’émeute, telle est l’habitude. (Quoiqu’on en ait dit, ni les protestants, ni les corporations artisanales n’y sont pour quelque chose, il s’agit simplement d’une rébellion typique à l’encontre du pain cher.) D’une façon générale, il y a ici démarrage d’une problématique des pauvres lors des années 1526-1531, à Lyon en particulier, en France plus largement, mais aussi en Angleterre et en Allemagne, car la population augmente, le nombre des pauvres aussi, et le tout se heurte à ces quelques années climatiquement difficiles de 1526 à 1531.

* * *

Le temps se gâte : à partir de 1560 les températures se rafraîchissent ; pour les quatre saisons en gros, la température annuelle dans l’Ouest de l’Europe, baisse de 0,6° C en moyenne, notamment en été, mais aussi pendant les autres saisons. Les glaciers alpins progressent assez fortement : on le voit bien vers la fin du XVIe siècle à Chamonix, au hameau du Châtelard, proche de la Mer de Glace laquelle en 1600, atteint et détruit des localités qui sont ou seraient aujourd’hui à plus d’un kilomètre en aval des fronts glaciaires. En Suisse également, le glacier d’en bas de Grindelwald prend des proportions éléphantesques, il se porte à 560 mètres en avant de ses positions antérieures, celles de 1535 ; il menace d’écraser des granges, chapelles et autres bâtiments. Les cinquante années qui vont de 1560 à 1609 se détachent ainsi assez nettement : vendanges plus tardives, printemps-étés plus frais, voire pourris eux aussi. De plus, on est en pleine guerre religieuse, très défavorable et même désastreuse pour l’économie. La crise de subsistance climatiquement déterminante, de 1565-1566 marque surtout un pic, elle est précédée par la disette de 1562-1563 consécutive aux mauvaises moissons de 1562. Dès avant cette date les prix frumentaires ont commencé à monter, modérément mais régulièrement (argent américain). La peste, partiellement conséquence de la disette, se déclenche, avec une mortalité gigantesque en 1562-1563, mortalité à laquelle nos historiens ne s’intéressent guère, ils préfèrent contempler le fascinant voyage de Charles IX et de sa mère en 1564-1565 dans toute la France, à travers des populations décimées peu auparavant : un peu comme si la presse et les médias ne parlaient que du Tour de France ou du Paris-Dakar, après une catastrophe démographique qui aurait provoqué dans notre pays un minimum de trois millions de morts ! Il y a donc un jeu complexe climat-famine-peste-guerre qui assombrit considérablement la période. Le grand hiver de 1564-1565, comparable en moins rude à celui de 1709, a durement éprouvé la région parisienne (mais aussi les Pays-Bas et l’Angleterre) provoquant une crise frumentaire à laquelle les populations réagissent, démographiquement, par une baisse des conceptions entraînant un déficit des naissances l’année suivante (novembre 1565-novembre 1566).

Autre hiver notable, celui de 1572-1573 : le froid, très rigoureux dans toute l’Europe du nord, provoque une solide glaciation des eaux des rivières et des lacs (Allemagne méridionale, Autriche, Suisse). Donc des gelées hivernales, et printanières qui tuent les semences ; viennent ensuite l’été et l’automne trempés (cf. 1481, 1740) ; d’où des raisins peu mûrs et un vin acide qui tourne à la piquette. À signaler aussi l’automne 1585 fort humide, ce qui a dû compromettre les semailles, et puis l’hiver suivant 1585-86 nettement glacial. Tout ça, PAG ! : dès avril 1586, les pauvres ruraux, par troupes coupent le blé à demi-mûr « et le mangent à l’instant pour assouvir leur faim effrénée » (Pierre de l’Estoile). Dans le même temps, les combats de religion, entre protestants et Ligueurs « ultra-papistes » (qui certes n’ont rien à voir avec le climat) en aggravent pourtant les conséquences néfastes. Batailles, insécurité, les convois de grains circulent mal… Mai 1588 : la Ligue… Pour conclure le XVIe siècle, la décennie 1590 se présente comme une suite d’années presque toutes froides ou, du moins, très fraîches ; s’agissant de l’Angleterre élisabéthaine qui à cette époque, à la différence de la France, jouit d’une totale paix intérieure,on ne peut invoquer les guerres pour expliquer en ces dix années 1590’s-9, à mainte reprise, le fort déficit démographique, l’excédent des décès sur les naissances, lui-même né de la cherté des grains (la disette), déficit frumentaire, notamment en 1597-1598, et on peut même rapprocher ce phénomène de ce qu’écrit la même année Shakespeare dans le Songe d’une nuit d’été :

« Ainsi les vents…, comme pour se venger, ont fait monter de la mer des brouillards contagieux (porteurs de contagions épidémiques ?). Ceux-ci, retombant sur la terre, ont rendu les rivières si orgueilleuses et si gonflées qu’elles ont bientôt débordé sur la terre ferme C’est en vain que le bœuf a tiré sous son joug. Le laboureur a sué tant et plus, mais sans le moindre succès. Le blé encore en herbe verte a pourri avant même que l’épi barbu ne se forme. Dans les terres noyées, le parc clôturé est resté vide, déserté par les bestiaux qu’a frappés l’épizootie du murrain ; les corbeaux s’engraissent aux dépens de ces troupeaux de cadavres … Humains, frères mortels, vous voudriez jouir de vos amusements d’hiver, mais la nuit n’est plus remplie du son des hymnes ni des cantiques de Noël. Car la lune, gouvernante des déluges, est pâle de fureur ; elle détrempe tout dans l’air à tel point que fleurissent partout les rhumatismes et les inversions de température Les saisons sont altérées »… Et de parler « des gelées couvertes de poils blancs, piquant du nez dans le frais giron des roses cramoisies… »

Fantaisie de poète ? Ce n’est pas si sûr car d’autres indications (escalade du prix du grain comme conséquence d’années pourries et de mauvaises récoltes, chute de la natalité) vont dans le même sens : il y a bien eu une détresse économique pendant les rudes années 1597-1598 en Angleterre.

Sur le continent, l’hiver 1597 est très neigeux ce qui, une fois de plus, profite aux glaciers alpins, en pleine phase d’offensive maximale, laquelle culminera au tout début du XVIIe siècle. Globalement tous les hivers, de 1586 à 1605, sont neigeux, pensez aussi à la peinture flamande et hollandaise blanche de neige, de glace et de patineurs en cette fin de XVIe-début du XVIIe siècle. L’économie (maigres moissons, restrictions céréalières) retentit sur la démographie : en France on observe un net déficit des baptêmes pendant les années 1597-1598 déficit qui correspond à une baisse d’un quart ou d’un tiers du nombre des naissances nationales ; de même, outre-Manche, il y a un excédent des morts, inhabituel en cette île qui, d’ordinaire, est démographiquement dynamique.

On peut aussi se demander s’il n’y a pas de corrélation de cause à effet entre le petit âge glaciaire qui marque, grosso modo, les années 1560-1600, ou même 1560-1640, et les persécutions, les procès de sorcellerie particulièrement nombreux dans tous les pays d’Europe pendant cette période ; car vous savez que les sorcières sont souvent accusées, entre autres choses, de détraquer le temps. Crise déficitaire du vin, aussi (déficit des vendanges) manque de soleil, gelées.

* * *

J’en viens maintenant au XVIIe siècle, marqué en ses débuts, par un froid intense : les glaces marines se rapprochent des côtes d’Islande, les glaciers alpins atteignent leur maximum historique vers 1600-1610, à tel point qu’en juin 1644, Charles de Sales, coadjuteur de Genève et neveu de saint François, vient à Chamonix conduire une procession de quelque 300 personnes pour bénir solennellement « au lieudit les Bois sur le village duquel est imminent et menassant de ruyne totale un grand et épouvantable glacier poussé du hault de la montagne » ainsi que trois autres glaciers des alentours qui menacent différents hameaux. Par chance, la bénédiction épiscopale est efficace et fait reculer cette menace !

Même tableau en Suisse ; le glacier d’Aletsch, qui progressait depuis de nombreuses années, atteint une hauteur extraordinaire, 1653 ; on fait donc appel aux Jésuites qui viennent faire prédication, procession, bénédiction en septembre 1653 pour stopper, saint Ignace aidant, les velléités de progression du monstre. Tout au long du XVIIe siècle, les glaciers alpins restent assez constamment gros, mais ces redoutables pachydermes cessent de s’étendre plus en aval.

La période 1560-1600, dans son ensemble, était marquée par un « plongeon » thermique aux quatre saisons et, le cas échéant, par un excès de pluies, en comparaison du beau XVIe siècle qui avait précédé (1500-1559) ; le XVIIe siècle, moins agressif conserve encore des caractéristiques froides très bien marquées même si certains étés (1616, dominé par une énorme vogue de chaleur, 1636, 1666, 1684) sont déjà sensiblement plus réchauffés. Mais de 1601 à 1675, par exemple, 70 % des hivers néerlandais sont pluvieux et/ou neigeux et le premier quart du siècle relève encore du petit âge glaciaire avec des hauts et des bas, voire jusqu’en 1643 ou 1650-1660.

Dans l’ensemble, les deux premières décennies furent quand même plutôt favorables pour le bon peuple (la poule au pot d’Henri IV !) ce qui est dû à la paix, mais aussi à l’absence de gros désastres climatiques et à l’occurrence d’une bonne quinzaine d’années de relative abondance des grains. Cependant 1621 marque un changement : printemps frais, surtout en avril ; été 21particulièrement frais, vendanges très tardives, l’hiver 1621-22 commence dès la mi-décembre et dure deux mois, l’année 1622 est redoutable : grande famine en Angleterre, prix maxima du blé en France ; mortalité parisienne en ascension libre. La disette britannique de 1622-23 se fait ressentir jusqu’aux Pays-Bas et en Lorraine, compliquée par les premières difficultés liées à la guerre de Trente Ans. À cette décennie fraîche succèdent des années particulièrement pluvieuses et humides, donnant de mauvaises récoltes : pour l’ensemble des années 1620-30, le mouvement de hausse des prix du grain est net, avec des raisons militaires, démographiques et météorologiques ; la peste corrélative — pas toujours — de la disette fait rage dans l’Ouest de la France, et elle ravage les peuplements ; les pauvres gens se réunissent en assemblées revendicatives, la municipalité d’Agen, ville environnée alors de vraie famine, emprunte pour trouver l’argent nécessaire à acheter du grain ; la disette sévit aussi en Bretagne, et dans le Nord de la France : la pointe de mortalité de 1631 est l’une des plus fortes connues. En 1636 aussi, violente éruption du nombre des morts, la situation frumentaire est pourtant excellente et les étés paradoxalement sont radieux, trop radieux sans doute, trop calorifiques : belles moissons, vendanges précoces ; mais le niveau d’eau des rivières et des nappes phréatiques ont trop baissé, elles sont donc polluées, sales, d’où une dysenterie catastrophique.

Les années qui précèdent la Fronde (1640-43) et la première Fronde elle-même (1648-50) sont marquées par un net rafraîchissement du climat dans la moitié nord du royaume, avec de médiocres moissons, des difficultés frumentaires, des émeutes de subsistance dans le sud-ouest (1640-43) ; la situation devient carrément catastrophique dans le Rouergue : les habitants sont « à la faim », mangeant du pain seulement deux à trois fois la semaine, on abandonne les terres, les familles sont décimées.

C’est dans ce contexte de hausse du prix des blés qu’éclate la Fronde : hiver 1648-49 froid (inondation, pluie, gel, neiges en France et dans le nord de l’Europe), été 1649 dépressionnaire et pourri, siège de Paris (non-météo !) de janvier à mars-avril, la situation prend une allure catastrophique ; en 1652 horrible printemps (guerre) : à l’échelle nationale, on compte entre 400 000 et 500 000 morts. Fait remarquable : la même période voit six révolutions contemporaines lors des années 1640-1659, en Catalogne, au Portugal, à Naples, en France et en Angleterre, avec des troubles aux Pays-Bas ; les deux séries – politique et climatique – sont indépendantes l’une de l’autre mais elles entretiennent des contacts : il y a bien une composante météo-traumatique, froide, humide, météo déficitaire en blé, réelle, sinon décisive par rapport à la politique, les quatre années de Fronde le montrent. La hausse des prix du blé engendrée par le mauvais climat pluvieux et les mauvaises récoltes en synchronisme avec la Fronde, attise un mécontentement populaire dont les origines, elles, sont bien entendu politiques, non pas climatiques.

Autre fait notable : la période 1645-1715 (le règne de Louis XIV) est parfois spécialement fraîche, avec un déficit prolongé en taches solaires (ce que l’on appelle le minimum de Maunder), c’est le moment où l’astronomie est installée par le pouvoir royal (création de l’Observatoire de Paris) donc on peut se fier aux observations qui étaient faites à l’époque quant à ce déficit des taches solaires (Cassini). Le soleil est ainsi sujet à des fluctuations d’activité qui retentissent sans doute sur le climat. En tout cas, la phase dite de Maunder est, semble-t-il, contemporaine par moments (les 1690’s) d’un refroidissement hivernal et parfois estival des températures dans lequel les variations solaires ont pu joué un rôle : adieu parfois les beaux étés, chauds, secs, propices aux moissons ; on a des temps de famine lors de la seconde moitié du règne de Louis XIV en France, mais aussi en Écosse et dans les pays nordiques ; adieu les semailles automnales faciles : elles deviennent de temps à autre difficultueuses (1692) en des labours détrempés, collants, boueux. Cela contraste avec les années 1635-38 jadis marquées par des printemps-étés généralement chauds et doux avec une relative pléthore frumentaire. Dès 1658 les choses se gâtent, inondations catastrophiques ; 1661, pluviosité continuelle, très dangereuse pour les céréales, un désastre sans nom. La mortalité maximale sévit pendant les deux derniers trimestres de 1661 et les deux premiers de 1662 : famine, raréfaction des mariages qui réduit les conceptions et les naissances, la France subit un demi-million de décès supplémentaires (soit un million et demi de morts à l’échelle des 60 millions d’habitants de 2005 !). C’est toutefois moins que plus tard en 1693-94 et 1709-10. Ce qui n’empêche pas le roi Louis XIV de conduire le grand ballet du carrousel, d’un faste inouï, en juin 1662, au momnt du maximum du prix du blé tout en menant pour la première fois une vaste et judicieuse politique sociale d’importation du blé !

1675, encore un été pourri dû à une vaste dépression arrimée sur l’Angleterre dès le mois de juin. Madame de Sévigné grelotte à Paris, comme sa fille en Provence : « Il fait un froid horrible, nous nous chauffons et vous aussi, ce qui est une bien plus grande merveille. » Il est possible que cette saison estivale « plombée » soit due, au moins en partie, aux poussières répandues autour de la planète par les éruptions volcaniques de Gamkonora en Indonésie (1673) + Cassini. En revanche, la décennie 1680 est remarquablement chaude et sèche, au moins pour les étés, en Languedoc ; c’est le moment où Louis XIV, favorisé par le soleil et les bonnes récoltes, et les bas prix (pour payer ses soldats et les employés de Versailles) a tout pouvoir pour développer les grandes idées du règne (paix de Ratisbonne, 1684) et surtout, hélas, Révocation de l’édit de Nantes (1685).

Mais dès 1687 commence une décennie allongée (1687-1703 ?) qui sera la plus froide jusqu’à nos jours et fertile… en catastrophes alimentaires. 1691-91 : hiver froid, très neigeux, ce qui, en soi, n’est pas grave ; printemps 92, début de l’été : frais et pluvieux avec des abats d’eau considérables, moisson à demi-manquée, vendanges ultra-tardives ; à l’automne les semailles sont complètement ratées, et l’on a une grande famine en 1693 ce qui donne en deux ou trois ans, 1 300 000 morts supplémentaires, c’est l’occurrence d’une disette géante compliquée par la guerre de la Ligue d’Augsbourg et par des impôts très lourds. 1 300 000 morts en plus, cela ferait aujourd’hui presque 4 000 000 de décès en proportion. Les peuples ressentent durement cette forte mortalité. Les années 1690-99 sont fort dures à passer. Ce sont parmi les années les plus froides que l’on ait connues en Europe, avec beaucoup de pluviosité, des flux dépressionnaires venus de l’Atlantique incessants en France mais aussi en Finlande et Suède en particulier 1696-1697 ; en Écosse aussi ce fut très rude, l’Angleterre déjà modernisée s’en est assez bien sortie, mais l’Écosse a une agriculture plus primitive, plus vulnérable, que le royaume anglais, c’est donc la dernière famine écossaise de l’âge moderne ; en Finlande ce fut très grave, un tiers de la population est morte de faim et de maladies en 1696-97, épisode démographiquement presque comparable à la peste noire de 1348.

Donc, une dizaine d’années, les 1690’s, avec une succession quasi permanente d’hivers très froids et d’étés pourris. Ce qui ne veut pas dire qu’intervient une famine chaque année, mais cela signifie que des fenêtres d’opportunité s’ouvrent le cas échéant pour donner libre cours à telle ou telle famine, il y en a ainsi d’assez fréquentes en cette période : 1693 en France, 1696-97 en Finlande, en Suède, en Écosse.

On signalera encore, en un style analogue, mais avec un contexte météo un peu différent l’hiver de 1709. C’est l’hiver le plus froid qu’on ait connu en Europe depuis 1500, depuis cinq siècles, humainement un peu moins rude que 1693 (600 000 morts seulement, dans la foulée, en 1709-1710) ; d’une part des gens sont morts de froid en janvier-février, mais surtout les semailles sont tuées si je puis dire dans l’œuf. D’où famine en 1709-1710, même si l’on a re-semé de l’orge au printemps 1709, ce qui permet malgré tout à la majorité des gens de survivre. Il y a néanmoins 600 000 décès supplémentaires en France suite à cet hiver de 1709, ce qui ferait aujourd’hui 1 800 000 morts, c’est-à-dire en un an et demi plus que la guerre de 1914-18 en quatre ans.

Dès le début du XVIIIe, on ressent partout une petite reprise de chaleur et elle est très nette après l’hiver de 170 ; le XVIIIe siècle, sans être aussi chaud que le XXe, s’avère moins désagréable que le XVIIe. Les glaciers alpins du XVIIIe restent gros (PAG) mais reculent un peu. Cela fut vraisemblablement assez favorable pour la démographie et l’économie. Vous avez donc une forte reprise de la croissance économique « dix-huitiémiste » en Europe, en France, et aussi en Chine si bien que l’on peut se demander si ça n’est pas l’ensemble de l’Eurasie qui a bénéficié dans l’hémisphère nord de ce léger réchauffement du XVIIIe siècle. A moins d’admettre que l’expansion très forte de la population chinoise au XVIIIe siècle s’explique par la croissance des ventes de porcelaine de ce pays à la Compagnie des Indes européennes, ce qui ne paraît guère sérieux.

Mais une telle chaleur a aussi ses inconvénients. On connaît de ce fait des années de canicule 1704-1705-1706, 1718-1719 et 1779 ; ces trois coups de grosse chaleur ont provoqué des dysenteries (baisse de la nappe phréatique bis !, eaux pourries dans les rivières, donc infections, etc.).

En 1704-1706, cela donne 200 000 morts de plus en trois ans ; en 1719, 450 000 morts supplémentaires en un an, dont beaucoup de bébés et de petits enfants (chiffres bien supérieurs à ceux de la canicule 2003, 15 000 morts). Ce qui est extraordinaire c’est que personne n’en parle parmi les médias de 1719 (ils existaient), sauf les curés qui envoyaient au paradis toutes ces petites âmes et qui notaient la chose avec tristesse. 450 000 morts sur 20 000 000 d’habitants, cela ferait quand même 1 350 000 morts en 2005 et c’est passé comme une « lettre à la poste ». Vous avez sûrement lu l’histoire de la Régence, celle de Philippe d’Orléans, un homme sympathique qui a su détendre les ressorts (précédemment bandés à bloc, de la monarchie au temps du règne dur de son prédécesseur Louis XIV) (il y a Louis XIV et Philippe d’Orléans, comme il y aura Staline et Khrouchtchev), mais les 450 000 morts susdits, personne n’en parle.

Même chose en 1747 et 1779 (selon le cas automne ou été trop chauds, donc dysentérique), mais seulement 200 000 morts à chaque fois (c’est « moins pire » qu’en 1719, on n’arrête pas le progrès !). Malgré tout, on note aussi dans le sens inverse, quelques années pourries, celle de 1725 où certes la famine proprement dite ne sévit point, mais on a pourtant un été sombre, très nuageux, pourri, avec une récolte médiocre et une cherté, donc pas mal d’émeutes, les gens crient à la faim, à tort ou à raison ; quand le cardinal Fleury, Premier ministre, passe dans son carrosse, la foule essaye de renverser le véhicule et comme on dit « le peuple mourait de faim … et le cardinal mourait de peur ». Il faut se mettre à la place de son Éminence, il avait 90 ans !

1740, une année très rude, quatre saisons froides et disette, un peu comme en 1481, 1565 ; quatre saisons froides et l’expression célèbre : « Je m’en fous comme de l’An 40 ! » Vous connaissez cette phrase, elle remonte précisément paraît-il à 1740, et elle signifie qu’on s’en fout véritablement.

Nous en venons à la Révolution française ; mais prenons un peu d’avance. Après quelques années chaudes d’abondantes récoltes en blé (du coup on a libéré le commerce des grains en 1764) on est confronté à une année froide et pourrie en 1770, et même à un cycle d’icelles (AFPS) ; fort déficit frumentaire et grosse crise économique (textile, etc.), en Allemagne notamment ; en France il faut renoncer au laisser-faire en matière de négoce des céréales ; et donc il y a retour au dirigisme, dorénavant cher à l’abbé Terray (> 1770-71). Rappelons qu’à des époques plus tardives, pendant les deux guerres mondiales, même les politiciens les plus libéraux ont dû admettre le système autoritaire des tickets de pain. Libéralisme et liberté des échanges. C’est bien, c’est bien gentil, mais ça vaut surtout pour les années d’abondance où tout marche bien. Dès que Dame Pénurie fait son come-back, il faut serrer les boulons de l’autoritarisme.

Un nouveau cycle plus tiède peut-être : les années post 1772 (voire jusqu’en 1811) commencent par un an 1774 assez chaud certes, mais extrêmement pluvieux, médiocres récoltes de blé, début de disette quoique les temps de vraie famine appartiennent au passé et l’on a seulement la fameuse guerre des farines du printemps 1775. Les prix du blé y sont fort élevés ; l’on enregistre des émeutes frumentaires un peu partout dans la moitié nord de la France. [Voir aussi 1778-81, 1783, 1785, 1786-87]

Arrive en effet la Révolution française ; 1788 ! Et d’abord un automne pourri fin 1787, cela gêne les semailles, un printemps 88 très chaud à Pâques, échaudage semble-t-il des blés, puis la fameuse grêle du 13 juillet 1788, mais elle ne concerne que mille villages. Or il y a 37 000 villages en France et la récolte a été médiocre dans tout le royaume à cause d’un printemps et d’un été trop chauds, et puis des grosses pluies et des orages en août 88, qui abîment la moisson. Ainsi douche fin 87, puis sauna printanier 88, puis douche estivale 88. Complexité toujours ! De fait on a une mauvaise récolte nationale ; c’est l’inconvénient des étés trop chauds parce que le nord souffre de l’excès de soleil et le midi également. L’Hexagone tout entier est surchauffé par un soleil trop ardent. Émeutes de subsistance par conséquent ; et l’on en arrive ainsi à la plus grande émeute politico-subsistantielle, celle du 14 juillet 1789 ; vous connaissez la suite. Le climat se borne à donner une inscription chronologique pour un événementiel qui, lui, est spécifiquement politique, culturel, nullement météorologique.

1794, année chaude elle aussi, je ne parle que d’un point de vue « météo » bien sûr, 1794 quant au blé eut droit au coup d’échaudage très fort, et d’autre part, il s’agit (1794) d’une année relativement instable avec un taux de variabilité très intense ; chaleur de sauna printemps-début été 94, le tout entrelardé comme en 1788 de grosses pluies, ouragans, orages, grêles, etc. C’est le modèle sauna-douche une fois de plus. Mésaventure météo de Robespierre (9.10 thermidor) mais surtout récolte 94 mauvaise et du coup l’on a une grosse disette au printemps 95, c’est toujours au printemps que les gens crèvent de faim. Viennent donc les fameuses émeutes de Germinal et de Prairial 95, ces mois de printemps disetteux, qui mettent fin à la période violente de la Révolution française (à la période de gauche, peut-on dire), puisque ces soulèvements populaires subsistantiels sont réprimés très fortement par les thermidoriens et autres milices « droitières », au temps des Merveilleux et des Inc’oyables. C’est la fin des sans-culottes (sonensen).

Sous l’Empire, la police est bien organisée, grâce à Fouché (qui s’était fait la main sur les malheureux Lyonnais, comme vous le savez, avec ses mitraillades, jadis, dès 1793). Donc au temps de Napoléon il y a quelques problèmes, un hiver très rude en 1802, à la 1481, à la 1565, et doté d’une crise de subsistance ; puis 1811, un été très chaud, le fameux vin de la comète (une comète qui n’y était pour rien), un vin délicieux mais une crise alimentaire ou anti-alimentaire due à l’échaudage et à une mauvaise récolte de blé ; donc des émeutes, mais faites confiance à Fouché ou à ses successeurs, la police, je le répète, est efficace. Le plus remarquable c’est quand même la reprise ou le revenez-y du petit âge glaciaire entre 1812-15 et 1859, avec surtout une grosse fraîcheur entre 1812 et 1820 suivie d’une nouvelle poussée maximale des glaciers alpins, avec l’extension vers le sud des trajectoires des cyclones, fréquence accrue des tempêtes, même la calotte glaciaire de l’Arctique est en expansion et l’on note, en particulier, assombrissante à force de poussières l’explosion d’avril 1815 du volcan de Tambora en Indonésie. Début avril, on signalait déjà des borborygmes à Tambora, quelques soubresauts et puis le 10 avril 1815, à 19 heures, paroxysme, trois colonnes de flammes montent à 50 km d’altitude en même temps que le sommet de la montagne Tambora se liquéfie littéralement ; vers 22-23 heures, les flammes retombent, la caldera est formée, elle a six kilomètres de diamètre. 86 000 morts, dans cette région j’ignore comment on les comptait. Fracas ultra bruyant et tsunami jusqu’à Bornéo. Le mont Tambora haut jusqu’alors de 4 300 mètres, un petit mont Blanc, ne comptait plus que 2 850 mètres après l’explosion. Gros nuage de poussière autour de la planète, ciel brouillé, l’éclipse de lune de juin 1816, à Londres, est impossible à observer ; année sans été en 1816, température en baisse d’un demi degré en moyenne sur l’Europe et l’Amérique ; est-ce ainsi qu’est apparu le choléra en Inde, il faudrait en discuter mais en tout cas pour l’Europe c’est l’année la plus froide de la décennie 1810-1819. Donc, parmi les divers continents, récolte des cannes à sucre en Alabama et en Louisiane diminuée ; au Canada pourtant peu peuplé, interdiction d’exporter les grains ; Irlande pays souffre-douleur, vous y devinez la famine de pommes de terre, de pain et le reste ; en France on aurait perdu 2° C en l’été 1816 ; des disettes ou demi-disettes un peu partout, et notamment à Lyon avec des émeutes ouvrières assez violentes contre la cherté, émeutes que les historiens lyonnais connaissent mieux que moi.

Les poussières volcaniques amenées par les vents d’ouest ont assombri la France et l’Angleterre qui en ont souffert, mais en Russie, les poussières sont à peine parvenues, retombées qu’elles étaient sur l’Europe de l’Ouest ou du Centre, la récolte russe a été bonne et les Français ont pu ainsi bénéficier du blé de Russie, lequel revient de la sorte importé dans l’Hexagone via Marseille. En Espagne, les olives, les agrumes sont durement éprouvées en 1816. Je vous signale incidemment le fameux grand hiver de 1956 dont beaucoup de gens se souviennent, mais aussi avec le désastre ibérique de la récolte d’agrumes et d’olives et c’est le moment, la raison aussi pour laquelle Franco de ce fait modifie sa politique économique en direction (réussie) du libéralisme.

1816, l’année sans été ; c’est là que Mary Shelley (elle devait avoir 19 ans à l’époque) enfermée avec Byron et Shelley, excusez du peu, dans un chalet au bord du lac Leman (chalet sur lequel il pleuvait constamment pendant ce fatal été), Mary, donc, accouche du monstre le plus extraordinaire qui soit jamais sorti de l’imagination d’une jeune femme, Frankenstein.

Tant et si bien que la reprise économique post-napoléonienne ne commence vraiment, post effet Tambora, qu’à partir de 1817 et surtout 1818. Glissons ici, faute de temps, sur les années 1818-1844, Restauration et Monarchie de juillet pour l’essentiel. Et notons en 1845 et 1846 la complexité toujours, la double prise en tenaille de l’économie ouest-européenne 1845-1846. 1845 : hiver froid- été pourri comme en 1481 ou 1740, d’où famine de la pomme de terre en Irlande ; et pour le coup plus d’un million de morts irlandais, avec la connexe maladie des pommes de terre ; puis vient en sens inverse le printemps-été très sec et très chaud de 1846, c’est l’un des douze étés parmi les plus chauds des 500 dernières années avec de la sorte une attaque sur deux fronts, 1845 puis 1846 ; réfrigérateur, puis douche (45), puis sauna (46), engendrant l’échaudage ; donc on est confronté à une espèce de disette 45-46-47 dont il ne faut pas exagérer la gravité, néanmoins grosse crise économique en 1847 en France et surtout en Allemagne et puis en prime la Révolution européenne de février 1848 qui a bien d’autres causes politiques, culturelles, etc., mais qui a été excitée par cette grave dépression 1846-47.

Depuis fin 1859/1860 nous sommes au point terminal, à la disparition du petit âge glaciaire dans les Alpes sûrement, en Scandinavie peut-être, dans l’ensemble de l’Europe et du monde, on peut en discuter. Ce recul des glaciers alpins est dû à partir de 1859 à des baisses de précipitations et à des paquets d’étés chauds, lors des décennies 1860’s et des 1890’s en particulier. Mais le climat ne se réchauffe tout à fait en Europe, qu’à partir de 1903 surtout. En tout cas les glaciers alpins sont bel et bien en débâcle progressive depuis 1860 ; cette débâcle persiste, comme vous le savez, jusqu’à nos jours, et l’on inaugure le XXe siècle sous le signe d’une période de variabilité ; en 1904-5-6 d’assez beaux étés ; ils occasionnent la crise de surproduction viticole de 1907, avec révolte des vignerons du Languedoc, crise de la vigne, due également au fait qu’on avait pris l’habitude de sucrer le vin (il paraît que maintenant cela ne se fait plus…) et puis due à l’importation des vins d’Algérie… L’an 1910 émerge au contraire en tant qu’année glaciale (PAG) puis pourrie anti-blé ; année clôturée par les inondations de la Seine en décembre 1910. Malheureux zouave. Viendront ensuite les grands et nombreux étés chauds de la décennie 1940 dont les plus âgés se souviennent, étés chauds et secs avec en particulier la canicule et la mauvaise moisson de 1947 connotée grâce aux grèves de l’automne 1947 provoquées par Moscou bien sûr, mais aussi par un déficit et une cherté du pain quotidien [maïs, etc.]. Nous en arrivons enfin à l’effet de serre que vous connaissez aussi bien que moi puisque les médias nous en informent quotidiennement : grands étés de 1976, 1983, de la décennie 1990’s, de 2003… À suivre ?

*

 L’histoire du climat de l’ultime millénaire, en tant que discipline, s’est développée en Suisse, avec Pfister et Lutterbacher, en Tchéquie, en Belgique aussi avec mon élève Pierre Alexandre, en Angleterre avec Phil Jones ; en France j’ai eu un certain nombre d’élèves ; pour les jeunes, avec la conjoncture météo d’effet de serre actuelle, il y a pas mal de choses à faire, on peut regretter certes qu’il y ait de moins en moins de gens qui vont à la messe et de plus en plus de spécialistes d’histoire religieuse, si valable soit-elle, mais pour ce qui est de l’histoire du climat, elle devrait présenter un grand intérêt et susciter quelques vocations supplémentaires, sans tomber pour autant dans le catastrophisme qui parfois nous obsède à propos de ce thème d’écologie historico-contemporaine.

Voir également les articles suivants en complément :

 - http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-323988.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324007.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309805.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309810.html

- http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-368945.html

 

 

France, département de l' Eure, à environ 40 Km au sud de Rouen.

C'est dans l'Eure, au bord de la route N13, que se trouve, tout près d'Osmonville, le village de Sainte Colombe la Commanderie, qui s'appelait autrefois Sainte Colombe la Campagne (voir l’article consacrée à cette commune)
Située au centre d'une vaste plaine agricole, la "Campagne du Neubourg", la Commanderie de Renneville était, au Moyen Age, l'une des maisons Templières les plus prospères et les plus considérables de toute la Normandie.

Peu éloigné du Neubourg, cet établissement avait été fondé prés de l'ancienne voie romaine qui reliait Brionne à Louviers.
En 1147, Richard, fils cadet de Robert 1er , baron d'Harcourt, fit bâtir la chapelle Saint Etienne de Renneville, et la donna aux Templiers, avec le fief qu'il tenait par héritage. A sa mort, il fut enseveli dans cette chapelle.
Un gisant l'y représentait, couché et revêtu de sa cotte de mailles, les yeux fermés, les mains jointes, portant son épée et son bouclier.
Sur la pierre tombale était gravée cette inscription: "Ci-gît frère Richard de Harcourt, chevalier del commandement de la chevalerie del Temple, fondateur de la maison de Saint Etienne".
Après avoir été reçu chevalier dans l'Ordre du Temple, le seigneur de Renneville était en effet devenu, vers 1140, le premier commandeur de Saint Etienne.
La demeure familiale de ce chevalier, le château d'Harcourt, existe toujours sur la route du Neubourg. Fondée au XI ème siécle, réaménagé au XIII ème, il a conservé les restes de son enceinte fortifiée.
Le gisant de Richard d'Harcourt a pu être sauvé : il se trouve dans la propriété de M. Capoen à Saint-Aubin d'Ecrosville, à cinq kilomètres au nord-est de Renneville.
A en croire des employés municipaux il serait maintenant conservé dans l'église de St Aubin d'Ecrosville.

Aujourd'hui, Renneville est devenu un simple hameau. Au sud, la route d'Evreux à Lisieux traverse le village de "La Commanderie", dont le nom seul rappelle les origines.
Cette "Templerie" comprenait une chapelle, un grand manoir fortifié flanqué de deux tours, un colombier et des dépendances.
Passée des Templiers à l'Ordre de Malte, elle n'était plus, au siécle passé, qu'un simple poste aux chevaux, un relais utilisé par les diligences.
De tout ce vaste ensemble, il n'est presque rien resté.
De la commanderie, il ne subsiste plus que la grange, édifiée au XIII ème siécle, et quelques bâtiments du XVII ème.
Cette grange immense, un très bel édifice, a conservé tout son caractère médiéval.


Longue de 37 mètres et large de 15, elle est divisée en trois nefs. On remarquera surtout sa charpente en forme de vaisseau, chef-d'oeuvre des anciens compagnons charpentiers, pour qui le travail du bois n'avait plus aucun secret.

Ce long bâtiment, coiffé d'une vaste toiture, soutenue par d'épais contrefort, a une porte en anse de panier, datant des Hospitaliers : le blason de Philippe de Mailly, dixième commandeur de Saint Etienne, est placé au-dessus de cette porte d'entrée.
Cette grange servait à abriter les récoltes du domaine : si l'on en juge d'après les dimensions du bâtiment, celles-ci devaient être considérables.
Le commandeur de Renneville possédait aussi une maison à Evreux, et une autre au Neubourg.

Ce lieu (Renneville) était considéré comme la commanderie phare de Normandie.
Ces vastes bâtiments moitiés féodaux, moitiés monastiques furent détruits en 1847.
Il ne subsiste effectivement qu'une grange dîmière. Dans un ouvrage datant de 1849 le commentateur raconte son passage sur les lieux de l'ancienne commanderie.
Il en décrit les ruines du manoir templier ainsi :
A l'extérieur: Des deux tours en pierre de taille en façade et des mur, il ne reste pratiquement rien.
A l'intérieur: Il aperçoit une vaste cheminée comportant des peintures et attributs héraldiques des Poutres parsemées de Fleurs de Lys , une pierre sculptée montrant un visage et les mains d'un chevalier Templier, une croix pattée et une inscription en gothique (Lect. L Denis natif de -MAINDER?- en Picardie lequel trépassa le dimanche trois jour de juillet l'an mille cinq cent et qu...)
4 blasons ou écussons:
Chargée de 2 faces
Une croix sur fond rouge
Une croix pattée
émaillée d'azur et trois maillets d'or au chef cousu et abaissé de gueule.
Ceci appartenait au Chevalier du manoir
Une peinture murale représentant la passion du Christ et "l'épitaphe" Ecce Homo.
Sur le Manteau de la cheminée trois autres vastes écussons soutenu par des griffons + trois casques ombragés de lambrequins, une grille dorée qui la surmonte.
Des débris importants de marbrures et arabesques peintes datant du XVI, XVII et XVIIIe siècle. Une crucifixion où le christ a les bras très élevé fait dire à l'auteur serait un symbole janséniste.

Bibliographie

 «Les Sites Templiers en France» 

 Jean Luc Aubarbier et Michel Binet ; Éditions Ouest-France 1997

Je vous conseille vivement de surfer sur le site remarquable consacré aux templiers et à l'ordre du temple "Le Projet Beaucéant" (http://www.templiers.org/index.html) dont le texte concernant le site de Renneville est extrait. D'ailleurs vous pouvez également directement accéder à ce site également à partir des liens (mots clés bleus soulignés) dans le texte.

Voir en complément l'article "St Colombe la Commanderie" : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-280326.html

Voir également d'autres articles consacrés aux communes de nos ancêtres, situées dans le département de l'Eure (27) :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-635262.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-484350.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271890.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271876.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-271870.html

 

 

  

Dossier documentaire réalisé par Serge Monmarché, professeur au service éducatif des archives départementales de la Seine-Maritime

(les documents présentés sont libres de droits et peuvent être utilisés par les enseignants qui le souhaitent)

Ce dossier a été élaboré à partir de documents conservés aux archives départementales de Seine-Maritime. Il a pour but de mettre à disposition des enseignants des exemples de sources écrites d'origine locale, peu diffusées, afin de les utiliser en classe. Pour les élèves, c'est un premier contact avec les archives, qui peut être approfondi par la consultation sur place d'autres documents.

Les abandons d'enfants fournissent un éclairage original sur deux problèmes majeurs du XVIIIème siècle pré- révolutionnaire : la misère urbaine et la façon dont l'Etat y répond.
En effet, les abandons sont, le plus souvent, motivés par des difficultés financières ; ils augmentent ou baissent donc en fonction de la situation économique générale. Les billets d'exposition évoquent souvent cette misère, et les procès-verbaux en font aussi écho.
Ces enfants, très nombreux dans les grandes villes, doivent être pris en charge. Il faut d'abord leur permettre de survivre, tâche manifestement difficile, puis leur assurer une éd ucation morale et religieuse indispensable et enfin leur permettre de s'intégrer dans la société en leur fournissant un travail. Tout ceci est en grande partie assuré par les institutions hospitalières, d'où proviennent la majorité des documents proposés dans ce dossier.

Document 1 : la pratique de l'exposition

Il s'agit d'une pratique ancienne et courante. De nombreux enfants sont abandonnés devant un lieu "d'accueil" potentiel, église ou hôpital ; pour favoriser l'anonymat, l'hôpital-général de Rouen fera même installer un "tour" permettant aux enfants de se retrouver à l'intérieur du bâtiment en toute discrétion. Le trousseau qui les accompagne permet de juger de la situation sociale de leurs parents (certains enfants illégitimes sont d'ailleurs parfois richement dotés). Un billet explique souvent les raisons de l'abandon : la misère, une famille trop nombreuse, l'absence du père sont les causes les plus souvent évoquées. On y apprend aussi le prénom de l'enfa nt, son âge et s'il est baptisé. Par sécurité, les "trouvés" sont de toute façon rebaptisés. Se trouve parfois une "marque" avec l'enfant, bijou, pièce ou carte qui pourrait permettre sa reconnaissance future. En effet, l'abandon est, dans l'esprit de beaucoup de parents, une solution provisoire. Peu pourtant reviennent chercher leur enfant.

Le document proposé est un billet d'exposition de 1785. L'écriture est maladroite, l'orthographe approximative. Cette famille, d'origine modeste, réclame assistance pour une petite fille de vingt mois. Le mot s'adresse directement au personnel de l'hôpital-général.

document et transcription

Document 2 : procès-verbal d'exposition

Les découvertes d'enfants abandonnés ont été réglementées dès le Moyen-Âge. Chacune d'entre elles donne lieu à l'établissement d'un procès-verbal. Y sont consignées différentes informations : lieu et date de la découverte, nom, âge et état de santé de l'enfant, inventaire des effets qui l'accompagnaient. Le "trouvé" est conduit à l'hôpital-général, où il est rapidement baptisé. Il doit ensuite porter un collier numéroté permettant son identification.

Le document présenté est un procès-verbal d'exposition de 1784, rédigé par une soeur de l'hôpital-général de Rouen. L'enfant exposé est un bébé de six mois, Julie. Découvert en mai, le bébé mourra en août. L'espérance de vie des "trouvés" était en effet dramatiquement faible.

document et transcription

Document 3 : sentence de police

Les hôpitaux ne pouvaient prendre en charge tous les enfants abandonnés ; outre des problèmes de place, se posait la question de la nourriture de ces nourrissons. Une expérience de crèche fut bien tentée à Rouen mais les résultats furent catastrophiques. Tous les enfants, alimentés au lait de vache non chauffé, succombère nt en quelques mois. C'est pourquoi, la mise en nourrice restait la solution la plus simple. L'enfant trouvé était rapidement confié à une nourrice résidant à la campagne. Pour toucher sa pension, celle-ci devait présenter l'enfant à l'hôpital tous les six mois ; le collier prenait alors toute son importance pour vérifier son identité. De nombreux cas de mauvais traitements ou de substitutions sont recensés dans les archives judicaires rouennaises.

Le document présenté est un extrait d'une affiche relatant une sentence de la police du bailliage de Rouen en 1777. Une nourrice résidant près de Ry est accusée de mauvais traitements auprès des nombreux enfants dont elle a la charge. L'affiche rappelle la loi de l'époque, pas plus de deux enfants par nourrice. La condamnation, affichée dans la paroisse, sera constituée par une amende et le paiement de dommages aux familles plaignantes.

document

Document 4 : réglement pour l' école de l'hôpital-général

Les hôpitaux-généraux ne sont pas des lieux de soin, plutôt des lieux d'accueil. On y rencontre des orphelins, des personnes âgées, des invalides, mais aussi des mendiants. Pour ces derniers, l'accueil se transforme en enfermement provisoire ou définitif, la mendicité étant interdite au XVIIIème siècle. Les "trouvés", après la période de mise en nourrice, retournent (pour la minorité qui a survécu) à l'hôpital-général. Ils y recoivent une éducation à la fois religieuse et professionnnelle.

Le document est un extrait du réglement de 1763 concernant l'école des enfants pauvres de l'hôpital-général de Rouen. On peut y constater que les journées sont longues et l'emploi du temps quasiment monastique. Trois temps bien distincts partagent la journée : religion, instruction, travail.

document

Document 5 : registre des enfants à la charge de l'hôpital général

L'hôpital général n'est pas le destin définitif des trouvés. Les administrateurs du lieu tentent de "placer" leurs protégés auprès de différents employeurs. C'est une vocation mais aussi une nécessité budgétaire ; il faut faire de la place. Seuls les invalides peuvent rester, ainsi que certains jeunes dont les compétences peuvent être utiles. Régulièrement, les enfants sont "inspectés", leur état de santé, leurs progrès consignés dans un registre, ainsi que leurs perspectives d'avenir.

Ce document est un "montage" à partir du registre du 26 fevrier 1752 consignant les inspections de ce jour, auxquelles ont été ajoutés des inspections postérieures et les sorties ou décès de certains. Jacques Bonmartel, estropié, restera à l'hôpital-général ; François felix est, à 17 ans, employé à la vitrerie de ce lieu ; Nicolas Haché devra attendre l'âge de 27 ans pour être placé chez un tailleur.

 document et transcritpion

 Voir également dans la rubrique "la vie dans les villes" :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-295629.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-284143.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-248342.html

 

    

 

La coutume en Normandie (Calvados, Manche, Eure) était de donner un matronyme (prénoms féminins devenus noms de famille)de la fille mère ayant 'fauté' à son enfant naturel. Les curés du Calvados au 17ème siècle le faisaient assez systématiquement.

Les deux matronymes les plus fréquents en Calvados et Manche sont Marie et Jeanne, les noms les plus répandus dans ces 2 départements (avec Hébert pour le 50), ensuite nous trouvons Anne, Catherine, etc.

Certains matronymes n'en ont pas l'apparence a priori. Ainsi un nom de famille répandu en Normandie: Ozanne (et Ozenne) a été un nom féminin au Moyen Age. L'Ozanne est l'ancien nom de la fête catholique des Rameaux qui célèbre l'entrée triomphale du Christ à Jérusalem en l'honneur de qui on agitait des rameaux d'olivier et de palmier (ou de laurier en France. L'Eglise chantait des Hosannah à cette fête, d'où son nom d'Ozanne passé en nom féminin puis en matronyme. Voir notre généalogie et nos ancêtres Ozanne : http://gw1.geneanet.org/index.php3?b=sggoupil&lang=fr;m=N;v=ozanne

Voir aussi en complément, nos études patronymiques dans le dossier "onomastique" :

 

Un nouveau style de Réunion de Famille existe et se popularise aujourd'hui. Il s'agit de vastes rassemblements qui réunissent sur plusieurs générations les descendants d'un ancêtre commun. La particularité de ces réunions est de réunir ces descendances ou de fêter le couple à l'origine de cette vaste famille. Il ne s'agit donc pas d'un rassemblement tel qu'on le vit à une fête de Noël, à un mariage (où deux nouvelles familles s'allient), ou à l'occasion d'un jubilé de membres vivants de la familles (noces d'or ou anniversaire).

Ce site traite de ces réunions de famille qu'on appelle aussi cousinades.

On parle, classiquement de réunion de famille quand au moins les enfants et les petits enfants d'un individu ou d'un couple se rassemblent.
Toutes les familles connaissent ce genre de réunion à l'occasion des fêtes traditionnelles.
Le but de ces réunions est de rassembler ceux qui de nos jours, dans nos sociétés occidentales ne vivent pas sous le même toit mais dont les membres ont des liens de sang et de coeur à la fois proches et vivants.

Je vous recommende vivement d'aller sur le site Reuniondefamille.net : http://www.reuniondefamille.net/

Voir en complément l'article suivant : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-508615.html

 

Chapitre 3

du dossier "Les êtres fantastiques et êtres merveilleux dans la culture traditionnelle"

 

D’autres créatures surnaturelles d’une espèce incertaine, bien plus étranges que les revenants, avaient trouvé refuge dans des lieux inaccessibles, à l’écart des humains. Ces derniers les enviaient. Les fées n’avaient point, au premier abord, les exigences macabres des revenants. Il fallait toutefois se garder de leur désir trop fugace. Les hommes oubliaient que ces êtres n’appartenaient pas au monde sensible. Rien ne pouvait, en effet les retenir longtemps parmi les humains. Ailleurs, dans des lieux retirés, impénétrables, elles menaient des activités suspectes. Ne disait-on pas compagnes du diable ?

 

Tout au long des récits, les fées avaient pour refuge les grottes, les dolmens. Certaines avaient l’habitude de fréquenter les chemins, les bois, les ruisseaux. D’autres encore, habitaient dans les combes. Beaucoup craignaient les fées, en avaient peur, et, pour ne pas prendre de risques, évitaient certains endroits.

La mémoire populaire, si étonnamment allusive, que nous évoquions à propos de la place occupée par les loups-garous et les revenants, semble alors se perdre dans la nuit des temps. Les pays, difficiles d’accès, seraient à leur manière, des lieux protégés conservant les traces et les cultes des premiers pasteurs de la protohistoire. Selon cette hypothèse, le terme générique de « fées » recouvrirait l’existence de peuplades de l’Age de Bronze ou du Fer, voire, plus ancien encore, du Néolithique.

D’origine et de nature incertaines, proches des humains cependant, les fées étonnent, surprennent, attirent la curiosité. En bien des points, leurs faits et gestes miment l’activité des hommes, se modèlent sur leur propre organisation sociale pour l’amplifier, lui donner une nouvelle résonance.

Les fées enjambent ainsi les bornes du réel pour atteindre l’espace du fabuleux, de la démesure. Leurs comportements inattendus, leurs désirs imprévisibles, leurs aptitudes immatérielles les renvoient dans le monde des esprits, des génies, des êtres surnaturels. Elles rejoignent alors le monde de la nature, de l’inculte, du sauvage. Aussi la mémoire de nos conteurs oscille-t-elle fréquemment entre le réel et le mode fantastique.

 

Les fées, magiciennes du gigantesque

Les récits, de plus de cent ans d’âge, s’enchaîne à d’autres histoires qui racontent les exploits et les prodiges des fées. Nous ne trouvons aucun doute à l’égard de ces êtres inexplicables. Le monde fantastique s’insère dans son existence. Une ou deux nuits suffisaient aux fées pour construire églises, ponts, châteaux à des hauteurs inaccessibles, sans que personnes ne fût en mesure de les arrêter. Seul l’angélus ou le chant du coq interrompait leur ouvrage. Ainsi dans le Poitou, sur un rocher qui domine la fontaine de Soif, la fée Mélusine n’a-t-elle pas bâti le premier château de la famille des Lusignan, construction hardie qui se prolonge vers le ciel ?

Les fées marquent leur emprise sur le territoire, mais, à l’image de leur condition de créatures entre-deux mondes, elles ne parviennent jamais à compléter leur ouvrage. C’est le sort de Mélusine, la fée-serpent, la fée-dragon qui construisit mains châteaux et églises au clair de lune, mais qui s’enfuyait à travers les airs dès le lever du jour, emportant avec elle pierres et sables nécessaires à de nouvelles constructions. Ange déchu, âme pécheresse, Mélusine est condamnée, selon la tradition médiévale chrétienne, à l’inachevé. C’est en vain que les humains s’efforceront de la relayer : les pierres qu’ils ajoutent aux édifices construits par les fées se dérobent inéluctablement car les œuvres de ces créatures fantastiques sont signées et nul ne peut y toucher.

Avec témérité, celles-ci assaillent les territoires de l’impossible, du gigantesque, complétant et prolongeant le travail surhumain de « Gargantua », le fondateur du relief.

Les fées partagent avec Gargantua la propriété des pierres gigantesques, des monuments naturels et singuliers. Souvent, elles viennent prendre possession de ces lieux, déjà aménagés par le géant.

Les fées accomplissaient leur tâche en un temps record alors que les femmes, qui tissaient le soir dans les fermes, avaient besoin de toute une saison.

Dans les évocations pudiques de l’âpreté des jours, le rythme du temps, la répétition des gestes et la division sexuelle des tâches ont gommé tout accès au merveilleux. L’opposition est alors forte entre récits de vie et récits légendaires qui accordent aux fées un statut fabuleux et délimitent un monde hors d’atteinte, nettement séparé de celui des hommes. Au point que l’on peut se demander si ces êtres surhumains ne tenaient pas une place toute proche du sacré dans l’imaginaire collectif. Des traces sans doute subsistent, mais la christianisation viendra opérer un simple déplacement des rôles. Les fils tissés par les fées portent, après leur disparition, le nom de fils de la Vierge. Ainsi s’achève la légende des fées filandières.

Fileuses, bâtisseuses, parfois c’est sous cet aspect que se manifestent les fées, bien qu’aucun mémorat ne nous soit parvenu sur l’origine de ces êtres. Pourtant la tradition savante les rapproche des « fata » et des Parques, des divinités gréco-latines du Destin, qu’au VIIe siècle, l’archevêque Isidore de Séville décrivait comme les métaphores du temps qui s’écoule. Mais souvent, les fées des différents pays n’empruntaient pas à la tradition savante ; à leur manière, elles répondent davantage aux exigences de la vie quotidienne.

A l’abri, dans leurs demeures hautes perchées, sur des rochers que personne ne pouvait atteindre, les fées travaillaient à parfaire leur ouvrage, ouvrage qu’il fallait également entretenir.

Les fées savaient faire usage de l’eau si précieuse. Fées lavandières, elles apparaissent, une fois encore, comme le miroir inversé des femmes qui effectuaient plusieurs fois par an la tâche harassante de la lessive. Servantes et fermières répétaient ce travail tous les deux mois, dans les plus grandes exploitations surtout. Et chez les plus pauvres paysans qui disposaient d’un trousseau très réduit – deux draps faisaient le nécessaire – la lessive se faisait toute les semaines. Les fées, elles, accomplissaient cette tâche sans peine. D’ailleurs aucune mention n’est faite de leurs instruments : ni battoir, ni planche, ni massette. L’élément merveilleux porte avant tout sur la blancheur exemplaire des draps lavés par les fées.

L’étonnante activité des fées porte sur les traces qu’elles ont laissées dans les lieux où elles s’affairaient ou bien encore sur le caractère annuel de leurs activités.

En 1927, dans son esquisse du département de l’Aveyron, le géographe Emile Vigarié note qu’au roc de Suège, dans la vallée du Tarn, les fées faisaient une grande lessive une fois par an. L’on pouvait voir, il n’y a pas si longtemps encore, au-dessus de la grotte où elles logeaient, deux bancs en bois placés à une hauteur inaccessible et où, disait-on, elles suspendaient leur linge pour le faire sécher.

Ces êtres surprenants qui vivent en marge de l’existence terrienne savent donc reproduire les gestes, les actions des humains sans dévoiler jamais leur manière de faire.

Bâtir, tisser, filer et laver ne supposent pas des relations obligées avec les hommes. Mais qu’auraient-elles fait sans le regard, l’attention que ces derniers leur portaient ? Les fées, en vérité, ne pouvaient se concevoir, exister sans que se soit instaurée une relation de réciprocité car, si elles affirmaient périodiquement leur présence parmi les humains, elles étaient capables de répondre à leurs besoins les plus immédiats.

 

Savoir apprivoiser les fées

Longtemps image de prospérité, de richesse telles les Matres antiques ou Frau Holle, fée d’origine germanique, et Dame Abonde du Roman de la Rose, les fées procuraient des biens matériels en abondance. Aussi, chaque année, leur réservait-on des offrandes – nourriture et boissons – dans une pièce isolée de la maison qu’elles visitaient la nuit, la veille du Premier de l’An. Là, le couvert était dressé à leur intention. Cette coutume, attestée au XIIIe siècle dans toute l’Europe, avait fait l’objet de sévères admonestations de la part de l’Eglise. Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris, parlait de sottises humaines, de folies de vieilles femmes et n’hésitait pas à taxer ces pratiques de crime d’idolâtrie. Les gens reconnaissaient aux fées un pouvoir sacré semblable à celui qu’ils accordaient aux saints et aux saintes de leur pays.

Outre cette prière rituelle, les « dames » pouvaient être sollicitées à tout moment, notamment pour tout ce qui touchait à la nourriture, car il y avait peu à manger. Aux champs, les hommes gardaient la faim au ventre, au printemps surtout, lorsque les récoltes de l’année précédente venaient à manquer. Les fées pouvaient être alors d’un grand secours ; on le savait, on les appelait. Elles étaient capables du meilleur, offrant des gâteaux que l’on avait coutume de manger les jours de fête.

Les fées s’avaient s’adapter aux désirs des habitants. Le don du gâteau et le linge qui l’accompagnait supposaient de leur part la connaissance des traditions culinaires locales. On avait, en effet l’habitude de protéger la nourriture, en la serrant dans un linge noué, tel le goûter de quatre heures, que les hommes consommaient chaque jour dans les champs.

Au-delà de la connaissance des usages sociaux traditionnels : l’art de bâtir, de tisser, de laver et de manger, les êtres fantastiques détenaient les secrets des plantes. La « salvia », plante aux pouvoirs magiques, dont les fées détenaient les secrets, était l’herbe sacrée des Anciens ; au Moyen Age, elle immunisait contre la peste.

Les fées capturées refusent de révéler leur savoir ; aussi va-t-on développer toutes sortes de stratégies pour les apprivoiser. La voie du mariage n’est-elle pas alors la plus appropriée pour connaître leurs secrets ?

 

Le mariage forcé

Dans la tradition médiévale, consignée notamment par Jehan d’Arras au XIIIe siècle, les fées acceptent d’échanger leur savoir sous réserve d’être prises pour femmes, épousées en grandes pompes par les princes du pays. Elles font jurer à leur mari de ne jamais s’enquérir de ce qu’elles deviennent le samedi, jour consacré à Marie, néfaste pour les fées.

Ce jour-là, Mélusine devenait serpent depuis le nombril jusqu’au bas du corps et son compagnon, Raimondi, ne devait pas lui rendre visite, pas plus qu’il ne devait la voir en couches. A ces conditions seulement, le chevalier connaîtrait bonheur et prospérité. Mais si, par imprudence, celui-ci ne tenait pas ses promesses, la fée disparaîtrait, laissant derrière elle le malheur dans la maisonnée.

Les récits consacrés aux amours d’un mortel et d’une femme surnaturelle étaient particulièrement vivaces au Moyen Age, dans l’Europe entière. Vers l’an 1000, le decretum de Burchard, évêque de Worms qui s’était penché sur les charmes des fées et sur la séduction qu’elles exerçaient sur les hommes de ce temps, s’adressait ainsi aux croyants :

« Tu as cru ce que certains ont coutume de croire, à savoir qu’il existe des créatures féminines, qu’on appelle femmes de la forêt et dont on prétend qu’elles sont des créatures de chair, qu’elles se montrent quand elles le veulent à leurs amants et prennent [dit-on] leur plaisir avec eux et toujours quand elles le veulent, se cachent et s’évanouissent ? Si tu as cru cela, dix jours de pénitence au pain et à l’eau. »

Le thème de l’union trompeuse, de la transgression de l’interdit, de la fugacité de ces créatures demeure ancré dans la tradition orale, tout au long des siècles jusqu’à nos jours dans certaine région comme les Causses, mais il n’apparaît souvent que morcelé, mêlé confusément à d’autres motifs.

 

Le changelin ou l’enfant échangé

Mais, derrière la fée nourricière et féconde, se dissimule l’autre figure féminine de la fée, l’être en rapport avec les intelligences séparées, l’être maléfique qui, pour renouveler son espèce, n’hésite pas à voler les enfants des autres. Subrepticement, la fée se diabolise et élabore de véritables stratégies pour arriver à ses fins.

Avec le changelin, la fée manifeste ouvertement sa capacité à faire le mal. Pour parvenir à ses fins, elle se livre à une double opération : elle capture secrètement l’enfant des humains et laisse, à la place, sa propre créature. Ainsi naît le changelin. La fée s’attaque de préférence à un nourrisson sans surveillance, pas encore baptisé, et donc encore vulnérable. Elle s’assure qu’aucun objet sacré, rosaire, croix, livre de prière, ne protège l’enfant. Alors, seulement, elle procède à l’échange. Mais comment reconnaître le changelin ?

A vrai dire, l’identifier n’est pas toujours chose facile. Tout enfant au corps déformé, au cou épais, à la tête énorme, un nain à l’appétit démesuré, noir, laid, ridé, velu, peut être suspecté. Cependant les adultes eux-mêmes ne sont pas à l’abri de tout soupçon, notamment ceux qui ne parlent pas, ne crient pas, ne bougent pas, ceux qui sont capables de danser quand personne ne les observe.

Rien ne nous laisse espérer une issue heureuse, comme dans les légendes d’Auvergne, du Dauphiné, d’Ariège et de nombreux pays d’Europe : l’enfant d’humains est restitué ou retrouvé après de nombreuses années. Le stratagème, bien connu des vieilles femmes, était simple : il fallait fouetter le rejeton des fées, près de la grotte où elles habitaient, ou bien ne pas le nourrir. La fée accourait alors, rapportait le nourrisson et reprenait le sien.

La nature des changelins les apparente indéniablement aux créatures de Satan. Hideux, difformes, ils ne cessent de téter et de manger mais refusent de grandir. Ne dit-on pas d’ailleurs qu’ils sont les propres fils du diable ? Martin Luther, dans ses Propos de table, raconte que le diable entraînait les filles dans l’eau, qu’il les engrossait, les gardait avec lui jusqu’à ce qu’elles accouchent et mettait ensuite leur enfant dans le berceau d’un autre. Comment ne pas songer ici au film de Roman Polanski, Rosemary’s baby, et à cet enfant du démon que la jeune accouchée trouve déposé dans le berceau !

Fées, diables et changelins appartiendraient alors à une véritable trilogie démoniaque. Ces êtres se mêleraient à la vie des humains pour se réunir bruyamment en assemblée dans les lieux secrets. Les fées seraient compagnes du diable. Le bruit sourd, obsédant, répétitif des fées qui vont au sabbat est relevé en Wallonie par le folkloriste Albert Doppagne. L’auteur évoque ces sorcières qui, tel un bourdonnement d’insectes, « zûnent ». Bruyantes et aériennes comme le diable, les fées participent aux mêmes festins et dansent toute la nuit avec le diable…

Sur terre, les fées ont laissé des traces de leurs anciennes activités et de liens affectifs avec les humains, rapports merveilleux, image de désir, de prospérité, mais aussi rapports malheureux, inassouvis qui, bien des fois, les ont contraintes à s’enfuir dans l’autre monde.

 

Les déesses déchues

Les hommes contemporains parlent toujours des fées, mais, pour éclairer leur existence, font appel à un passé moins lointain que celui de la protohistoire. Les dolmens des fées deviennent alors la tombe des envahisseurs, « la Tombe des Anglais », en souvenir, pense t-on, de la Guerre de Cent Ans. Ces lieux demeurent pourtant attaché à des grottes et autres refuges préhistoriques, ou à des sépultures mégalithiques bâties plus de deux mille ans avant l’ère chrétienne.

La place que les fées tenaient dans la communauté villageoise, leur popularité, la crainte qu’elles inspiraient posent la question de leur origine. Indéniablement, elles apparaissent comme les symboles de croyances païennes très anciennes, menacées par les conquêtes de l’évangélisation, aux premiers siècles de notre ère. Les racines du paganisme étaient profondes.

Les nombreux ermitages et églises restent les signes tangibles de cette volonté hégémonique de répandre la nouvelle religion. Ardents défenseurs de la foi, les ermites choisirent leurs refuses dans la solitude des gorges et des vallons, jusqu’alors repaires d’êtres fantastiques. Leur mode de vie exemplaire, marqué par l’ascétisme et la pauvreté, contribua à diffuser la parole du Christ dans les villages les plus reculés.

Cette imprégnation n’a pu se faire sans heurts, sans luttes d’influence, mais la mémoire collective, oubliant les péripéties de ces siècles obscurs, ne retient aujourd’hui que les aspects triomphants de la conquête chrétienne. Et d’évoquer alors des lieux précis, des sites connus où les fées auraient brutalement perdu leur rôle de génie domestique.

Croyances païennes et religion du Christ ne semblent s’autoriser aucune alliance. Les ermites deviennent les maîtres du territoire, les modèles, les confidents auxquels les âmes en peine devront désormais se tourner. Mais les fées, bien que reléguées par les religieux à leurs artifices éphémères, demeurent toujours ancrées à ces lieux. La cellule des ermites n’est-elle pas encore appelée « la glèisa de las fadarèlas »  (l’église des fadarelles, dans le Larzac) ?

Malgré les interdits jetés sur les croyances et les rites païens (Conciles d’Arles et de Tours des VIe et VIIe siècles, Capitulaire de Charlemagne Admonatio Generalis, en l’an 789) et les nombreuses admonestations cléricales plus tardives, la tradition populaire a su dépasser les avertissements et faire entrer dans la nouvelle enceinte du sacré ces vestiges les plus anciens.

Génies des lieux, les fées prennent des formes et des figures de plus en plus distinctes. Et, fortifiées par la tradition savante médiévale, le cycle de Mélusine notamment, elles deviennent difficiles à cerner tant elles sont polymorphes. Aussi, bien que capables de côtoyer les humains, elles sont néanmoins condamnées à rejoindre les revenants, les âmes errantes, les figures de la mort.

Devenues, sous l’influence de l’Eglise, « fades », femmes impures, non baptisées, elles prennent alors les traits diaboliques de sorcières, possédées du diable qui volent les enfants et s’entendent aux enchantements.

 

Sources :

  1. A. Gennep, Le folklore des Hautes-Alpes, Paris, 1948  

  2. N. Belmont, Mythes et croyances dans l’ancienne France, Paris, 1973

  3. B. Bardy, Légendes du Gévaudan, Mende, 1979

  4. L. Harf-Lancner, Les Fées du Moyen Age – Morgane et Mélusine. La naissance des fées, Paris, 1984

  5. Ch. Joinsten, « Les êtres fantastiques dans le folklore de l’Ariège », 1962

  6. P. Saintyves, Les contes de Perrault et les récits parallèles, Paris, 1923

  7. A. Maury, Croyances et légendes du Moyen Age, Paris, 1896

  8. P. Sébillot, Le folklore de France, t. I, Paris, 1967

  9. A. Doppagne, Le Diable dans nos campagnes, Paris, Gembloux, 1978

Voir en complément les articles suivants :

Intro : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-464059.html

Chap. 1 : http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-477529.html

Chap. 2 :http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-505922.html 

Voir aussi :

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-324024.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-323988.html

http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-309810.html

Écrivain français normand [Vire déb. xve s.].
La tradition en fait l'inventeur des Vaux de Vire [v. 1430 - 1440], chansons à boire rendues populaires par la tradition orale, puis remaniées et publiées par Jean Le Houx, à la fin du xvie s. Poésie gaie, de forme très libre, tour à tour bachique, satirique et patriotique [Basselin y exprima sa haine de l'Anglais], le Vau de Vire subsista jusqu'au 13e s. comme genre populaire s'opposant à la romance. Le Houx.

Olivier BASSELIN est né dans le Val de Vire (Calvados) vers le milieu du XVe siècle. On ignore l'époque exacte de sa mort, survenue sans doute vers 1500.
Il fut le créateur des premières chansons à boire, les Vaudevires, genre typiquement français qui connaîtra un développement considérable et d'on semble dériver le nom de vaudeville.
Basselin possédait un moulin à foulon dont l'exploitation lui permettrait de vivre. Cette usine, dont les restes subsistent encore, a conservé le nom de Moulin Basselin ; elle se trouve sous le coteau des Cordeliers près du Pont de Vaux.
Basselin, qu'on appelait familièrement Bonhomme, comme La Fontaine, était un normand bon teint qui aimait le vin, le cidre et les plaisirs de la table. Il employait ses loisirs à rimer des chansons naïves.

Il n'était pas illettré, contrairement à ce qu'ont prétendu certains biographes. Il savait le latin, avait voyagé. Il eut à souffrir de la guerre entre Charles VII et les Anglais. Sa fabrique fut ruinée lors du siège de Vire ; plus tard, sa famille le voyant trop adonné aux divertissements bachiques, le fit mettre en tutelle. Il s'ensuivit un procès que Basselin évoque dans ses chansons. Il n'attacha que peu de prix à ses chansons et n'en fit jamais de recueil. Elles se transmirent de bouche à oreille jusqu'au temps où Jean Le Houx les fit imprimer. Le clergé fit totalement détruire la première édition de 1576.

Une seconde édition fut supprimée avec le même soin, car on n'en connaît que 2 exemplaires. Elle fut imprimée à Vire vers 1670 par Jean de Cesne. Ces deux exemplaires se trouvent à la Bibliothèque Nationale. Une édition de 1811 est la première qui se puisse trouver mais n'a été imprimée qu'à 138 exemplaires.

[v.1385] - [v.1433]

«Comme osera la bouche dire
Ce que le cuer (cœur) pas penser n'ose ?»
Alain Chartier, Rondeau.

Alain Chartier, écrivain et diplomate français du Moyen Âge, né à Bayeux, étudia à l'université de Paris, fut secrétaire de Charles VI et de Charles VII, et exerça comme ambassadeur en Allemagne, à Venise et en Écosse.
L'oeuvre de ce grand poète de la fin du Moyen Âge reste injustement négligée: il a pourtant laissé une marque profonde et subtile dans la littérature française. Clément Marot dit de ses vers qu’ils étaient un honneur pour toute la Normandie et sa province natale. Le grand humaniste Étienne Pasquier (1529-1615) prolongea cet éloge, nommant Chartier le «grand poète de son temps».
Un grand événement historique influença plus particulièrement son oeuvre: la bataille d’Azincourt (1415), qui engendra l’un de ses plus longs poèmes (3600 vers): Le Livre des Quatre Dames (1416), poème octosyllabique dont le thème principal en est les malheurs de quatre femmes qui s’interrogent sur leurs destins respectifs et se demandent lequel est le plus douloureux: l’amant de la première dame est mort, celui de la deuxième dame fut capturé, le suivant disparaît et le dernier a déserté le champ de bataille par lâcheté. Cette oeuvre remporta un vif succès et influença la littérature du XVIe siècle, notamment Marguerite d’Angoulême qui s’en inspira dans La Coche.
Reprenant les thèmes du lyrisme courtois, il publie ensuite la Belle Dame sans mercy, 1424, son poème le plus célèbre, qui est en fait un pamphlet humoristique sur la trop grande sévérité des femmes et qui retrace les paroles d’un soupirant mal aimé à sa dame dont la froideur inspire des vers parmi les plus célèbres de la poésie française. S’il s’agit d’un thème conventionnel de l’amour courtois à la fin du Moyen Âge, la dextérité de la forme distingue Alain Chartier des écrivains de son temps et a fait de ce poème l’un des plus connus à l’étranger de la littérature française. Souvent imitée au Moyen Âge, cette oeuvre renforça encore la notoriété de Chartier, au point qu'elle inspira le poète anglais John Keats, qui composa, quatre siècles plus tard, un poème portant le même titre. Le poète anglais qui avait pris ce titre d’un poème attribué par erreur à Chaucer et sa «Belle Dame sans merci» se révèle assez différent du poème de Chartier qui fit de ce dernier le maître du huitain.
Mais, Alain Chartier n'est pas seulement poète: on l’admire aussi pour sa prose soignée, écrite en français et en latin, à tel point que Pasquier lui donna le titre de «Sénèque de la France». La perfection de sa prose est telle, qu’au XVIIe siècle un maître de la langue française, Charles Sorel, déclarera qu’il la préfére à ses poèmes.
On lui doit le fameux Quadrilogue invectif (1422), allégorie politique en prose dans laquelle la France supplie ses trois enfants (le Peuple, le Chevalier et le Clergé) de se réconcilier pour son propre salut et qui n'est autre qu'un vibrant appel à l'unité de la nation française. Chartier est également l'auteur d'une lettre en latin envoyée en 1429 à un prince étranger, dans laquelle il célèbre les mérites et la gloire de Jeanne d'Arc.
Ses deux formes d’expression, prose et poésie, ont en tout cas profondément influencé la création littéraire du XVe siècle, notamment l’art des rhétoriqueurs qui le considéraient comme le père de l’élégance française: «noble poète et orateur», comme le précise Jean Lemaire de Belges.
Alain Chartier ne se contentera pas de marquer la littérature française par ses écrits, il le fit également par le mythe qui entoura sa vie. Ce mythe – l’histoire du fameux baiser qu’aurait laissé Marguerite d’Écosse sur les lèvres de Chartier, faisant jaillir ainsi toute la création poétique de sa bouche – est repris au XIXe siècle par de grands écrivains tels Gérard de Nerval et Alfred de Musset.

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus